Les Tunisiens, des marionnettes entre des mains expertes

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Le 10 juin 2012, Mohamed Ali Bouaziz, huissier notaire et ex-membre du RCD dissous, accompagnait un groupe de salafistes au Palais Abdellia pour rendre compte du contenu des œuvres exposées lors du Printemps des Arts ; des œuvres qu’il a jugées contraires aux bonnes mœurs et portant atteinte au sacré.
Dans une déclaration, le mercredi 13 juin 2012, Mohamed-Ali Bouaziz confirme les faits et déclare : « En tant que citoyen tunisien, et désireux de défendre ma religion, je me suis non seulement déplacé dans le cadre de ma profession, mais j’avais également décidé d’organiser une manifestation devant le Palais. J’étais donc allé dans les mosquées pour montrer à mes concitoyens les photos que j’avais prises ».

Rcdiste reconverti au nahdhaouisme radical, Mohamed-Ali Bouaziz, à l’image de son quasi homonyme, Mohamed Bouazizi, a allumé une étincelle entraînant un regain de violences. Si la première étincelle a donné lieu à la chute de la dictature de Ben Ali, la deuxième, autrement plus complexe, risque, au contraire, de laisser place à une nouvelle dictature, qui pourrait prendre différents aspects.
L’exposition du Palais Abdellia a été utilisée, en effet, à des fins politiques, par des courants divers, contraires, voire opposés.
Si des salafistes, après avoir eu connaissance approximative des œuvres qui y sont exposées, ont été coupables d’actes de vandalisme, violence ou intimidation, ces violences ne peuvent être imputées à ce seul courant. Une fois n’est pas coutume, le leader du Mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi et celui du PCOT, Hamma Hammami, sont d’accord sur un point. Ce sont, selon eux, des « résidus » de l’ancien régime qui manipulent des personnes apparentées à la mouvance salafiste, ainsi que de jeunes délinquants, afin de semer le chaos. C’est ainsi que, dans cette cacophonie politico-artistico-religieuse, en plus de détériorer les œuvres présentes au Palais Abdellia et d’en taguer les murs, le Tribunal de première instance de Tunis 2 à Sijoumi sera incendié et plusieurs postes de police ou de locaux de partis politiques mis à sac.
Pour ajouter à cet entremêlement de complots et alors que la Tunisie se réveillait de son premier couvre-feu, et pendant que Moncef Marzouki fêtait ses six mois au Palais de Carthage, Ahmed Mansour, chef du Parti du Néo Destour, trouve le moment idéal pour lancer son appel à un coup d’Etat militaire qui ne dit pas son nom. Il demandera ainsi à Rachid Ammar de prendre les rênes du pays et de nommer au pouvoir les personnes que M. Mansour juge adéquates pour sauver les Tunisiens de la « somalisation » !

Suite à la nuit mouvementée du 11 au 12 juin, dans la banlieue Nord de Tunis, mais aussi dans les quartiers populaires de la Cité Intilaka, Ettadhamen, El Omrane ou encore à Sousse, à Jendouba, etc., les ténors du gouvernement font les déclarations d’usage et organisent une conférence de presse.
En plus de la thèse du complot Rcdiste assez vendeuse auprès d’une population faiblement politisée, Ennahdha aura à cœur de placer le débat sur les questions religieuses en mettant sur le même pied d’égalité une supposée atteinte au sacré avec les violences perpétrées.
Du ministre des Affaires religieuses au ministre de la Culture, en passant par l’Intérieur, la Kasbah et même le ministère des Affaires étrangères, tous condamneront l’atteinte au sacré contenue dans certaines œuvres du Printemps des Arts.
Si Lotfi Zitoun n’évoquera que des œuvres jugées vulgaires (des sous-vêtements, des femmes dénudées, etc.), le ministre de la Culture, quant à lui s’emmêlera les pinceaux et ne saura distinguer la campagne de désinformation qui a eu lieu sur les réseaux sociaux et dans les mosquées, avec les œuvres réellement présentes au Palais Abdellia. Une méconnaissance qui ne l’empêchera pas de porter plainte contre les organisateurs de l’exposition et de fermer carrément l’espace !

De complot contrerévolutionnaire visant à affaiblir l’Etat « légitime », on revient donc au sempiternel refrain, électoralement juteux, de l’identité et de la question religieuse. Au milieu des violences, le groupe parlementaire d’Ennahdha, avec à sa tête Sahbi Atig, décide de proposer une loi sur le blasphème visant à incriminer les « atteintes au sacré » et, tout en parlant de manipulation des résidus de l’ancien régime, Rached Ghannouchi appelle, à l’image des chefs salafistes, à manifester vendredi pour « défendre la révolution » et les « valeurs sacrées ».

Ainsi, le porte-parole officieux d’Ennahdha et relégué aux plateaux télévisés, Lotfi Zitoun, officiellement conseiller politique de Hamadi Jebali, aura à cœur de raviver les sensibilités des Tunisiens sur les questions de bonnes mœurs et du sacré, les préférant aux questions sécuritaire et s’improvisant, par la même occasion, critique d’art.
Avec une moue de dégoût, Lotfi Zitoun décrira à plusieurs reprises les œuvres qu’il considère contraires aux valeurs tunisiennes, évoquant même les propos diffamatoires de Jalel Brick, qu’il assimilera à l’opposition et mettant dos à dos les Marsois et les couches populaires afin de susciter un sentiment de rivalité entre différentes franges de la société tunisienne. Il affirmera ainsi que les premiers se réjouissent du malheur des seconds.
Sur le même plateau, Ahmed Nejib Chebbi s’indigne : « Cette fitna [NDLR : discorde] est montée de toutes pièces et Ennahdha jette de l’huile sur le feu », affirme-t-il. « Comme vous ne trouvez pas de solutions pour les questions sécuritaires et les problèmes économiques que connaît le pays, vous endormez les gens avec ces questions identitaires », ajoute Samir Bettaieb, en substance. Le fait est que les Marsois et autres élites que Lotfi Zitoun dénigre allègrement ne font pas partie de l’électorat du parti islamiste qui a une occasion rêvée de faire naître un nouvel effet Persépolis, en sa faveur.
« Vous vous moquez des gens ! », lancera, à ce sujet, Samir Bettaïeb. « Ces violences n’ont pas commencé dimanche, elles n’ont rien à voir avec un tableau ou une exposition et encore moins avec le fait que Monsieur Chebbi ait participé au gouvernement Ghannouchi ! Vous avez fait une Loi de finances qui ne règlera pas les difficultés économiques que connaissent particulièrement les régions défavorisées, alors vous vendez du virtuel ! ».

Entre les salafistes, les Rcdistes, les laïcards, les islamistes, les militaires, les policiers et… les artistes (que Ridha Bel Haj accuse de privilégier, par leurs œuvres, un retour à la dictature), en ajoutant l’influence étrangère d’Al Qaïda, du Qatar et autres pays « amis », chacune de ces parties comploterait donc contre l’autre pour donner le choix à des Tunisiens tiraillés (intentionnellement) entre une dictature religieuse, une dictature militaire ou une dictature policière !

Photo d'illustration
Monia Ben Hamadi
24 commentaires
La dictature est elle encore possible ?
Ben othman |20-06-2012 09:03
Une atmosphère délétère , une hiérarchisation des priorités économiques déficiente , une insécurité récurrente qui devient le lot de tout un chacun , une image écornée du pays à l ' étranger ... et l ' on voudrait nous faire prendre des vessies pour des lanternes ?
L ' émergence d ' une nouvelle dictature est à mon sens impossible - quoique les tentations sont fortes -car la conscientisation d ' une frange non negligeable de la société l ' en fera dévier .. Des courants extérieurs essaient d' imposer aux Tunisiens un modèle politique , économique et social en rupture avec leurs choix précédents d ' ou les tiraillements des différents courants observés depuis la chute du régime benaliste débouchant à des actes de violence , d ' intimidation , de manipulation etc
L ' enjeu politique est important et de cette lutte sans merci émergera certainement les contours de la future société tunisienne

des amateurs de la politique, pas des hommes d'Etat qui représentent tous les tunisiens
riadh |15-06-2012 16:46
des hommes D'etat n aurait jamais monté le peuple l un contre l'autre (les marsois) ou pris la défenses des criminels contre des artistes pacifiques sur fonds de manipulation.

non ce ne sont pas des hommes d'Etat mais des amateurs qui pensent qu a leur parti et aux elections à gagner... bravo pour le respect de "l'Islam"...
@DIPLOMATE95: La Chine 95???
Engineer Juridique |15-06-2012 12:44
San li tun sun dong jie? C'était qui l'ambassadeur???

Amicalement!
Manipulation, impulsivité et incompétence.
aba |15-06-2012 12:04
Un huissier, ex RCD dit-on, lui même manipulé prend des photos d'une exposition et les distribue dans une mosquée salafiste.
Les salafistes manipulés descendent dans les rues.
Des ministres et des responsables nahdhaouis , pressés par les salafistes, condamnent une atteinte au sacré alors qu'aucun d'entre eux n'a vu les oeuvres.
Si on peut comprendre que des salafistes trés sensibles à tout ce qui touche à l'islam puissent être en colère et réagir avec impulsivité, on ne peut admettre que des responsables politiques agissent avec autant de légèreté en désignant un bouc émissaire.
Mr Dilou déclare que les artistes auraient dus avoir plus de retenue pour ne pas provoquer les esprits, mais en disant cela
il continue à jeter de l'huile sur le feu et fait preuve d'un manque total de sens des responsabilités.
Mr Mabrouk, quant à lui, s'est contredit à plusieurs reprises jusqu'à en devenir pitoyable.
Que la Tunisie post-révolutionnaire est grande, que je suis optimiste
Dali |15-06-2012 11:32
Quoi que vous dites et quelque soit les faza3as de tout bord que lèvent des parties parfois contradictoires, mais "alliés de fait" tels les rcdistes et certains délinquants, contrebandiers, ou vendeurs en noir d'alcool reconvertis en salafistes, je n'ai jamais été aussi optimiste de l'évolution de la Tunisie vers la démocratie et le développement. La Tunisie est aujourd'hui un laboratoire à ciel ouvert que le monde entier (y compris tous les services secrets MOSSAD en tête) regarde ébahi! Ce qui fait peur aux sionistes, c'est que la Tunisie est entrain peut-être de construire le premier Etat de droit dans le monde arabe où pourrait cohabiter tous les citoyens des plus orthodoxes au plus laïcs : une exclusivité d'Israël selon eux qui garantit sa vraie suprématie sur les arabes ! La Tunisie est aujourd'hui un petit pays où la tension est extrême mais qui parvient à chaque moment à trouver un terrain d'entente de l'extrême gauche à l'extrême droite sans guerre civile ni violence extrême (regardez l'appel de Ansar Echariaa de ne pas manifester aujourd'hui). La vérité c'est que pour la première fois de son histoire, l'occident regarde un petit pays arabo-musulman qui lui administre une leçon de liberté de dignité et de démocratie. Quant au RCDistes, un seul conseil comme le dit le grand Hamma : DEGAGE, TIME OVER.
@ Monia Ben Hamadi de BN
Diplomate95 |15-06-2012 11:26
Ne trouves-tu pas que la situation est assez confuse pour en rajouter !
Est-ce pour faire des phrases et une construction homogène d'un article que tu as du introduire cette information incomplète qui change tout le sens de l'article ?
Cet individu a quitté le RCD en 97 d'après ce qu'il dit. C'est-à-dire il y a 15 ans. Et il était dans l'opposition à Ben Ali et le RCD. Il fallait le mentionner dans ton article, à moins que la confusion ne soit volontaire.

STP : un peu de sérieux. C'est assez explosif comme ça ! n'en rajoutons pas !
miskina tounes
anonym |15-06-2012 11:09
Il y a des marionettes meme dans ceux qui commentent.. Comment peut on justifier le fait de vouloir une dictature relieuse? On est different d'eux mes compatriotes, on ne vit pas dans le meme monde et a la meme epoque..
et ce huissier de justice ex-rcd collabo des barbus apres avoir diffuser ses photos (ce qui est interdit par la loi en tant que huissier) a coute tres cher a la Tunisie et aux tunisiens. Il a permis l'embrasement du pays (qui est programe par ennahdha) avec l'ibcendie de dizaines de locaux public et privees sauf ceuf d'ennahdha. Ennahdha va "retablir" l'ordre (ou plutot rapeller ses ******) et ils passent pour les sauveurs... Et il en est ou le tourisme? et le chomage? et la liberte acquise? et la pauverete qui s'est installe? et? et?...
BMH : Ton article lazmou Huissier bech yothbet el7ala : hédha yetsamma thalb !!
AymenSTC |15-06-2012 10:48
Rcdiste reconverti au nahdhaouisme radical ???
je vous intive a ecouter :

http://shemsfm.net/fr/actualite/actualites_shems-news/med-ali-bouaziz-le-gouvernement-a-besoin-d-aide-pour-reveler-les-auteurs-de-la-contre-revolution/12
Précision importante.
NCK |15-06-2012 10:10
L'étincelle comme tu l'écrits a commence a Sidi Bouzid,avec la fermeture des bars.
@MBH : votre article vient trops tard
lotfi |15-06-2012 09:56
ba3ed m'a ittikehth , cheralou mokhla
( après avoir été foutu , il lui achète un fusil )
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