alexametrics
lundi 08 août 2022
Heure de Tunis : 00:03
Chroniques
Constitution, Carthage vs Bardo
Par Synda Tajine
21/06/2022 | 15:59
3 min
Constitution, Carthage vs Bardo

 

Emballée dans un joli papier cadeau, la nouvelle constitution de 2022 a été livrée hier au chef de l’Etat.

On ignore, pour l’instant, le contenu de ce nouveau texte, hormis le fait qu’il a été rédigé beaucoup trop vite pour constituer cette base qui servira de fondement aux générations à venir.

Que sait-on aujourd’hui de la nouvelle constitution ? Tout ce que l’on sait pour l’instant, c’est qu’elle fera, en apparence du moins, tout pour trancher avec la constitution de 2014, celle du Bardo, la « meilleure constitution du monde » (sic). L’enjeu est donc très simple, que Carthage gagne la guerre et batte à plate couture Bardo dans une guerre politique qui fait tout pour se faire passer pour une croisade de valeurs et de principes.

 

Après avoir annoncé que l’article premier de la Constitution n’existera pas dans la nouvelle, laissant la porte ouverte à ceux qui nourrissaient depuis 2011 l’espoir d’un Etat laïc (non, ce n’est pas une insulte) dans lequel TOUS auraient leur place, l’islam est désormais consacré religion de la Umma.  On n’aura donc plus « la Tunisie est un État libre, indépendant et souverain: sa religion est l'islam, sa langue l'arabe et son régime la république », mais un Etat qui veillera à consacrer les objectifs de l’Islam et de la chariaa.

D’accord, l’Etat n’a pas de religion mais c’est la Umma qui en a. La religion – l’islam donc, religion de la majorité – devra donc régir les fondements de l’Etat, de ses institutions. L’Etat – qui en théorie n’a pas de religion (sic), devra donc « œuvrer pour l’accomplissement des objectifs de l’Islam et de la "Chariâa" ».

 

Kaïs Saïed qui avait longtemps dénoncé la fourberie et le double-discours des islamistes, se dit donc que, finalement, il ferait bien comme eux. Le peuple – attaché à sa religion – n’y verrait que du feu. Qu’est-ce que ceci changerait au fond ?

Ce qui change c’est que la religion n’est plus une question identitaire mais pratique. Elle ne définit plus l’identité du peuple mais les grandes orientations de ses institutions. Et là, le champ des possibles est infini et illimité.

Ceux qui - comme moi - en ont marre que le haram-halal régisse les décisions les plus basiques du commun des mortels, lève le doigt. Je sais que vous êtes plus nombreux que ce qu’on dit dans la salle.

 

Il faudra attendre fin juin pour connaitre ce que cette constitution a à offrir aux Tunisiens. Pas moyen, à l’heure actuelle, de connaitre ce que le « brouillon » contient, puisqu’il est sujet à modifications diverses et variées. Il faudra donc faire une confiance aveugle à Kaïs Saïed qui se chargera, de ses blanches mains, d’apporter les dernières modifications qui feront la version finale. Mais il faudra aussi faire confiance à ceux qui l’ont élaborée et qui nous ont promis qu’ils ne manqueront pas de dénoncer toute éventuelle déviation. Pas d’autre choix que de les croire sur parole.

Celui qui avait souvent craché sur « ceux qui opèrent dans l’ombre » et « ceux qui fomentent des plans dans les chambres closes », s’est finalement dit qu’il ferait bien comme eux. Le peuple – habitué aux messes basses – n’y verrait là aussi que du feu.

 

En définitive, aux Tunisiens habitués d’être maintenus à l’écart et de servir de dindons de la farce, on leur ressert le même plat. Même pas réchauffé. Ils n’auront ni l’occasion de participer à l’élaboration de leur nouvelle constitution ou d’émettre un avis, ni d’en connaitre le contenu suffisamment en avance pour avoir la latitude de décider quoi voter.

 

Nous avions longtemps spéculé et fondé des espoirs sur le changement de l’article premier et la consécration d’un Etat parfaitement laïc. Il semblerait que la guerre entre l’Etat-nation et l’Etat-Umma a finalement été close. La guerre Bardo-Carthage sera, elle aussi, bientôt scellée. Comme pour tout ailleurs, toutes les bonnes choses ont une fin…

Par Synda Tajine
21/06/2022 | 15:59
3 min
Suivez-nous
Commentaires
Amroussia
Soyons sérieux
a posté le 22-06-2022 à 12:04
Depuis maintenant quelques semaines et mois, sur BN on remet en cause toutes les initiatives qui nous ont permis de tourner la page des années difficiles 2011-2021.
Historiquement, la majorité des constitutions post-crises ont été rédigées par des spécialistes et confirmées par des référendums. Une procédure très proche de celle qui se joue actuellement en Tunisie. Cette option se construit devant nos yeux.
Chacun aura l'occasion d'exercer son rôle de citoyen en votant.
Les tunisiens ont besoin de reprendre espoir, de dépasser les débats du 20ème siècle: Religion, Communisme, ...
Le tunisien a envie de vivre, de construire un futur meilleur pour les prochaines générations paisiblement!
il veut s'épanouir tout simplement!
Tounsi Fakhour
Chronique intéressante
a posté le 22-06-2022 à 10:55
La liberté de conscience est garantie par la loi.
Les obligations religieuses sont entre chaque individu et son Dieu.
La foi, la croyance, la pratique, cela relève de la sphère strictement privée. Et cela ne regarde pas les autres.
Donc, inclure la religion dans la constitution, dans LA loi fondamentale, n'a rien de pertinent, voire même un peu absurde !
Les sources du droit sont un critère de la détermination du système juridique du pays considéré, selon qu'il y ait plus de considération pour le droit écrit (droit civil), la jurisprudence (Common law), la coutume (droit coutumier) ou les principes de la religion d'?tat (droit religieux).
Il y a les codes civil et pénal, les différentes lois légiférées, et en Tunisie le code du statut personnel'?'
Le droit coutumier inclut habituellement la tradition, donc aussi la religion. Rien d'étonnant !
Encore faudrait-il expliquer et convaincre, que la séparation entre l'Etat et la religion n'est nullement une négation ou une atteinte à l'Islam, que cette MEME LAÏCITE CONSTITUE UNE BARRIERE CONSTITUTIONNELLE FACE A L'INSTRUMENTALISATION DE L'ISLAM A DES FINS POLITICIENNES (le but des islamistes).
Le choix de ceux qui ont à c'?ur à vivre dans une Tunisie républicaine, au sein d'un Etat laïc tout en étant attaché à leur patrimoine et leur culture, est tout à fait clair !
Sur le sujet, voir aussi la belle analyse sur le lien :
https://www.leaders.com.tn/article/33489-moncef-ben-slimane-la-tunisie-a-l-aube-de-la-laicite
Nouvel arrivé
'?tonnant
a posté le 22-06-2022 à 09:59
Vos propos dans cet article sont étonnant. Vous souhaitez absolument mettre en place une démocratie (donner le pouvoir au peuple) et dès que cela arrive, vous critiquez a longueur d'article.

Vous êtes une minorité très visible de laïc dans ce pays mais voulez absolument impose vos idées a une majorité écrasante d'un peuple qui est attaché a sa religion.

Dès que les choses ne vous conviennent plus, vous insultez vos compatriotes dans un français très pauvres.

C'est fort dommage.
riri
toujours du mal à comprendre la laïcité..
a posté le à 13:26
Les laïcs ne veulent pas imposer d'idées, ils veulent que les religieux n'impose pas les leurs, nuance!
Est ce si dur de comprendre que votre religion n'est pas et ne devrait pas être mon problème? Est ce que je vous juge tout les jours moi, vous menace et insulte, parce que vous ne respectez pas mon Dieu à moi ? (une sardine qui flotte autour de la lune et porte des lunettes roses)
Ben Hassen
Islamisle de gauche
a posté le 22-06-2022 à 09:24
L'arbre qui cache la foret
A-t-on eu tort de croire que le 25 juillet mettrait fin a l'islam politique ? Vivons nous aujourd'hui la confir mation d'un islam politique.... et de gauche, de surcroit ? La culture univetselle, la tolerance, le modernisme, ont- ils ete enterres ? Le model social de Bourguiba, est il sacrifie de maniere irreversible ?
Welles
La décadence
a posté le 21-06-2022 à 22:02
L'Etat au service de la charia dit le président, l'objectif du Gourou et des islamistes, à côté, c'est du pipi d'oiseau.
DHEJ
.. Les Tunisiens habitués d'être maintenus à l'écart et de servir de dindons de la farce,..
a posté le 21-06-2022 à 21:18
De quelle démocratie parle Amin MAHFOUDH?
ANTIRELIGION
MADE IN ISLAMISME
a posté le à 09:31
Une démocratie qui ne sera pas pire même beaucoup mieux que la démocratie de l'ignare guhanouchi et ses sbires c'est à dire une théorie dans un emballage MADE IN islamisme .
DHEJ
GHANNOUCHI n'a rien de l'islam...
a posté le à 11:22
La constitution de 2014 est MADE IN GHANNOUCHI, le diable!
el ouffy y
l histoire ne pardonne pas
a posté le 21-06-2022 à 20:33
et le berberisme non plus c est notre race indiscutable .