alexametrics
A la Une

Daech - Le califat, un fantasme aux portes de la Tunisie

Temps de lecture : 6 min
Daech - Le califat, un fantasme aux portes de la Tunisie
Le fantasme de faire ressurgir le califat islamique n’a jamais été aussi réel. Avec pour argument de guerre la nostalgie d’un âge d’or où les Musulmans avaient le pouvoir, l’organisation de l’Etat islamique en Irak et au Levant, communément appelée Daech, ambitionne de remodeler les frontières du monde musulman, dont la Tunisie. Avec l’annonce d’un nouveau califat, proclamé le 29 juin dernier, le mouvement jihadiste le plus violent, qui a mainmise sur une grande majorité de la Syrie et près des deux tiers nord de l’Irak, ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.


Le califat a un nouveau visage. Abou Bakr Al Baghdadi, proclamé calife et imam des Musulmans du monde entier, se trouve à la tête de Daech. Celui qu’on surnomme aujourd’hui « L’Atilla du Levant », se réserve le titre de successeur au prophète Mohamed. Une distinction disparue depuis 1923, avec l’empire ottoman. Dans un message qu’il adresse, la veille du mois saint de Ramadan, à l’ensemble des moujahidines et à la Oumma islamique, il appelle ses partisans à prendre leur revanche après les torts causés aux Musulmans à travers le monde. Un message dans lequel il pointe du doigt également la Tunisie où « une guerre est menée contre la chasteté et le port du hijab »,  où se pratique aussi la propagation de « l’infidélité, la prostitution et l’adultère ».

« La Oumma islamique regarde votre jihad avec espoir. Vos frères, dans nombreuses régions du monde, se voient infliger les pires formes de torture. Leur honneur est bafoué et leur sang est versé. Les prisonniers gémissent et crient à l'aide. Les orphelins et les veuves se plaignent de leur sort. Les femmes qui ont perdu leurs enfants pleurent. Les mosquées sont profanées et les sanctuaires, violés. Les droits des Musulmans sont saisis par la force en Chine, Inde, Palestine, Somalie, Péninsule Arabique, Caucase, Shām (le Levant), Egypte, Irak, Indonésie, Afghanistan, Philippines, Iran, Pakistan, Tunisie, Libye, Algérie et Maroc. À l'Est et dans l’Ouest », écrit Abou Bakr Al Baghdadi dans sa tirade.

Baghdadi est connu pour être un visionnaire. Celui qui a donné naissance au rêve d’Oussama Ben Laden, appâte ses disciples, non pas à coup de Paradis et de vierges, mais de butin de guerre et de terres conquises. Dans son discours du 29 juin, il annonce que son organisation portera désormais le nom d’Etat islamique, sans aucune limite géographique, et ce, afin de marquer ses ambitions de s’étendre au monde entier, au-delà des frontières. Et des disciples, nombreux, le rejoignent chaque jour.

En Tunisie, le discours ne semble pas être tombé dans l’oreille d’un sourd. En effet, Lotfi Ben Jeddou, ministère de l’Intérieur, a indiqué que près de 2.400 jihadistes tunisiens combattent aux côtés des rebelles syriens. 80% d’entre eux sont membres de Daech. L’institut national des études stratégiques a, par ailleurs, indiqué que 14 Tunisiens ont été impliqués dans des attentats suicide en Irak durant les mois de mars et d’avril derniers.

Dans une déclaration accordée à l’agence de presse allemande DW, en date du 27 juin dernier, Nasr Ben Soltana, président de l'Association tunisienne des stratégies et des politiques de sécurité globale, explique que les craintes de voir Daech contaminer le Maghreb, et donc, la Tunisie sont fondées. Les mouvements jihadistes locaux et leur homologue irakien étant ralliés à une cause commune, établir le califat islamique, d'où une certaine entraide et une coordination dans les efforts. Par ailleurs, de nombreux jihadistes tunisiens sont actifs à l’extérieur, en Irak ou en Afghanistan par exemple, et plus récemment en Syrie.

Ceci dit, le plus grand danger ne vient pas seulement de l’extérieur. La Tunisie post-révolutionnaire, secouée par l’insécurité et l’instabilité politique est une cible idéale pour accueillir ce mouvement jihadiste et son projet fantasmagorique.
En effet, le Dr Ben Soltana explique que le laxisme de l’Etat face à certaines activités de groupes intégristes, la mainmise sur les mosquées, mais aussi le mouvement d’amnistie présidentielle qui a libéré de nombreux prisonniers, dont des intégristes, sont également pour quelque chose dans cette brèche ouverte au terrorisme. S’ajoutent à cela, les armes à profusion, en provenance de Libye, les réseaux d’embrigadement des jeunes vers le jihad en Syrie aidés par la facilité de la propagande sur internet et alimentés par les discours politiques de certains dirigeants appelant ouvertement au jihad.

Aujourd’hui, la liste des groupes jihadistes armés qui annoncent officiellement leur allégeance à Daech s’allonge d’heure en heure. Le 26 juin dernier, Al Qaïda au Maghreb islamique est venue s’y ajouter. Ce mouvement, auquel appartient le réseau terroriste tunisien, Ansar Chariâa, a publié un message audio posté sur Youtube dans lequel il critique ouvertement Al Qaïda. Le dirigeant algérien d’AQMI, Abou Abdallah Othmane El Assimi, affirme dans cet enregistrement, qu’AQMI reconnait que Daech est sur la bonne voie « plaçant la parole d’Allah au-dessus de tous et en ne reconnaissant pas les frontières imposées par les Taghout », soit trois jours avant l’annonce faite par  Al Baghdadi.




Al Baghdadi a déjà tué le père en 2013 en mettant fin à son mariage de raison avec Al Qaïda. Alors que le mouvement d’Al Baghdadi, bébé d’Al Qaïda, nait en 2007 sous l’appellation d’« Etat islamique en Irak », ce dernier attendra 2011 pour se refaire une santé. En effet, le départ des troupes américaines du sol irakien, la politique sectaire du Premier ministre chiite Nouri Al Maliki et la révolution qui éclate en Syrie feront le lit de Daech. Profitant de la porosité des frontières entre les deux pays voisins, des jihadistes irakiens rejoignent la Syrie pour combattre auprès de l’armée libre, accompagnés de jihadistes venant de partout dans le monde, Tunisie comprise. Après avoir soutenu le mouvement syrien, Jabhat Al Nosra, l’Etat islamique en Irak continue d’envoyer des hommes dans le nord de la Syrie sous la bannière de Daech. Le mouvement s’impose alors comme le mouvement jihadiste le plus violent. Même les rebelles syriens n’en veulent pas et les rejettent les accusant de leur avoir dérobé leur révolution. Revenant en force en Irak en 2013, Daech s’appropriera en 2014 la majorité des terres syriennes et près des deux tiers nord de l’Irak et franchit ainsi une nouvelle étape. Daech se veut, en effet, la tête de proue du jihadisme mondial à la place de la maison mère, Al Qaïda.


Suite à cette annonce officielle d’un califat islamique, en Tunisie dans certains milieux radicaux on jubile à l'idée à l'idée de voir ce rêve enfin prendre forme. Dans d'autres milieux, en revanche, à l'instar de Hizb Ettahrir qui prône le califat comme "but ultime", le scepticisme est de rigueur. « Tout mouvement souhaitant instaurer le califat devra suivre la voie du prophète Mohamed [...] cette annonce n'est que bavardage et n'avance en rien dans l'instauration du califat. Il s'agit d'une organisation armée qui n'a pas de réel pouvoir sur la Syrie ou l'Irak »

Cette annonce est aussi un message adressé par Daech à l’ensemble des dirigeants des pays musulmans. Pourtant, en Tunisie les avis divergent aujourd’hui quant à l’importance qu’il faudra accorder au phénomène du terrorisme. De nombreux attentats sont perpétrés dans le pays, dont les tristement célèbres explosions de mines dans les montagnes de Châambi, Selloum et Ouergha, faisant des dizaines de décès au rang de l’armée et de la Garde nationale et aussi, plus récemment, auprès des citoyens tunisiens. Et pourtant, aujourd’hui encore, on déplore l’absence d’une réelle stratégie globale de lutte contre le terrorisme. Au-delà des discours politiques édulcorés et de circonstance, l’appareil officiel n’a pas encore de vision claire pour faire face à cette menace, pourtant, plus que réelle.

Votre commentaire

(*) champs obligatoires

Conditions d'utilisation

Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne reflètent pas l'opinion de la rédaction. La publication des commentaires se fait 7j/7 entre 8h et 22h. Les commentaires postés après 22h sont publiés le lendemain.

Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ou contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.

Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

Commentaires

Commenter

Emir
| 12-08-2014 08:21
La position d'Obama : « Nous ne laisserons pas les djihadistes créer un califat en Syrie et en Irak » reflète la volonté de l'occident judéo-chrétien de s'opposer catégoriquement à ce que l'islam existe en tant qu'Etat. Or le seul mode de gouvernement légal en islam c'est le califat. pourquoi l'occident reconnait à Israel le droit d'exister sur l'expropriation et le meurtre de palestiniens alors qu'on refuse à l'islam d'avoir son gouvernement même s'il en exclus les non-musulmans ? pas même l' arabie saoudite et l'iran des mollas ne sont des gouvernements licites au yeux d'Allah, seul le califat l'est !

Faycal
| 07-07-2014 18:21
Comme d'habitude au lieu de voir nos propres failles on accuse les autres que ce soit Israel, USA, France ...
En attendant ces pays avancent et les gens y sont libres
Meme en Israel, je crois que c'est le pays ou les arabes ont le plus de droit, dans ma fac à Villetaneuse pres de Paris il y a des palestiniens et que on parle sincerement ils me disent pour ceux qui peuvent en tout cas: s'il y a un etat palestinien ce que je leur souhaite, ils preferent rester citoyen israelien quand meme

Faycal
| 07-07-2014 17:39
Tout ca ne durera pas, ces fous sanguinaires verront tot ou tard les populations se retourner contre eux.
Tout cette farce a montré les limites de l'Islam en tant que religion et en tant qu'opinion politique.
Je crois de plus en plus que cette religion, la 3e monotheiste a été faite sur un mensonge et je m'en detache chaque jour un peu plus

resistant
| 07-07-2014 01:39
Inutile de s'inquieter EIIL a une capacité militaire restreinte. Parler de " capacité militaire", est un abus de langage de ma part. En gros, ils ont réussi uniquement car Assad et Maliki sont faibles.(militairement, et aussi incapable de maintenir un sentiment d'unité nationale)

Le seul risque, c'est la chute d'ennadha qui entraine la montée en force de tahrir... les tunisiens sont curieux, 50 ans d'absence de pluralisme,Ils ont envie de tout tester. ...
Tahrir, je le rappelle sont beaucoup moins pragmatique que ennahdha.

Kantaoui GALLAS
| 04-07-2014 16:25
A mon avis, c'est une publicité gratuite pour les terroristes.

Kairouan
| 04-07-2014 14:56
.
Merci beaucoup pour le lien...
A+

BHN
| 04-07-2014 12:54
Nous n'avons jamais entendu Daech et les autres groupes "jihadistes" prônaient la libération de la Palestine occupée depuis 1948 et dont les territoires sous occupation sioniste sont actuellement en effervescence.
Ce que nous observons c'est que ces groupes TERRORISTES "jihadistes" s'en prennent uniquement aux pays arabes pour les détruire, de ce fait, ils sont tout bonnement un des bras armés des impérialistes ainsi que des sionistes.

Concernant la Tunisie et avant le coup d'état de la CIA en 2011 toutes les Mosquées, les associations de soi disant "bienfaisance" étaient passés au peigne fin par les services étatiques dissuadant tout groupe terroriste "jihadiste" voulant s'implanté sur le sol tunisien mais depuis l'arrivé des commerçants de la Religion, principalement Ennahda...et les pseudos "droitdelhommistes" tels Sihem Ben sédrine, Marzouki...sans compter les cyber-collabos (on les entend plus beaucoup eux)
notre pays s'est affaibli, notamment lors de l'épuration irresponsable au sein du Ministère de l'intérieur, que dire de certains députés à l'ANC qui affiche clairement leur soutient au "jihad" (sioniste) en Syrie et dont une grande parti des "jihadistes" tunisiens endoctrinés partent en Syrie ou en Irak sans même sans rendre compte qu'ils se battent pour le compte de l'OTAN et des sionistes comme ce fut le cas lors de la destruction de la Libye.

Hayy Ibn Yagdhan
| 04-07-2014 12:12
DAESH ou DAE puisqu'ils ont change de nom est un danger recel et imminent pour la Syrie et l' Irak en premier lieu et le Koweit, La Jordanie, le Liban mais aussi et surtout l' Arabie Saoudite. Ansar Al Chari'a satellite local de Daesh en Libye et en Tunisie est actif et représente un danger. La Tunisie a besoin de coopérer avec l' Algérie, l' Egypte et les forces du General Hiftar en Libye pour contrer ce danger imminent et mettre fin a l'émirat de Daesh a Derna dans le nord est Libyen.

La paniques chez l' Arabie Saoudite est palpable, Bandar Bin Sultan fut a l'origine du sponsorship de ce groupes Jihadistes en Syrie et leur gains sur le terrain. Bandar n'est plus en charge du dossier syrien qui est confie a Mohamed Bin Nayef le ministre de l'intérieur. D' autre gestes démontrent la panique chez les Saoudi, 30000 soldats sur les frontières avec l' Irak, changement a la tete de l'armée, des services de sécurité. Le roi qui appelle a prendre toutes les mesures nécessaire. Le plus grand nombre de supporters de DAESH sont ont en Arabie Saoudite.

Les Aal Saud regrettent leur Daawa au Wahabisme qui a donne naissance a ces mouvements takfiristes qui se succedent et deviennent de plus en plus sanguinaires et menacent maintenant le royaume des Saoud.

citoyen tun
| 04-07-2014 10:53
est la séparation entre le religieux et le politique cad instaurer des ETATS laic. le roi du maroc a cette semaine commecé par intèrdire aux officiels religieux dont les imams de faire de la politique ...la suite viendrait progressivement. et puis les musulmans des pays du maghreb ne sont pas divisés entre sunnites et chiites ce qui est un elément en défaveur des instigateurs de la discorde qui financent les terroristes pseudo-musulmans.

salahtataouine
| 04-07-2014 10:24
Tiens voilà un "sunnite" britannique qui voulait en decoudre avec assad bien avant 2011 en armant 100 000 ....le ministre de la guerre de sa majesté ( notre sunnite de circonstance) avait planifié ce plan selon la BBC ( voici le lien en anglais
http://www.bbc.com/news/uk-28148943)

A lire aussi

Les signaux envoyés par la présidence sont assez

25/02/2020 19:59
0

c’est vers l’Italie qui dénombre en ces derniers jours plus de 72 nouveau cas d’infection avec 5

24/02/2020 19:59
3

Des revenus boursiers en hausse, mais un marché qui ne suit pas avec des indices sectoriels en

23/02/2020 15:59
0

Un fonds de commerce qui peut s'avérer

21/02/2020 19:59
30

Newsletter