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Qu’est-ce qu’il y a derrière l’absence des médias dans la campagne référendaire
20/07/2022 | 10:42
6 min
Qu’est-ce qu’il y a derrière l’absence des médias dans la campagne référendaire

 

La campagne pour le référendum est lancée depuis le 3 juillet et, étrangement, elle n’est quasiment pas visible dans les médias tunisiens.

 

Le temps où l’ensemble des médias audiovisuels diffusait du matin au soir des émissions politiques semble révolu. Disparues aussi les polémiques et les échanges virulents entre les acteurs politiques.

A l’exception des réseaux sociaux, il n’y a quasiment pas de débat. L’enjeu est pourtant d’une importance capitale pour le pays, puisqu’on parle de la constitution d’une nouvelle république.

Les médias à forte audience ont déprogrammé les émissions politiques. Notamment celles qui font dans la polémique. Les journalistes et chroniqueurs les plus célèbres sont partis en congé, alors que, théoriquement, la période devrait être charnière pour eux. Des vedettes de la télé et de la radio publient des photos de vacances prises à l’étranger, comme pour montrer leur désintérêt total par rapport au référendum.

Comment expliquer cela ? Est-ce à ce point que les vacances sont devenues une chose sacrée pour les Tunisiens ?

 

Un chroniqueur vedette dans une télévision et une radio privées explique à Business News son départ en congé en cette période.

« Cela fait six mois que je n’ai pas été payé à la télé. Et mon cas n’est pas unique, dit-il, c’est la même chose pour les journalistes et les techniciens. A un certain moment, il faut dire stop.

Pour la radio, c’est le directeur qui a décidé d’arrêter les émissions politiques après l’avertissement donné par la Haica (Gendarme de l’audiovisuel) pour le strict respect du temps de parole et l’équité entre les promoteurs du « oui » et du « non ». Pour éviter toute erreur et toute amende, le meilleur moyen est de ne rien faire, a estimé le directeur ».

 

Cette peur de la sanction n’est pas exclusive à cette radio, elle concerne l’ensemble des médias tunisiens. En cette période de dictature rampante, où la justice militaire réagit au quart de tour pour mettre des journalistes en prison (il y a déjà eu deux cas), il vaut mieux être prudent.

Radio la plus écoutée du pays, Mosaïque FM a prétexté les vacances estivales pour envoyer en congé son journaliste vedette, Elyes Gharbi et ses deux chroniqueurs empêcheurs de tourner en rond, Zyed Krichen et Haythem El Mekki. C’est Amina Ben Doua, plus consensuelle et moins polémique qui tient le micro pour l’émission politique la plus écoutée Midi Show.

Idem pour IFM où l’on note l’absence (toujours pour congé) de son journaliste vedette Mourad Zeghidi. Son « bagage » manque terriblement aux auditeurs en cette période électorale.

Journaliste vedette de Radio Diwan, Mohamed Yousfi a quitté Diwan FM le 3 juin après six années de bons et loyaux services. Il était l’unique, dans cette radio, qui posait les questions dérangeantes et qui allait souvent au fond du sujet.

 

Ces départs ont-ils influencé pour autant les lignes éditoriales des radios et peut-on dire que la campagne est mal suivie dans les médias ?

Le code électoral est clair, il impose aux médias audiovisuels un équilibre parfait entre le « oui » et le « non » dans le référendum. Il n’aborde pas le sujet de la couverture de la campagne d’un point de vue qualitatif, mais quantitatif. Comme si le produit journalistique est devenu une marchandise qu’on peut quantifier. Ce n’est pas exclusif à la Tunisie, la France aussi met en place ce règlement aberrant où l’on impose aux médias ce qu’ils doivent diffuser.

Puisque c’est devenu quantitatif, c’est devenu mesurable indépendamment de la qualité des émissions.

D’après les chiffres à mi-parcours de la Haica, on constate un réel déséquilibre entre les camps du « oui » et du « non ».

Ainsi, Shems FM (radio contrôlée par l’Etat) a dévié de sa ligne éditoriale neutre prétendant qu’elle est la radio qui se met à équidistance de tous les acteurs politiques. D’après la Haica, Shems a consacré 69% de son antenne pour le « non ». Même tendance chez Radio Gafsa (également contrôlée par l’Etat) avec 57% en faveur du « non ».

Radio Kef et Radio Monastir (contrôlées par l’Etat) « militent » en revanche pour le « oui » avec 68% de temps d’antenne.

Du côté des radios privées, le « non » l’emporte majoritairement jusque-là. On trouve Mosaïque (61%), Express FM (66%), Jawhara (57%) et Radio Med (76%).

Trois radios uniquement respectent drastiquement la loi en équilibrant leur antenne entre le « oui » et le « non », à savoir la Radio Nationale, Diwan et IFM.

Interrogé par Business News sur le sujet, Hichem Snoussi membre de la Haica, indique que la publication de ces chiffres à mi-parcours vise à rappeler aux différents acteurs la nécessité de rééquilibrer leurs temps de parole avant la fin de la campagne. « L’essentiel, et pour être conforme à la loi, il faut atteindre le 50-50 sur l’ensemble de la période électorale », nous dit-il.

 

Du côté des télévisions, le déséquilibre et le désengagement sont nettement plus flagrants. Les télévisions les plus regardées du pays ont supprimé tout bonnement leurs émissions politiques. C’est le cas de la 9, d’El Hiwar Ettounsi et de Nessma.

Pour la première, aucune explication n’a été donnée quant à la suppression de l’émission politique quotidienne. La grille estivale ne peut justifier, à elle seule, cette déprogrammation puisque le référendum est un événement exceptionnel, voire même historique pour reprendre les propos du président de la République.

El Hiwar Ettounsi a choisi de quitter définitivement la politique pour se concentrer sur les émissions généralistes et de variétés. Les trois passages en prison de Sami El Fehri, fondateur de la chaîne, en sont pour quelque chose. M. El Fehri a fini par abdiquer pour s’éviter les problèmes.

Nessma qui a été la plus active lors des élections de 2019 a, également, abandonné les émissions politiques. Ses actionnaires de référence, les frères Karoui, ont été poussés dehors et c’est leur associé Tarak Ben Ammar qui a repris entièrement la chaîne. Résident en France, homme d’affaires et administrateur dans plusieurs grands groupes européens, dont certains cotés en bourse, M. Ben Ammar ne veut pas se mettre le pouvoir tunisien à dos. Mieux vaut être prudent et discret pour ne pas attirer les foudres d’un dictateur qui tire sur tout ce qui bouge.

Pour faire court, sur les douze chaînes composant le paysage médiatique télévisuel tunisien, il n’y a que trois qui parlent de la campagne à savoir Wataniya 1 (Média contrôlé par l’Etat), Hannibal TV (privé) et Zitouna (média islamiste pirate sans licence).

On ne parle pas de qualité, faute d’émissions politiques à grande audience, on ne peut que parler de quantité. D’après les mesures réalisées par la Haica, Wataniya 1 penche pour le « oui » avec 55% du temps d’antenne, à l’inverse de Hannibal qui penche pour le « non » avec 55% également.

 

Cette chape de plomb imposée sur l’ensemble du paysage médiatique tunisien menacerait-elle la liberté d’expression dans le pays ?

Dans les faits, on le voit déjà. Le désengagement des médias main stream et des vedettes de la radio et de la télé est flagrant.

En moins d’un an, Kaïs Saïed a réussi à mettre au pas médias publics et privés. Le principe même de la démocratie exige qu’ils soient tous mobilisés en cette période électorale. Leur absence flagrante démontre, si besoin est, que leur liberté a été remisée au placard en attendant de jours meilleurs.

Par l’intimidation directe et indirecte, par l’emprisonnement de journalistes islamistes ou par précaution, les médias audiovisuels tunisiens ont préféré abandonner leur mission journalistique.

Il n’en demeure, pour le moment, que quelques voix dans la presse écrite et rien ne garantit que ces journaux vont survivre longtemps.

 

Raouf Ben Hédi

 

 

20/07/2022 | 10:42
6 min
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Commentaires
Mrad
Commentaires
a posté le 21-07-2022 à 17:51
C'est beau ce que vous avez écrit mais tu te crois objectif. Le sur est que la période dont on vie actuelle est la meilleure depuis le renversement de l'ancien régime.
BORHAN
PRI'?RE DE L'ABSENT...!
a posté le 21-07-2022 à 11:39
Ce matin, j'écris seulement deux mots et basta.
Dans tout ce karakouz tunisien, le principal acteur demeure absent:
LA POPULACE.
Mais c'est pour quand le réveil

Abel Chater
Ce qui se passe en Tunisie de catastrophes contre l'Etat tunisien, contre sa Constitution de 2014 et contre la transition démocratique de sa Révolution du 14 janvier 2011, est un passage utopique, de rêve pour l'avenir démocratique de la Tunisie.(2ème partie)
a posté le 21-07-2022 à 02:05
Rien ne nous discerne plus des «indigènes» en Tunisie. Ils roulent en voitures neuves mieux que nous, mais encore plus cultivés que les Italiens. Malgré tout, la machinerie médiatique des régimes déchus, soutenue par les lobbies médiatiques judaïques des Lévy de France, ne faisaient que leur pleurnicher leur sort, à la manière de «Nawèhit El-Alya». Nawèh, nawèh du matin au soir, jusqu'à ce que personne n'arrive plus à comprendre de quoi ils parlaient au juste. Ce genre de mensonges talmudiques, qui transforment les juifs génocidaires de Gaza occupants de la Palestine, en de pauvres victimes de leurs propres victimes les Palestiniens. Les juifs génocidaires de Gaza sont les victimes de l'holocauste des «Nazis palestiniens», qu'ils transforment en «terroristes». Une spécialité mafieuse inconnue en Islam ni en Tunisie, qui fait la «force provisoire» des ennemis de l'Islam.
Maintenant, le grand avantage du coup d'Etat de Kaïs Saïed du 25 juillet dernier, c'est que tous les menteurs et les intrigants, qui ont pensé pouvoir écarter Ennahdha du processus démocratique en Tunisie, parce qu'ils n'ont pas pu le vaincre par les élections démocratiques, ont bel et bien compris, qu'ils sont tous dehors. Ils ont eux-mêmes semé de l'herbe à la place du blé. Ils ont tous compris, que l'herbe ne nourrit que les moutons et les vaches. Ils ne vont jamais plus recommencer leurs imbécilités. Au départ du président Kaïs Saïed et de son régime chaotique, tous les Tunisiens vont comprendre ce qu'ils ont perdu par le non-respect des règles démocratiques. Ils ont compris que la démocratie n'est pas un mariage tunisien qu'on annonce par les klaxons des voitures. La prochaine fois, ils ne se laisseront jamais plus piéger par personne. Les députés du peuple l'ont compris. Les partis politiques l'ont compris. Les Organisations nationales l'ont compris. La Justice et ses juges l'ont compris. Les employés de l'Etat l'ont compris. Les commerçants l'ont compris. Les chômeurs l'ont compris. Les riches et les pauvres l'ont aussi compris en même temps.
Plus rien ne vaut la liberté, la démocratie et la vraie Justice équitable de conscience.
Vive la Tunisie. Vive la révolution tunisienne du 14 janvier 2011. Vive la Tunisie démocratique arabe et musulmane de régime parlementaire. A bas le régime présidentiel.
Abel Chater
Ce qui se passe en Tunisie de catastrophes contre l'Etat tunisien, contre sa Constitution de 2014 et contre la transition démocratique de sa Révolution du 14 janvier 2011, est un passage utopique, de rêve pour l'avenir démocratique de la Tunisie.(1ère partie)
a posté le 21-07-2022 à 01:48
Je ne pense pas qu'il puisse y avoir une seule Tunisienne ou un seul Tunisien, depuis les académiciens, en passant par les politiciens, les journalistes RBH compris, jusqu'au charbonnier de notre quartier, Ammèk Salèm, qui ont compris ce que fait le président Kaïs Saïed depuis son coup d'Etat du 25 juillet dernier.
Rappelons-nous de la députée du Courant démocratique, Samia Abbou, que Kaïs Saïed imposa sa présence illégale à la réunion du conseil de sécurité nationale du 25 janvier 2021. C'est elle-même qui ne laisse maintenant rien de mal à dire contre le président Kaïs Saïed, jusqu'à lui avoir accusé le mercredi 08 juin 2022, son épouse Ichraf Chebil, d'emploi fictif. Et son mari Mohamed Abbou, le premier et l'unique à avoir réclamé à Kaïs Saïed d'activer l'article 80 de la Constitution par un plan préparé à l'appui, qui se transforme maintenant en son principal opposant. Le 22 novembre 2021, Mohamed Abbou a déclaré solennellement : «j'appelle les Tunisiens et les institutions de l'Etat, à ne plus obéir à Kaïs Saïed ses consignes, au cas où il persévère dans sa démarche anticonstitutionnelle». N'en parlons pas des arrivistes profiteurs, le Tabbèl Sadok Belaïd et son Zakkar Amine Mahfoudh, ce qu'ils nous racontaient avant et après la mise en poubelle de leur paperasse, par laquelle il a rempli les programmes de la télévision «i-tè-tè ou télé 7», devenue Nationale 1.
Je ne donne ici que les plus flagrants des exemples, pour que j'épargne ceux des Ouèds et des montagnes de Jendouba, qui n'aiment pas qu'on les désigne par «08».
Donc, qu'est-ce qui se passe dans la réalité de la transition démocratique post-révolution de la Tunisie, bien que les Tunisiens aient joui de l'une des meilleures décennies de leur histoire. Liberté de la parole et de l'expression. Insultes en flagrants délits contre l'ancien président de la République Moncef Marzouki. Liberté de la presse plus qu'on ne la vit nous-mêmes en Europe. Les routes, autoroutes et infrastructures réalisées le long de cette décennie que les déchus l'appellent «décennie noire» pour eux, ont dépassé de loin toutes les réalisations des 55 années macabres des deux dictateurs déchus réunies. Sauf que cette décennie démocratique, ne permettait pas les inaugurations personnelles, dont nous amusaient les dictateurs déchus, lors de leurs fêtes du 3 août et du 7 novembre. Les Tunisiens ont joui de leurs réalisation tranche par tranche, tout de suite et sur le champ, sans ciseaux et sans rubans. L'aisance. Les restaurants et les salons de thé de luxe. Les appartements mieux meublés qu'en Europe. Les séries de voitures neuves toutes options, dernier cri. Tout ce changement de la Tunisie depuis janvier 2011, nous a mis fin à notre comportement de coqs de bruyères d'Emigrés. Rien ne nous aide plus à nous illustrer comme étant les Européens de la Tunisie. Même pas les sacs banane à la ceinture ni nos «di-don», «pov-con», «chez nouzapparis» et surtout la «bagnole», qu'on a achetée à 500,- euros, pour transporter ce dont on peut vendre dans nos Souks de la Tunisie.
Chanchan
La catastrophe de troïka.
a posté le 20-07-2022 à 20:53
Tant que les sudistes recrutés anarchiquemenr lors troïka dans la fonction publique à Tunis, ne seront pas réduits de 80 %, il n'y aura jamais d'améliorations socio-économiques en Tunisie.
Les recrutés étaient ciblés par nahdha afin qu'ils soient des habitants originaires de Gabes et de Mednine pour que nahdha soit sûre qu'ils allaient la voter.
Une grande dépense est imposée par nahdha à la Tunisie, ceci sans parler des énormes quantités de carburants consommées par les taxis à Tunis, lesquels taxieurs sont sollicités de même par nahdha en vue de de les élire lors des législatives de ghanouchi.

C'est ces corruptions qui menées la Tunisie vers la ruine financière.
Des études approfondies peuvent confirmer ces défaillance irréversibles de l'économie tunisienne ; sans risque d'erreur.
L'urgence est signalée, le gouvernement tunisien est avisé, que d'autres initiatives sont à envisager !
Ghéni Khaled
'?il patriotique
a posté le 20-07-2022 à 13:14
Combien on aspire à un pouvoir médiatique qui éclaire ses concitoyens et joue incontestablement le rôle attendu loin des audiences truquées et des contextes avides n'avançant plus rien en matière de l'information. Main vide sans tableau statistique dans le monde des chiffres et de la précision..
Ne pleurant pas un passé qui n'était guère glorieux'?' Regardons d'un autre '?il le nouveau monde qui bouge ses pierres fondatrices après la guerre de l'Ukraine. Personne ne te fait cadeau de quoi que ce soit. Cherche tes opportunités et profite-en au maximum.
Hamza Nouira
Et bien....
a posté le 20-07-2022 à 12:08
Ok. C'est cool.
On a pas besoin d'eux. On a BN ça nous suffit !
La crème de la crème!
Forza
La "justice" militaire est le bâton des dictateurs
a posté le 20-07-2022 à 11:53
pour taper sur l'opposition et la presse.

Warrior
Attention: Fausse Affiche !! ...........................
a posté le 20-07-2022 à 11:32
fallait lire:
Référendum, le dictateur choisit !!
Sargho Chadi
Libéralité n'est pas liberté
a posté le 20-07-2022 à 11:02
Peut-être que la tenue en laisse des chiens de garde du capitalisme lobbyiste permettra l'émergence d'une génération de journalistes d'investigation et d'opinion de qualité, qui auront à c'?ur de nourrir la réflexion et l'esprit critique d'un peuple éclairé. Espérons-le.
En tout cas, l'on ne pleurera pas la disparition des fomentateurs d'opinion publique rincés aux dividendes publicitaires. Le silence des vendeurs d'hystérie est doux aux oreilles. Que le reste des organes de presse prenne acte du changement et élève le niveau ou se reconvertisse au story telling sans âme sur twitter ou Instagram.
Je vous salue
Guide de tourisme
Normal
a posté le 20-07-2022 à 10:56
'?a fait déjà un bon bout de temps que les médias dont vous parlez puisent les infos sur les réseaux sociaux.