alexametrics
Chroniques

L’espoir d’arriver un jour à casser le nez à la bêtise

Par Nizar BAHLOUL

Nous sommes à 15 jours des élections et les Tunisiens continuent à avaler les couleuvres les unes derrière les autres. Moncef Marzouki qui insulte ses compatriotes sur une chaîne étrangère. Une chaîne française qui diffuse un reportage réchauffé et un peu trop orienté. Des hurluberlus qui passent à la télé pour présenter leur programme électoral aux législatives, promettant une Tunisie catapultée dans le rang des dix premières nations. Un blogueur proche du sérail qui diffuse des documents personnels censés être dans les archives de la présidence. Des députés soupçonnés de toucher de l’argent pour parrainer des candidats et il y en a même qui en ont parrainé plus d’un. Un parti au pouvoir qui dénonce l’argent politique à travers une publicité interdite payée avec de l’argent politique. Des partis qui harcèlent des médias à force de plaintes et de communiqués mensongers…
Bref, nous baignons en plein ridicule et plusieurs de nos gouvernants continuent à prendre les Tunisiens pour des idiots. Ces mêmes gouvernants qui promettent des élections transparentes et démocratiques. De quelle transparence parlez-vous ? Il n’y a pas un jour qui passe sans qu’un média ne dévoile un scandale et il n’y a toujours pas eu de réaction officielle contre un parti ou un candidat ! La Haica et le procureur ont réagi au quart de tour pour sanctionner Samir El Wafi et interroger Nasreddine Ben Hadid, mais on n’a entendu aucune réaction contre les partis et candidats qui multiplient les infractions.

Comment, dans tout ce marasme, se reposer le week-end pour trouver l’énergie nécessaire et attaquer le ridicule de la semaine suivante ? J’ai trouvé mon bol d’oxygène dans l’ouvrage de 200 pages de Youssef Seddik, « Tunisie, la révolution inachevée » paru la semaine dernière chez Med Ali Editions. Un pur plaisir, un moment de bonheur qui vous éloigne du dépotoir général actuel, en dépit de quelques passages un peu trop déplacés.
Business News consacrera un article sur le livre dans sa Une du mercredi soir. Certains passages ne méritent cependant pas d’attendre et nos leaders politiques actuels, notamment ceux de l’opposition, y gagneront certainement en les lisant, maintenant, en pleine campagne électorale. Il ne s’agit nullement de leçons à recevoir de la part de ce grand philosophe, loin de là. Mais comme tout philosophe digne de ce nom, Youssef Seddik invite à la méditation et à pousser un peu plus loin le curseur de la réflexion.
Comme lorsqu’il dit : « Les ‘’islamistes’’ sont plus fins tacticiens que gestionnaires et dirigeants politiques. Ils se sont rendu compte qu’ils risquaient de mettre en péril leur crédibilité, du fait de leur amateurisme politique évident. C’est sans doute la raison pour laquelle ils ont décidé de quitter le pouvoir. Ils n’interrompront pas pour autant les basses manœuvres… Et seront certainement plus efficaces en coulisses qu’exposés aux lumières du pouvoir ! ».

Dans son ouvrage, Youssef Seddik n’épargne pas beaucoup de monde, quoique la salve la plus rude a été contre les ‘’islamistes’’. Pouvait-il faire autrement, lui qui réussit à décoder leurs stratégies et à voir très clairement leurs manœuvres. Rares, par exemple, sont les observateurs qui ont vu que notre nouvelle constitution est trop bavarde et à dessein, composée de 150 articles dont beaucoup ne sont pas du ressort d’une Loi fondamentale, alors que d’autres sont en contradiction avec des précisions, ajouts ou rectifications dictées par la conjoncture ou par la hâte.
Cet ouvrage est une véritable sonnette d’alarme sur ce qui nous attend à force d’avaler des couleuvres. « L’arrogance politique d’Ennahdha et de ses complices risque de transformer le modèle tunisien – une société homogène autour d’un crédo calme, serein et plutôt tacite – en un cauchemar. » (…) « Les partis bloquent tout et donnent ses chances à l’’’islamisme’’ de s’installer. Je pense que le canevas et le mode de scrutin ont été préparés en vue de ce résultat ».

S’apprêtant à rencontrer Rached Ghannouchi, Youssef Seddik trouve Abdelfattah Mourou dans la salle d’attente. Ce dernier lui fait part de sa conviction de l’absolue nécessité d’écarter Ali Laârayedh du ministère de l’Intérieur et lui dit « Vous allez le voir, vous, n’est-ce pas ? Exposez-lui cette idée, c’est la seule issue ! ». Le philosophe se tait et s’interroge sur l’état dans lequel est arrivé Ennahdha : « C’est donc arrivé à ce point que la garde idéologique la plus rapprochée du chef le craint, et craint de lui exposer un avis ?! ». Pour lui, Ennahdha n’a pas l’aptitude à conduire un Etat et la vocation à diriger les affaires du pays. « Ce parti est une coquille doctrinalement vide », dit-il. Après avoir rappelé l’amateurisme, l’autoritarisme, les scandales, les échecs percutants et les comportements comiques à pleurer, Youssef Seddik s’exclame : « Imaginez ! Des gens qui sont restés 10 ans en prison, ou 25 ans en exil, n’ont plus aucune idée de la gestion du pays ».
Plus loin, il continue à tirer la sonnette d’alarme : « Notre pays s’est vu envahi par le tsunami de vendeurs d’espoir et d’illusions, à la sauvette ou munis de vieilles patentes. A la criée, ils ont vendu ciel et paradis, absolutions et divines indulgences, mort à crédit ou cash et linceul à la main, promesses d’érotisme à blanc et fornications halal ». (…)
Et il ajoute que « Le retour du religieux dans la politique, jusqu’aux séquences les plus banales de la vie quotidienne, dessine une grave menace, qui pourrait installer une bien plus dangereuse dictature en cas d’épuisement de la dynamique révolutionnaire. Une dictature commandée non par une personne périssable et mortelle, mais par la figure insaisissable de Dieu, telle que se l’imagine le candidat au pouvoir. »
Évoquant le Qatar et l’Arabie saoudite et tout ce qu’ils ont entrepris en Tunisie ces trois dernières années, Youssef Seddik analyse que ces deux pays cherchent la transformation dans le mauvais de sens de toute une tradition tunisienne spécifique (abordée dans le livre), celle de l’homogénéité des Tunisiens, la fierté d’avoir une tradition millénaire plus ancienne que l’islam. «C’est la grande calamité que, comme beaucoup d’autres, je crains. La Tunisie se ‘’golfise’’ ».

Si Youssef Seddik tire autant de sonnettes d’alarme et à quelques jours des élections, c’est qu’il voit le danger venir à grands pas. Il « en veut » à l’opposition, mais aussi à la jeunesse et aux bases. A propos de ces derniers, le philosophe rappelle que ce sont de pauvres hères ou carrément d’anciens repris de justice qui composent la base d’Ennahdha. « Du temps de Ben Ali, ils trouvaient leur terrain dans le délit ; dès sa chute ils se sont convertis, devenant la base électorale d’Ennahdha. Il fallait qu’ils s’identifient à quelque chose. Ils ont beau vendre du cannabis ou de l’alcool, le parti laisse faire. Car le jour de l’élection, ils voteront Ennahdha. La peur de Dieu anime tout le monde. »
M. Seddik tance également cette jeunesse dont le seul objectif est d’avoir un salaire proportionnel à sa formation, un foyer, se marier et mourir. « Cette dépolitisation de la jeunesse est l’un des plus grands drames. (..) La plupart de ceux qui sont aux manettes et qui décident sont a minima des quinquagénaires. On rencontre très peu de jeunes dans les rangs de ceux qui veulent accéder à la décision politique. C’est dommage. »
La religion serait-elle la cause de tous nos maux en politique ? « Si le monde musulman, de Djakarta jusqu’en Mauritanie, parvient un jour à sortir du problème de la religion dans l’espace public, c’est une Révolution planétaire qui s’ouvre ! On pourra alors résoudre tous les problèmes des inégalités, des problèmes économiques, que ni le FMI ni la charité des pays dits développés ne parviennent à résoudre. On aura des citoyens qui décident librement, dans la neutralité émotionnelle du politique… »
L’amertume face à ces constats et face à l’absence d’un véritable leader politique capable de mener ce discours et de sauver le pays se ressent chez le philosophe. Il a beau chanter les louanges de Béji Caïd Essebsi dans son ouvrage, on ressent cette amertume quand il parle de Charles de Gaulle qui a réussi à imposer une Constitution qu’il a pratiquement rédigée lui-même. « C’est une pareille figure qui manque à la Tunisie. Nous avons eu Bourguiba qui a su construire un Etat, et puis plus personne. »

PS : Le titre de la chronique est tiré du livre de M. Seddik



Votre commentaire

(*) champs obligatoires

Conditions d'utilisation

Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne reflètent pas l'opinion de la rédaction. La publication des commentaires se fait 7j/7 entre 8h et 22h. Les commentaires postés après 22h sont publiés le lendemain.

Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ou contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.

Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

Commentaires

Commenter

Tounsi 7or
| 14-10-2014 22:16
Les suivants seront aussi audacieux et aigrefins, corrompus et roublards. L'héritage du président à vie B -a- Ben Ali rime à Bé, ne servira pas à ceux qui trouvent l'enquête destructive. Dieu protège le pays de lui et de ceux qui prêchent le soi-disant' afin d'avoir une autorisation, un prêt bancaire ou un poste de travail respectable et pour elle, lui et tous les siens. Les autres seront pour servir. Est-ce la fin ou rebelote.

nazou
| 14-10-2014 20:03
il n-y-a plus grand monde ,qui se revendique revolutionnaire !!

Et désolée de ne pas adhérer au culte ,pour votre grand (pour vous) philosophe !
Quant je ne suis pas d'accord ,je ne suis pas d'accord !!! meme avec les" gentils " philosophes .

Foulen
| 14-10-2014 18:34
Désolé, pour cette intervention que j'estimais nécessaire. Si cette citation vous a blessée, c'est qu'elle a fait mouche, et tant mieux. Par ailleurs, vous me faites un grand honneur en me traitant de révolutionnaire. Pourtant, je ne suis qu'un simple citoyen qui essaye, humblement, de me rendre utile et juste.
Y. Seddik est un homme simple, courageux et modeste, il ne méritait pas d'être malmené comme vous l'avez fait dans votre commentaire.
Pour votre aimable info. L'adjectif absolue doit s'accorder et en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte

nazou
| 14-10-2014 17:01
Vous avez tous un point commun les révolutionnaires.
Aucune réflexion propre !!! Mis à part les citations d'auteurs ou de grands philosophes,c'est le vide absolue !
Votre révolution n'est que le reflet de ce vide.

Kelmet Hak
| 14-10-2014 16:31
Cher BN la bêtise est une maladie extrêmement grave qui nécessite un traitement douloureux pour la guérir. De nos jours cette épidémie est largement répandue en Tunisie et les Tunisiens vont encore souffrir avant de guérir. Il ne suffit pas de cassez le nez ni de fracasser de la bêtise il faut de la chimio de longue durée. Les Tunisiens a force de souffrir de la saleté de la pauvreté de démagogie des pseudos politiciens vont à la fin prendre leur sort entre les mains une deuxième fois et vont se révolter contre tout. Quant ceci arrivera les Tunisiens seront éradiquer la bêtise. Sachez que la bêtise tue !

Foulen
| 14-10-2014 16:00
Pour toute réponse à vos attaques acerbes et injustifiées à l'égard de Monsieur Y. Seddik, je vous invite à examiner la vérité cruelle de cette citation :
« Il y a deux choses auxquelles il faut se faire, sous peine de trouver la vie insupportable : ce sont les injures du temps et les injures des hommes ». (Sébastien Roch. XVIII. S)
Dans votre cas, tour autre commentaire est inutile.
sans rancune.

Mohamed 2
| 14-10-2014 15:06
Mère des gens sans inquiétude
Mère de ceux que l´on dit forts
Mère des saintes habitudes
Princesse des gens sans remords
Salut à toi, dame Bêtise
Toi dont le règne est méconnu
Salut à toi, Dame Bêtise
Mais dis-le moi, comment fais-tu
Pour avoir tant d´amants
Et tant de fiancés
Tant de représentants
Et tant de prisonniers
Pour tisser de tes mains
Tant de malentendus
Et faire croire aux crétins
Que nous sommes vaincus
Pour fleurir notre vie
De basses révérences
De mesquines envies
De noble intolérance
............
Pour qu´il puisse m´arriver
De croiser certains soirs
Ton regard familier
Au fond de mon miroir.

-----------------------------------
De Jacques Brel, bien sûr.

kane
| 14-10-2014 12:35
« Si le monde musulman, de Djakarta jusqu'en Mauritanie, parvient un jour à sortir du problème de la religion dans l'espace public, c'est une Révolution planétaire qui s'ouvre !" Voilà, en une phrase, résumé le fond du problème du monde Arabe et musulman, englué dans ses principes dictés par une religion trop envahissante, tellement envahissante que même pour remercier quelqu'un on invoque dieu. Nous ne ferons notre révolution que le jour où nous aurons le courage et l'intelligence de nous dire que la religion est une affaire personnelle, elle n'a rien à faire en politique et dans la vie civile. Sans cela, point de salut.

je dis la vérité
| 14-10-2014 10:03
Bonjour,

Cela me fait plaisir, que vous partagiez mes modestes points de vue.
Je sais que nous changerons pas la face du monde.
A mon sens, la lucidité, n'est pas un don. C'est un effort continu à se poser des questions et des questions.
Le questionnement continu sur soi-même et sur le monde qui nous entoure, nous mène forcément vers la lucidité.

Beaucoup de personnes, par le passé, au temps des siècles obscurs, avaient eu des ennuis ou avaient tout simplement perdu la vie, rien que pour leur lucidité.
Socrate, avait été condamné par empoisonnement, pour avoir exprimé tout haut sa lucidité.

Ibnou Al Moukaffaa, fut torturé, décapité et déchiqueté en mille morceaux, sur ordre de l'Emir des Croyants, le calife el Mansour.

Galilée, le lucide mathématicien et astronome, avait été durement malmené par les obscurantistes de l'Eglise catholique.
Et d'autres et d'autres....Ma mémoire n'est plus bonne.....
Cela n'empêche que les esprits fertiles se multiplient et pourraient vaincre les idéologies obscures, de tous bords.

Youssef Seddik, philosophe respecté, a été maltraité par les "ignorants" qui règnent en maîtres sur la Tunisie d'aujourd'hui.
Je n'ai pas encore lu son dernier ouvrage. Mais je sais que son continu ne passe pas inaperçu, à l'exemple des écrits de mauvaise qualité de notre Docteur Marzouki.

Bonne journée !

JOHN WAYNE
| 14-10-2014 05:27
En peuple inculte et soumis au Qatar et aux agents de la CIA à qui vous cirez les souliers en fredonnant la chanson de ma jeunesse « Gaflatsir », vous n'êtes pas sans savoir que je suis un adepte des grands héros de la décolonisation qui ont battu les impérialistes véreux de ce monde.
Ceux mêmes pour qui vous faites la queue pour une audience patiemment à 40 degrés à l'ombre ou dans la pluie afin de recevoir bénédiction et pourboires, car votre principal repère universel en être colonisés sont ces puissances dont les roumis aux peaux blanches vous fascinent.
Il y a chez le Tunisien ce que j'appellerai le « complexe de la peau blanche » et qui fait que les primates ébouriffés en permanence que vous êtes, ont tendance à vouloir se rapprocher des hommes blancs et a les servir comme des garçons de café avides de pourboires.
Et en passant, j'ai essayé de visionner l'émission de M6 mais ai abandonné après quelques minutes car la vision du sous-fifre Tunisien servant de guide à ces journalistes Français aux derrière essuyés de façon sommaire avec du papier de toilette produit par les usines désaffectées de Sfax, m'a rappelé l'ère du Protectorat.
Il y avait un taux de bassesse dans cette émission insupportable pour l'orphelin de Bourguiba et le flic de Ben Ali que je suis et qui un jour sera au palais de Carthage pour redresser les cotes au peuple bas et soumis que vous êtes.
L'homme en question qui a une tête de chaouch ou de guide pour touristes de la région de Sousse, a suscité en moi la honte d'appartenir au peuple soumis et bas que vous êtes.
Suis-je des vôtre?
Et la réponse à cette question est bien sur « non » car en descendant de Bourguiba fier et vaillant, et en flic de Ben Ali qui vous respecte autant que je respecte les mouches qui font des vols de reconnaissance sur mon casse-croute au thon, je n'ai jamais vendu ma Patrie aux puissances occidentales comme vous l'avez fait.
Vos alibis depuis des décennies pendant lesquelles vous vendiez votre patrie aux étrangers ont été « les droits de l'homme » et « L'Islam », deux fonds de commerce dont les natures Bibliques émanent de la protection d'Israël aux dépends des Nations Arabes modernes et laïques qui aujourd'hui agonisent.
La différence entre vous et moi réside dans la règle principale suivante que je suis aveuglement depuis ma naissance : La Nation avant les droits de l'homme et avant l'Islam !
Mais revenons au thème de cet article qui encore une fois fera que votre haine pour moi ira crescendo et que vos nuits seront peuplées de cauchemars lors desquels le spectre de Bourguiba viendra vous rappeler qu'avant son règne et celui de Ben Ali son digne descendant, vous étiez plus préoccupés a chasser vos abondants poux du pubis que les colons Français. Des colons Français dont les vignobles s'étendaient a perte de vue sur vos terres arides ou vos gourbis croulaient sous votre misère et votre sous-développement incurable.





A lire aussi

Est-ce parce que c’est le dernier budget de la législature que les députés s’en sont donnés à

13/12/2018 18:50
5

Une entreprise en bonne santé paie ses impôts, dégage du bénéfice et participe à la création de

12/12/2018 15:59
9

L’actualité de la semaine est passionnante. Non, elle n’est pas uniquement faite de la nouvelle

11/12/2018 15:59
8

Les débats parlementaires concernant la Loi de finances 2019 vont bon train. Il y a beaucoup à dire

10/12/2018 15:59
28

Newsletter