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Industrie des composants automobiles : le début de la fin ?

Temps de lecture : 6 min
Industrie des composants automobiles : le début de la fin ?

 

L’industrie des composants automobiles est un secteur stratégique pour la Tunisie. A lui seul, il représente une part importante des exportations tunisiennes mais aussi des emplois. Mais, le secteur se trouve face à des défis majeurs qui détermineront son avenir. Il devra faire face, d'une part, aux récentes innovations en matière de voiture électrique, hybride et autonome et la mise à niveau qui doit être opérée et, d’une part, à la crise Covid-19 qui touche le monde entier et impacte la demande en terme de véhicules. L’Etat tunisien est-il conscient des enjeux ? 


La pandémie Covid-19 a mis à rude épreuve l’économie tunisienne, déjà fragilisée. Le manque de visibilité, l’instabilité politique et sociale, les diverses crises qui ont secoué le pays outre une imposition de plus en plus accrue ont essoufflé le secteur privé formel. La crise sanitaire a été le coup de massue qui l’a mis à genou et sans aide, le secteur ne pourra se relever sans encombres.

Le secteur des industries mécaniques et électriques est l’un des secteurs stratégiques du pays les plus fortement touchés. Au premier semestre 2020, il a enregistré une diminution de son export de 27,4%, par rapport à un an auparavant. En 2019, le secteur a réalisé des exportations de l’ordre de plus de 20 milliards de dinars (soit 46,57% de l’ensemble des exportations, ndlr). Le secteur des composants automobiles y participe dans une large proportion avec 7,5 milliards de dinars.

 

Ainsi et selon une étude commandée par la Tunisian Automotive Association (TAA), qui réunit les acteurs du secteur de l’industrie des composants automobile en Tunisie, et réalisée par le cabinet EY Tunisie, les scénarios les plus optimistes prévoient un recul de la consommation de véhicules de 11% pour 2020 et un retour aux volumes de 2019 en 2025 au plus tôt. Or, le secteur des composants automobiles représente plus de 80.000 emplois directs, et selon la même étude précitée, faute de mesures rapides et adéquates, une perte sèche allant jusqu’à 17.537 emplois est à craindre d’ici la fin de l’année 2020.

L’étude a été réalisée auprès de 109 industries représentant plus de 70.000 emplois dont 29 entreprises de plus de 500 salariés et qui est mené sur la base des estimations propres des entreprises issues de leurs projections internes et de la visibilité sur leur activité à fin d’année 2020 au 15 juin 2020. Selon elle, 94% des entreprises annoncent une baisse des commandes et des ventes et 64% d’entre elles pensent qu’elle sera supérieure à 25%.

Toujours selon ce même document, si aucune mesure n’est prise, cette baisse des commandes induira un effet direct sur les emplois. Et l’impact chiffré de la crise sanitaire sur le nombre d’emplois du secteur est estimé au plus bas à 7.919 emplois (best case scenario sur les entreprises répondantes seulement) et au plus à 17.537 emplois (worst case scenario) dont 85% issus des grandes entreprises ce qui représente entre 11% et 23% de l’effectif des entreprises sondées.

 

Il faut dire que même avant la crise sanitaire, le secteur faisait face à des freins de taille : le climat des affaires en Tunisie est en nette détérioration depuis 2010 mettant l’industrie automobile face à des défis majeurs.

Parmi les obstacles évoqués, une lourdeur administrative, l’inadéquation des profils formés, du retard par rapport aux concurrents (marocains, roumains et turcs) en termes d’infrastructure et d’incitations fiscales. Ce qui a eu un impact sur nos parts de marché à l’échelle mondiale qui ont stagné.

C’est dans ce cadre que la TAA a engagé une réflexion autour des propositions et recommandations à même d’améliorer la performance à l’export mais aussi l’attractivité de l’industrie automobile tunisienne. A l’issue de cette réflexion, certains constats sont ressortis, notamment : l’importance de valoriser l’apport du secteur à l’économie nationale en présentant des objectifs réalistes chiffrés de la contribution du secteur à l’effort national sur les principaux indicateurs clés (PIB, emploi, intégration nationale…) ; la nécessité d’avoir une stabilité et une visibilité à moyen terme sur les coûts fiscaux, des prestations assimilées, des services douaniers… de manière à pouvoir construire des plans d’affaires crédibles et réalisables et soumissionner en toute sérénité à des marchés pluriannuels auprès de donneurs d’ordres internationaux ; l’urgence de travailler sur la stabilité du climat social par la définition d’un plan d’augmentation salariale du secteur sur 3 ans et l’engagement des entreprises et des partenaires sociaux à développer un environnement social favorable (RSE,…) sur les cinq prochaines années ; et la criticité de mener des réformes et des allègements de procédures par l’identification prioritaire des réformes à court terme.

La profession a ainsi réfléchi à un projet de pacte pour la compétitivité de l’industrie automobile et s’est fixée des objectifs à horizon 2025, avant même la crise Covid-19, notamment atteindre 12,6 milliards de dinars d’exportations, 120.000 emplois et 57.600 dinars de valeur ajoutée par employé, réaliser des investissements à hauteur de 26% du PIB automobile, implémenter cinq nouveaux projets (une unité d’assemblage finale de véhicules électriques, deux équipementiers automobiles de rang 1 et deux centres de compétences) outre aboutir à un taux d’intégration de 50% et un taux d’encadrement de 20%.

 

Certaines propositions d’urgence ont été formulées pour le sauvetage du secteur des répercussions de la crise Covid-19. Pour l’emploi, les professionnels préconisent le règlement des prises en charges salariales, le maintien dans le temps des mesures énoncées, la reconversion des charges patronales en salaires pour maintenir la trésorerie suffisante à court terme, l’accélération du déblocage du versement de toutes les subventions aux entreprises (Plan de mise à niveau, projets d’intérêt national, Investissement technologique prioritaire) pour les investissements matériels et immatériels et le gel de toutes les charges, en particulier pas de nouvelle charge sur le chiffre d’affaires.

S’agissant de l’accès à la trésorerie, ils réclament une clarification de la garantie de l’Etat et la mise en place d’un fonds de garantie pour rendre les entreprises Offshore bankables à court terme avec un accès au crédit local.

Sur un autre volet, la TAA estime que l’Etat doit intensifier le démarchage et le Lobbying gouvernemental auprès des hauts dirigeants pour s’assurer du maintien des filiales existantes et se positionner en destination privilégiée à la relocalisation. Elle préconise la réallocation des fonds du Cepex suite à l’annulation des salons et à faire appel à contribution auprès des bailleurs de fonds.

 

Pour la relance, le secteur recommande la facilitation de la reconversion des entreprises par la mise en place d’incitations à l’investissement et au réinvestissement, l’assouplissement des démarches douanières relatives à la revente des déchets sur le marché local, l’élimination de la procédure de domiciliation des factures qui ralentit considérablement les opérations d’export et la favorisation du recyclage de l’effectif via un transfert de charges dans le sens de partenariats avec les universités et les ISET pour mettre en adéquation les compétences des effectifs impactés par la baisse de la production.

 

Autre fait important, certaines PME du secteur pourront bénéficier d’un programme d’appui de 675.000 euros qui a été mis en place à cet effet. Une initiative qui consiste au remboursement des dépenses engagées pour la réalisation des mesures de protection des employés contre cette pandémie et l’amélioration de leurs conditions de travail et vise à soulager les entreprises du secteur des charges financières supplémentaires, de les encourager à intégrer les nouvelles mesures sanitaires et de les aider à se moderniser, à s’adapter et devenir plus résilientes, notamment via la digitalisation ou l’élargissement du télétravail. Au menu également, une assistance technique au besoin.

 

Le secteur des composants automobiles se trouve face à un tournant décisif. Pour sa survie, des décisions devront être prises en urgence. Leur teneur est décisive pour son avenir et son renouvellement, les cartes étant en train d’être redistribuées. La Tunisie doit se positionner sur le nouvel échiquier, avec les rélocalisations qui sont en train d’être opérées mais aussi dans les nouvelles industries liées notamment aux nouvelles technologies des véhicules électriques, hybrides et autonomes. Le pays doit maitriser ces nouveautés et se placer en tant que fournisseur. A cet effet, des mises à niveau doivent être opérées et des fonds mobilisés à cet effet. Le devenir du secteur en dépend, mais pour cela, il faudra replacer l’économie au centre de tous les intérêts, ce qui est loin d’être le cas actuellement...

 

Imen NOUIRA

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Commentaires (3)

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pit
| 03-08-2020 10:06
Si, pour la survie du secteur des industries mécaniques et électriques, "des décisions devront être prises en urgence" nous pouvons prendre des pelles et commencer à creuser...le secteur est condamné !...et pendant ce temps, nos députés se tapent 2 mois de vacances, payées par une population méprisée et dépourvue.

Albatros
| 01-08-2020 16:19
Legacy automotive is dead. dead.
electrification is the future.
Tesla inc. is leading the way with their disruptive technology.

Abir de Gabès
| 29-07-2020 20:53
Bonne question!
Mais y a-t-il un Etat digne de ce nom en Tunisie depuis 10 ans?

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