Tribunes
A propos du nouveau gouvernement…

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Par Yassine Brahim*
Gouverner, c’est manager des affaires publiques. Ce manager doit acquérir la connaissance qui lui est nécessaire pour y voir clair et prendre les décisions adéquates en face de la multitude de problèmes qu’il doit résoudre.
S’il est compétent, il lui serait facile de gouverner un pays, une région ou une municipalité, si les deux ressources essentielles étaient largement disponibles: le temps et l’argent. Or c’est rarement le cas, sa performance va donc surtout dépendre de ses capacités à prioriser et à exécuter vite.
M. Mehdi Jomaa, lui même une compétence tunisienne qui nous fait honneur, a pu et su en très peu de temps attirer d’autres compétences de haut niveau dont nous sommes fiers. Nous les remercions d’avance pour le geste patriotique qu’ils font aujourd’hui, dans un contexte très difficile, en acceptant cette prise de responsabilité.
Concernant le temps, ce gouvernement dispose de 9 à 10 mois, c’est à dire dans la moyenne des 3 gouvernements qui l’ont procédé : BCE 7 mois, HJ 14 mois, AL 10 mois.
Concernant l’argent, il récupère une situation catastrophique sur le plan financier avec une incapacité du gouvernement précédent d’avoir des ressources extérieures, une caisse de compensation qui dérive énormément et des caisses sociales qui commencent à entrevoir de sérieuses difficultés.
Quels sont les axes de travail de ce gouvernement ? ChezAfekTounes, nous en voyons 3 : la question sécuritaire, la question économique et sociale et la question de l’environnement des élections.
Sur le plan sécuritaire, l’environnement international de plus en plus dangereux dans le sahararend notre pays fébrile par rapport aux terroristes si une reprise en main sérieuse de nos points de passage frontaliers ne se fait pas rapidement. Le trafic de stupéfiants et d’armes à feu doit être drastiquement combattu car il représente un danger sérieux pour l’avenir de notre pays. Le gouvernement de M. Jomaa peut s’y attaquer dès les premières semaines en collaboration avec nos frères Algériens et Lybiens ainsi que la communauté internationale, très concernée par une stabilité de l’Afrique du Nord en face du danger terroriste.
A l’intérieur du pays, l’Etat doit donner toute la lumière rapidement sur les deux assassinats de ChokriBelaid et Mohamed Brahmi et la responsabilités des milices politiques dans les violences vécues les 9 avril et 4 Décembre 2012 ainsi que l’utilisation des armes lors des manifestations de Siliana en Novembre 2012.
Sur le plan socio économique, Il faudra remettre les tunisiens au travail, et l’état doit donner l’exemple. Tous les chantiers arrêtés sans explication rationnelle doivent reprendre très rapidement. De l’autoroute Sfax-Gabès, à aucun bateau en rade sur le port de Radés, en passant par la maison de la culture sur l’Av Mohamed 5 à Tunis, etc. Les soucis des municipalités temporaires doivent être rapidement résolus pour que les citoyens vivent enfin dans un environnement propre. L’état doit aussi donner l’exemple et alléger ses structures. Le gouvernement ne peut pas demander des efforts aux tunisiens et ne pas s’appliquer une vraie cure d’austérité en terme de dépenses publiques. Le gouvernement de Mehdi Jomaa sera très attendu sur La Loi des Finances Complémentaires sur ce sujet.
Il est vrai qu’aucun miracle ne pourra être accompli en 10 mois, mais le gouvernement de M. Jomaa peut arrêter l’hémorragie provoquée par les deux gouvernements qui l’ont précédé. Il devra convaincre nos partenaires bilatéraux (les pays voisins amis, maghrébins, européens, arabes et américains), multilatéraux (BEI, BM, FMI, BAD, FADES, etc) que le pays est désormais sorti de sa crise politique, que des efforts vont être mis en œuvre pour nettement améliorer sa gouvernance, et que les ressources financières qu’ils vont nous mettre à disposition vont servir à bon escient.
Enfin et toujours sur le plan socio économique, des réformes de fond avaient commencé à être étudiées par l’ancien gouvernement mais n’ont pas été menées jusqu’au bout faute de méthode et de force politique. Les réformes du code des investissements et du code fiscal sont deux réformes fondamentales pour l’avenir du pays. Ce gouvernement est peut être une chance car il n’a pas un enjeu électoral à sa sortie. Il peut donc organiser avec les organisations patronales et syndicales ainsi que les partis politiques des assises sur ces sujets avec en ligne de mire la préoccupation principale du pays pour les 10 années à venir : Redonner de l’espoir à nos jeunes. Nous sommes certains au sein de AfekTounes que nous sommes capables de retrouver un socle qui nous unit autour de valeurs universelles comme la solidarité et la responsabilité, même si nos orientations économiques et sociales sont divergentes.
Et pour finir ce gouvernement a une priorité fondamentale : faire aboutir cette phase à des élections libres et transparentes.
Il devra commencer par nous rassurer sur l’indépendance des structures influentes de l’état à commencer par les gouverneurs, les délégués, les omads, sans oublier les responsables au sein de structures tels que le Centre National Informatique, l’INS, etc.
Le gouvernement devra aussi s’attaquer très rapidement au problème de la violence politique. Les Ligues de Protection de la Révolution (LPR) non autorisées devaient être dissoutes (la plupart) depuis l’accord de Dar Dhiafa datant du 15 Mai 2013, et celles autorisées (quelques unes) ayant commis des actes de violence hors la loi, poursuivies en justice en vue d’une condamnation et d’une dissolution. Il serait impossible de rentrer en campagne électorale avec la possibilité que ces ligues puissent empêcher comme ils l’ont fait plusieurs fois des meetings populaires des partis opposant à leur tendance politique.
Ensuite, plusieurs mosquées ont joué un rôle fondamental dans la diffusion de messages appelant à la violence et promouvant un mouvement politique. Le gouvernement devra trouver moyen pour surveiller les prêches dans les mosquées et appliquer la loi sans hésitation pour les imams déviant du cadre réglementaire.
Enfin, l’ISIE aura besoin du support de l’Etat pour faire appliquer les règles régissant les élections comme la loi sur les médias et les lois de financement des partis et des associations. Beaucoup de réactivité sera nécessaire et une mise à disposition des moyens de l’état.
La composition de ce gouvernement nous rassure sur la question socio économique, de vraies compétences vont être en charge. Nous sommes nettement moins rassurés sur les deux autres chapitres, sécurité et élections, quand nous voyons les personnes conservées et nommées respectivement à l’intérieur, la justice et les affaires religieuses.
Le Chef du Gouvernement reste le premier et le dernier responsable de la politique de son gouvernement, et dans le cadre de l’esprit de la feuille de route du dialogue national, les députés AfekTounes vont donc voter POUR ce gouvernement avec quelques réserves. Nous allons suivre de très prés l’application de la feuille de route sur la base de laquelle a été choisi M. Mehdi Jomaa.
*Fondateur Afek Tounes
Gouverner, c’est manager des affaires publiques. Ce manager doit acquérir la connaissance qui lui est nécessaire pour y voir clair et prendre les décisions adéquates en face de la multitude de problèmes qu’il doit résoudre.
S’il est compétent, il lui serait facile de gouverner un pays, une région ou une municipalité, si les deux ressources essentielles étaient largement disponibles: le temps et l’argent. Or c’est rarement le cas, sa performance va donc surtout dépendre de ses capacités à prioriser et à exécuter vite.
M. Mehdi Jomaa, lui même une compétence tunisienne qui nous fait honneur, a pu et su en très peu de temps attirer d’autres compétences de haut niveau dont nous sommes fiers. Nous les remercions d’avance pour le geste patriotique qu’ils font aujourd’hui, dans un contexte très difficile, en acceptant cette prise de responsabilité.
Concernant le temps, ce gouvernement dispose de 9 à 10 mois, c’est à dire dans la moyenne des 3 gouvernements qui l’ont procédé : BCE 7 mois, HJ 14 mois, AL 10 mois.
Concernant l’argent, il récupère une situation catastrophique sur le plan financier avec une incapacité du gouvernement précédent d’avoir des ressources extérieures, une caisse de compensation qui dérive énormément et des caisses sociales qui commencent à entrevoir de sérieuses difficultés.
Quels sont les axes de travail de ce gouvernement ? ChezAfekTounes, nous en voyons 3 : la question sécuritaire, la question économique et sociale et la question de l’environnement des élections.
Sur le plan sécuritaire, l’environnement international de plus en plus dangereux dans le sahararend notre pays fébrile par rapport aux terroristes si une reprise en main sérieuse de nos points de passage frontaliers ne se fait pas rapidement. Le trafic de stupéfiants et d’armes à feu doit être drastiquement combattu car il représente un danger sérieux pour l’avenir de notre pays. Le gouvernement de M. Jomaa peut s’y attaquer dès les premières semaines en collaboration avec nos frères Algériens et Lybiens ainsi que la communauté internationale, très concernée par une stabilité de l’Afrique du Nord en face du danger terroriste.
A l’intérieur du pays, l’Etat doit donner toute la lumière rapidement sur les deux assassinats de ChokriBelaid et Mohamed Brahmi et la responsabilités des milices politiques dans les violences vécues les 9 avril et 4 Décembre 2012 ainsi que l’utilisation des armes lors des manifestations de Siliana en Novembre 2012.
Sur le plan socio économique, Il faudra remettre les tunisiens au travail, et l’état doit donner l’exemple. Tous les chantiers arrêtés sans explication rationnelle doivent reprendre très rapidement. De l’autoroute Sfax-Gabès, à aucun bateau en rade sur le port de Radés, en passant par la maison de la culture sur l’Av Mohamed 5 à Tunis, etc. Les soucis des municipalités temporaires doivent être rapidement résolus pour que les citoyens vivent enfin dans un environnement propre. L’état doit aussi donner l’exemple et alléger ses structures. Le gouvernement ne peut pas demander des efforts aux tunisiens et ne pas s’appliquer une vraie cure d’austérité en terme de dépenses publiques. Le gouvernement de Mehdi Jomaa sera très attendu sur La Loi des Finances Complémentaires sur ce sujet.
Il est vrai qu’aucun miracle ne pourra être accompli en 10 mois, mais le gouvernement de M. Jomaa peut arrêter l’hémorragie provoquée par les deux gouvernements qui l’ont précédé. Il devra convaincre nos partenaires bilatéraux (les pays voisins amis, maghrébins, européens, arabes et américains), multilatéraux (BEI, BM, FMI, BAD, FADES, etc) que le pays est désormais sorti de sa crise politique, que des efforts vont être mis en œuvre pour nettement améliorer sa gouvernance, et que les ressources financières qu’ils vont nous mettre à disposition vont servir à bon escient.
Enfin et toujours sur le plan socio économique, des réformes de fond avaient commencé à être étudiées par l’ancien gouvernement mais n’ont pas été menées jusqu’au bout faute de méthode et de force politique. Les réformes du code des investissements et du code fiscal sont deux réformes fondamentales pour l’avenir du pays. Ce gouvernement est peut être une chance car il n’a pas un enjeu électoral à sa sortie. Il peut donc organiser avec les organisations patronales et syndicales ainsi que les partis politiques des assises sur ces sujets avec en ligne de mire la préoccupation principale du pays pour les 10 années à venir : Redonner de l’espoir à nos jeunes. Nous sommes certains au sein de AfekTounes que nous sommes capables de retrouver un socle qui nous unit autour de valeurs universelles comme la solidarité et la responsabilité, même si nos orientations économiques et sociales sont divergentes.
Et pour finir ce gouvernement a une priorité fondamentale : faire aboutir cette phase à des élections libres et transparentes.
Il devra commencer par nous rassurer sur l’indépendance des structures influentes de l’état à commencer par les gouverneurs, les délégués, les omads, sans oublier les responsables au sein de structures tels que le Centre National Informatique, l’INS, etc.
Le gouvernement devra aussi s’attaquer très rapidement au problème de la violence politique. Les Ligues de Protection de la Révolution (LPR) non autorisées devaient être dissoutes (la plupart) depuis l’accord de Dar Dhiafa datant du 15 Mai 2013, et celles autorisées (quelques unes) ayant commis des actes de violence hors la loi, poursuivies en justice en vue d’une condamnation et d’une dissolution. Il serait impossible de rentrer en campagne électorale avec la possibilité que ces ligues puissent empêcher comme ils l’ont fait plusieurs fois des meetings populaires des partis opposant à leur tendance politique.
Ensuite, plusieurs mosquées ont joué un rôle fondamental dans la diffusion de messages appelant à la violence et promouvant un mouvement politique. Le gouvernement devra trouver moyen pour surveiller les prêches dans les mosquées et appliquer la loi sans hésitation pour les imams déviant du cadre réglementaire.
Enfin, l’ISIE aura besoin du support de l’Etat pour faire appliquer les règles régissant les élections comme la loi sur les médias et les lois de financement des partis et des associations. Beaucoup de réactivité sera nécessaire et une mise à disposition des moyens de l’état.
La composition de ce gouvernement nous rassure sur la question socio économique, de vraies compétences vont être en charge. Nous sommes nettement moins rassurés sur les deux autres chapitres, sécurité et élections, quand nous voyons les personnes conservées et nommées respectivement à l’intérieur, la justice et les affaires religieuses.
Le Chef du Gouvernement reste le premier et le dernier responsable de la politique de son gouvernement, et dans le cadre de l’esprit de la feuille de route du dialogue national, les députés AfekTounes vont donc voter POUR ce gouvernement avec quelques réserves. Nous allons suivre de très prés l’application de la feuille de route sur la base de laquelle a été choisi M. Mehdi Jomaa.
*Fondateur Afek Tounes
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