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Israël rend de fiers services à Kaïs Saïed

Temps de lecture : 7 min
Israël rend de fiers services à Kaïs Saïed

 

On est enfin au début de la fin de la crise gouvernementale. Ça en a l’air en tout cas. Elyes Fakhfakh ne considère plus Nabil Karoui comme persona non grata et accepte donc qu’il fasse partie du gouvernement. Vraisemblablement, et si tout continue comme ça, on aura la composition gouvernementale cette semaine et, celle-ci, devrait obtenir le vote de confiance à l’assemblée. On était à un cheveu d’une grosse crise qui allait durer quelques mois et d’un vide constitutionnel. Le pays a failli être entre les mains de Kaïs Saïed exclusivement. On l’a échappé belle et on doit notre salut à… Rached Ghannouchi !

Cela fait mal de le dire et de le constater, mais c’est une vérité que l’on ne peut nier.

Oui, la Tunisie de 2020 doit son salut à l’islamiste Rached Ghannouchi, celui-là même qu’on qualifiait d’assassin à longueur de journées en 2013 et 2014, celui là même qui a échappé à la peine capitale sous Bourguiba pour actes terroristes, celui-là même qui a été gracié par Ben Ali avant de passer de nouveau à l’offensive terroriste, celui-là même qui dirigeait (certains diraient, dirige encore) une secte terroriste. Après des décennies de complots, de prison, de clandestinité, d’exclusion, ce Rached Ghannouchi est devenu sauveur de la Tunisie. Il faut reconnaitre qu’il a du souffle. Il faut aussi reconnaitre qu’il s’est bien « tunisifié », en apparence du moins. Il a délaissé les frères musulmans pour devenir désormais le frère de Youssef Chahed et Nabil Karoui, et ce après avoir été le frère de Béji Caïd Essebsi. C’est feu ce dernier qui l’a d’ailleurs mis sur les rails de la « tunisianité ».

 

Dans la mission que lui a donnée Kaïs Saïed, il était hors de question pour Elyes Fakhfakh qu’il intègre Qalb Tounes (parti de Nabil Karoui) dans le gouvernement. Sauf que voilà, sans Nabil Karoui, rien ne peut se faire, mais Elyes Fakhfakh, tout comme son commanditaire Kaïes Saïed, président de la République, a mis du temps pour comprendre cette évidence. Dans sa chronique hebdomadaire, Ikhlas Latif a bien expliqué les enjeux de ce qu’elle a appelé « déculottée ». Parfois, j’ai tendance à ne pas vouloir appeler les choses par leur nom, tant c’est surréaliste !

Ainsi donc, Rached Ghannouchi, a pu faire un « tapis » à l’issue de cette palpitante partie de poker.

Il a commencé par humilier ses propres pairs d’Ennahdha qui ont préféré proposer Habib Jamli à la tête du gouvernement plutôt que son « fils spirituel » Zied Laâdhari. C’est bien Rached Ghannouchi qui a été dans les coulisses pour pousser Nabil Karoui à ne pas voter la confiance du gouvernement Jamli en dépit de toutes les pressions qu’il subissait à l’époque. C’est lui aussi qui a convaincu Youssef Chahed de faire barrage.

Mis devant le fait accompli par Kaïes Saïed qui a estimé qu’Elyes Fakhfakh est plus compétent que Fadhel Abdelkefi et Hakim Ben Hammouda (CQFD), Rached Ghannouchi n’a pas désempilé. Après plusieurs appels restés sans suite, il est passé à l’offensive en allant parler lui-même au président de la République pour qu’il lève son veto sur Nabil Karoui, puis a invité ce dernier chez lui pour rencontrer Elyes Fakhfakh et imposer un terrain d’entente. C’est surtout pour trouver un semblant de porte de sortie honorable pour Fakhfakh.

Tapis, ou échec et mat comme dirait Mme Latif, Rached Ghannouchi remporte la mise sur tout le monde. Les faucons d’Ennahdha sont revenus sous sa coupe ; le futur chef du gouvernement (presque humilié) est désormais sous sa coupe, lui aussi, et le président de la République, discrédité, n’a qu’à bien se tenir avec lui, s’il ne veut pas être « tartourisé ».

 

Pendant que Rached Ghannouchi se démène pour trouver une solution à un gouvernement où il peut mener la danse, Kaïs Saïed se démène à Carthage pour justifier son existence et imposer ses idéaux. Des idéaux qui doivent affronter la realpolitik, chose que le président de la République semble ignorer superbement. A peine trois mois à Carthage, voilà que les membres de son cabinet se tirent publiquement les uns sur les autres.

S’il y a un bêtisier pour les présidents de la République et les chefs d’Etat, Kaïs Saïed risque d’y figurer en bonne position avec son certificat médical envoyé pour éviter d’aller à Addis Abeba où se tient le 33ème Sommet africain. C’est une première qu’un chef d’Etat prenne des jours de congé de maladie pour une… angine ! N’importe quelle PME qui se respecte aurait considéré cet argument comme irrecevable.

Pour le moment, et rien qu’en l’espace de cent jours, Kaïs Saïed a zappé le sommet post Brexit Royaume-Uni – Afrique ; le sommet de Berlin ; le Forum de Davos et voilà maintenant le Sommet africain !

La Tunisie est on ne peut plus souffrante, la Tunisie est on ne peut plus dans le besoin d’investisseurs étrangers et voilà que son président se permet le luxe de rater les occasions, les unes derrière les autres, de rencontrer le secrétaire général de l’ONU, les premiers dirigeants des grandes puissances européennes et internationales et les plus gros investisseurs. C’est vrai qu’il n’aurait pas fait et obtenu grand-chose, mais être présent sans résultat est toujours meilleur et mieux perçu que de ne pas être du tout présent. Ce président qui prétexte une angine pour ne pas aller à un sommet international devrait lire les archives de son dernier prédécesseur nonagénaire qui n’en ratait aucun ou presque !

 

Au lieu de devenir président de la République comme le voulaient ses 2,7 millions d’électeurs (72,71%), Kaïs Saïed préfère rester un candide « militant » vociférant, au dessus d’un podium dans la cour d’une faculté, des slogans pour refaire le monde.

Quand il n’est pas occupé par les querelles et les jérémiades de son entourage, le monsieur convoque la ministre des Sports pour la réprimander à propos de la participation d’un Israélien dans un tournoi en Tunisie. Il fait publier un communiqué honteux par le ministère des Affaires étrangères pour dénoncer le match remporté par notre championne de tennis Ons Jabeur contre une joueuse israélienne à la Fed Cup de Helsinki. Il irait même jusqu’à souhaiter de boycotter la participation à toute manifestation sportive (ou culturelle) où Israël se trouve.

La dernière, une véritable première dans les annales diplomatiques tunisiennes, il limoge l’ambassadeur de Tunisie auprès de l’ONU, Moncef Baâti, alors que la Tunisie est membre du conseil de la Sécurité qui discute actuellement une résolution pour condamner le « deal du siècle » présenté par Donald Trump. « Une grave faute diplomatique », a expliqué 72 heures après Rachida Ennaïfer.

De quoi ébranler l’ensemble de la mission diplomatique tunisienne, car on n’a jamais vu une telle humiliation et un tel désaveu public de nos diplomates. JAMAIS !

 

A vrai dire, et comme beaucoup d’hommes politiques tunisiens, Kaïs Saïed utilise la cause palestinienne et Israël comme un épouvantail pour faire oublier leurs échecs ou détourner le regard de leur public. Les « révolutionnistes » évoquent Kamel Letaïf à toutes les sauces, les nationalistes arabes rendent Israël responsable de tous les torts. Cela fait mouche avec leur public, souvent crédule et impulsif. L’adage d’Abraham Lincoln « Vous pouvez tromper certaines personnes tout le temps, et toutes les personnes de temps en temps, mais vous ne pouvez pas tromper tout le monde tout le temps » est méconnu pour Kaïs Saïed, d’autant plus que ses aficionados (qu’il écoute tout le temps) figurent parmi ces derniers qu’on peut toujours tromper.

Du coup, la cause palestinienne et Israël rendent de fiers services à celui qui considère que la normalisation avec Israël est une « haute trahison ». Ce discours de militants estudiantins trouve écho auprès de son public-cible et augmente sa popularité. A ses yeux du moins.

Cette politique de l’autruche et du déni des réalités perdurera-t-elle ? Au vu de la situation dans laquelle se trouve la Tunisie, un jour ou l’autre, et le plus tôt sera le mieux, il va devoir se rendre compte qu’on est en 2020, que la Tunisie n’est pas un pays isolé du monde et qu’il doit se soumettre à la realpolitik, que les Tunisiens, notamment les jeunes, ne sont pas aussi sensibles que lui à la Cause et ont d’autres priorités que la Palestine et Israël et qu’il est, depuis le 23 octobre 2019, président de la République tunisienne et non un militant de la fac de droit.

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Commentaires (33)

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mizaanoun
| 15-02-2020 22:28
Contrairement à ce que soutient M. Bahloul, dans son éditorial du 10 courant, l'Etat Sioniste (Israël) n'est pas un prétexte ou un épouvantail pour le Président de la République, ses proches collaborateurs et les plus de 72% des tunisiens qui l'ont élu, mais bien un des constituants de l'Axe du Mal suprême dans le monde qui appuie sans réserve la ligne de Ghanouchi contre celle du Professeur Kaïs Saïed. '? part l'Etat Sioniste, dans l'Axe du Mal se trouvent, entre autres, les deux « partenaires principaux » de la Tunisie selon toujours M. Bahloul, qui sont les '?tats-Unis et la France dont les ambassadeurs ne cessent pas de se réunir sans raison claire, avec Ghanouchi. Il n'y a pas de doute aujourd'hui que la bataille ait bien dépassé les tohu-bohus ou les parités partisanes au niveau de l'ARP et que l'objectif est bien, d'une forme ou d'une autre, d'atteindre une vacance au Palais de Carthage et ainsi l'installation de Ghanouchi se fera sans grande peine.

EL OUAFFY avec Y à la fin
| 14-02-2020 15:44
Il viendra le jour ou Rachèd Ghanouchi prendra le meme chemin que notre Fidel Ben Ali c'est la fuite mais Ben Ali avait déménagé pour ne pas plonger le pays dans crises non souhaitables et pour aussi garder son honneur mais Ghanouchi partira parce que tout simplement n'a pas bien étudié les troubles de politique et c'est raisonnable les taches d'un opposant sont très simple qu'un chef de parti et surtout dans un pays ou les ressources sont très limités il n'y a que les près auprès es organes étranges .
Grace à bon Dieu que l'affaire palestinienne existe sa règle beaucoup de problème bon aussi pour détourner l'opinion publique .
Ce que on a conclu durant les neufs ans d'après la dite- révolution que rien n'a été réalisé des promesses lancés par certains révolutionnaires au contraire on a perdu ce qu'il a été réalisé par les hommes intègres la vie sociale se rétrogradée non parlons pas de la sécurité est ce que durant la gestion de Ben Ali les agents de sécurité ont été menacé par les voyous ? et c'est ça qui veulent certains assoiffé de pouvoir mais en réalité la crédibilité de l'état avant tout . .

ntc
| 13-02-2020 17:15
Les sionistes ne rigolent pas , c'est clair , le drone est un avertissement . ça sent mauvais !!!

zamharir
| 13-02-2020 15:58
Rien ne me dérange plus que la méconnaissance des faits historiques, sur laquelle tout un chacun peut alors construire ses phantasmes. Les Berbères chrétiens, les donatistes, en particulier, ont été persécutés par les chrétiens de Rome au IV-Vème siècle, bien avant l'arrivée de l'islam en Afrique du nord, devenue Maghreb arabe. Je ne sais pas ce que vous appelez la Palestine "perse", mais en Perse il n'y avait pas que des Juifs. Encore une fois, je ne "fais" nullement des Berbères, des Arabes, mais je dis seulement que les Berbères d'Afrique du Nord ont été arabisés par l'islam, ce qui est la stricte vérité historique. Mais je constate que vous perdez votre sang froid, ce qui me contraint à mettre fin à cet échange que j'ai conduit à partir de chez moi, là où sont mes racines pour toujours.

Justinia
| 13-02-2020 14:59
Les Berbères étaient chrétiens? Et alors,où est votre problème?Qu'est ce qui vous dérange?
Les Berbères ne sont pas Arabes.Où est votre problème?qu'est ce qui vous dérange?
Quand les Arabes sont venus ici,ils ont trouvé les Berbères.Quand le Calife Omar attaque la Palestine perse,il a trouvé des Juifs...
Pourquoi vous obstinez vous à faire des Berbères des Arabes.Nous ne voulons pas de vous.Ici nous sommes chez nous et l'étranger c'est vous.

zamharir
| 13-02-2020 13:24
Je ne prétends rien du tout. C'est l'histoire qui le dit. L'islam a bien arabisé les Berbères, que les Romains n'ont pas romanisés, sinon à la marge, malgré une longue présence en Afrique du Nord et une politique pressante d'assimilation. Idem pour les Byzantins, les Vandales, et plus tard les Français, ou les espagnols au Maroc. L'islam n'a pas arabisé tous les peuples qu'il a convertis, bien évidemment, encore que les Turcs sont souvent d'excellents arabophones, malgré plus de soixante dix ans de laïcisme et de la tentative avortée désormais d'Ataturk d'effacer l'islam du pays. On peut en dire autant pour les Perses, qui eux aussi pratiquent l'arabe, au moins pour les plus pratiquants d'entre eux. J'ajouterais que, contrairement aux autres, l'islam n'a jamais entravé la langue amazighe, dont la pratique jusqu'à dans les mosquées a été encouragée. Les Berbères d'Afrique du nord ne sont donc pas des Arabes. Je n'aurais jamais soutenu une telle sornette. Mais, ils appartiennent à l'aire culturelle arabe et font partie d'une géopolitique arabe, marquée d'ailleurs par de grands mélanges ethniques. L'arabité, encore une fois, n'est ni une ethnie, ni une race (notion plus que relative, qui a surtout servi à coloniser, et qui a été récusé depuis quelques décennies), mais seulement l'appartenance à une même aire du fait de l'histoire, de la géographie et de la culture, risée autour d'intérêts et de souvenirs communs. Elle brasse des peuples divers et des religions différentes. Les Berbères ne sont pas Arabes au sens ethnique, mais arabophones, arabisés par l'islam. Difficile d'effacer les réalités historiques. Les équipées actuelles contre l'arabité et la langue arabe en particulier, par l'introduction notamment d'un hideux sabir hybride franco-arabe en Afrique du nord, sont voués à l'échec, comme celles qui les ont précédés. Il faut s'y faire. Il faut enfin se méfier des nations fondées sur l'ethnie : la dernière fois ce fut en Allemagne avec les conséquences que l'on sait.

Justinia
| 13-02-2020 12:22
Bonjour,
M. Zamharir prétend toujours que c'est l'islam qui a arabisé les berbères.Mais il ne nous dit toujours pas pourquoi l'islam n'a pas arabisé les Turcs,la Bosnie, le Brunei etc...
Zamharir a donc décrété que les Berbères sont Arabes qu'ils le veuillent ou pas.Alors,on ne veut pas.
Cordialement.

Justinia
| 12-02-2020 18:02
La confrérie des frères musulmans ont un plan de conquête.
Un document appelé "Le projet"nous guide vers leur dessein conquérant.Véritable plan de conquêtes et de destruction.Leur objectif ?
1/ La Charia
2/ le Califat mondial.
Quant à ce "subit ventre mou" de Khrigi,ce n'est que la tactique des frérots et c'est là où il est le plus dangereux.
Ces gens ne lâchent rien au contraire,ils infiltrent,ils détruisent.Qu'ont-ils fait depuis 2011 à la Tunisie? Rien,le pays est devenu un champ de ruines.

Skon
| 11-02-2020 18:25
Vous écrivez n'importe quoi '? votre analyse est tellement infantile et subjective que je vous plains.
Quand vous dîtes "Il trouvait "normal" de respecter le culte des deux autres religions du Livre, comme le recommande le Coran" vous vous référez au Coran ? Si tel est le cas, je vous invite à relire le Coran (n'hésitez pas à demander des traductions) et bien comprendre la signification de "dhimmi" par la même, vous comprendrez les humiliations subies par les 'on musulmans dans les terres conquises. Le nord Afrique a été islamisé par l'épée, arrêtez de dire des calomnies et accuser les chrétiens des atrocités commises lors des Ghazaouet. Dernière chose, vous pouvez aussi (si vous étes passionné d'histoire) vous intéresser sur le génocide des indous suite à l'invasion islamique (plus grand génocide de tous les temps), vous apprendrez beaucoup de choses sur les arabes (que vous adulez tant) et les ottomans. Pas besoin néanmoins de vous rappeler les millions d'africains réduits à l'esclavage par les musulmans (le prophète lui même d'ailleurs possédait plus d'une cinquantaine) qui est tout à fait légal en islam

Lol
| 11-02-2020 17:06
Donc tout ça pour nous dire que RG doit être soutenu dans sa guerre contre KS parce que Ghannouchi est le sauveur de la Tunisie ?
Et oui, après le patriarche,on l'appelle sauveur de la Tunisie. Et sur BN !!!
SOS
Abir manifeste toi

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