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Youssef Chahed devant l’ARP : Dangers et enjeux d’un vote, somme toute, de confiance
Par Sofiene Ben Hamida
11/11/2018 | 15:59
3 min
Youssef Chahed devant l’ARP : Dangers et enjeux d’un vote, somme toute, de confiance

 

Par Sofiene Ben Hamida

 

Le chef du gouvernement Youssef Chahed présentera demain sa nouvelle composition gouvernementale à l’Assemblée des représentants du peuple qui aura à la fin de la plénière à voter sur pas moins de 18 personnalités concernées par le dernier remaniement. Exercice périlleux pour le chef du gouvernement qui sera face à ses détracteurs et qui aura l’occasion de tester la solidité de ses nouvelles alliances politiques. Mais quelque soit l’issue du vote, la plénière de demain ne ferait au mieux que régler la crise gouvernementale sans toutefois aplanir la crise politique qui secoue le pays depuis déjà six mois. Au contraire, elle pourrait constituer un jalon supplémentaire dans cette crise, la rapprochant davantage d’une rupture consommée et définitive entre le locataire de la Kasbah et son parti politique d’origine.

 

En effet, l’un des scénarios, probables, serait l’annonce du bloc parlementaire de Nidaa du boycott des travaux de la plénière de l’ARP demain. Techniquement, cette démarche serait le prolongement de son attitude annoncée depuis plus d’une semaine en rapport avec l’IVD de Sihem Ben Sedrine. Le bloc parlementaire de Nidaa avait en effet annoncé qu’il boycottait les réunions de l’ARP tant que la position du gouvernement concernant l’IVD ne serait pas clarifiée conformément au vote qui avait refusé la prolongation du mandat de l’instance vérité et dignité. Le bloc nidayiste pourrait arguer que les raisons du boycott n’ont pas changé et qu’il n’y a eu aucun élément nouveau qui le conduirait à réviser sa position.

 

D’un autre côté, tactiquement, le boycott de la plénière de demain par les députés de Nidaa mettra leurs collègues du bloc du Machrouû dans une position très inconfortable. Ces derniers avaient eux aussi annoncé le boycott des réunions de l’ARP pour les mêmes motifs. Il leur serait difficile d’expliquer, et surtout de convaincre, de leur participation active à la plénière de demain autrement que par leur rapprochement avec le chef du gouvernement et leur alliance nouvelle avec le parti islamiste Ennahdha.

 

Enfin sur le plan politique, le boycott de la plénière par les députés de Nidaa signifie clairement que celui-ci tourne définitivement le dos au chef du gouvernement et à ses alliés islamistes. Il indique que le parti qui l’avait propulsé à la tête du gouvernement est désormais son principal adversaire et qu’il se détourne de lui, de son gouvernement et de ses ministres, même ceux du Nidaa mais qui ont préféré leurs postes ministériels à leur appartenance partisane.

Ces derniers risquent gros, privés du soutien de leur famille politique. Certains d’entre eux pourraient ne pas récolter les 109 voix nécessaires et se retrouveront contraints de quitter le gouvernement, par la petite porte, presque dans le déshonneur.

 

Mais il n’y a pas que les ministres du Nidaa. D’autres membres de la nouvelle composition gouvernementale, d’obédience islamiste, pourraient connaitre une opposition farouche à leur nomination par beaucoup de députés, au sein même de la nouvelle alliance gouvernementale. Il s’agit surtout de la ministre de l’Emploi et des secrétaires d’Etat à l’Environnement et au Sport.

Aux dernières estimations, le chef du gouvernement peut compter sur suffisamment de voix, entre 115 et 130 voix, pour faire passer son remaniement ministériel. Mais cela suppose un engagement sincère de la part de l’ensemble de ses alliés. Dans le cas contraire, il se retrouvera dans une position délicate qui toucherait à sa légitimité, même si elle ne remet pas, légalement, en cause sa position à la tête du gouvernement.

En somme, la plénière qui se tiendra au siège de l’ARP au Bardo demain ne sera pas un simple vote sur une nouvelle composition gouvernementale suite à un remaniement ministériel. Le vote des députés aura, quoiqu’on dise, l’allure d’un vote de confiance et déterminera surtout le degré de confiance que les représentants du peuple accordent au chef du gouvernement.         

Par Sofiene Ben Hamida
11/11/2018 | 15:59
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Commentaires (9)

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tounsia2
| 12-11-2018 10:50
le nouveau gouvernement de Y Chahed est un gouvernement qui comporte encore des binationaux et certains de ces ministres Franco-Tunisiens sont RESIDENTS en France, à l'instar de Mme Ounissi (ministre de l'emploi) et Mr René Trabelsi (Ministre du Tourisme), ce qui est aberrant à mon sens; Ces personne ont choisi d'être Français et d'habiter en France et je respecte leur choix, mais ils ne peuvent en aucun cas représenter les 10 millions de Tunisiens qui n'ont que la nationalité Tunisienne et qui vivent en Tunisie; Il faut poser le problème : Ces Franco-Tunisiens qui se trouvent au sommet de l'Etat vont défendre les intérêts de la Tunisie ou de la France ? Nous avons déjà fait l'expérience avec les d'autres ministres binationaux nommés depuis 2011 au sommet de l'Etat à l'instar de M Jomaa, Yassin Brahim, Slim Ben Hmidane, pour ne citer que ceux la, le résultat est qu'ils ont tous des démêlés avec la justice Tunisienne à cause de leur gestion douteuse des affaires de l'Etat.

Pourquoi on continue à refaire les mêmes erreurs ? Je pense que les personnes qui portent une nationalité autre que la nationalité Tunisienne ne doivent pas assumer de responsabilités politiques, c'est une question de bon sens et d'efficacité, les algériens appliquent ce principe, pourquoi pas nous ?

Sadok Kenani
| 11-11-2018 23:53
Si mes souvenirs - recents- sont bons,Mr Nizar Bahloul aura été celui qui a essuyé le plus les foudres de Sihem Ben Sedrine,paradoxalement la personne qui a fait fi de la décision de l'ARP de mettre fin à la mission de l'IVD n'est autre que Youssef Chahed soutenu à bout de bras par Mr Bahloul,Nida Tounes a mis en veilleuse sa participation aux débats de l'ARP tant qu'il ne sera pas mis fin à la mission de Ben Sedrine,El Machrouu lui a emboité le pas mais son ralliement surprise et surtout degradant au Chef du Gouvernement risque d'être d'un précieux secours á cette Dame qui verrait Marzouk et sa smala ne plus réclamer son départ maintenant qu'il avance main dans la main avec Ghannouchi et Youssef Chahed...je suis curieux de savoir quel est le sentiment actuel de Si Nizar maintenant que les Frères Musulmans ont la main mise sur tous les rouages ou presque de l'Etat par la grâce de Youssef Chahed...

uno
| 11-11-2018 23:35
Un jeux gratuit pour les mordue une simple épreuve gagné d'avance avec une majorité absolue
Dans un casino vous avez une chance sur 38 en comptant le zero et le double zéro

TATA
| 11-11-2018 21:49
Vous écrivez: "Mais cela suppose un engagement sincère de la part de l'ensemble de ses alliés [les alliés de YC]".

Oui, on le saura demain! En effet, il est inimaginable entre autre que le bloc de Machrouû Tounes fait une alliance sincère avec le clan RG et vous savez pourquoi (Machrouû Tounes n'existe que par son opposition au clan RG)

mansour
| 11-11-2018 21:15
la mainmise des islamistes freres musulmans d'Ennahdha sur le pouvoir conduit la classe politique et partis du bloc coalition nationale de Youssef Chahed+Machrouû à toujours courir derrière la faveurs et bénédiction d'Ennahdha

Citoyen 1956
| 11-11-2018 20:44
En tant que décu de Nida et qui portait grand espoir sur YC , j'espére vivement que le vote pour le gouvernement présenté ne passe pas. Tout d'un coup c'est la 'coalition'?' sur qui pèse le jeu: les élus seront t-ils calculateurs/ manipulateurs ou patriotes en ayant le courage de voter non à ce gouvernement d'annotation nahdhaouie fort dangereuse en conséquences: un secrétaire d'état pour le sport étant un salafiste entraineur taokewando, une ministre de 31ans proche du guru vivant en France pour règler nos problémes du chomage , un ministre qui monopolise le Numérique et limoge tout ce qui le sied pas.....,Du n'importe quoi , quelle mouche a piqué YC? Tout ca pour 2019? Entre paranthèses aujourd'hui 1'?'=3.3 DT

Abir
| 11-11-2018 18:55
Ce n'est pas un gouvernement mais une madfouna composée par une majorité des ingrédients empoisonnés.

DHEJ
| 11-11-2018 18:45
Une chose est certaine


le vote de demain ne sera pas une confrontation des programmes Sociaux et '?conomiques des partis politiques d'ailleurs a quel parti politique appartient le GAMIN?


Un GAMIN qui doit présenter le programme de son gouvernement conformément à quel article de la constitution déjà?

saif
| 11-11-2018 18:31
A mon avis , le vote de demain determinera plutot le degré de confiance que les représentants des partis politiques accorderont temporairement au chef du gouvernement.