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Tribunes
Avant le chaos - La crise actuelle et la nécessité d’un humanisme en politique
06/01/2021 | 17:05
5 min
Avant le chaos - La crise actuelle et la nécessité d’un humanisme en politique

 

Par Dr Fethi TOUZRI*

 

La Tunisie vit une crise sans précédents, tout le monde en parle, tout le monde s’inquiète et retient son souffle. La crise est là, elle est palpable, vécue, et perçue de plusieurs manières par les acteurs économiques, sociaux et politiques. Elle concerne tous les aspects de la vie quotidienne et nous plonge dans les aléas de l’incertitude et des questionnements sur le devenir de notre pays.

 

La crise actuelle ne peut être abordée en dehors du contexte historique et en particulier de « la révolution tunisienne ». Ce grand moment historique de notre pays est un phénomène chargé de sens qui a impacté la vie des Tunisiens et qui continue de le faire. Dix ans après, nous sommes tous interpelés par cette histoire et nous avons l’obligation et la nécessité d’interpréter historiquement ces faits pour tenter une compréhension de la crise actuelle.

 

Plusieurs lectures de la crise sont possibles. Il ne s’agit pas de déterminer qui a raison ou qui a tort, mais il s’agit d’assumer son rôle citoyen et de proposer une réflexion dans l’espoir d’apporter un éclairage sur l’ampleur, l’intensité et les causes de cette crise, dans l’espoir de l’émergence de pistes de dégagement.

Il s’agit en quelque sorte d’appel « avant-le-chaos » afin de solliciter les esprits libres, critiques et vaillants dans l’espoir de créer un sursaut prometteur pour le déclenchement de réponses actives, programmatiques et salvatrices. Nous devons combattre le fatalisme et se positionner comme questionneur de ce « chaos annoncé », pour susciter un plus grand sursaut de conscience. Les choses ne changeront pas si on se contente d’être triste et consterné par la perte de nos valeurs ou bien inquiet et choqué par la dégradation de nos institutions ou encore par cette descente aux enfer de notre vivre en commun. C’est cette émulation collective, ce rôle citoyen de veille et de vigilance dont le pays a besoin en ce temps difficiles.

 

Dans cette crise les risques et les menaces sont élevées et variées mais tout porte à croire que l’humain en nous serait certainement au cœur de la tourmente.

Nous supposons que dans la crise actuelle l’« Esprit » de notre pays  ( المهجة ) est malade, qu’il est gravement atteint, qu’il a déjà altéré « l’humain » en nous et que cela peut être le lieu de tous les dangers et même de la perte de notre pays tel que nous l’avons connu, aimé, idéalisé intériorisé et approprié . Nous pouvons déjà constater cela aisément dans les comportements, dans les interactions sociales, dans les dynamiques collectives et dans les discours produits ici et là. Nous pouvons également le constater dans la « déligitimation » mutuelle des acteurs politiques ouvrant ainsi la porte à toutes les tentations extrêmes et radicales.

 

C’est cet esprit enraciné dans des valeurs humanistes, dans des faits historiques marquants et dans un idéal humaniste sans cesse renouvelé et enrichit qui a animé les grands projets de transformation civilisationnelle de notre pays. De tout temps la Tunisie a pu trouver à des époques variées la posture, la matière et les ressources nécessaires pour jouer un rôle civilisationnel dont nous sommes fières et qui doit continuer à nous inspirer et à nous insuffler une énergie pour concevoir un avenir meilleur pour les générations futures. Cet esprit fait partie de notre identité, de notre histoire et de notre culture. Les fervents démocrates, les militants de la justice sociale, les bâtisseurs de ce pays, les pères de l’indépendance, les générations de réformateurs, pour ne citer que ces exemples, hommes et femmes, tous se sont inspirés de cet esprit qui les a animés pour mener leurs combats et défendre les grandes causes connues de notre histoire. Ce lègue humaniste est une responsabilité, c’est aussi une histoire commune qui nous lie, qui nous parle et qui nous guide.

La difficulté actuelle à asseoir un projet politique pluraliste, viable, prometteur, démocratique, qui revigore l’Etat, qui redessine le pacte social et qui s’inscrit dans le sens de l’histoire du pays nous plonge dans la tourmente. Un projet politique conçu sur des instituions de qualité capable de garantir la dignité, la liberté et la justice sociale, capable de gérer la différence, capable de libérer les énergies et de consolider l’unité nationale, capable de donner la capacité aux population vulnérables et affectée par les restrictions et les exclusions multiples, capable de corriger les inégalités et d’offrir un horizon de prospérité ; cet échec-là est lourd de conséquence. 

 

Dans ce contexte, le danger du « populo/fascisme » rampant se profile et vante une « nouvelle ère » à vocation de restaurer le paradis perdu sur les décombres d’un présent considéré de manière anhistorique, perçu comme inutile et jugé comme décadent ; offrant ainsi une interprétation déshumanisée de l’histoire du pays et une lecture quasi apocalyptique de l’expérience politique en difficulté et en mal de repères et d’humanisme. D’autres monstres tout aussi dangereux peuvent se libérer et détruire ce qui en reste de notre « humanité » et semer la désolation.

Mais il ne s’agit que de difficultés et non d’une fatalité. Il s’agit également de notre pays à tous, « bad guys » et « good guys » (dieu reconnaitra les siens). Il s’agit de notre salut collectif en tant que nation. Nous devons éveiller notre conscience, stimuler l’intelligence collective et nous entraider afin d’apporter une autre interprétation du drame contemporain qui se déroule sous nos yeux et donner une autre répartition des responsabilités.

 

Nous devons tenter cette réflexion et mener cette interprétation pour médiatiser non seulement entre les factions politiques survoltées par la crise et obnubilées par la dynamique du conflit et du pouvoir ; mais également pour médiatiser entre le passé le présent et le futur dans l’espoir de produire des Idées dans lesquelles la conscience collective peut espérer trouver des remèdes à la maladie de l’esprit de la nation et retrouver le sens de l’histoire.

 

*Fethi TOUZRI : Médecin et homme politique

06/01/2021 | 17:05
5 min
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Commentaires
marc Chikhaoui
L'Islamisme est un fascisme
a posté le 12-01-2021 à 12:07
Il est assez vain de gloser sur l'humanisme, quand on sait que l'Islam dépouillé, depuis des siècles de ses fondements spirituels, vidé par la dévastation intellectuelle, qui s'est institutionnalisé en analphabétisme généralisé pendant l'ère ottomane, est devenu une coquille vide débordant de ritualisme obscurantiste, s'est placé à des années-lumière de l'humanisme qui met l'homme et non la Tradition au centre des préoccupations de la cité. Les vagues essais de s'arrimer à de pâles "Lumières" tels qu'initiés par Mohamed Ali en Egypte, ou Bourguiba, ont volé en éclats face aux deux fascismes que constituent le wahhâbisme et leurs corollaires frères musulmans. Nous sommes dans la situation de l'Occident au 13 -ème siècle avec les tribunaux de l'Inquisition, les croisades et les buchers sur la place de Grève et il faudra encore longtemps pour changer les gueules torves des Ghannouchi « chaméliques » et autres islamopithèques en Marciles Ficin et Pic de la Mirandole
DHEJ
Toubib est-il daltonien ?
a posté le 07-01-2021 à 17:09
C'est le chaos par excellence et l'apprenti politique parle de crise...


Il était chef de cabinet chez FAKH²?
Amilcar
Beaucoup de baratin
a posté le 07-01-2021 à 14:12
Romancé a l eau de rose et peut ou pas de auggestions concretes
L.etat actuel est un etat dens l etat! Un etat qui veut faire tomber l etat legitime!
Donc il faut se reveiller et eliminer l ennemi qui verrouille et Sabote intentiomnellement les institutions pour parachever ses objectifs. Ca fait Au moins 10 ans qu on en parle et Le malheur , Le mal est toujours là!
Il faut donner Des objectifs, Des projets et de l' espoir aux jeunes !
Il fallait etre proactif, et il.est temps.de l' etre Des actions de ceux Au sommet qui peuvent faire changer les choses par Des imitiatives courageuses . Mais ils.vont a l invese.
Le.manque de chaleur et de proximité du peuple , la trahison et Le manque de discernement concerne ces politiques qui dirigent!

Le.temps n est pas a l' introspection intellectuelle mais l' action