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Chroniques

Simplisme politique et politique des extrêmes

Temps de lecture : 7 min
Par Inès Oueslati

S’il est un pays qui connaît la gueule de bois d’après-élections, comme nous l’avons connue après la révolution, c’est bien la France. Malgré sa démocratie enracinée, malgré son attachement à la pluralité politique, malgré sa tolérance quant à la différence idéologique, la France est explicitement critique face au parti d’extrême droite. Elle dit ouvertement, à travers ses médias et ses figures politiques, son indignation face au choc qu’a constituée sa victoire inattendue aux dernières élections.

Les lendemains de votes ont des goûts difficiles, visiblement. En cette période de crise politique, il est des votes-sanction. En cette période de crise économique, il en est d’autres refuges. Quand les temps sont durs, l’on part vers l’extrême, vers une foi excessive, vers un nationalisme affirmé à l’extrême. Une quête de l’identité s’opère souvent par ces temps durs. Toute spécificité mise à part, c’est en partie ce qui est arrivé en Tunisie, lorsqu’un peuple connu pour sa foi modérée a érigé, au pouvoir, l’islamisme politique. Celui là même qui avait fait, parmi les Tunisiens, des victimes défigurées au vitriol et d’autres mortes dans des explosions orchestrées, dit-on, par ceux qui nous ont un certain temps gouvernés.

C’est que l’extrême rassure. Il est voulu comme une manière de sanctionner une politique à évincer, car non appréciée, car non efficace. C’est le cas de François Hollande, président français, qui a prouvé, au cours de son mandat encore en cours, les limites du socialisme dans sa conception actuelle, mais peu d’actualité. Une révision du « Socialisme » politique s’impose puisque les impératifs du citoyen comme de l’Etat ont changé. Bien loin de l’efficience escomptée, encore plus loin de ses promesses électorales, François Hollande est très critiqué, pour sa politique, pour sa présence, pour son absence. Bref, tourné en dérision, le président français rappelle à bien des égards, notre Moncef Marzouki national ou du moins la manière dont est perçue, en majorité, sa prestation présidentielle.

Mis, en quelque sorte, en quarantaine, suite à des votes ayant acculé le socialisme au rang de nos « zéro virgule » ou presque, François Hollande devrait démissionner, selon certains observateurs. "Le score minable du Parti socialiste témoigne de la défiance des Français à l'égard de François Hollande et de son gouvernement à des niveaux jamais atteints sous la Ve République", a écrit Hervé Morin, président de l’UDI, dans un communiqué paru dans le Figaro, il y a deux jours. Mais protégé par un « bouclier institutionnel », Hollande restera en place, entre l’Elysée et la rue du cirque, il continuera son sur-place politique. Ses dernières sorties ont tourné à la douche froide et les passages du cortège présidentiel par les Champs Elysées, n’attirent plus la foule, tant l’image de la présidence a été avec lui changée (en témoigne la célébration de l’Armistice, ce 8 mai 2014).

C’est que François Hollande avait opté, dès le début de son mandat, pour une certaine normalité qui l’a desservi. « La présidence normale » était un des slogans de sa politique de proximité annoncée. C’est aussi ce que voulait faire un Moncef Marzouki qui, en dévêtant la présidence de la République de ses protocoles, et en ôtant la cravate, a pensé rester davantage proche du peuple, par le paraître et par l’attitude. Moncef Marzouki en est-il devenu plus populaire ? La réponse est non, car le peuple a désormais le flair pour cerner le populisme et car l’on attend plus d’un président que d’être un président « simple ». « La fonction d'un président de la République, ce n'est pas une fonction normale. Et la situation que nous connaissons, ce n'est pas une situation normale. Votre normalité, elle n'est pas à la hauteur des enjeux », avait répondu le président sortant Nicolas Sarkozy à François Hollande, lors d’un duel télévisé. Celui même qui a connu le célèbre « Moi, président de la République » repris 15 fois de suite par le candidat socialiste de l’époque.

Hollande et Marzouki ont axé leur politique, prioritairement, sur l’image qu’ils veulent donner d’eux-mêmes, sur leur manière d’être, sur leur attitude. Ils sont restés attentifs à leurs propres attentes et ont omis que la conjoncture impose plus d’eux et que si attente il y a, c’est bien du côté des gouvernants que cela se situe. L’on attend donc plus d’un gouvernant que de la simplicité et on s’impose, en premier, auprès des électeurs, par le charisme, par exemple.

C’est ce qu’a compris en France le Premier ministre Manuel Valls. C’est ce qu’a compris en Tunisie, le chef du gouvernement Mehdi Jomâa. Les deux ont une présence imposante qui a suppléé à celle plus lisse de présidents qui se cherchent encore. Des présidents qui, en cassant l’image ancienne de la présidence, ont altéré la leur. Avec son « J’assume », prononcé plusieurs fois de suite à l’Assemblée nationale, Manuel Valls a voulu mettre en évidence son courage, son endurance et son sens de la responsabilité. A travers son attitude et sa manière de prendre les choses en main, Mehdi Jomâa s’est façonné une image de force et de compétence au regard des Tunisiens. Même si les résultats de son gouvernement se font attendre, même si ses discours ne sont pas encore assez travaillés, le chef du gouvernement tunisien a réussi à maintenir tel quel, voire améliorer, son capital sympathie et combler le déficit occasionné sur l’Etat par une présidence défaillante.

Par ailleurs, ce qui a impacté les dernières élections en France, c’est sans conteste, un taux d’abstention fort. Celui-ci se chiffre à 56,89 %, lors des dernières élections européennes. Il était de 39 % lors des dernières municipales. Pour les dernières élections tunisiennes, le taux d’abstention, en octobre 2011, a été important aussi. Il a atteint des records pour les Tunisiens de l’étranger où on enregistrait près de 75% de taux d’abstention. Quant à notre président, il a élu par 153 députés de l’ANC à laquelle il est parvenu grâce au vote favorable de quelque 17.000 électeurs. Pour nos élections qui se préparent en ce moment, un effort devra être fait pour que soient influencés et revus à la baisse, les abstentionnistes susceptibles par leurs passivités de faire chavirer l’embarcation qu’on peine à faire parvenir à bord.

Entre-temps, en France, des partis implosent et le schéma politique vit une mutation importante. Entre-temps, en Tunisie, des partis politiques et des alliances implosent et le schéma politique vit aussi une mutation vers l’improbable. Malgré les sondages effectués chez nous, depuis un certain temps, le paysage politique final reste incertain et les choix des votants et des abstentionnistes demeurent mystérieux car souvent imprévisibles.

«Sortir de l'Europe, c'est sortir de l'Histoire», a déclaré François Hollande dans le cadre d’une tribune publiée, dans le Monde, en date du 8 mai 2014, et intitulée « L’Europe que je veux ». Face aux « eurosceptiques », le président français a choisi une décence quelque peu normale. Face aux « afro-sceptiques », notre Moncef Marzouki a choisi l’indécence et la suffisance qui font dire à un président de la République, devant les ambassadeurs des pays du continent africain, que ses concitoyens sont des «ignorants qui ne réalisent pas qu’eux aussi appartiennent à l’Afrique ».

« Si l’UMP et le PS étaient bons, le Front national n’existerait pas », a déclaré Marine Le Pen (leader du Front national sorti gagnant des derniers scrutins en France). Une citation évoquée dans « Marine Le Pen, notre faute ! », un livre sorti hier en librairie en France. « Si notre opposition était bonne, Ennahdha n’aurait pas connu sa résurrection », déclarent tous les jours des Tunisiens ayant encore à la mémoire l’arrière-goût d’un certain 23 octobre, une amertume qu’un prochain scrutin pourrait faire oublier ou, au contraire, pourrait rendre plus vive.

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Commentaires

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Slahdiine
| 28-05-2014 16:51
@Zied


Aux arguments non dénués de sens que vous évoquez, je peux vous soulever des contre-exemples pour démontrer par l'absurde les points communs entre le parti d'extrême droite française dit le front national et le parti d'extrême droite islamique de Tunisie nommé Ennhadha.
Ces deux partis extrémistes ont en commun la xénophobie et le culte de leur soi-disant supériorité de leurs civilisations respectives.
Ces deux partis extrémistes font de la religion et de la nation leur deux vecteurs principaux : ils sont extrémistes religieux et sont ultranationalistes.
Ces deux partis extrémistes ont le culte du mâle, de l'homme fort, du coq dans la basse-cour, d'un côté il y a le vieux borgne qui manque pas une occasion de marquer son territoire et de l'autre il y le vieux Ghanouchi qui ne peut pas rester en place, il est toujours à se déplacer d'un plateau de télévision vers un autre, d'un pays à un autre pour cultiver le culte de sa personne, dans l'extrême droite de la pensée de Friedrich Nietzsche.
Ces deux partis sont phallocrates, soi-disant viril et misogyne pour faire de la femme une poule pondeuse à la maison pendant que le mâle occupe la rue et les trottoirs.
Enfin sur la question de la guerre ( allah guerre comme allah guerre) le parti d'extrême droite tunisienne a soutenu et continue à soutenir les mercenaires en Syrie, comme d'ailleurs le parti d'extrême droite française soutien l'occupation des territoires occupés par Israël.
Je pourrais vous rédiger un essai politique sur les innombrables points communs entre ces deux partis nostalgiques l'un vieille France pétainiste et l'autre vieux monde islamique conquistador de l'Occident.
Mais comme dirait l'autre, comparaison n'est pas raison et faire une analogie systématique des deux partis est manifestement une erreur de vision.

Dr. Jamel Jamel
| 28-05-2014 16:08
le défi (le pari) consiste à réaliser l'autosuffisance, de mettre fin à l'insécurité et de protéger nos frontières dans un délai de 6 mois! Tout cela est réalisable avec du low-tech, sans aucune aide étrangère, sans faire recours à l'endettement et en particulier avec nos propres moyens.

Avec toutes les ressources dont on dispose en Tunisie, il est possible de réaliser des miracles en des temps records.

@Mr. Mehdi Jomâa: rien ne vous manque afin de réussir. En effet, il faut que vous vous dirigiez vers la réussite qui vous tient à coeur, sans attendre de nous rendre parfait ou que les conditions idéales soient au préalable toutes réunies. N'essayez pas de changer les Tunisiens, mais apprenez plutôt à tirer parti et profit de ce que nous sommes, sans nous entrainer dans une lutte inutile avec nous-même (comme l'a fait le clan Ghanouchi, avant vous). Il faut savoir apprécier ce que nous avons et ce que l'on est. Arrêtons la lutte inutile contre nous-même...

Dr. Jamel tazarki
www.go4tunisia.de

Zied
| 28-05-2014 15:16
Mon commentaire s'adresse à l'auteur de cette tribune et à momo qui prétend que le Front National et Ennahdha ont une idéologie comparable en tout point (je crois n'avoir jamais lu un commentaire aussi stupide).

Est-il raisonnable de comparer les échiquiers politiques français et tunisiens alors qu'ils n'ont pas grand chose en commun?

Quel point commun entre le Front National parti défendant le concept de laïcité et Ennahdha qui est opposé à une séparation entre l'Etat et la religion?

Croyiez-vous réellement à une similitude entre le Front National parti nationaliste défendant l'État Nation face au mondialisme, l'Union Européenne et la mise en place du traité de libré-échange Transatlantique et Ennahdha parti islamiste souhaitant la dissolution de la nation tunisienne dans le 6ème califat?

De même sur le plan économique quel rapprochement pourriez vous faire entre un parti qualifié d'extrême droite mais qui présente le programme économique le plus à gauche en France et un parti dont l'idéologie islamiste ("laissons la volonté divine faire les choses") le pousse vers le libéralisme économique?

Enfin sur le plan géo-politique quels partis sont les plus proches d'Ennahdha? Le FN opposé à la guerre en Libye et en Syrie (et je le précise d'emblée avec raison) proche de la Russie de Poutine et critiquant l'Arabie Saoudite et le Qatar ou bien l'UMP, le PS et leurs affiliés centristes du MODEM et de l'UDI, les écologistes et cie qui ont soutenu activement ces deux conflits et entretenant des liens économiques très forts avec ces monarchies du Golfe?

momo
| 27-05-2014 20:15
Vous avez raison ,des similitudes existent entre la France et la Tunisie,la radicalisation des peuples est ,une réalité aussi bien ici qu'ailleurs ,sauf que le FN voue une haine tenace à l'encontre des arabes ,ceux la même qui votent pour les islamistes en Tunisie et ailleurs .
Les deux électeurs sont des ultras conservateurs, extrémistes même, leur idéologie est à tout point comparables.
Là ou je ne suis pas d'accord avec vous comparer Holland à notre guignol de président, roi de la gaffe, chef d'une entreprise de démolition de l'état tunisien,c'est aller trop vite en besogne,

Nbh
| 27-05-2014 19:52
Très bon parallèle bravo

Scarabée
| 27-05-2014 18:55
En effet, la Tunisie et la France vivent des situations parallèles, concernant leurs présidents.
Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'ils nous ont désarçonnés, par leur façon de faire, leur manque de clairvoyance, leur maladresse, et le sentiment général qu'ils inspirent : celui de ne pas être les personnes idoines à la fonction présidentielle.

Les deux ont été élus de manière défiant toute logique : Hollande par dépit, uniquement par anti-Sarkozysme, et l'autre grâce à des magouilles troïkiennes.
Les deux ont cherché à se distinguer par une fausse modestie qui leur a été fatale.
Le président "normal" qui ne voulait voyager que par train a rejoint Paris par jet privé le soir de son élection.
L'autre, qui voulait vendre les avions présidentiels dès la première minute, en a bien profité depuis, additionnant les voyages à un rythme effréné et à des coûts mirobolants.

Les deux ont atteint des sommets d'impopularité jamais atteints, mettant en danger leurs pays respectifs, et ne songeant à aucun moment à l'éventualité d'une démission, pour le bien de tous.

Les deux connaîtront le même destin : celui de figurer dans l'Histoire comme les pires dirigeants qu'un pays ait pu avoir, par malheur, et par la bêtise de leurs électeurs.

SAMY
| 27-05-2014 18:38
Si les lecteurs de ce site étaient bons ils ne liraient pas un texte aussi simpliste et aussi plat. Allez sur d'autres pages du net aux contenus plus profonds et présentant les différents aspects de la complexité de la politique française. Ce n'est pas parce qu'on se déclare journaliste qu'on est compétent pour avoir des avis, et pire des certitudes, sur tout. Voyons si la censure laissera passer ce commentaire; gage que ce site est vraiment respectueux de la liberté d'opinion.

salahtataouine
| 27-05-2014 16:56
Anakyse !!
La mondialisation
La main mise de l axe germano atlantique sur l europe
La fuite en avant dans l otan isation de la france
Un valls arrivé quatrieme dans les primaires des socialistes
L implosion de l ump suite a des affaires des gros "cheques" ( l argent de kadafi va refaire surface )

Mohamed 2
| 27-05-2014 16:54
De quel quartier ?
Svp, évitons tous ces généralisations, dans quelque domaine que ce soit.
C'est déjà intellectuellement irrecevable.

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