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Omar S’habou : Cher si Béji, dites la vérité aux Tunisiens !

Omar S’habou : Cher si Béji, dites la vérité aux Tunisiens !
Par Omar S’habou

Cette lettre a été adressée par Omar S’habou, membre de Nidaa Tounes, à Béji Caïd Essebsi qui en est le président, le 4 septembre 2014. Il y étaye son opposition à une candidature à la présidentielle d’un candidat partisan, malade et entouré d’une cour qui rappelle celles qu’ont eues Bourguiba et Ben Ali, selon lui. Nous publions la lettre dans son intégralité telle que Business News a pu se la procurer. Et nous publions également, la réponse de Ridha Belhaj, autre dirigeant du parti.

Cher Si Béji,

Votre décision de présenter votre candidature à la présidence de la République ne me parait pas répondre aux exigences politiques de la prochaine étape de notre histoire nationale ni au profil souhaité du prochain président de la République. Votre candidature serait même, à mon avis, porteuse de difficultés pour la République.

Primo : Je pense que la Tunisie et les Tunisiens ont besoin pour le prochain mandat présidentiel d’un chef d’état au-dessus des partis. Si le prochain premier ministre, en vertu du texte constitutionnel et de par la nature même de la compétition démocratique, ne peut être que le dépositaire d’orientations politiques forcément partisanes, il serait dangereux, pour un fonctionnement fluide et équilibré de nos institutions, que le président de la République le soit aussi. Notre pays ne saurait souffrir d’une guerre larvée – et cette hypothèse n’est pas absurde – entre un président et un chef du gouvernement issus de partis politiques aux doctrines antagonistes. La désastreuse expérience en cours le montre amplement. Il est aisé en effet de faire l’inventaire de toutes les tensions et dissensions parfois graves, comme celles qui ont affecté la politique sécuritaire du pays, qu’a fait endurer à notre pays la cohabitation entre Marzouki – pourtant aux attributions limitées – et les chefs de gouvernement successifs avec lesquels il a été amené à travailler. La sagesse plaiderait à mon sens en faveur d’une cohabitation soft voire d’une entente entre un chef de gouvernement partisan et un président non partisan. En n’étant l’otage d’aucun parti politique, le chef de l’Etat peut déployer une vision consensuelle de la chose publique. Dans tous les cas, il ne sera pas comptable de ses actes et décisions devant les instances d’un quelconque parti politique mais uniquement devant les Tunisiens dont il tire directement sa légitimité. Il disposera de ce fait d’un pouvoir moral et institutionnel fort et salutaire propre à assurer la stabilité des institutions en cas de crise.

Secundo : J’ai compris à la lumière de ce que vous ne cessez d’affirmer vous-même, qu‘une alliance gouvernementale avec Ennahdha serait envisageable si l’intérêt du pays l’exigeait. Je suis personnellement farouchement opposé à cette éventualité fût-elle simplement virtuelle. A mon sens, l’intérêt du pays voudrait qu’Ennahdha soit exclue de tout exercice du pouvoir. Il est à peine imaginable qu’on puisse proposer un partage du pouvoir exécutif à un parti et un groupe de personnes qui ont, avec prédétermination, détruit ce que les Tunisiens ont construit depuis des décennies. A moins qu’un préaccord tacite n’ait été conclu à l’insu des Tunisiens dans ce sens. Chose à laquelle personnellement j’ai toujours refusé de croire même si certains indices le confirment. Comme notamment cette idée de Conseil d’Etat (majless eddawla) que vous avez défendue au lendemain d’une de vos rencontres avec Ghanouchi et que ce dernier a implicitement soutenue allant jusqu’à envisager le départ prématuré de Marzouki comme quelque chose de possible et de réalisable. Cette idée de Conseil d’Etat ne pouvant avoir d’autre traduction politique qu’un partage du pouvoir vous conduisant au palais de Carthage. Ma crainte est réelle si Béji quant à une perpétuation de cet esprit de partage au lendemain des élections législatives. Et sur ce plan, pourquoi le cacher, j’ai du mal à vous faire confiance.

Tertio : les choses sont désormais claires dans mon esprit et dans l’esprit de plus d’un dirigeant de Nidaa. Il nous est désormais difficile de croire que vous êtes maître de vos décisions au sein du parti. Je ne vais pas personnellement jusqu’à dire que vous êtes devenu, comme le pensent plus d’un, l’otage d’un entourage fermé où s’entremêlent les intérêts familiaux et financiers. Mais l’esprit de cour est finalement venu à bout de toutes les vertus et valeurs fondatrices de Nidaa Tounes conçu au départ comme un projet alternatif aussi bien culturel (hadhari) que politique. Résultat : presque toutes les bonnes volontés et compétences issues de la majorité silencieuse, de la société civile et des milieux universitaires qui ont rejoint et cru en ce projet font aujourd’hui les frais d’une politique basée sur l’inféodation personnelle et l’alignement inconditionnel à un quarteron de personnes aux fins de mettre la main sur l’appareil du parti considéré comme un héritage de droit.
La composition désastreuse des listes de Nidaa aux législatives en fait foi. Des figures honnies du régime de Ben Ali y ont supplanté des « nidaistes » pur sang, rayonnants et crédibles. Ma crainte est que, demain, cet entourage nocif s’auto-transfère au palais de Carthage. Et les Tunisiens de se retrouver avec de nouveaux Belhassen Trabelsi, Mansour Skhiri, Leila Trabelsi et autres Saïda Sassi. Non, Si Beji, nous sommes déjà servis.

Quarto : J’ai défendu dans un article de presse votre droit à vous présenter aux présidentielles malgré l’handicap de l’âge. (Vous êtes à votre quatre vingt neuvième année, we rabbi ytawel fi omrek). Mais à condition toutefois que vous soyez dans un état de santé qui vous permet d’assumer pleinement les charges de président de la République ; charges qui sont loin d’être symboliques dans le nouveau texte constitutionnel. Votre état de santé vous le permet-il vraiment ? J’ai appris que c’est loin d’être le cas. Parce que je vous aime bien et vous le savez, je vous prie de dire la vérité aux Tunisiens quant à votre état de santé. Vous vous souvenez sans soute que j’ai demandé à Marzouki, dans une lettre publique qui avait fait du bruit en son temps, de révéler à l’opinion son état de santé qui était et reste encore sujet à plus d’une inquiétude. Comment puis-je taire la même demande au nom de l’amitié que j’ai pour vous ? Ce serait irresponsable ! Il est préférable que les Tunisiens vous élisent en toute connaissance de cause qu’être choqués par des surprises qu’ils ne vous pardonneront pas.

Mon cher président,

L’ensemble de ces raisons m’amènent, à contre cœur croyez moi, à vous demander de revenir sur votre décision de vous présenter aux élections présidentielles, de soutenir un candidat qui vous paraît idoine ou le moins mauvais et de vous contenter du statut de guide, de symbole voire de recours. Un recours dont la simple active présence rassure.
Je comprends parfaitement votre touchant et compréhensible désir de couronner votre exceptionnelle carrière par une entrée triomphale dans le bureau de notre cher Bourguiba, mais la bonne santé de la Tunisie de demain a besoin, malheureusement, d’un président autre que Si Béji Caïd Essebsi.

Avec toute mon affection et mon amitié.

A lire également : Ridha Belhaj répond à la lettre adressée par Omar S’habou à Béji Caïd Essebsi 

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Commentaires

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Mâitre
| 05-10-2014 13:52
3mor Habou était rien avant la mise en place de Nidaa Tounes, il est devenu quelqu'un en rentrant à Nidaa Tounes il est maintenant plus rien en quittant Nidaa Tounes.

pit
| 19-09-2014 12:55
...si ce n'est pour...au moins votez contre...le but étant de nous débarrasser de la bande de terroristes constituée par ennhadha & co ... nous ferons le ménage après leur élimination totale du paysage politique!

R.T.
| 18-09-2014 14:05
Il n'a pas besoin de tes conseils ni ton avis; si tu croix savoir mieux ou bien plus honnêtes que lui; il me semble faux!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Qui t'a chargé de ce noble travail ?

observator
| 12-09-2014 20:11
Ils avaient jeté leur zaïm Bourguiba dans la gueule de Ben Ali et aujourd'hui ils lynchent BCE en public.
Aujourd'hui BCE est un vieillard abattu s'accrochant follement à un mirage de chaise comme l'a été Bourguiba en 1987.
J'avais toujours écrits sur les colonnes de BN que ce parti nidaa rcd est un ramassis d'anciens rcdistes et d'opportunistes qui n'ont de programme pour le pays que leurs intérêts personnels.
Imaginez ces vautours au pouvoir demain : Adieu justice, liberté, prospérité........
Nous tunisiens doivent être vigilants très vigilants pour protéger nos acquis.

Moncef KALLEL
| 11-09-2014 12:06
Je trouve que ce n'est pas le moment de parler de cette façon, regardez tout d'abord le danger que le PAYS fait face en ce moment difficile, donc arretons de critiquer les Personnalités qui sont tout d'abord intègres et qui beaucoup servi la TUNISIE, toutefois, jusqu'à ce jour qui a donné ses preuves, ce n'est pas la Troika bien sur mais d'autres qui sont peu sur la sène politique, citez-moi quelqu'un qui pourrait sauver le PAYS dans les circonstances actuelles? nous sommes comme une chatte sur un toit brulant; rendez-vous compte si personne des Partis concurrentes n'arrive pas à avoir une majorité dans les élections et que seulement Ennahdha qui arrive au premier classement, comment va etre dirigé le PAYS;, pourtant nous avions la mauvaise expérience et malgrés celà, nous sommes encore hésitant! C'est trés grave si on ne fait pas attention à ce danger, tout le monde sera cuit et celà sera la catastrophe.

SALEM
| 09-09-2014 11:57
la reponse est simple.......C'est en raison de la nahdhafolie qui gouverner la Tunisie conformement a des mythes remontant a 14 siecles....au moins

Libre comme l'air
| 09-09-2014 02:10
Amor Shabou a raison ; BCE est trop vieux pour aller à Carthage ressusciter un rêve devenu réalisable après le 14 janvier 2011. BCE ne porte pas l'espoir des jeunes tunisiens tombés entre le 17 décembre 2010 et le 20 janvier 2011. En fait il ne porte rien que quelques proverbes obsolètes et quelques anecdotes de mamèti pour faire rigoler le public; mais il sait pertinemment que les tunisiens majoritairement de niveau politique médiocre le suivront croyant que c'est le deuxième sauveur de la Tunisie après Bourguiba. BCE n'a jamais brillé du temps de Bourguiba, idole et maître, redevenu flambeau de la post-révolution pour les mesquins du régime déchu. BCE le bourguibiste, ou le bourguibiste par opportunisme, ne fera pas le printemps de la Tunisie pour diverses raisons dont je site quelques unes. L'état de santé de BCE, rabbi ytawwel fi omrou, est son premier handicap à la présidence. Son programme et discours ne sont pas à la hauteur des aspirations de la jeunesse tunisienne. Sa crédibilité après la première nomination de son fils comme tête de liste laisse les gens repensé à une nouvelle dictature familiale à l'image des chefs nahdhaouis. Ses affinités, honnêtes ou malhonnêtes, avec R. Ghannouchi laissent poser beaucoup de questions à se propos. Plus grave que cela, et à travers une étude discursive des dits de BCE, on arrive à conclure qu'il mène une course folle et aveugle vers le palais de Carthage pour apaiser une soif et réaliser un rêve tant esquinté par le temps de Bourguiba et par Bourguiba lui même. Cela et bien d'autres raisons me laisse conclure que BCE étant d'un âge avancé, mystérieux pour ne pas dire malhonnête, et psychologiquement atteint- et cela me rappel bien évidemment notre cher Marzouki- ne mérite pas les fonctions de chef de l'état tunisien. Opportunites, mesquins et hypocrites hôtez vos mains de ma Tunisie. Vive le peuple, vive la république et vive la liberté d'expression.

gaddo59
| 09-09-2014 00:27
.......depuis des années je n'ai pas lu une lettre ainsi vrai que cela que je viens de lire

le probleme serait de trouver un quelcu'un de la même Hauteur de Monsieur BCE, le seul qui peut prendre la place du changement en Tunisie ,après la catastrophe causé par ennada dans le 3 année de gérance malhonnête, c'est qui ?? Kamel Morjene !!! mais il n'est pas de Nida Tunes.........
il y a des commentaires ou je trouve que des gens son surpris de voir que on parle très mal d'ennada........personalement je ne veux pas l'ecrire ni le prononcér ce sale moviment
ma de quoi tu t'étonne , après la fallite de la Tunisie tu demande encore pourquoi il y a du Monde que parle mal de ce bande de criminel ????? c'est pas suffi ce dont on a vécu ??? ou bien tu vive sur Mars ???
je suis d'accord avec Mr Omar S'habou , mais 100000 fois mieux BCE , vieu ,malade et quoi d'autre a l'arrivage de le plus intelligent que existe dans ce muviment des moyen age........il n'arrivera jamais a l'hauteur de ses semelles......
merci de le publié
j"espere que si ira gagner ennada ,il arrivera la fin du monde ici en Tunisie,
vous ne merité pas peut être un vieux Monsieur comme Monsieur BCE ,mais vous merité mieux que être géré,vous et toutes les generations futures, dans une .........je ne sais pas comment le definir, c'est une masse ignoble de voyeux criminels et terroristes
.......je suis trop irrité.........pauvre la Tunisie......pauvre le Peuple Tunisian
A.C.
W ZABA .......au moins avec lui et les 40 voleurs, tout le Monde il mange ,et au moins le Peuple a était volé avec conscience et non avec la façon sournois, hypocrite de ces gens de mer....
que se cache toujours darriere la Religion la plus belle au Monde
et encore il y a quelcu'un qui croit en eux......

un tetu
| 08-09-2014 12:41
cette position et cette analise impose une question 'pourquoi alors vous etes tellement attache au bourguibisme!celà me parais contradictoir oh mon dieux on est victime de notre élite qui est incapable de trancher et de se liberer des contradiction meurtriéres

faouzi
| 07-09-2014 15:36
Il est malade ce shabou, il est certainement chargé d'une mission pour éliminer BCE que nous avons suivi ses interviews télévisés ou toutes ses interventions et nous jugeons qu'il réfléchit mieux que tous les autres vu son expérience et son bon sens, donc shabou va te soigner tu n'es pas plus intelligent que les tunisiens et gardes ton avis au sein du parti que tu quittes et tu reviens sans motif sauf tes coups de tête et ta fierté est non fondee, tu n'iras jamais loin car tes cartes sont dévoilées et brûlées.

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