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Tunisie ? Comment réconcilier l'appareil sécuritaire avec le citoyen ?

Tunisie ? Comment réconcilier l'appareil sécuritaire avec le citoyen ?
La relation entre les Tunisiens et la police n’a jamais été un long fleuve tranquille. Entre incompréhension et idées reçues, c’est une relation à construire. Mieux. Une « réconciliation » pour l’intérêt suprême de la Nation. Car, par les temps qui courent, la police a une chance historique pour, enfin, se concilier avec les Tunisiens. Espérons qu’elle ne la gâchera pas !
Qui l’aurait cru ? Rares sont ceux qui s’y attendaient, pour ne pas dire personne !
Dans un communiqué, rendu public lundi 11 avril 2011, « le ministère de l'Intérieur exprime à tous les citoyens tunisiens ses remerciements pour leur contribution volontaire à la réfection et à l'aménagement des postes et des commissariats de police et de la garde nationale, incendiés ou détruits lors des derniers événements, ce qui témoigne d'un sens patriotique aigu ».


Le même communiqué se félicite des « efforts exceptionnels » déployés par tous les cadres et agents des forces de sécurité intérieure. Il réitère « que ces efforts procèdent de leur attachement à leur identité tunisienne et de leur ferme volonté à préserver les acquis de la révolution, à défendre la sécurité du pays et à protéger l'intégrité des citoyens et les biens publics et privés ».
Après le départ, mouvementé, de « super » Farhat Rajhi, et l’arrivé de Habib Essid, les critiques, parfois acerbes, ont fusé. Elles n’ont épargné ni le Président, ni le Premier ministre, encore moins le nouveau ministre, considéré comme proche des clans de l’ancien régime.
Lors de sa prise de fonctions et malgré les critiques, il a remis les pendules à l’heure. Dans le style sobre qui caractérise tant les commis de l’Etat, il s’est dit « fier d'assumer cette mission qui intervient à l'heure où la Tunisie traverse une période transitoire délicate ».
Et de souligner que, désormais, « la nécessité pour tous est de conjuguer les efforts en vue de réaliser les objectifs de la révolution tunisienne en cette phase de transition démocratique ».

Voilà, tout est dit ! Il faut donner un coup d’éclat à cette forteresse qu’est le ministère de l’intérieur, de sinistre réputation depuis l’ère Bourguiba, chose qui a empiré sous Ben Ali et même avec le premier gouvernement de transition.
Mais, tant que le système est en train de changer, les pratiques doivent aussi suivre.
Ainsi, lors de sa première sortie, Habib Essid, au cours d’une réunion, tenue le 2 avril 2011, avec les cadres de la garde nationale, à El Aouina, a d’emblée appelé à « rompre avec les pratiques du passé et à veiller au respect du citoyen » en soulignant « la volonté du ministère d'appliquer la loi contre tout abus de pouvoir ou atteinte aux droits des citoyens ».
Mais, peut-on réellement changer la police ?
De sources très bien informées, « les policiers tunisiens figurent parmi ceux les mieux formés de la région ». En termes de technicité, « ils valent plus que les policiers de plusieurs pays développés et se distinguent, notamment, par une discipline de fer. Cette qualité, fait la force de la police tunisienne ».

Cependant, là où le bât blesse, c’est que si ses effectifs, bien entraînés et expérimentés, sont entre de mains malveillantes, elles se transforment en une redoutable machine répressive de la dictature. Ce fut le cas. Personne ne peut réfuter cette réalité. Néanmoins, quand certains policiers deviennent à la solde des Trabelsi et des Ben Ali (frères, cousins et même amis), c’est l’égarement de tout un corps de la sûreté de l’Etat.
Les histoires sont bien connues car elles concernent toutes les franges de la société : amateurs de sports, petits commerçant, opposants, homme d’affaires, étudiants, criminels…
Les comportements sont les mêmes. Ils traduisent la frustration qui dévore les agents sous payés, mal rémunérés et peu considérés.
Dès lors, la corruption et les abus de pouvoirs n’ont eu aucun mal à se frayer un chemin dans les rangs de la police tunisienne.
Même les dernières augmentations salariales demeurent en deçà des attentes, notamment les primes de nuits et les primes de risques. Car, jouer au jeu des pourcentages, cela ne garantit pas de rétablir l’ordre : la carotte des augmentations de 100 % quand elle concerne 5 dinars, elle demeure toujours dérisoire, car le résultat est, en finalité, 10 dinars !

Payer les agents au juste-prix est un droit plus que légitime. C’est surtout un moyen de « nettoyer » et d’assainir la police. Les brebis galeuses, partisanes du nivellement par le bas, n’ont plus de place. Les psychopathes, nostalgiques des temps d’avant le 14 janvier (!) doivent dégoupiller. Après, c’est à la justice d’établir les faits et de les juger, si des preuves tangibles existent.
Mais que des facebooker’s ou des représentants de la société civile endossent la tenue de justiciers des temps modernes, ceci revient à l’anarchie. Car, même si la légitimité révolutionnaire unit les uns et les autres, la justice doit être préservée de la chasse aux sorcières.
Ceci va dans le même sens du contenu du communiqué rendu public, jeudi 14 avril 2011 par le syndicat des forces de l’ordre intérieures, protestant contre ce qu’il considère comme étant « les prémices d’une campagne hostile aux agents de sécurité et appelant au port du brassard rouge à partir de mardi 19 avril 2011 tout en laissant la porte ouverte à «la possibilité d'une escalade de la protestation, à travers d'autres formes, qui seront déterminées ultérieurement, en cas de poursuite de la campagne diffamatoire et si le ministère de l'Intérieur ne prend pas les mesures qui s'imposent".

D’autre part, nous apprenons que les décisions de la justice laissent parfois perplexes et vont à l’encontre des efforts des agents de l’ordre. A titre d’exemple, on citera le cas majeur des incidents de Bab El Jazira qui ont abouti à l’arrestation de 130 personnes en flagrant délit d’agressions avec armes blanches notamment et au prix d’efforts de la part d’agents qui ont bravé les pires dangers pour remettre de l’ordre et arrêter les malfaiteurs.
Or, sur ces 130 personnes arrêtées, cinq seulement, ayant des antécédents judiciaires, ont été retenues par le juge d’instruction. Toutes les autres ayant été libérées sans la moindre explication.

Pour sa part, M. Essid souligne le 11 avril via un communiqué, que « les manifestations pacifiques et les revendications légitimes sont des droits de tout citoyen tunisien » et ce, tout en exhortant les citoyens à faire preuve d'esprit de citoyenneté et à éviter de porter atteinte aux intérêts de personnes et des entreprises vitales, dans ces conditions particulièrement difficiles par lesquelles passe le pays.
Ceci revient à faire appel à l’esprit de citoyenneté. Du moins, ce qui en reste après des années de dictature qui n’a fait qu’attiser les rancœurs, multiplier les injustices et semer les déséquilibres.
Diviser pour mieux régner, fut la doctrine de l’ancien régime. Et la police y a contribué pour quelque chose !

Désormais, que cherche le Tunisien ? Certainement pas, l’archétype du policier gros, grossier et brutal.
Pourquoi pas des policiers instruits, connaissant la loi pour mieux l’appliquer, présentable, au look soigné et moderne ?
Nous aspirons à des policiers qui saluent le citoyen et montrent leur carte de service pour effectuer un contrôle de routine.
Des agents qui appliquent la loi invariablement et sans discernement.
Des postes de polices où le citoyen est bien accueilli, tout en ayant accès aux divers services sans les monnayer.
Des demandes si simples, mais ô combien importantes. Car si on coupe avec le favoritisme et les interventions, notre police pourra se moderniser.
Si on laisse la justice faire son travail, notre police sera assainie. Et ce, au grand bonheur des agents patriotes qui sont les premiers à souffrir des corrompus et des barbares.
Que les citoyens soient traités sur le même pied d’égalité et que tout un chacun paie pour ses égarements !

Les acquis de la Révolution reviennent à tous les citoyens, sans exception, et les policiers en font partie.
Mettons la main dans la main afin de protéger les acquis de la révolution tunisienne, défendre la patrie contre toute menace intérieure ou extérieure. C’est l’essence même de la citoyenneté.

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Commentaires

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zaouia
| 21-04-2011 18:12
Il n'y aura pas de réconciliation. Il faut d'abord que notre police, ***, fasse son autocritique et balaye devant sa porte. Juste trois exemples pour illustrer mes propos :
1. Tout le monde sait très bien que si vous allez porter plainte dans le passé, car vous êtes victime de je ne sais quoi, au commissariat et pour 5 dinars vous allez ressortir coupable, et le vrai coupable qui a glissé 5 dinars sort innocent !
2. Comment en ce moment même les conducteurs du Nakl-Errifi grillent le feux devant le district de Ariana-Nord sans être inquiété ! alors que si le citoyen que nous sommes grille un feux il y aura une patrouille qui va l'interpeller !
3.Comme vous le savez, nos chers militaires, que j'admire, sont très disciplinés et civilisés. C'est toujours le système D qui compte pour un militaire.
Il parait qu'ils ont remarqué que les policiers qui travaillent avec eux en ce moment mêmes sont sales et indisciplinés car ils mangent leurs casse-croutes et jettent le reste n'importe où !!

sufia
| 17-04-2011 16:44
avant de reformer la police il faut detruire ce batiment hideux du ministere de l interieur symbole de tous nos malheur

noris
| 15-04-2011 23:05
comment reconcilier la police avec le citoyens. a coup de matraque dans les dents de tous ces bandits qui terrorisent les gens qui ne veulent que vivre normalement

CHEMS
| 15-04-2011 21:20
Il n y a pas 36 solutions en la democratie de la tunisie
Tout le monde etait corrompu avec ses moyens du + petit au + grand citoyen
Donc mnt il faut de la croissance pour profiter des ressources
Actuellement croissance nulle donc normal pas d argent
Croissance = travail + pouvoir d achat + profi à partager
en ce moment c est argent mais sans travailler et meme + sans proposer des idees


Tuni_Avenir
| 15-04-2011 19:15
Aucun pays ne peut vivre sans forces de l'ordre. La seule chose qu'on demande a la police est le respect des citoyens et des lois. Nous ne pouvons avoir un avenir démocratique sans une police démocratique. En ce qui concerne les salaires, la pluparts des tunisiens ont des salaires modestes ' ce n'est pas une raison pour être corrompu. Le jour ou on travaille tous ensemble et qu'on réalise 8 ou 9% de croissance, tout le monde va bénéficier de ca et le niveau de vie de toutes les couches sociales et métiers s'améliora. En attendant, il faut être satisfait d'avoir un boulot. Des milliers de tunisiens sont sans travail et ils doivent avoir la priorité.

sami
| 15-04-2011 11:34
t'as dis "recevoir les plaintes des citoyens victimes d'abus.."
tu parles si comme si ces citoyens innocents n'ont rien cassé ou rien brûlé réveille toi et cesse de prendre les gens pour des cons. c un feu vert pour anarchie et corruption ou quoi? ce qui est sur c'est que t'es le genre qui compte pâsser toute sa vie à se révolter et à revendiquer
.les tunisiens ne sont que des consommateurs de démocratie alors qu'ils fo être productifs. on est tous égocentrique et égoiste

sami
| 15-04-2011 11:25
vous avez oublié les actes de vandalismes des manifestants.et vous parler du droit de manifester . vous rêvez ou koi?????? vous voulez vivre dans l'anarchie?????? chui pour les bombes lacrymogénes et les cartouhces. ce qu'ils nous faudras esu un vrai dictateur parce que z.a.b.ali ne l'étais pas il étais plutôt un voyou

loli
| 15-04-2011 10:38
"la police a une chance historique pour, enfin, se concilier avec les Tunisien" voilà qui est bien dit, ça serait bien si le ministère de l'intérieur fasse des cours en psychologie pour ses agents, officiers et cadres afin de leur mettre une fois pour toute dans la tête qu'ils sont au servie du peuple et non le contraire, que c'est leur chance pour etre acceptés et bien vus, qu'ils oublient les anciennes facheuses habitudes, que leur salaire n'est pas notre probleme et que l'écart ce n'est pas à nous de le payer, que le sourire ne coute rien, que les biens des autres c'est leurs biens et ils n'ont pas à les partager avec eux, que nous ne sommes pas là pour les faire enrichir sur notre propre compte, que nous ne pouvons garantir leur repas à midi, ni leur loisirs, que nous sommes comme eux, vivants avec "un salaire" qui ne nous permet pas de le distribuer a droite et a gauche, que l'injustice doit être sanctionnée meme pour eux, que le poste de police c'est le notre, et celui qui y rentre a droit a leurs services, alors qu'ils arrêtent de nous crier dessus, de nous insulter, de nous faire attendre et nous faire peur, que les filles ne sont pas obligées d'accepter leur avances sous peine de se voir coller des P.V et des accusations bidons , Non on ne veut plus de l'ancienne police, on veut aps partager nos cadeaux de voyages pour la famille avec eux, on ne veut plus leur payer leurs cafés sur notre compte, au ministère d'instaurer "une police de la police" comme dans les pays civilisés pour stopper ses abus, que cette police soit annonyme meme pour eux, pour pouvoir prendre les "delinquants policier" sur le fait et les "juger" oui les juger devant des tribunaux et que nos plaintes envers les policiers , meme les cadres d'entre eux soient prises en conséderation et non jeter a la poubelle. Nous ne voulons plus que le ministère couvrent leurs agents meme s'ils sont des commissaires ou des directeurs, on n'en a rien à faire, nous nous voulons une police propre, honnete, serviable, souriante et au service des citoyens partout sur le territoire tunisiens. Qu'il recrutent, qu'ils licencient, qu'ils agissent comme ils veulent, mais UNE VRAIE POLICE HONNETE et avant tout, maintenant ils ont des photos, des identités, des noms des policiers qui ont commis des meurtres, des violences, des abus sur les personnes et les biens (meme s'ils ont été commandé) ceux là nous voulons les voir condamnés et pour de bon et sans tarder, qu'on noie pas le poisson parce que sinon y aura pas d'oubli, ni de pardon, c'est clair et puis à mon avis toutes les anciennes têtes et surtout celles qui a été dans les aéroports et les frontières, dans les commissariats sont toutes à banir completement y en a aucune d'entre elles qui peut changer un jour et ils trop sur la conscience pour qu'on les garde, ils doivent partir, mettez les dans des bureaux si vous ne pouvez pas faire autrement , mais qu'ils s'éloignent de nos vue et su. sinon les tunisiens ne pourront jamais oublier, ni pardonner, ni accepter cette police avec son historique SOMBRE

Kiki
| 15-04-2011 08:17
Ce n'est pas facile de s'embraser comme ça, comme si de rien n'était. Trop, on a trop souffert pour oublier tant de ranc'ur. Peut être avec le temps on pourra pardonner, mais jamais oublier ce qui est indélébile et gravé dans le disque dur de l'histoire.
Je rejoins Hatem pour sa proposition dans cet espace. Son idée me parait avant-gardiste. Puisse t il être entendu. Merci pour ABA et toute l'équipe, de nous donner la chance de nous exprimer sur ce sujet, jusqu'ici resté tabou.

Keuf
| 14-04-2011 23:30
La police doit complétement disparaitre de l'instance commerciale et privée, réintégrer ceux qui sont issus des écoles supérieurs " clean" dans la garde nationale et délester tous les ripoux qui ont abusé de leur fonction pour délester les citoyens et imposer la terreur.

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