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23ème congrès de l'UGTT, un évènement aux enjeux majeurs
22/01/2017 | 15:59
5 min
23ème congrès de l'UGTT, un évènement aux enjeux majeurs

Les travaux du 23ème congrès national de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) placé sous le thème de l’ « Allégeance à la Tunisie, fidélité à la mémoire des martyrs et dévouement aux travailleurs », ont démarré ce dimanche 22 janvier 2017. L’évènement se déroulera sur quatre jours et se clôturera par l’élection d’un nouveau secrétaire général qui devra succéder à Houcine Abassi ainsi que celle d’un nouveau bureau exécutif de la centrale syndicale.

 

Les yeux de la Tunisie seront ainsi braqués sur cet organisme, qui, depuis l’histoire moderne du pays, ne cesse de jouer un rôle important dans les différentes transitions qu’a connu la Tunisie. Un rôle qui prend une allure de plus en plus politisée, mêlant le militantisme syndical au dialogue politique. Chose qui aura, ces derniers temps, eu un poids considérable sur la scène nationale même si cela a aussi causé bien des soucis aux gouvernements successifs et gêné le processus de transition économique, pourtant garant des intérêts des travailleurs.

Ce congrès marquera-t-il un changement dans les orientations de l’UGTT et un retour vers un rôle basé exclusivement sur les revendications syndicales loin de l’activité politique ? Rien de moins certain. Houcine Abassi a bien fait savoir que s’il a un message à adresser à son successeur, ce serait celui de poursuivre sur la lancée et maintenir l’orientation actuelle de l’organisation.

 

 

Trois piliers de la centrale devront ainsi céder leurs sièges. En plus de Houcine Abassi, Mouldi Jendoubi et Belgacem Ayari, membres du Bureau exécutif, n’ont pas pu se porter candidats conformément à l’article 10 du règlement intérieur de l’Union qui limite à deux le nombre des mandats successifs des membres du bureau.

Pour ce qui est de la succession de Houcine Abassi, les candidats dont les noms ont émergé du lot sont Noureddine Tabboubi, Bouali Mbarki et Hfaiedh Hfaiedh. Des personnalités différentes qui donneront probablement chacun une autre nuance au militantisme syndical de l’UGTT mais aussi à son action politique.

Noureddine Tabboubi est en tête de la liste consensuelle qui réunit 13 membres dont une femme, Samia Letaïef. Il est, de ce fait, le plus pressenti pour succéder à Houcine Abassi. Tabboubi est un fervent défenseur de la portée politique que peut jouer la centrale syndicale. Dans une interview accordée à L’Economiste maghrébin, il affirme que ceux qui pensent que le seul rôle de l’UGTT est de revendiquer les augmentations salariales, ne savent rien de son histoire.

Des propos qui ne peuvent que conforter Houcine Abassi, dont l’engagement politique et le rôle joué dans le dialogue social ont été couronnés par un prix Nobel de la paix en 2015.

 

Kacem Afia, lui aussi candidat pour le secrétariat de l’Union, conteste, pour sa part, la liste consensuelle. Le secrétaire général adjoint de l’UGTT, avait précisé qu’il n’a pas souhaité faire partie de la liste consensuelle des candidats à la direction de la centrale syndicale et expliqué ce refus par les dysfonctionnements qu’il a pu observer dans les structures internes de l’UGTT.

Cette liste alternative comprend  des noms comme Lassaâd Yaakoubi, secrétaire général du Syndicat de l’enseignement secondaire, Mastouri Gammoudi, secrétaire général du Syndicat de l’enseignement primaire, Mongi Ben Mbarek, des télécommunications, la militante Wassila Ayachi, ainsi que d’autres noms. Une liste qui n’est toutefois pas à l’abri d’être modifiée ou de voir des départs.

Kacem Afia a expliqué, dans une déclaration à Shems Fm, que l’enquête judiciaire sur les évènements du 4 décembre 2012, a pu prouver l’implication de responsables syndicaux, « infiltrés », dans les attaques perpétrées contre l’UGTT et contre Houcine Abassi, précisant qu’aucune mesure n’a été prise jusqu’à présent à leur encontre.

Et d’ajouter qu’il n’est pas exclu que la liste adverse contienne des noms de ces « infiltrés » expliquant que, pour lui, rien ne peut se faire sans que la centrale syndicale ne fasse le travail nécessaire pour revoir ses structures, pour se réévaluer, pour mettre chacun face à ses responsabilités et éviter de commettre, à l’avenir, les mêmes erreurs.

Nombreux observateurs s’accordent à dire que le rôle politique joué par la centrale syndicale n’arrange personne et certains espèrent aussi la voir retourner à sa première vocation. Il n’est donc pas exclu, que l’on tente de téléguider ce changement.

 

 

Toutefois l’UGTT qui se place aujourd’hui comme « allié » et « partenaire » du gouvernement, est aussi le garant d’une paix sociale fragilisée par un contexte économique des plus difficiles. L’équation n’est pas simple et la centrale syndicale devra revoir sa position pour participer au désamorçage d’une crise qui ne cesse de freiner et de retarder la transition économique du pays.

 

La fin de cette année a été marquée par des semaines de bras de fer entre l’organisation et le gouvernement sur les augmentations salariales, des négociations qui se sont tenues sous la menace d’une grève générale prévue pour le 8 décembre, et qui a pu en fin de compte être évitée.

C’est donc avec grand intérêt que seront suivies, les prochains jours, les travaux du congrès de l’UGTT avec, sans doute, l’espoir de voir émerger des urnes la lueur d'un petit changement, d’une UGTT plus moderne, plus tournée vers les jeunes et moins dominée par ceux dont elle s’évertue à défendre les intérêts.

Une UGTT qui devra trouver un juste équilibre entre sa vocation et le rôle que lui impose le contexte actuel d’un pays au bord de la faillite, qui finira par couler si rien n’est fait pour que les intérêts de la nation priment sur tout le reste.

 

 

Le coup d’envoi du congrès a été donné ce matin par le secrétaire général sortant, qui, ému jusqu’aux larmes, a rappelé la portée historique du moment « qui permettra de poursuivre la mission dure de la centrale syndicale dans l'accompagnement du processus de la transition démocratique ». Aucun parti politique, ni la présidence de la République, ni celles du gouvernement ou de l’Assemblée des Représentants du Peuple n’ont été conviés aux travaux du congrès… 

 

22/01/2017 | 15:59
5 min
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Commentaires (3)

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Nephentes
| 23-01-2017 13:16
Décidement aucun legs ou institution historique ne perdure avec les mentalités qui prévalent;

Prochaine victime annoncée : l'UGTT, qui n'est plus que l'ombre d'elle-même en termes de qualité des équipes dirigeantes et de capacité de fédération nationale;

L'UGTT d'aujourd'hui est force de blocage et non pas de progrès social et économique

La qualité et l'intégrité des postulants au secrétariat général est à discuter

beaucoup d'adhérents , voire de militants sont de vulgaires délinquants opportunistes , et dont la présence met à mal la crédibilité de la centrale auprès de ses partenaires.

là aussi, le nivellement catastrophique du pays a frappé.

Il faut une nouvelle génération de leaders, ouverts fédérateurs et réalistes.

En attendant, gare aux scissions imbéciles et irresponsables, et à la fuite en avant dans les revendications destructrices

artiste citoyen
| 22-01-2017 17:34
Le sens de l'UGTT c'est quand par vents et marées,elle conserve lucidité et attachement à une qualité du discours et de l'action dans le respect des convenances et l'éthique universelles Aimer les travailleurs et leur noble cause c'est bon mais ce n'est pas suffisant Il faudrait les rendre aimables raisonnables et attachés au respect du contrat social et l'intérêt public

khneji
| 22-01-2017 17:07
Enfin le témoignage du secrétaire adjoint M AIFA a mis fin aux accusations contre les LPR....bref l'ugtt perd de plus en plus sa crédibilité.