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Tribunes

La Tunisie à la croisée des chemins

La Tunisie à la croisée des chemins

 

Par Hella Ben Youssef*

 

De nouvelles élections générales approchent à grands pas. La scène politique témoigne de cette nouvelle effervescence et fébrilité à la veille du démarrage de la campagne électorale. Toutes les formations politiques ou assimilées fournissent leurs armes. Elles adaptent leur discours à la conjoncture présente, ajustent leurs objectifs et programmes, se cherchent des alliés de circonstance.

La recomposition du paysage politique n’est, d’évidence, toujours pas achevée et pour ainsi dire non stabilisée. Nul besoin ici de retracer les diverses péripéties qui ont vu se défaire nombre de forces politiques comme en atteste le « nomadisme parlementaire » et les puissants conflits intra-formations.

 

Si le pays a connu, au cours des 9 dernières années, des avancées spectaculaires dans les domaines des libertés individuelles et publiques, nombre de questions restent irrésolues, voire même prendre une tournure récessive, pour ne pas dire critique. Une colère sourde et un désappointement profond ont fini par gagner de proche en proche diverses fractions de la société devant l’insignifiance de résultats tant espérés. Le processus de changement et de démocratisation s’est manifestement enlisé pour déboucher sur ce que l’on pourrait appeler « une paralysie quasi-généralisée » du fonctionnement des institutions comme des mécanismes de prise de décision à tous les étages. « Tout fout le camp » dit le citoyen ordinaire pour exprimer ce que le langage académique appelle « déliquescence de l’Etat et délitement des liens sociaux ». Panne de la dite justice transitionnelle, panne de la lutte contre la corruption et du népotisme, panne de la production de biens, panne de l’investissement, recrudescence de l’incivisme désormais protéiforme. La liste des déconvenues est bien trop longue…

 

Sans pouvoir nous livrer à un exercice de prédiction de ce qui pourrait advenir au plan politique tant les variables et paramètres sont nombreux, il est néanmoins possible de déceler les tendances lourdes au demeurant contradictoires. Va-t-on vers une stabilisation du paysage politique, avec de part et d’autre, une majorité gouvernementale et une opposition parlementaire, ou bien vers une énième « union nationale » de forces composites sans véritables objectifs autres qu’un catalogue de bonnes intentions, au risque de déboucher de nouveau sur une stérilisation et neutralisation de l’action gouvernementale. Certains vont même jusqu’à prédire une crise constitutionnelle du fait d’un éparpillement extrême des forces politiques résultant de la percée de parlementaires indépendants. Un scénario qui paralyserait la formation d’un gouvernement homogène et crédible, du moins pour un temps. Rien jusqu’ici ne permet de trancher entre une possible polarisation et une dispersion accentuée. Pure spéculation et sans véritable intérêt à ce stade, car le jeu des manœuvres et rapprochements « accommodants » débouchant sur des collusions d’intérêts ne fait que démarrer.

Tout cela pour dire que ce qui frappe d’emblée c’est une absence totale de confiance Trans partisane.

 

Legs du passé proche ? Excès d’égotisme ? Immaturité ? On est bien en peine de comprendre pourquoi des formations aux principes et aux positions très proches ont le plus grand mal à se coaliser. Cela vaut, - pour prendre une image simple-, aussi bien pour le centre-droit que pour le centre-gauche ! Mais au bout du compte une nouvelle impasse : inertie et impuissance gouvernementale et son lot de dommages collatéraux : aggravation de la situation économique, exacerbation des tensions sectorielles, recrudescence de l’agitation sociale et des mouvements revendicatifs. Au total une paralysie extrêmement dangereuse pour ne pas dire explosive.

Car au final c’est bien de cela qu’il s’agit. Le couple parlement-gouvernement futur va-t-il s’attaquer aux causes profondes du marasme qui se propage et aux pesanteurs qui empêchent d’aller de l’avant.

 

Sortir de cette impasse de défiance, aller vers un redressement progressif en offrant une perspective réconfortante et stimulante est de l’ordre du possible. Un possible qui, sans être naïf, nécessitera de surmonter de nombreux obstacles, tels les intérêts catégoriels et corporatistes, ou encore la faiblesse endémique des moyens exigeant sacrifices équitablement partagés.

 

Insistons ! Il faut en finir avec cette conception insensée et irrationnelle de la conduite des affaires du pays qui consiste à gérer au jour le jour, sorte de pilotage à vue qui ménage les intérêts singuliers des uns puis des autres. Diriger un pays n’est pas une affaire de gestion ! Des réformes structurelles sans autres finalités que comptables (redresser les comptes) n’ont aucune légitimité. La seule issue possible est donc bien de définir une perspective viable et équitable mobilisatrice des énergies.

La crise actuelle est bien une crise de confiance généralisée. Confiance qui soit dit en passant n’est jamais définie, si ce n’est de manière abstraite, sermonnée, et exhortée. Le prêche ne suffit plus !!!   

Par confiance il faut entendre « croyance dans la fiabilité des institutions et des personnes ».

 

Cela implique 3 conditions simultanées :

1-      la croyance réciproque dans la fiabilité des élites les unes vis-à-vis des autres.

2-      le consentement des gouvernés à cette croyance.

3-      Les effets ressentis confortent cette croyance. On le voit bien aucune de ces conditions ne sont à ce jour réunies. C’est même tout le contraire. La logique actuelle qui préside aux relations entre les élites procède du marchandage, des arrangements et accommodements provisoires et méfiants. Le peuple gouverné ne croit plus et constate cette non-fiabilité. Les effets ressentis sont contraires aux promesses comme aux agissements.

 

Sortir de la logique de compromission sans horizon autre que le pouvoir, pour aller vers une logique de compromis autour d’une finalité acceptable, est la seule voie possible du redressement et de la consolidation de notre jeune démocratie….

 

 

*Hella Ben Youssef : Vice-présidente Ettakatol ; vice-présidente de l’Internationale socialiste des femmes

 

 

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Commentaires (10)

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Amilcar
| 15-03-2019 00:03
Et elle se rend directement vers le précipice!
'?a prend quoi pour réveiller le conducteur? S' il y en a?

Le peuple réveillez vous!

Aïda Laz
| 28-02-2019 12:15
L'état des lieux est très conforme à la réalité du terrain.
Cependant, avec ce constat il aurait été judicieux de suggérer des horizons à prospecter pour sortir de ce marasme politique et social du terrain.

mansour
| 26-02-2019 15:52
et trahiront toujours leurs électeurs

Bourguibiste nationaliste
| 26-02-2019 12:42
@BN
Je me permets de insister: où est passé mon long commentaire relatif au texte de Mme Ben Youssef Ouerdani, que je vous ai envoyé et renvoyé une deuxième fois ?
Merci de bien vouloir y répondre.

BN: Votre commentaire est bien en ligne.

Bourguibiste nationaliste
| 26-02-2019 12:11
Où est passé mon commentaire concernant Ettakatol que je vous ai envoyé à deux reprises

Bourguibiste nationaliste
| 26-02-2019 11:29
Chère Madame, permettez-moi de vous dire que vous êtes culottée. Vous nous parlez d'Ettakatol en faisant semblant d'oublier la grave responsabilité de ce parti de traîtres dans la crise profonde que traverse la Tunisie. Vous semblez avoir oublié la complicité de votre Chef Ben Jaffar avec les islamistes et en particulier avec le Tartour (Marzouki). Vous semblez avoir oublié que vous avez servi de marchepied aux islamistes leur permettant ainsi de s'installer dans les institutions de l'Etat. Votre parti a trahi la nation tunisienne en la livrant aux islamistes. Il a également trahi les valeurs du socialisme dont vous vous réclamez très opportunément. La place nous manque pour faire le bilan désastreux de votre parti Ettakatol qui heureusement a complément disparu du parlement et de la vie politique.

Bourguibiste nationaliste
| 26-02-2019 10:10
Vous prétendez habilement faire croire qu'Ettakatol est un "parti de la modération" alors que vous savez pertinemment que c'est un parti de la trahison. Ettakatol et Ben Jaffar ont soutenu les islamistes et les ont aidé à arriver au pouvoir. Ils ont trahi la nation tunisienne en la livrant au terrorisme et ils ont trahi les valeurs du socialisme.

Ali Baba au Rhum
| 26-02-2019 08:14
si belle dame et si mauvais parti ; injuste destin !

Forza
| 25-02-2019 20:49
Et a beaucoup de compétences Khlil Zaouia, Ilyas Fakhfakh, Mme Zribi, Mme Ben Youssef. Ettakatol est le meilleur représentant des sociaux-démocrates et sans populisme mais bon le temps n'est pas encore mûr pour ce parti. Le populisme et la bipolarisation apportent des voix, la sagesse un peu moins.

Citoyen de Tunisie
| 25-02-2019 13:55
Huit années de criminalité impunie, de désordre ordonné, de parallélisme économique, de citoyenneté inconnue, de nationalisme bon marché et d'une course folle au pouvoir sans projet, ni plan, ni vision et ni solutions.
La Tunisie n'est pas à la croisée des chemins mais au bord du gouffre et n'a plus besoin que d'un sauveur providentiel.
Nos chers partis politiques, nous avaient concoctés une constitution ouverte au terrorisme et une assemblée de profiteurs, voyageurs et opportunistes.
Il reste une seule alternative possible, celle d'une coalition anti-Ennahdha afin d'éviter une décennie noire telle celle vécue par nos pauvres voisins algériens et cela interdisant ce retour de criminels de guerre terroriste. Il faudrait aussi juger les vrais criminels, ceux qui avaient autorisé les assassinats politiques et qui avaient permis à des écervelés de partir vers une guerre sainte en Syrie en leur miroitant des vierges au Paradis surtout s'ils se font sauter le bassin. Pauvre Tunisie.

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