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Chroniques
Les femmes, premières à casquer
Par Synda Tajine
28/11/2023 | 15:59
4 min
Les femmes, premières à casquer

 

En temps de crise, les populations fragilisées sont toujours les premières à casquer. Ceci est aussi bien observé dans les cas les plus extrêmes – en temps de guerre – que durant les crises économiques et politiques « ordinaires ». A Gaza, femmes, enfants et personnes âgées sont les premières victimes de l’attaque israélienne. Les femmes et les enfants sont d’ailleurs les premières cibles des preneurs d’otage.

 

En Tunisie, en pleine crise économique et politique, les violences contre les femmes continuent à être ce fléau ordinaire qu’on connait, mais dont on ne voit toujours pas l’urgence d’aborder.

Entre 2018 et 2023, il y a eu très exactement 69 féminicides recensés par le ministère tunisien de la Femme et de la Famille. Soit douze femmes tuées chaque année, ou plus simplement une femme par mois.

Le plus édifiant c’est que, depuis 2018, ce nombre n’est pas resté linéaire. Il a quadruplé en l’espace de quatre ans. La majorité de ces féminicides est perpétuée le soir, dans la discrétion du foyer familial. Pour ne rien vous apprendre, dans 71% des cas, c’est le conjoint qui est l’assassin.

Ces chiffres ne sont pas édifiants, ils racontent une histoire bien ordinaire. Celle que l’on connait tous. Celle de dizaines de femmes tuées pour l’unique raison d’être des femmes, dans l’impunité et la discrétion de leur foyer. Une fois installée au sein du foyer, la violence a déjà fait la moitié du chemin. Elle n’en devient que plus sournoise sans être pour autant indélogeable. Ce n’est qu’avant qu’elle est moins difficile à déloger. Lorsque la future victime connait ses droits, lorsqu’elle sait qu’elle sera épaulée dans son processus de libération et qu’elle est consciente qu’elle sera entendue, soutenue et protégée si jamais on venait à lui porter atteinte. Ce n’est que dans ce cas que l’emprise exercée par son bourreau sera moindre et qu’elle pourra s’en libérer. Pour parvenir à amoindrir cette emprise, c’est un long travail de prise de conscience qui doit être effectué, et non uniquement pour les victimes mais pour la société toute entière.

 

Depuis des mois, le ministère de la Femme annonce l’ouverture de nouveaux centres d’accueil pour les femmes victimes de violence. D’autres devront suivre, dit-on. Mais qu’est-ce qui fait que les femmes continuent d’être agressées et tuées malgré toutes les mesures qu’on dit prendre pour les protéger ? Suffit-il d’ouvrir des centres d’accueil pour que les violences cessent ?

Vous connaissez la réponse, mais ce que vous ignorez peut-être c’est que ces centres ne sont pas tous dotés des moyens nécessaires pour offrir aux femmes violentées – et aux enfants qui les accompagnent souvent – les moyens élémentaires pour échapper à leurs bourreaux. Ce que vous ignorez-peut être aussi, et que semble visiblement ignorer le ministère de la Femme, c’est que les centres d’accueil ne sont qu’une étape dans un long processus.

Est-ce que ces femmes bénéficient du nécessaire durant leur accueil et, surtout, qu’adviendra-t-il d’elles après leur accueil ? Ont-elles été préparées et outillées à affronter le monde extérieur une fois sorties ?

Dans de très nombreux cas, les femmes accueillies dans les centres finissent par revenir auprès de leurs bourreaux. Personne ne peut les blâmer. Les difficultés économiques, la précarité et, souvent même, la peur et les pressions familiales, font que les femmes violentées préfèrent revenir auprès d’un conjoint violent par peur d’être livrées à elles-mêmes. Surtout avec un enfant à charge. L’accompagnement et la préparation pour affronter la vie après les centres d’accueil étant quasi-inexistants. Cette période de sursis - salutaire certes pour nombre d’entre elles – ne dure pas longtemps. A un moment, il faudra affronter le monde extérieur. Malheureusement, lorsqu’elles quittent les foyers, le monde-lui n’aura pas changé.

La Tunisie est en effet dotée d’une solide législation en matière de lutte contre les violences faites aux femmes. L’historique loi n°58 est certes une avancée. Mais comme chaque loi historique, c’est un changement de mentalités qui doit être opéré afin qu’elle puisse survivre à la rugosité du terrain. Malheureusement, ce changement tarde. Comme pour les victimes de viol qu’on malmène au lieu de les prendre au sérieux, les victimes de violences subissent le même chemin de croix. Pire encore lorsque l’agresseur – parfois futur assassin – n’est autre que votre conjoint et le père de vos enfants.

Durant cette campagne de « 16 jours d’activisme pour lutter contre la violence à l’égard des femmes », les slogans sont là, mais les esprits tardent à bouger. Depuis sa prison, la femme politique Abir Moussi, profite de son injuste incarcération pour entamer une grève de la faim symbolique par laquelle elle dénonce la “langue de bois” de la ministre de la Femme. Elle n’a pas totalement tort…

Par Synda Tajine
28/11/2023 | 15:59
4 min
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Commentaires
Hammadi
Parler Cause et solution
a posté le 02-12-2023 à 22:27
L intelligence tunisienne,pour resoudre un probleme on le prend toujours par la queue et ainsi au lieu de le resoudre on l accentue.
Abidi
Mort
a posté le 28-11-2023 à 23:09
Et combien d'enfants sont tués, d'hommes et de citoyens d'une manière générale et que représente le chiffre 63 dans l'ensemble des crimes commis dans le pays pendant une année, à propos des femmes qui casquent comme vous dites elles ne vous ressemblent en rien, elles ne portent pas de vêtements signés,ne passent pas des vacances a l'étranger,ne mangent pas du saumon, elles sont pauvres,travailleuses simples elles sont les vrais femmes et n'allez pas croire qu'elles ne sont pas intelligentes , d'ailleurs c'est connu partout dans le monde, c'est les cancres qui mènent toujours la danse
Ahmed
Oui oui
a posté le 28-11-2023 à 20:11
Vous décrivez une réalité.
La situation est pire.