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Femmes tunisiennes.. toutes présidentes !

Temps de lecture : 5 min
Femmes tunisiennes.. toutes présidentes !


En dépit de lacunes qui persistent encore, la Tunisie demeure pionnière en matière de droits accordés aux femmes dans le monde arabe. Les femmes tunisiennes jouissent d’un statut avantageux dans la société ainsi que d’un ensemble de libertés qui sont, pour d'autres pays, des privilèges. Active dans la vie politique, la femme tunisienne a marqué cette année électorale par sa présence, aux côtés des candidats de sexe masculin, à la course au Palais de Carthage.


Avec le reste du monde, la Tunisie célèbre le 8 mars de chaque année, la journée internationale de la femme et le 13 août, la fête nationale de la femme ainsi que la commémoration de l’anniversaire du Code du Statut personnel promulgué en 1956. Un Code moderniste, lors de sa promulgation, qui dispose entre autres, des lois interdisant la polygamie, institue un processus légal pour les divorces, respecte la volonté de la femme dans le choix de son époux et exige son consentement.

 

Au fil des années, le processus de l’émancipation de la femme tunisienne a progressé et ses acquis se sont multipliés. Les femmes ont obtenu le droit de représenter leurs enfants devant la justice ainsi que la possibilité d’octroyer leur nationalité à leurs enfants.

De nos jours, la femme tunisienne a le droit de se marier à un non musulman. Elle peut, par ailleurs, déclarer désormais la naissance de ses enfants. L’initiative de l’égalité successorale s’ajoute, de surcroît, à ces avancées bien que son approbation tarde à venir.

 

Dans la vie politique, les femmes ont acquis le droit de vote en Tunisie en 1957, soit un an après l’Indépendance. Deux ans après, les femmes ont pu intégrer la vie partisane et se présenter aux postes du pouvoir aux échelles locale, régionale et nationale et au sein du gouvernement et du Parlement.

 

Les quotas des femmes aux listes électorales ont été instaurés en 1999. Toutefois, cela n’est devenu légalement obligatoire qu’en 2011. En 2014, Kalthoum Kennou fut, aux côtés de Emna Mansour Karoui, parmi les premières femmes tunisienne à se présenter à l’élection présidentielle depuis la proclamation de la République.

 

Bien que Mme Kennou et Mme Karoui ne se soient pas portées candidates à la présidentielle de 2019 (elles se sont candidates aux législatives), d’autres candidates ont tenté leur chance à la magistrature suprême. Les plus notables étant Abir Moussi, Selma Elloumi Rekik, Leïla Hammami, candidate pour la seconde fois ainsi que Lamia Khemiri.

 

Pour la présidente du Parti destourien libre (PDL), Abir Moussi, la présidence de la République ainsi que le Parlement sont ses objectifs étant donné qu’elle est candidate aux élections législatives et présidentielle.

Surnommée « la lionne », par ceux qui l'admirent, pour son discours virulent à l’encontre des islamistes, Mme Moussi, avocate de 44 ans, n’essaie pas de cacher son passé benaliste ni son référentiel destourien alors que la plupart des hommes et femmes politiques tentent de nier leur implication dans le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) ainsi que tout lien avec l’ancien chef de l’Etat.

Désignée secrétaire générale adjointe du RCD en 2010, le déclenchement de la Révolution un an après ne l’a pas poussée à renoncer à ses convictions. Elle intègre le Mouvement destourien fondé en 2013 par l’ancien premier ministre, Hamed Karoui. En 2016, le Mouvement change de nom et devient le PDL à la tête duquel Abir Moussi sera élue.

Abir Moussi et son parti, ayant obtenu, tous les deux, 12% des intentions de vote selon les derniers sondages d’opinion, visent à mettre en place une nouvelle Constitution. Mme Moussi propose également de substituer le régime parlementaire par un régime présidentiel interdisant le tourisme parlementaire où tout député qui s’est retiré de son parti initial verra son mandat interrompu.

 

La présidente du parti Al Amal, fondé en juillet 2019, et ancienne nidaiste, Selma Elloumi Rekik a également déposé sa candidature à la présidentielle.

Avec un diplôme de management de l’Institut supérieur de gestion de Tunis (ISG) et son intégration de l’entreprise familiale, le groupe Elloumi entreprenant dans l’agroalimentaire, la femme d’affaires âgée de 63 ans, avait rejoint Nidaa Tounes dès sa création.

Membre du comité exécutif de Nidaa Tounes dont elle prend la présidence en mai 2019 pour démissionner un mois après, Mme Elloumi a été élue députée du parti à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) sur la circonscription de Nabeul 1 en 2014.

Elle a été nommée ministre du Tourisme et de l’Artisanat dans le gouvernement de Habib Essid en 2015 et puis maintenue au même poste dans le gouvernement de Youssef Chahed en 2016.

En novembre 2018, Selma Elloumi a été nommée directrice du cabinet présidentiel succédant à l’actuel secrétaire général de Tahya Tounes, Selim Azzabi.

Suite à la reconnaissance de Hafedh Caïd Essebsi en tant que représentant légal de Nidaa Tounes après la dislocation du parti, Mme Elloumi est désignée à la tête du parti Amal Tounes, anciennement connu sous le nom du Mouvement démocratique pour la réforme et la construction avant que l’accord ne soit rompu entre sa secrétaire générale, Emna Mansour Karoui et Mme Elloumi.

 

Il s’agit de la deuxième candidature à la présidentielle pour Leïla Hammami qui s’est déjà présentée en 2014 avec dix parrainages parlementaires dont la majorité appartiendrait à Ennahdha selon ses dires. Néanmoins, sa candidature a été rejetée par l’Isie, un refus dénoncé par Mme Hammami qui a lancé un appel à l’époque afin de « renverser » cette instance.

Leïla Hammami se présente comme étant indépendante, professeure universitaire, chercheure et conseillère d’organisations internationale en Grande Bretagne. En 2014, elle avait évoqué une tentative d'assassinat la visant à cause, disait-elle, de sa détention de dossiers de corruption impliquant la Banque africaine de développement (BAD).

 

Quant à Lamia Khemiri, elle est secrétaire générale du parti de l’ancien chef de l’Etat et candidat à la présidentielle, Moncef Marzouki, Harak. Mme Khemiri, avocate de profession, avait succédé à Dorra Ismaïl au secrétariat général du parti.

Même si elle s’est présentée en tant qu’indépendante, la candidature de Lamia Khemiri dénote de son insatisfaction de la candidature de Moncef Marzouki, candidat de Tounes Okhra, initiative réunissant, entre autres, Harak, le mouvement Wafa de Abderraouf Ayadi ainsi qu’un nombre d’indépendants.

 

Malgré la présence de la gent féminine qui ambitionne d’assumer la plus haute responsabilité dans le pays, la sous-représentativité de la femme tunisienne au pouvoir perdure toujours. Ainsi, faut-il réaffirmer son rôle, consolider ses acquis et lui accorder plus d’opportunités dans la vie politique. Tout cela sans occulter, indubitablement, les réformes qui doivent être apportées en vue d’optimiser les conditions de travail et de vie des femmes défavorisées dans les régions rurales, marginalisées ou sinistrées. Des femmes sans lesquelles, la Tunisie n’aurait pas été ce qu’elle est devenue aujourd’hui...

 

Boutheïna Laâtar

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Commentaires (17)

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Houcine
| 15-08-2019 11:05
Certes, les femmes tunisiennes ont des droits. Droits conquis et non accordés. Pas toutes, et surtout pas celles, majoritaires, de condition modeste et qui demeurent sans vrais droits. En effet, celles que vous citez ont toutes les moyens de faire valoir leurs droits, et nantis de cette puissance que leur procurent le statut et l'argent, elles rivalisent avec les hommes du même aréopage. Les autres, ouvrières, employees de petite condition, vivent et travaillent durement sans véritable pouvoir sur leur vie de femme, mère, ou fille encore et toujours sous la loi de l'homme, appelée tradition ou Loi de Dieu qui arrangent bien les hommes. Pas tous, bien sûr.
On le voit, ici, lorsque d'aucuns nous invoquent Dieu et Le Prophète avec les traditions héritées comme pour nous interdire de penser.
Pour penser, il convient de distinguer les registres. Aux hommes, l'espèce générique, la responsabilité de penser leur monde et concevoir, bâtir leur société avec leur génie propre, ce qu'ont toujours recherché les diverses civilisations pour éclore et s'épanouir. Aux spécialistes des choses de l'au-delà le soin de bâtir des dogmes dont la fonction reste le souci de contenir les humains afin de les faire vivre ensemble, en société.
Ces deux perspectives sont autonomes, même si leur visée peut paraître identique ou commune.
Tout comme les femmes mises en avant partagent une condition sociale qui leur confère un pouvoir, les autres, le nombre restent autant mineures que leurs mères.






Citoyen_H
| 14-08-2019 00:41
Pareillement. Apparemment ma mère avait beaucoup de points communs avaec votre mère, particulièrement celui du safsari qu'elle porta fièrement jusqu'à son décès.
Elle quitta ce monde en 2015 en emportant avec elle, une amère déception, celle de d'avoir vu le pays muait en chlékistan.
Allah yarhamha wa yarhamehom el kol.
Salutations


Microbio
| 13-08-2019 19:36
Merci pour le Feedback cher/e letranger!
Ne77etli 7ajra a la 9albi ouallah!
Merci pour cette phrase:
"Ne vaudrait-il pas mieux s'arracher les torchons qu'elles se foutent souvent volontairement et s'en servir pour colmater certaines fuites."

Zohra
| 13-08-2019 18:10
Ma mère détestait tout qui était noir, elle en avait horreur. Même nous les filles quand on s'habillait en noir elle nous l'interdisait. Heureusement qu'elle était parti à temps en 2011, elle n'aurait pas supporte toutes ces corbeaux devant elle.
Elle aimait sefsari en soie, le vrai tunisien ya hasra hrir edouda.

Bonne soirée que des émotions

Letranger
| 13-08-2019 18:02
.."Chérie, les sacs sont trop lourds pour toi - vas-y trois fois!"
Dans les années 1954/55, j'ai souvent entendu mon père dire le dimanche après le repas de midi dire à ma mère qui débarrassait la table et préparait la vaisselle lui dire : " laisse, TU le feras après".
Et je me demandais "après quoi"...
Quand j'ai compris, je lui en ai voulu, et je lui en veut encore, 15 ans après sa mort, de ne pas lui avoir dit " laisse, JE le ferai après.
Je l'ai souvent écrit, et toujours pensé : être Arbi, ce n'est pas un privilège de l'Arabe mais c'est quand même là qu'on en trouve la quasi totalité, même dans les plus libéraux.
Quant aux femmes tunisiennes qui jouissent d'un statut avantgardiste, encore faudrait-il qu'elle l'appliquent et le défendent elle même farouchement.
N'y a-t-il pas des femmes qui s'opposent à l'égalité devant l'héritage ?
Ne vaudrait-il pas mieux s'arracher les torchons qu'elles se foutent souvent volontairement et s'en servir pour colmater certaines fuites.
Bon d'accord, j'arrête sinon je vais continuer sans fin...
Bonne campagne électorale et mes respect à Mourou qui recommande aux femmes d'aller voter.

Maxula
| 13-08-2019 17:45
"substituer le régime parlementaire par un régime présidentiel"

Larousse : Substituer une chose à une autre. Attention au sens, lié à l'ordre des compléments : substituer un rivet à une vis, c'est remplacer une vis par un rivet. Se substituer à qqch, à qqn, c'est le remplacer : pendant la guerre, la saccharine s'est substituée au sucre et la chicorée grillée au café. Au passif, on dit la saccharine est substituée au sucre, mais on ne peut pas dire : *le sucre est substitué par la saccharine.

Donc :
"substituer un régime présidentiel à un régime parlementaire".
Maxula.

Zohra
| 13-08-2019 16:45
Al3afou Monsieur,

Ils devraient tous regarder cette vidéo de souvenirs de Zaim ça fait chaud au coeur. Ma mère elle y était, elle me disait si l' Habib nous a donné la liberté, elle ne savait ni lire ni écrire mais elle était très impressionnait par Bourguiba et elle appliquait tout ce qu'il disait. Allah yarhamha

Sincères salutations

Soussi
| 13-08-2019 16:41
IL FAUT UNE STATUE A L AVENUE BOURGUIBA
POUR MONTRER LA VRAIE VALEUR DE LA FEMME TUNISIENNE ET DE CE QU ELLE A FAIT ET ENTRAIN DE FAIRE DEPUIS L INDEPENDANCE JUSQU A AUJOURD HUI ET SURTOUT APRES 2011

Zohra
| 13-08-2019 16:33
https://www.facebook.com/1732120700415975/videos/1824219544539423/?sfnsn=mo&s=100010866126745&w=y

Citoyen_H
| 13-08-2019 14:40
ça appartient désormais à la fiction.
Merci pour le vaccin de rappel.
Allah yarham BOURGUIBA, celui dont on a le plus besoin en ce moment, l'éradicateur de l'ignorance
Salutations





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