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Youssef Chahed ou les raisons d’une inévitable disgrâce

Temps de lecture : 4 min
Youssef Chahed ou les raisons d’une inévitable disgrâce

 

L’élimination de Youssef Chahed dès le premier tour de l’élection présidentielle fera date dans l’histoire politique du pays comme le plus cuisant échec d’un chef de gouvernement sortant dans une élection. Entre la vague de sympathie qu’il a suscité en sa faveur – Go Jo – en lançant sa campagne de lutte contre la corruption et le cinglant désaveu  des électeurs du 1er tour de la présidentielle, l’effondrement de la cote de popularité du chef du gouvernement est sans précédent.

 

Pourquoi Youssef Chahed a-t-il pu s’aliéner un large pan d’un électorat qui objectivement lui était acquis ? La raison ne tient pas tant à son bilan à la tête du gouvernement mais probablement sinon sûrement à son ambition dévorante de pouvoir qui l’a amenée parfois à user de vils subterfuges pour faire le ménage et éliminer toute personne susceptible de lui faire obstacle. Les faits sont nombreux accréditant cette grille de lecture. Il suffit d’en rappeler certains.

 

Youssef Chahed n’a-t-il pas été à l’origine de la première grave crise que connaîtra Nidaa Tounes en participant activement au coup de force qui imposera Hafedh Caïd Essesbsi à la tête du parti lors du congrès constitutif  de Sousse en janvier 2016 ? Ne tient-il pas une grande responsabilité dans l’éclatement de Nidaa Tounes et de son bloc parlementaire à partir du moment où l’idée de son remplacement à la tête du gouvernement s’est fait jour ? A-t-il hésité un instant avant de se retourner contre son mentor, feu Béji Caïd Essebsi,  lorsque celui-ci pris l’initiative de réunir les signataires du Pacte de Carthage pour un nouveau round de discussion sur le rendement du gouvernement et le cas échéant son remplacement ?  D’ailleurs, la manière avec laquelle Youssef Chahed a opéré le remaniement ministériel de novembre 2018 en est d’ailleurs l’illustration la plus éloquente, signifiant au chef de l’Etat que, lui, Youssef Chahed, chef de gouvernement, n’a de compte à rendre qu’à l’Assemblée des représentants du peuple, ce qui implicitement renvoyait cyniquement le président de la République à ses strictes prérogatives constitutionnelles.

 

Cette ambition dévorante de pouvoir trouve aussi son illustration dans le projet de loi amendant la loi électorale. La goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Là, le chef du gouvernement a usé d’un procédé qu’on croyait définitivement révolu depuis le 14 janvier 2011 : imposer par la loi l’élimination des adversaires. Une partie de l’électorat ayant de l’empathie pour le Chef du gouvernement n’a pas pu l’admettre. Ce pan de l’électorat a d’autant plus changé de regard vis-à-vis du Chef du gouvernement à mesure qu’il se rappelait de certains événements ayant jalonné le mandat de Youssef Chahed à la tête du gouvernement.

 

Les déboires judiciaires de Fadhel Abdelkefi, par exemple. Alors que son nom circulait comme possible candidat à la présidence du gouvernement, M. Abdelkefi, ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale et ministre des Finances par intérim est informé qu’il vient de faire l’objet d’une condamnation par contumace et d’une amende de 1,4 MD pour un délit à la réglementation des changes diligenté par la Direction générale des Douanes en 2013, lorsqu’il dirigeait Tunisie Valeurs. Quatre ans après les faits, un ministre en exercice est condamné par contumace. Cela dépasse l’entendement. Et pourtant. 

 

On fera comprendre à Fadhel Abdelkefi qu’il est préférable qu’il présente sa démission en raison d’un susceptible conflit d’intérêt entre sa position de ministre et l’affaire en question.  En dépit du bons sens, l’affaire passera par les trois niveaux de juridiction de la première instance jusqu’à la cassation en passant par l’appel pour être définitivement close en faveur de Fadhel Abdelkefi. A l’époque, le Chef du gouvernement invoquera l’indépendance de la justice, évitant de la sorte d’apporter un quelconque soutien à une personne dont il connaissait pourtant l’incontestable probité.

 

L’affaire dite de Halk El Menzel, du nom du champ pétrolier au large du golfe de Tunis, ne fut là aussi qu’un prétexte pour éliminer un autre supposé concurrent : Khaled Kaddour, ministre de l’Energie et des mines. Son limogeage, à la fin de l’été 2018, ne s’est pas fait sans dommages collatéraux avec la mise à l’écart de directeurs généraux et l’emprisonnement Hachem Hmidi, secrétaire d’Etat chargé des mines, pour des soupçons de corruption. Six mois plus tard, Hachem Hmidi est blanchi de tout soupçon. Quant au  gisement de Halk El Menzel, l’ARP vient de voter une loi prorogeant la concession d’exploitation de ce champ pétrolier à ses derniers détenteurs.

 

Après tout cela, la sanction est inévitablement la disgrâce à l’égard de Youssef Chahed.

 

Cette même sanction touchera-t-elle Tahya Tounes, le parti qu’il préside, lors des élections législatives d’octobre prochain ? Il faut bien le craindre.      

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Commentaires (10)

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ntc
| 23-09-2019 22:00
..Donc dénudés de toute objectivité . Mr H.Essid n'a pas accepté la décision de BCE et n'a pas présenté sa démission non plus , il a été destitué par l'ARP sur demande de BCE avec l'aval de guannouchi qui était dans le sillage de BCE , là bien sur Ennahdha est fréquentable...Mais quand avec YC Ennahdha a dit non et l'a soutenue ça devient une trahison....Drôles de chroniqueurs de BN ....

houda
| 21-09-2019 18:06
ou peut etre un autre titre a ce statut les premiers pas d un dictateur en effet comme il est tres bien expliquer youssef chahed doit s eclipser et pour toujours ou il doit quitter au plus vite la tunisie vers son 2eme pays la france parceque il peut etre jugè et condamnè pour plusieurs depassements de toute façon nous avons decouvert le vrai visage de youssef chahed un certain mois de novembre 2016 quant a tayahya ennahdha c est un parti composè de pigeons voyageurs n a aucune chance d etre representè au parlement et dans le pire des cas il ne decrochera pasplus 3 ou 4 deputès grand max quand a slim azzabi il subira le meme sort que youssef chahed il a quittè son maitre bajbouj pour se jeter entre les pieds d un traitre et SI LES CENTRISTES VEULENT VRZAIMENT LE PAYS COMME ILS LE PRETENDENT ILS N ONT QU A JOINDRE LE PDL ET ABIR MOUSSI CETTE SEMAINE ET SANS PLUS ATTENDRE

AmorB
| 20-09-2019 16:11
Décidément, BN ne sait plus quoi faire pour saboter YC.
Donc si on vous écoute, la disgrace et la chute de Nidaa sont le fait de l'ambition dévorante de YC.
Il n'y a pas un certain fiston et son père sénile qui en sont les premiers responsables?
Le pacte de Carthage que vous nous présentez comme une grande chose n'est que l'habillage légal du caprice d'un HCE qui veut pour la deuxième fois changer de 1er ministre car il ne lui laisse pas faire (et ses amis mafieux également) ce qu'il veut, ceci est authentifié par un enregistrement audio de HCE (on l'a mis là pensant qu'il serait docile (YC) mais voila qu'il se rebelle)
Quant à Fadhel Abdelkefi, c'est votre propre interprétation des faits....
Enfin et pour info, il est classique et normal que l'équipe dirigeante soit sanctionnée par les urnes quand la situation économique est mauvaise, là encore vous racontez n'importe quoi.
Reste une question : pourquoi cet acharnement sur YC? Il est vaincu, il l'accepte, il tourne la page mais pas vous ni BN visiblement. Pour qui travaillez vous?

Cemka
| 20-09-2019 12:26
Un tocard politicard et amateur

Litote Big
| 20-09-2019 10:52
Youyou a eu sa chance et il a fait la preuve de son amateurisme, de son incompétence et même de sa malhonnêteté. Pourquoi s'acharner au risque de tenir compagnie à Nabil Karoui ? Youyou qui voulait jouer à Mr Propre n'est pas si propre que ça, sa compromission avec les rats le prouve. Alors, Youyou, s'il te reste un soupçon de dignité et un brin d'intelligence, dégage.

jilani
| 20-09-2019 10:11
C'est cet acharnement des médias et corrompus contre YC qui l'a fait tomber, lui donnant l'image de dictateur et opportuniste. Voici le résultat, nous sommes face à un inconnu qui veut donner le pouvoir au peuple inculte et rendre la Tunisie comme la Libye ou le Vénézuela et un escroc mafieux qui a joué sur la sensibilité des pauvres et un espoir illusoire . Toute une machine a été mise en place pour descendre YC surtout avec ce zbidi manipulé par les ténors de la corruption.

Nature
| 20-09-2019 10:02
Blablabla, Tout ce que tu raconte n'intéresse pas le peuple, la vrai cause de son echec est son recul ou plutôt son relâchement a la guerre déclarée contre les corrompus. '?'?' '?'? '?' '?'? '?' '? '?'?'? '?'?'? '?' '?' '?'? '?' ' '?'?'? '? '?'? '? '?'?'?

MH
| 20-09-2019 09:43
Il s'est fait griller lui même le jour où il s'est présenté aux elections présidentielles. Il aurait dû se contenter des législatives. Il a vu grand.

aziz aziz
| 20-09-2019 09:09
"Cette même sanction touchera-t-elle Tahya Tounes,...? Il faut bien le craindre"!!!..... Au contraire, "Il faut bien l'espérer".
Vivement qu'il dégage lui et sa bande de vendus à la secte des ténèbres.
Il ne reste avec Chahed que les opportunistes de la pire espèce y compris la frange RCDsites la plus hypocrite toujours prete à retourner la veste et à servir les monarques du moments.

monia
| 20-09-2019 09:02
On ne finira pas de rabâcher des histoirlettes à l'emporte pièce par ailleurs le poids de Tahya Tounes aux législatives sera au moins le pourcentage de YC aux présidentielles sinon beaucoup plus car les centristes vont tirer les conclusions de leur éparpillement et vont se rabattre sur les partis les plus structurés et qui ont eu un score honorable aux présidentielles

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