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Accor en Tunisie : après les promesses non tenues, Gérard Pélisson promet une nouvelle phase
22/12/2010 |
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Accor en Tunisie : après les promesses non tenues, Gérard Pélisson promet une nouvelle phase
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Slim Tlatli, jovial et avenant, comme à son habitude, dégageait un petit air triomphant lors du point de presse tenu mardi 21 décembre 2010 au siège du ministère du Tourisme. Le motif de satisfaction : Accor, le premier groupe hôtelier mondial, s’apprête à revenir en Tunisie (énième tentative, diront certains), via deux unités à Tunis, l’Ibis et le Novotel. Gérard Pélisson, co- président et fondateur du Groupe, accompagné de ses proches lieutenants, tout en reconnaissant une part de responsabilité dans les échecs précédents, affirme sa volonté de construire un partenariat fort entre Accor et les instantes du tourisme tunisiennes. Le savoir-faire du groupe, estime, quant à lui, le ministre, sera certainement un atout supplémentaire pour réussir le plan de reconstruction du tourisme tunisien qui s’étalera sur sept ans.

Les modalités opérationnelles d’une probable coopération devaient être étudiées durant l’après-midi de ce même 21 décembre 2010 avec le Fédération Tunisienne de l’Hôtellerie (FTH). Entretemps, Gérard Pélisson a joué la carte de la séduction pour faire oublier les mésaventures du passé. Et le géant mondial ne manque pas « d’appât ». Accor, c’est avant tout le sens du service. La qualité de l’accueil, l’amabilité, la maîtrise des langues étrangères. Ce qu’on appelle le soft, est ce qui fait principalement la différence dans l’industrie touristique car techniquement, tous les concurrents disposent, de nos jours, des mêmes atouts. Personne n’est jamais très heureux de travailler, plaisante M. Pélisson, mais les collaborateurs sont pour lui la pierre angulaire d’une bonne gestion hôtelière. Un collaborateur heureux au travail, entraîne un client satisfait de son séjour, et par conséquent un hôtel rentable et un actionnaire heureux à son tour.

Yann Caillère, directeur régional Afrique et Moyen-Orient, estime qu’il faut faire table rase du passé. Il reprend, à cet effet, une boutade de Woody Allen : « l'avenir est la seule chose qui m'intéresse, car je compte bien y passer les prochaines années. » Au reproche d’un confrère sur une présence massive du groupe au Maroc et un démarrage annoncé en Tunisie très timide : deux hôtels seulement, l’Ibis (avec 152 chambres) et le Novotel (128 chambres), M. Caillère tempère. Ce ne sont que deux hôtels certes, mais le groupe attaque quand même avec un Ibis, leur produit le plus haut de gamme, qui représente la Rolls Royce de l’économie hôtelière, ajoute-t-il. Deuxième argument invoqué par Yann Caillère pour se défendre, la volonté « d’aider la Tunisie ». Comment ? Entre autres en investissant dans les ressources humaines. Une succursale de l’Académie Accor verra bientôt le jour en Tunisie. Et l’explication du directeur régional d’Accor, est très séduisante : « on n’a jamais vu une caissière devenir directrice de supermarché, mais nous directeurs de groupe hôteliers, on est tous passé par le bas de l’échelle, réceptionniste, cuisinier… Les métiers du tourisme représentent un escalier social et une réelle solution pour absorber le chômage des jeunes.

Le discours est limpide, les arguments solides et la bonne volonté manifeste. Mais cette opération sera-telle suffisante pour adoucir une image sulfureuse faite d’engagements et de promesses non tenues dans le passé. Rappelons-nous de ce que déclarait Gérard Pélisson à la presse tunisienne le 20 avril 2001 : « notre développement est (…) d’intégrer toutes les forces commerciales de notre groupe pour développer mais également revaloriser le patrimoine touristique tunisien ». Les événements du 11 septembre ont servi par la suite d’excuses pour justifier la retraite. Mais les exemples peuvent être multipliés à l’infini, notamment la reprise jamais aboutie du Sahara Palace à Nefta. Les responsables d’Accor ne se défaussent même pas et ils manifestent la volonté d’aller de l’avant. Toutefois, des non-dits, des reproches, des griefs, une légère amertume émanent de leur discours. Accor, qui est partout premier ou presque : en Europe, en Amérique latine, au Moyen-Orient Pacifique, qui porte comme un sacerdoce la culture de l’excellence, peinerait à imposer sa patte en Tunisie. Les partenaires locaux n’auraient pas partagé la volonté d’Accor de faire les choses dans les règles de l’art, semble-t-il.

Slim Tlatli, lui aussi, ne revient pas sur ce qui s’est passé mais fait des suggestions. Et toujours la même chose : une culture de la qualité déficiente. Des discussions avec le groupe américain Marriott sont en cours. Hilton est de retour en Tunisie. Le desert ressort connaîtra un développement considérable avec le projet qatari Diar à Tozeur. En multipliant les exemples, le ministre annonce le retour du printemps d’un tourisme piégé, jusqu’à présent dans le cercle vicieux du bradage des prix et de la détérioration de la qualité de service. Le terrain n’était peut être pas prêt pour accueillir Accor dans le passé. Et pour noircir le tableau, les autorités publiques ne disposaient d’aucune politique de crise, d’aucun plan de sauvetage ou de tableau de bord précis pour sortir du marasme. Avec la consultation nationale sur le secteur touristique à l’horizon 2016 et la stratégie qui en a résulté, la situation semble avoir changé. Un changement de cap a été clairement amorcé par Slim Tlatli. Premier changement de mentalité qu’il tente d’opérer, c’est celui de faire instaurer la culture de la transparence. Et Accor est un exemple à suivre dans ce domaine. Le groupe a, ainsi, décidé de reprendre les commentaires publiés par les clients sur TripAdvisor sur les sites des hôtels en question. Beaucoup de chemin à parcourir, avant que nos hôteliers n’atteignent ce niveau d’exigence.



Une page est tournée et une volonté d’aller de l’avant a été manifestée par les autorités de tutelle et le géant du tourisme mondial. Consensus trouvé et affiché au grand jour, les parties de ce partenariat, officieux pour le moment, ont vaqué à leurs occupations. Première étape : Slim Tlatli, Gérard Pélisson et Ismail Mabrouk, Président du conseil d'administration de la BIAT ont pris compte de l’état d’avancement des travaux des hôtels Ibis et Novotel. Les deux établissements appartiennent, en effet, à la STI qui est une filiale de la BIAT. Les responsables avaient confirmé, lors du point de presse, le positionnement stratégique et le modèle économique du groupe axé sur leur cœur de métier, à savoir la gestion hôtelière, et non plus l’immobilier. Un choix, expliquent-ils, qui correspond à une option d’investir dans le haut de gamme.

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