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Chkoundali : l’effet du financement direct auprès de la BCT sur l’économie dépendra de son usage
08/02/2024 | 10:34
4 min
Chkoundali : l’effet du financement direct auprès de la BCT sur l’économie dépendra de son usage

 

Le professeur universitaire en sciences économiques, Ridha Chkoundali, a réagi, à l’adoption, mardi 6 février 2024, par le parement du projet de loi soumis par le gouvernement visant à permettre à la Banque centrale de Tunisie (BCT) de financer le Trésor public à travers des facilités. Une exception aux dispositions de l’article 25 de la loi portant fixation du statut de la BCT et qui autorise l’autorité monétaire exceptionnellement à accorder des facilités à hauteur d’un montant net d’une valeur de sept milliards de dinars remboursable sur dix ans avec une période de grâce de trois ans et sans intérêts.

 

 

Il s’agit d’un crédit direct auprès de la Banque centrale de Tunisie, qui sera utilisé selon les affirmations de la ministre des Finances pour rembourser une partie des emprunts extérieurs relatifs à 2024 et financer des dépenses d’investissements, a expliqué, jeudi 8 février 2024, l’universitaire au micro de Wassim Ben Larbi dans l'émission Expresso sur Express Fm.

Selon M. Chkoundali, le financement direct du budget par la BCT peut être profitable pour l’économie s’il se fait dans le cadre d’une approche économique globale, différente de l’actuelle approche comptable adoptée depuis la révolution. Et de rappeler qu’à cause de cette approche comptable, le Trésor a perdu plus d'un milliard de dinars de recettes fiscales et que la croissance a baissé de 1,8% à 0,9%.

Ainsi, pour lui, ces emprunts directs auprès de la BCT doivent impérativement financer des dépenses d’investissement dans le cadre d’une coopération totale entre le gouvernement et l’autorité monétaire. Pour parvenir à cette approche économique globale, il faut opérer, selon lui, deux changements : le premier dans le statut de la Banque centrale de Tunisie en ajoutant un deuxième objectif à atteindre en plus de lutter contre l’inflation, la croissance. Le deuxième dans la loi de finances, en obligeant l’État à utiliser le financement direct auprès de la BCT uniquement pour des dépenses d’investissement.

 

Autre point important, Ridha Chkoundali a estimé que le montant de l’emprunt est exorbitant et qu’il ne devrait pas dépasser le montant accordé par la BCT en 2020 à savoir 2,8 milliards de dinars et qui équivaut au montant de la tranche de la dette à rembourser en février courant de 850 millions d’euros (empruntée par le gouvernement Chahed en 2017). Il a souhaité que le gouvernement utilise ce qui est déjà programmé en termes d’emprunt extérieur dans le budget pour 2024, soit 1,3 milliard dollars (environ quatre milliards de dinars) et qui sont suffisants pour rembourser les dettes extérieures pour le premier trimestre 2024.

Pour lui, les répercussions économiques d’un tel emprunt direct peuvent être minimisées en limitant le plus le montant emprunté. En outre, si les affirmations de la ministre sur la manière prévue pour dépenser cet emprunt direct sont respectées alors cela aura des répercussions positives sur l’économie.

Et de souligner que l’approche économique globale, qu’il a proposée, fournit la pérennité aux finances publiques, sans passer à chaque fois par une loi exceptionnelle, permettant de financer directement le Trésor par la BCT.

Les dépenses d’investissement représentaient 25,8% des dépenses budgétaires en 2010, alors qu’aujourd’hui, elles représentent à peine 6,8% des dépenses budgétaires. Ainsi, l’État n’est plus le facteur important boostant les investissements privés et la croissance économique et c’est pour ça que la croissance réalisée ces dernières années est faible, ne permettant pas de collecter d’importantes ressources fiscales et donc assurer la pérennité des finances publiques.

 

S’agissant des répercussions de ce financement direct, l’universitaire a indiqué que si cet argent est utilisé pour le paiement des salaires et de la compensation, cela va se traduire par une hausse de l’inflation outre un glissement du dinar, à cause de l’utilisation des avoirs en devises pour le paiement de la dette, et qui dépendra du montant utilisé à cet effet du total de cet emprunt direct.

Et de soutenir que si l’ensemble de l’emprunt est utilisé pour le financement de l’investissement, cela aura des répercussions positives sur l’économie, en boostant l’investissement privé, créant de la croissance outre des recettes fiscales supplémentaires, et offrira une pérennité au niveau des finances publiques.

L'expert aurait souhaité que le fait qu’une bonne partie de cet argent soit utilisée pour l’investissement soit clairement mentionné dans le projet de la loi adoptée.

 

I.N.

08/02/2024 | 10:34
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