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Tunisie ? L'UGTT et les médias sous la matraque du pouvoir

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Tunisie ? L'UGTT et les médias sous la matraque du pouvoir

La manifestation organisée le samedi 25 février par l’UGTT a réuni entre 10 et 12 mille contestataires de la politique gouvernementale. Le motif du rassemblement était certes les attaques répétitives sur locaux de l’UGTT, en marge de la grève des agents municipaux. Mais, tous les mécontents étaient là. Il y avait les femmes ayant peur pour leurs acquis, les jeunes craignant pour leurs libertés, acquises par le sang, les pères et mères de familles, écrasés par la cherté de la vie, les syndicalistes accourant pour protéger leur organisation et, bien sûr, de nombreuses organisations démocratiques, venant prêter main forte à l’UGTT, objet d’une attaque en règle. La marche du 25 février, vient-elle, alors, annoncer la naissance d’un front social anti-gouvernemental ?




L’UGTT s’est certes toujours dissociée d’alliance (ou d’opposition) avec les partis politiques et s’est tenue à l’écart d’une participation directe au pouvoir, comme n’ont cessé de le clamer ses directions depuis des décennies et l’a confirmé son secrétaire général, Houcine Abbassi, dans son allocution du samedi 25 février devant des milliers de ses sympathisants et amis.
Toutefois, l’UGTT se considère directement intéressée par les réflexions sur l’établissement des priorités socioéconomiques de la nouvelle Tunisie. Elle se considère partenaire à part entière dans l’édification de la Tunisie révolutionnaire. C’est l’une des raisons pour lesquelles il y a eu cette mobilisation. Houcine Abbassi a trouvé «anormal que l’UGTT soit éloignée lors de l’élaboration des grandes lignes de l’avenir de la Tunisie». Le secrétaire général a considéré «inacceptable que la centrale syndicale ne soit pas consultée» et a souligné que «c’est juste un partenariat basé sur le respect mutuel et le dialogue constructif, que nous demandons de faire prévaloir, aussi bien avec le pouvoir qu’avec l’opposition».



Le discours de Abbassi adopte, certes, un ton consensuel. Mais l’ampleur de la mobilisation, transformée en une démonstration de force, montre que l’UGTT refuse qu’on lui marche sur les pieds et lance un avertissement d’une double dimension. D’une part, par cette grande manifestation. D’autre part, par l’annonce d’une série de grèves demandant l’application des accords passés avec le gouvernement, qui ont de grandes retombées financières.
Le gouvernement n’a pas d’autre alternative que de négocier. Mais l’UGTT ne veut pas se limiter à écouter les propos du gouvernement sur le devoir de mobilisation nationale pour lutter contre la pauvreté et le chômage, qu’elle partage. Elle veut, surtout, être associée à la délimitation des priorités et à l’établissement des choix.
Les négociations sur ces questions avec l’UGTT signifient une approche concertée sur les grandes questions socioéconomiques, voire politiques, tant les choix de l’UGTT reflètent ceux de grandes franges de la société. C’est la raison pour laquelle la société civile a accouru pour la soutenir. Elle a toujours été le symbole du front social anti-gouvernemental.

La manifestation de l’UGTT n’avait pas uniquement cette portée. Sa fin en queue de poisson, en raison de l’intervention des forces de l’ordre qui l’ont dispersée à coups de matraques et de gaz lacrymogènes, donne un autre signal. Les journalistes, présents sur place, n’ont pas été épargnés. Plusieurs parmi eux ont été agressés bien qu’ils aient montré leurs cartes de presse. S’agit-il d’une atteinte aux libertés ?
Interrogé sur la question par la 1ère chaîne de la télé nationale dans le journal télévisé du samedi 25 février à 20 heures, le chargé de communication du ministère de l’Intérieur, Khaled Tarrouch, a justifié la violence utilisée par «la persistance des manifestants à scander des slogans réducteurs à l’adresse des agents, le jet de projectiles vers les agents, ainsi que les plaintes déposées par les commerçants riverains». Il a précisé que «les manifestants ont été avertis avant d’être dispersés par les forces de l’ordre».
Les témoignages recueillis auprès des participants ont, par contre, affirmé que «la manifestation se déroulait normalement lorsque les agents de l’ordre nous ont chargés en nous intimant l’ordre de nous disperser». «Les forces de l’ordre ont ensuite utilisé les gaz lacrymogènes et attaqué les manifestants à coups de matraques», a affirmé une dame d’une cinquantaine d’années qui a dû son salut au fait qu’elle était sur l’autre bord de l’avenue Bourguiba.
A souligner que les employés de Dar El Anouar ont vécu en direct, samedi vers 15h15, des courses-poursuites des forces de l’ordre derrière de jeunes manifestants sur l’avenue Jean Jaurès. «Ces manifestants ne scandaient même pas de slogans», ont affirmé les collègues.
Par ailleurs, les journalistes présents sur place n’ont pas été épargnés, bien qu’ils aient présenté leurs cartes de presse. Ainsi, le membre du bureau exécutif du Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT), Aymen Rezgui, a été agressé, tout comme les journalistes Zouhair Zouidi (Attarik Al Jadid), Mouna Bouazizi (Al Chourouk), Ahlem El Abdelli (Shems FM), Nabil Zaghdoud (El Arab El Yaoum) et Ali Jallali (Radio Kalima), qui ont été maltraités, alors qu’ils couvraient les incidents.
Suite à ces agressions, le bureau du SNJT s’est réuni pour examiner la situation et, notamment, la multiplication des agressions contre les journalistes. Il a rappelé des agressions perpétrées par les forces de l’ordre, le 4 janvier dernier, contre les journalistes Sana Farhat (Le Temps) et Maha Ouelhazi (WebManagerCenter), alors qu’elles couvraient le rassemblement des enseignants du supérieur.
Le SNJT a conclu que «ces agissements répétitifs constituent des épisodes d’une stratégie d’intimidation contre les journalistes, qui vise la mainmise sur les médias, à l’image du régime déchu» et a décidé de «porter plainte contre le ministre de l’Intérieur, Ali Laârayedh, et les agents de police, et les individus en civil qui ont agressé plusieurs journalistes, alors qu’ils couvraient la manifestation de l’UGTT du samedi 25 janvier, devant le ministère de l’Intérieur».
Le SNJT a demandé au ministère public d’ouvrir «immédiatement une enquête, comme pour l’affaire d’Attounissia». Il a également appelé l’Assemblée nationale constituante à «assumer ses responsabilités, par rapport à ces dépassements contre les journalistes».
Le communiqué du SNJT précise qu’il «dispose d’enregistrements vidéos et de photos, à l’appui de ces accusations d’agression des journalistes par les forces de l’ordre». Il appelle à «entreprendre des poursuites en vertu de l’article 14 du décret 115, en date du 2 novembre 2011».
En conclusion de son communiqué le SNJT appelle les journalistes à un rassemblement le lundi 27 février, à partir de 10h30, au siège du syndicat.
A souligner que l’Association des directeurs de journaux et l’association des jeunes journalistes ont condamné les agressions commises, le samedi 25 février, contre des journalistes alors qu’ils exerçaient leur métier.

La manifestation de l’UGTT a lancé donc deux avertissements. Le premier concerne le volet sociopolitique de l’action gouvernementale, en rapport avec la plus forte centrale syndicale du pays. Le deuxième a trait aux atteintes à répétition contre des journalistes. Le gouvernement a bien du pain sur la planche.

Mounir Ben Mahmoud

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Commentaires

Commenter

bouba
| 02-03-2012 16:30
Arrétez de manipuler, Arrétez les mensonges

Et vous revendiquez être des médias neutres et professionnels !!!
N'importe quoi !

Tunisienne
| 29-02-2012 09:43
Je pourrais vous rédiger des fiches entières sur les membres corrompus des autres fractions. Cela ne sert à rien d'accuser de corruption, de malversation et de favoritisme car qui cotoie la politique ne peut y échapper.
En revanche, pour le cliché de 0,00, il est temps d'organiser une contre propagande car le vrai 0,0 c'est Ennahdha puisqu'elle a obtenu 40% des voix. Moins de la moitié de l'électorat, que dire du peuple.
Avant de donner une info, veuillez vérifier les taux. Merci

Honte à votre désinformation! La Troika vaincra!
| 28-02-2012 11:25
Honte à vous et à votre désinfoprmation: la vérité est l'inverse de ce que vous dites: c'est le gouvernement qui est attaqué, dénigré, insulté, injustement, sdans répis, tous les jours par les nostalgique du dictateur Ben Ali et sa Trabelsi mafia, et le père de la dictature, Bourguiba.
Continuez à denigrer: la caravane passe, et les prochaines éléctions apporteront sùrement le mème Troika, mais plus fort. Les électeurs vous puniront.
Honte à vous!

khammous
| 27-02-2012 18:34
Le gouvernement se perd dans de faux sujets comme la Chariaa le Nikab le mariage coutumier l'excision des fillettes et toutes conneries du genre
Voilà pourquoi il est complètement pommé Les responsables Nahdhaouis au pouvoir se comportent comme des cadres de leurs parti ou des adhérents et non comme Hommes
d' Etat...En démocratie cela se paie cash aux prochaines élections

Tarek
| 27-02-2012 17:47
Bien dit

observator
| 27-02-2012 17:37
Merci pour les precisions.

observator
| 27-02-2012 17:20
Ya si balboul la lampe d'aladin n'existe que dans l'imaginaire de nos enfants.
Les 400 000 emplois c'est sur une periode de 5 ans et non d'entrée en comptant un taux de croissance de 5% l'an donc à raison de
20 mille emplois nouveaux par point .
Le nouveau gouvernement n'a pas promis la création de 400 mille emplois d'entrée.

observator
| 27-02-2012 16:49
Bonjour
Vendredi dernier Bn a publié l'intervenion du gouverneur de la bct sur le mois janvier 2012 ou il parle de premices d'amelioraton de la situation economique. En page visible (je dis bien visible) cette info n'est restée que 3 heures mais en cherchant bien sur les pages cachés biensure qu'on trouve cette info.
Ce qui m'a fait croire à la possible volanté de ne pas l'affaire apparaitre car elle peut jouer en faveur du gouvernement.
Mais c'est vrai que je n'ai aucune preuve que BN a subit des pressions pour la retirer de la page visible.


B.N. : Cher lecteur, cet article n'a nullement été supprimé de notre page "visible". Certains de nos articles apparaissent en évidence car ils sont les plus lus ou les plus commentés, et cèdent ensuite la place à d'autres news qui réalisent un meilleur taux de lecture.

Cet article est toujours consultable sur le lien suivant :

http://www.businessnews.com.tn/details_article.php?t=520&a=29518&temp=1&lang=

Bonne lecture :)

balboul
| 27-02-2012 16:19
1. Donc des rumeurs et des mensonges pour tenter de salir une manifestation, le tout avec des arguments populistes nauseabonds. Il n'y a aucune preuve ou fait dans ce que vous avancez, c'est les memes accusations gratuites sanfondement que nous sert jbeli

2. Ce n'est pas lellegue BCE, c'est le legue Ben ali. Et quand BCe utlisait ce type d'argument ennhdha et le CPR en tete le refutait. Quand BCe utilisait la matraque , ennhdha et le CPR contestaient fermement.
Et cette situation economique difficile etait connue ce qui n'a pas empeché enndha de faire des promesses ahurissantes de 400000 emplois...
Le dossier des maryrs? Wouhaw et avec quel succes, le lendemain ils etaient devant le MI...
Ils preparent un plan social? Magnifique, ca fait juste depuis le 23/10 qu'ils sont elus, c'est leur probleme si ils ont mis plus de temps a faire leurs arrangements entre amis qu'a s'occuper des problemes de la nation.

Leur plan social aurait deja du etre pret! c'est leur programme electoral! ou alors ils auraient mentis?

Au final, ils recontrent des problemes insolubles et commencent a utliser la repression. problemes insolubles par rapport aux promesses qu'ils ne peuvent pas tenir.

Ils sont en train de reformer le MI? Ou alors reprenre le main l'appareil repressif. Je vous ai posté un lien ou clariement , jbeli rappel d'anciens cadres du RCD. Vous n'avez pas de commentaires à faire? C'est ca le netoyage?


Ou en est le dosseir de la justice transtionnelle? Les dossiers d'extradiction de ben ali et sa famille?
ou est la justice promise?
Et oui le procureur depend directement du ministere de la justice, et c'est le procureur qui a poursuivi le journaliste emprisonné. Croire que le gouvernement n'a fait aucune intervention dans se sens, c'est se bercé d'illusion. Le procureur depend du ministere publique organe du ministere de la justice.

L'accord sur la baisse de prix alimentaire? Pour une periode de 2 semaines? Magnifique. Encore une mesurette qui ne s'attaque pas au fond du probleme et qui vise l'achat de la paix sociale
L'amelioration de la securité? Vous plaisantez j'espere? vous vous appuyez sur quels chiffres pour l'affirmer?
3.Oui le pays croule sous d'enormes problemes qui auraient du traiter par des mesures d'urgences s'iscrivant dans un plan clair.
Hors aucune de ces mesure ni ce plan n'a été devoilé. On doit se contenter de mesures a droite a gauche sans coherence ni soutenue par aucune vision.
On multiplie les promesses, celle de boussalem alors qu'encore une fois rien n'a été fait pour proteger la population et l'alerter sur un risque CONNU ( intemperrie , fonte des neiges, obligation d'ouvrir les barrages)

Les prommesses ne nourrissent pas, ne chauffent pas ne reparent pas.

Et si le gouvenrment n'a que 2 mois c'est de la faute de ces gouvernants eux memes, qui ont mis 2 mois a s'entendre puisque servir leurs interets et ceux de leurs amis paraissait plus important que l'urgence que recontrait le pays.

Personne ne nie que les defis sont de taille, mais tout le monde ne se lance pas dans de vaines promesses qu'ils ne pevent tenir

Et si les defis sot trop grands, cela ne sert a rien de chercher des pseudos enemis ( la presse, les milices, l'ugtt, etc etc). Il suffit de regarder ses propres manque et sa propre incompetence

griguer
| 27-02-2012 15:33
le peuple est vigilant , le peuple bouge , le peuple n'a plus peur .
le langage d'ennahdha nous rappelle le langage du rcd . le peuple a connu et a souffert de deux décennies de dictature maintenant il est immunisé et décrypte le langage d'ennahdha .
le peuple connait le plan diabolique USA-Qatar-ennahdha .

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