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La Tunisie, allié majeur non membre de l’OTAN, quelle portée ?

Temps de lecture : 5 min
La Tunisie, allié majeur non membre de l’OTAN, quelle portée ?

Qu’est-ce qui va changer dans les relations tuniso-américaines après la visite officielle effectuée par le président de la République, Béji Caïd Essebsi les 20 et 21 mai 2015 ?
Il y a eu certes beaucoup d’acquis et beaucoup d’accords dont le mémorandum d’entente signé par John Kerry et Mohsen Marzouk, mais le moment phare de ce séjour présidentiel restera celui de l’annonce par le président américain, Barack Obama, de l’octroi à la Tunisie du statut d’allié majeur non membre de l’OTAN. Retour sur une visite historique et émaillée d’une forte polémique…

Pour sa première visite aux Etats-Unis d’Amérique, en octobre 2011, alors qu’il était simple Premier ministre d’un gouvernement provisoire sur le départ, Béji Caïd Essebsi avait obtenu plein de promesses. En cette deuxième visite de deux jours, BCE, en sa qualité de président de la République, d’une étape définitive, a obtenu, de l’avis de tous, des accords et des faits concrets.

On s’arrêtera, bien entendu, sur cette annonce-surprise par le président Obama de l’octroi d’une haute distinction, en l’occurrence celle du statut d’allié majeur non membre de l’OTAN. En quoi consiste ce privilège et que va-t-il changer, concrètement, pour la Tunisie ?
Ce statut est considéré par les spécialistes comme le plus élevé rarement accordé par les Etats-Unis et réservé jusque-là à une quinzaine d’alliés, dont le Japon, l’Australie, l’Afghanistan ou encore l’Egypte, Bahreïn et le Maroc.
Ce statut est accordé par Washington à des pays alliés ayant des relations stratégiques avec les forces armées américaines, mais ne faisant pas partie de l’organisation qui compte actuellement 28 Etats membres. Grâce à ce statut, la Tunisie, qui devient le 16ème allié majeur et le 6ème pays arabe à avoir obtenu ce privilège, pourrait bénéficier de « certains droits pour la défense, pour la coopération ainsi que pour la croissance. »

En plus détaillé, ce statut d’allié majeur non membre de l’OTAN permet, entre autres, aux pays concernés d'avoir accès à une coopération militaire renforcée avec les Etats-Unis d’Amérique, plus particulièrement en matière de développement, d'achat d'armements et de formation militaire.
Ce même statut permettra à notre pays de bénéficier d’un soutien massif dans divers domaines, notamment militaire et sécuritaire, et lui donnera accès aux technologies avancées, armement de dernière génération et de renseignements de haut niveau.
D’ailleurs, la Maison blanche annonce, déjà, avoir demandé au Congrès d'approuver une aide de 138 millions de dollars pour 2016, dont 62,5 millions pour la partie militaire, en plus de l’annonce de la livraison de 52 véhicules militaires de type Humvee et d'un navire de patrouille à l'armée tunisienne qui doit encore recevoir en 2016 quatre autres navires américains.

Des sources proches ayant accompagné le président de la République dans ce voyage, indiquent que BCE avait bataillé dur pour en convaincre le secrétaire d’Etat, John Kerry, les influents administrateurs du Peace Institute et les sénateurs et congressmen, devenus grands défenseurs de cette proposition.
Il restait la décision finale du président Barack Obama. Pour cela, M. Caïd Essebsi devait convaincre le vice-président, Joe Biden, homme discret mais très influent auprès de son patron, et avec qui il était invité à prendre le petit-déjeuner. Une ultime carte à jouer qui s’est avérée payante. Puisque dans l’après-midi du jeudi 21 mai 2015, Barack Obama annonçait l’attribution de ce statut à la Tunisie.

Les observateurs se posent, toutefois, la question si cette décision avait été discutée avec le gouvernement algérien, surtout que quelques jours précédant la visite présidentielle à Washington, le chef du gouvernement Habib Essid se trouvait, lui aussi, en séjour officiel à Alger.
Même si rien n’a été dit à ce propos, il serait difficile, selon les observateurs, d'envisager que pareil sujet n'ait pas été abordé, surtout si l’on sait que pour la Tunisie, l'Algérie est un allié tout aussi privilégié et majeur, qui a été très efficace en apportant d’importantes aides financières et politiques à la Tunisie, en plus, bien entendu de la coopération hautement positive en matière de lutte contre le terrorisme.

Les dividendes de la visite présidentielle aux USA ne sont, certes, pas tous divulgués, mais on en sait déjà assez sur les résultats des tractations établies entre les membres du staff accompagnant le président de la République et les hauts responsables américains.
On citera, d’abord, le mémorandum qui, en dépit de la polémique suscitée par la qualité du signataire, Mohsen Marzouk, affirme l’engagement des Etats-Unis à renforcer le potentiel sécuritaire et de défense de la Tunisie. Il s’agit aussi de soutenir la coopération dans le domaine de la lutte anti-terroriste à travers des programmes de financement pour l’acquisition d’équipements militaires et l’organisation de programmes de formation militaire et dans le domaine de la sécurité.
Le même mémorandum, qui ne constitue nullement un accord pour faits concrets, prévoit de renforcer la coopération en matière d’enseignent supérieur et dans les domaines scientifiques et culturels ainsi que la création d’une commission économique associant les secteurs public et privé dans les deux pays et qui est appelée à tenir des réunions périodiques à Tunis et à Washington pour examiner les moyens pour l’impulsion des échanges commerciaux au niveau bilatéral et la promotion des investissements.
John Kerry dira de ce mémorandum d’entente qu’il s’agit «d’un message fort pour renforcer la démocratie naissante en Tunisie».

On mentionnera, ensuite, l’organisation de la table ronde avec les hommes d’affaires et les investisseurs américains, la rencontre au Pentagone avec le secrétaire américain à la Défense, l’entretien avec le vice-président, Joe Biden et la rencontre avec la communauté tunisienne aux USA, sans oublier la décision d’octroyer, à l’avenir, un nombre beaucoup plus importants de bourses aux étudiants tunisiens désirant poursuivre leurs hautes études, notamment de doctorat aux USA.

Une réussite, alors cette visite ? BCE en dira qu’elle atteint tous ses objectifs. Certains critiques restent, toutefois intransigeants sur la question de l’habilitation de M. Marzouk à signer ledit mémorandum.
Le bilan est là. Aux spécialistes politiques, économiques et sécuritaires d’en décortiquer la portée, les tenants et les aboutissants.

Sarra HLAOUI

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Commentaires (24)

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saidaajbouni
| 11-07-2015 11:10
En dehors de tous contextes et tous clivages confondus, nous nous trouvons aujourd'hui dans l'obligation de solliciter la coupe d'un ou de plusieurs Protecteurs. Certes il faut bien reconnaitre notre incapacité à résoudre les problémes de 11 millions de tunisiens ! Théoriquement c'est gérable... Mais la réalité est toute autre : nous sommes decadents depuis des lustres et ce 21e siecle ne pardonnera plus nos égarements et nos errements historiques... A qui la faute ? Voilà encore le genre de question qui ravive inutilement les tensions et nous fait perdre encore un temps fou ! Pendant que l'occident pousse les limites de la recherche et de la technologie dans tous les domaines... Triste constat de Survie ! Alors de deux choses l'une soit nous acceptons le fait accompli, c'est à dire solliciter l'Assitance, soit sommes nous voués à disparaitre definitivement et physiquement comme biens d'autres et tres brillantes civilisations de par le passé ?... A mediter...

tunisien
| 29-05-2015 10:11
et oui que faut t-il attendre d'un vieux qui perd la tête et d'une bande d'opportunistes qui n'ont que pour objectif s'enrichir et s'occuper de leurs intérêts personnels. La question qui doit se poser que gagnera les USA? certainement gros. Que gagneront les tunisiens certainement rien.

Une_Algérienne
| 28-05-2015 13:17
Adieu la Tunisie

Gg
| 27-05-2015 14:12
Le jour où daech rentrera en Tunisie, tentera de prendre le pays de l'intérieur et de l'extérieur, les Tunisiens remercieront leur Président d'avoir noué une alliance avec l'OTAN et la plus grande puissance militaire du monde.

Jordan
| 27-05-2015 12:19
il faut laisser faire la Tunisie, comme leurs pseudo révolution qui devait changer leurs pays au final il n'ont eu que ce qu'ils voulaient, l'anarchie la pauvreté et une armée qui n'est pas capable de défendre son territoire, laisser les croire en l'OTAN et aux usa ils récolterons ce que les autres aurons plantés chez eux, et je ne parle pas de la dette et de l'économie.

JOB
| 26-05-2015 23:22
Rien est sur papiers appart un memorandum mais que signifie cela pour un americain connut dans le monde entier comme le plus grand menteur de la dèrnière décenie, de lequelle les spécialistes etats unichien disent que il a amené les US a un montant de dettes, Impossible a rembourser ,qui fait des promesse OTAN sans avoir consulter les membres de l'organisation donc lequelle les observateurs disent que elle n'a plus longue vie dans sa forme actuelle !
Et qui ne respecte pas les contrats même bien etable sur papiers !
Qui mettent les co membres de l'Otan sous un tel pression comparable a du chantage et mauvaise pour l'economie de leurs propre pays et qui les oblige a acheter du materielle US jusq'a l'état de pré faillite !
Tout sa me fait penser entre a une rencontre entre 2 vendeurs qui parlent des affaires de la journée,
V1 Et alors sa a été aujourd'hui le Biz'ness ?
V2 OUIe, j'ai eu des bons contact et des promesses eh eh !
V1 OUIe, mais j'ai rien vendu nonplus !

HabibKerkennah
| 26-05-2015 16:19
Il me semble que ce statut est stratégique et a une vision qui protégera la Tunisie à long terme.
La guerre contre le terrorisme est mondiale et n'épargnera aucun pays. En plus, notre Tunisie n'est pas à l'abri de l'évolution négative des proches pays frontaliers à court terme.
Par ailleurs, il ne faut pas oublier que la Turquie est membre de l'OTAN...

Abdelkader
| 26-05-2015 12:01
Je suis entièrement d'accord avec vous .
Sans vouloir vous offenser , comment avez-vous fait pour me comprendre à l'envers ?
Mes propos sont clairs pourtant !

Karim
| 26-05-2015 11:09
Et la qui s'ingère dans les affaire tuniso-tunisien.??l'article elwatan algeripatriotique echourouk ont tous insulter la Tunisie de traitre et que soit disant la Tunisie n'avais pas le droit de prendre une desision souveraine.si la Tunisie veut installer une base otan ceux n'est pas votre problème.la c'est vous qui s'ingère dans les affair tunisienne.si vous avez des bonne relation avec les américain pourquoi alors la junte militaire panic .et passe par c'est relai propagandiste pour cracher le gouvernement tunisien qui sont d'abord des citoyen tunisien.et l'Algérie a t'elle quelque chose a craindre??

Abdelkader
| 25-05-2015 20:39
encore moins une armée bien équipée comme celle de nos voisins , qui par ailleurs ne consultent personne quand il s'agit de décisions qui touchent à leur souveraineté , pour mémoire le transfert du siège du FLN du Caire à Tunis à été décidé à cause des ingérences égyptiennes .
La démocratie naissante attise les haines et nombreuses seront les voix qui crieront à la trahison et voudront semer la discorde entre les deux pays frères .
Pour finir , il est bon de rappeler que les relations entre l'Algérie et les états unis sont bonnes et le dialogue stratégique d'octobre 2012 en est une petite illustration .

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