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Ce qui reste à faire pour le tourisme tunisien

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Ce qui reste à faire pour le tourisme tunisien
La célébration, lundi 28 juin 2010, de la journée nationale du tourisme est une occasion pour s’arrêter sur les réalisations d’un secteur hautement stratégique certes. Mais, c’est aussi, l’opportunité pour faire le point sur ce qui reste à faire. Et, à entendre le ministre du Tourisme, Slim Tlatli, qui vient de dresser, il n’y a pas longtemps, la triste réalité du secteur, le chantier n’est en rien mince, et le premier responsable de l’administration de tutelle, a du pain sur la planche pour que le secteur rattrape le temps perdu, d’une part, et concrétise les objectifs ambitieux, fixés dans le programme présidentiel, de l’autre.

On ne s’attardera pas longtemps sur les acquis du secteur touristique. Pilier de l’économie nationale, le tourisme contribue à hauteur de 7% au PIB, génère entre 18 et 20% par an, de recettes en devises, couvre 56% du déficit commercial et emploie 400 mille personnes. Plus encore, il a un effet d’entraînement important sur d’autres secteurs économiques dont le transport, les communications, l'artisanat, le bâtiment...
Le secteur compte, aujourd’hui, 850 unités hôtelières dont plus de 500 classées, avec une capacité globale de plus de 241 mille lits, et des milliers d’autres lits sont en cours de réalisation ou au stade de l’étude. La destination a misé, dans un premier temps, sur le binôme plage&soleil, pour bâtir sa réputation de destination touristique. Mais, elle a fini par se rendre à l’évidence que ce seul argument de vente n’est plus suffisant, quoiqu’il demeure la colonne vertébrale du tourisme tunisien. Aussi, dans la foulée, d’une rude concurrence, elle a diversifié ses produits et son offre touristique.
Elle peut se targuer, aujourd’hui, d’offrir le tourisme balnéaire, « culturel », golfique, de plaisance, la thalassothérapie.....et on en passe......Ceci lui a certes permis d’améliorer ses scores, en réalisant une légère baisse, en 2009, année de crise économique mondiale, de 2,1%, au niveau de ses entrées, et de gagner 2,1% de plus qu’en 2008, en dinars tunisien, au niveau des recettes touristiques, soit 3460 MD.

Pour l’année en cours, des efforts promotionnels supplémentaires sont à consentir pour garantir une haute saison, ponctuée par le mois de Ramadan, ainsi qu’une arrière-saison intéressante, aux fins de préserver, au moins, les résultats réalisés, en 2009. Car, les indicateurs des cinq premiers mois de l’année ne sont pas tout à fait au vert. Les entrées sont en baisse de 1,9% par rapport à la même période de l’année écoulée (2 millions 300 mille touristes, contre 2. 248.010). Dans cette baisse générale, le marché européen, premier réservoir de touriste de la destination est en recul de 3,1%
(1.057.086, contre1.091.033, en 2009). Une baisse qui détrône le marché européen, en tant que première manne de la Tunisie, en faveur d’un marché limitrophe, et sans surprise, le marché maghrébin. Il se retrouve en tête des marchés émetteurs, avec plus d’un million de touriste, entrés en Tunisie, au cours des cinq premiers mois de l’année 2010. Il est vrai que le marché européen est en recul, répercussions de la crise économique et des turbulences dans la zone euros obligent.

Ceci étant, cela a permis à la destination, sans pour autant oublier, sa poule aux yeux d’or, de miser sur d’autres marchés, lointains en l’occurrence, et d’en recueillir des fruits positifs. Aussi, le marché japonais a-t-il réalisé une évolution de 50%, en comparaison avec les cinq premiers mois de l’année écoulée. Il en est de même pour le marché chinois avec une croissance de 36, 7%.
Le mois de mai 2010 a affiché une légère reprise, de bonne augure, avec une croissance du marché européen (2,4%), et maghrébin (4,8%), en termes d’entrées. Ce sont là des résultats satisfaisants certes, d’autant plus que les effets de la crise ne sont pas tout à fait dissipés. N’empêche que le tourisme tunisien peut mieux et doit faire, au regard surtout des objectifs assignés au secteur touristique, en tant que secteur stratégique de l’économie nationale, et en tant qu’acteur principal, dans l’amélioration de la croissance économique. Or, pour accomplir le rôle qui lui est dévolu, la route est longue, et difficile. Il a besoin de l’implication de tous les intervenants dans l’activité touristique.

A l’occasion de la célébration de la Journée nationale du tourisme tunisien, il serait judicieux de rappeler les défis du secteur. Des défis que l’actuel ministre, Slim Tlatli, entend tout mettre en œuvre pour relever en impliquant, étroitement, les professionnels, d’autant plus que le diagnostic et la radioscopie du tourisme tunisien, ne sont pas très reluisants. Le secteur souffre de plusieurs doléances dont la première est le retard pris, dans l’adaptation aux mutations internationales qu’a connues le tourisme mondial.
Un changement qui a touché l’ensemble de la chaîne touristique, alors que le tourisme tunisien, dégustait sa « léthargie ». Et pourtant, il n’y a plus de temps à perdre, surtout qu’aujourd’hui, avec la rude concurrence, et la qualité comme passeport d’une meilleure compétitivité et critère de choix de destinations touristiques, la destination Tunisie ne peut plus se targuer d’être le leader du secteur. Même ceux qui ont tout appris d’elle, l’ont dépassée. Et de loin.

Désormais, on est face à un secteur déconnecté de la réalité mondiale, en pleine mutation à tous les niveaux : Comportements des touristes (des séjours plus courts, recherche d’exotisme, confection personnelle du séjour, sur la base de l’Internet...) ; modes d’hébergement, modes de transport aérien, modes de distribution réalisée, à hauteur de 70% via le net ainsi que 60% des réservations. Or, il est triste de le rappeler mais c’est une vérité, seuls 26 hôtels disposent d’un site web opérationnel. Alors, on peut bien imaginer le manque à gagner à ce niveau et le nombre de clients perdus. Une situation qui consacre la dépendance totale du tourisme tunisien des TO. On rappellera les données du ministre pour certains marchés stratégiques de la destination : « Le marché allemand est dominé à hauteur de 70%, par trois TO qui réalisent 85% de nos résultats. Sur la France, le marché est détenu par cinq TO à hauteur de 75% qui nous fournissent 66% de nos clients. Il en est de même pour le marché britannique où deux grands TO détiennent l’essentiel du marché et génèrent 63% de notre clientèle ».
Autres faiblesses et non des moindres, un hébergement dominé par le « classique », à hauteur de 96% de la capacité d’accueil, avec des hôtels qui ont gardé la même structure depuis dix ans, un transport aérien non adapté aux mutations notamment l’arrivée imminente du low cost.....A cela s’ajoute, la faiblesse du système d’orientation, d’encadrement et de formation touristique, caractérisée par un manque de diagnostic des services, de la diversification de l’offre....

Car, en dépit de tous les efforts accomplis en matière de diversification des produits, le tourisme tunisien demeure hautement saisonnier. Sans compter que tous les produits inventés, (du golfique, à la thalassothérapie, en passant par le tourisme saharien et autres offres) sont tous des produits d’appoint du balnéaire. En d’autres termes, on ne choisit pas la Tunisie pour la densité de son offre mais plutôt pour ses plages. Les autres produits ne constituent qu’une offre subsidiaire, voire secondaire. C’est dire que la promotion demeure focalisée sur le balnéaire et les autres produits et offres n’arrivent pas s’ériger en offre à part entière.
Et cela peut s’expliquer du moment que c’est l’Etat qui se charge de la tâche de promouvoir le tourisme. Donc, il ne peut qu’assurer une promotion de l’image globale de la destination, sans focaliser, parfois, particulièrement sur des régions, ou des produits spécifiques. Pour ce faire, il faudrait miser sur une régionalisation de la promotion où, tous les intervenants et les bénéficiaires du tourisme, prennent leur responsabilité. Une politique qui a apporté ses fruits dans plusieurs pays.

Et, on n’oubliera pas de mentionner l’impératif d’augmenter le budget promotionnel de la destination. Avec à peine 40 MD, on ne peut pas accomplir des miracles !. Et l’image de marque de la destination est désormais celle d’une destination « cheap », pas trop chère.
L’étude stratégique sur le développement du secteur à l’horizon 2016, dont les résultats seront bientôt diffusés et soumis à une consultation nationale, vers la fin de l’année, apporterait sans aucun doute, des solutions opérationnelles. Car, elle sera, contrairement à d’autres études précédentes, accompagnée d’un plan d’action opérationnel, et budgétisé.
L’administration et les professionnels ont du pain sur la planche. D’abord, pour rattraper le temps perdu et, ensuite, pour relever les nouveaux défis. Partant, la destination Tunisie est tenue de réviser sa politique marketing et promotionnelle (une étude est encours), de diversification de produits. Elle est aussi appelée à poursuivre sa politique rigoureuse en matière de qualité des prestations de services touristiques. Le programme présidentiel a fixé deux objectifs spécifiques au secteur touristique, en tant que moteur de développement et de croissance : Améliorer la rentabilité du secteur par une mise en valeur des régions pour en faire des destinations à part entière, d’adopter de nouvelles stratégies marketing et de multiplier par deux le taux des nuitées des Tunisiens, dans les nuitées globales du secteur.....

Mais encore, la destination s’est fixée pour objectif de se rapprocher des 10 millions de touristes à l’horizon 2014. Administration et professionnels sont conscients de l’ampleur des défis, et se sont, dores et déjà, mis au travail, avec pour première priorité l’adaptation du tourisme aux TIC en consolidant la présence des entreprises touristiques sur la toile.

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