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Chroniques
Quand les objectifs du gouvernement dépassent les estimations du FMI
Par Houcine Ben Achour
07/05/2021 | 08:31
4 min
Quand les objectifs du gouvernement dépassent les estimations du FMI

 

Il ne fait aucun doute que, de retour à Tunis après son périple américain, la délégation chargée d’entamer des pourparlers avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un soutien financier à son programme de réforme devra rendre des comptes non pas seulement sur la teneur des discussions avec l’institution multilatérale de financement mais sur le document-programme qu’elle a présenté en contrepartie duquel le pays solliciterait, selon les propos du chef du gouvernement , Hichem Mechichi, un crédit de 4 milliards de dollars.

Ici même, la semaine dernière, on s’interrogeait sur le fait que le gouvernement ait publié une correspondance de la directrice générale du FMI en éludant « la lettre d’intention » du gouvernement qui en est forcément la source. Or, dans le cas de figure, il ne s’agit plus de lettre d’intention qui explique les raisons de la démarche, mais d’un véritable programme qu’aurait présenté la délégation tunisienne au FMI. Le document s’apparente en effet à ce qui est appelé communément « Mémorandum de politique économique et financière (MPEF) » dans lequel le gouvernement aurait consigné tout ce qu’il compte entreprendre pour sortir de la crise socioéconomique et que le FMI a accueilli positivement, et pour cause. Les objectifs établis dans le document vont bien au-delà de ce que pouvait espérer l’institution de Bretton Woods qui a estimé qu’ils sont « réalisables », selon un communiqué lénifiant publié par le ministère de l’Economie et des Finances, ajoutant dans la foulée la condition sine qua non qu’ils soient accompagnés « d’un calendrier prédéfini ». Il est clair que l’institution multilatérale de financement veut s’entourer de toutes les garanties de bonne fin de l’enveloppe financière qu’elle envisage de fournir à la Tunisie. Les traces de l’échec des deux précédents programmes ayant bénéficié d’un crédit stand-by et d’un financement par le biais du Mécanisme de crédit élargi (MDCE) sont encore vivaces.

En tout cas, à la lecture du programme de réformes contenu dans ce document, ce ne sont pas 4 milliards que le gouvernement aurait dû solliciter du FMI mais bien plus. L’institution financière y aurait probablement consenti moyennant bien sûr le fameux « calendrier prédéfini ». Il est vrai que certains objectifs annoncés par le gouvernement laissent perplexe sinon rêveur, que cela concerne les finances publiques ou les réformes structurelles.

Ainsi, le gouvernement estimerait pouvoir dégager un excédent primaire du budget (différence entre ressources propres et dépenses hors principal de la dette) à partir de 2022 alors que le FMI estime pour sa part que cet excédent ne pourrait pas émerger avant 2026. Pour rappel, la loi de finances 2021 prévoit un déficit primaire du budget de l’Etat de plus de 7 milliards de dinars. S’agissant de la masse salariale, l’objectif du gouvernement  serait de la limiter à seulement 15% du PIB à partir de 2022 alors que le Fonds ne projette un tel objectif qu’au-delà de 2026. Pour cela, les mesures sont nombreuses, orientées dans le bon sens. On peut citer entre autres l’optimisation du recouvrement des créances fiscales qui permettrait d’accroître les ressources budgétaires de quelques 800 MD par an sur une période de 5 ans, ou bien l’élargissement de l’assiette fiscale en généralisant la TVA à tous les produits sur la base de 2 seuls taux (7% et 19%) parallèlement à une refonte du régime fiscal forfaitaire et à une réduction de la pression fiscale à travers d’une part l’instauration d’un impôt sur les bénéfices des société à deux taux également (10% et 15%), supprimant de la sorte le taux de 35% et d’autre part le plafonnement de l’Irpp (Impôt sur le revenu des personnes physiques) au taux de 25%. A cela, il convient d’ajouter aussi une réforme de la rémunération dans la fonction publique qui introduirait une variabilité des salaires en fonction des résultats atteints et des objectifs fixés ou encore de la réforme du système de promotion par ancienneté qui serait allongée de 2 ans au lieu de 6 mois actuellement. Le projet de transformation de certaines directions générales du ministère de l’Economie et des Finances en Agences ayant l’autonomie administrative et financière réduisant de façon conséquente la masse salariale du budget de l’Etat fait également partie des mesures envisagées. Sauf qu’aucun calendrier de réalisation n’est établi. En revanche, une date est fixée sur d’autres réformes. La levée totale de la compensation est envisagée à l’horizon de 2024. Il en serait de même du retour à l’équilibre des entreprises nationales déficitaires : 2024 aussi, année qui correspond à la fin du mandat présidentiel et de la législature parlementaire.

Mais face au constat d’une gestion plus que chaotique du gouvernement dans sa lutte contre la pandémie du Covid-19 avec l’explosion du taux de contamination et de décès, la quasi-saturation des capacités d’accueil dédiées, la pénurie d’oxygène, le départ en vrille de la campagne de vaccination désarticulée de toute part par les passe-droits et tout cela non pas faute de moyens, ne serait-il pas permis de mettre en doute la capacité de ce gouvernement à mettre en œuvre ce qu’il a promis  au FMI et pas encore annoncé à l’opinion publique? 

Par Houcine Ben Achour
07/05/2021 | 08:31
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Commentaires
Excursionniste
Avancer ou quitter
a posté le 08-05-2021 à 23:49
Un gouvernement doit exploiter les opportunités et découvrir les richesses du pays. Avoir un déficit dans le budget est déjà un échec. Pas de progrès !

Et il faut mettre un plafond d'endettement et de dégâts par gouvernement, puisque il y aura des répercussions sur le future...
Kol
Liban?
a posté le 08-05-2021 à 14:54
Un mal pour un bien serait le bienvenu pour la Tunisie.
Il faut vraiment une deuxième révolution à ce rythme mais il faudrait aussi que cette fois-ci les socio-democrates soient aussi organisés que les islamistes s'ils ne veulent pas rater leur RDV
Nephentes
Houcine l'eclaireur
a posté le 07-05-2021 à 14:03
Hormis les articles de Si Houcine, presque tous les 'articles' des autres journalistes de BN sont de la poudre aux yeux du foutage de gueule

Tout comme les promesses de ce gouverne-garnements

Une promesse c'est une dette disaient les anciens

'Examine si ce que tu promets est juste et possible, car la promesse est une dette. '?' disait aussi Confucius étonné de constater tous les regards du monde se braquer sur son doigt
pit
Jamais deux sans trois
a posté le 07-05-2021 à 11:34
Le FMI va malheureusement être confronté à la politique du allarhalb et nous devrions modifier notre devise nationale qui est "Dignité, Justice, Ordre" par "Je mens comme je respire" !!!