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Béji Caïd Essebsi : pourquoi fait-il aussi peur ?

Béji Caïd Essebsi : pourquoi fait-il aussi peur ?

L’Homme d’Etat et l’avocat tunisien, âgé aujourd’hui de 86 ans, a encore de la ressource et sait s’y prendre pour faire vibrer les salles. Si certains de ses détracteurs pensent qu’il n’a plus l’âge politique de gouverner et que d’autres appellent à sa « mort politique », une chose est sûre, Béji Caïd Essebsi dérange.
Le verbe et, surtout, la blague faciles, le sens de la répartie et l’expérience politique d’un « vieux loup », pour nombreux de ses admirateurs, Béji Caïd Essebsi semble avoir l’étoffe d’un super héros, tout droit sorti d’une bande dessinée pour répondre à l’« Appel de la Tunisie ». Investi de tous les pouvoirs ou résurrection d’un « vieux mal ». Pourquoi Béji Caïd Essebsi fait-il aussi peur ?


Ancien Premier ministre provisoire du deuxième gouvernement de transition, ministre de l’Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères entre 1965 et 1986, Béji Caïd Essebsi est un ancien disciple de Bourguiba qui veut aujourd’hui se poser comme un recours dans le pays. Le vieil homme semble même rechercher dans les vieux tours de son idole pour piocher ses idées « brillantes ».
Face à une opposition qui digère encore sa défaite devant le mastodonte islamiste et a de plus en plus de mal à exister et à innover, se ressourcer dans les vieilles idées bourguibiennes semble être LA bonne idée.
Un Bourguiba qui a, cependant, perdu, avec les années, de sa légitimité et dont l’image a été ternie par des choix dictatoriaux et totalitaires assez controversés. Les victimes de l’ancien régime, dont les islamistes, ne voient aujourd’hui pas d’un même œil la résurrection du Grand Leader sous un nouveau visage, qui se veut plus « démocratique ».
A la présentation du nouveau parti « centriste, libéral et fédérateur » de Béji Caïd Essebsi, on a eu droit à un véritable show médiatique, devant quelques milliers de supporters réunis au Palais des Congrès de Tunis. Une salle, à laquelle on n’accédait que sur invitation, et qui réunissait la crème de la crème : représentants de la bourgeoisie tunisoise et des grandes villes, hauts cadres et personnalités du RCD dissous, auquel « Nida’ Tounes » ouvre officiellement les bras.
A l’extérieur, quelques dizaines de manifestants, réunis pour l’occasion, scandaient « RCD dégage ! », avant d’être dispersés par la police.
«Nous refusons cependant toute personne impliquée dans des actes de corruption ou de malversation », déclare en substance Taïeb Baccouche. La chasse aux sorcières est donc officiellement terminée.
Lors de son premier discours en tant que chef de parti, dans un contexte politique délétère, Béji Caïd Essebsi a mis le doigt là où ça fait mal. Il a critiqué le laxisme du gouvernement face aux exactions salafistes et a appelé les membres de la Troïka à prendre leurs responsabilités dans les derniers événements qui ont secoué le pays.
Un discours, ponctué par des récitations de sourates coraniques, dans lequel il a martelé qu’ «il n'y avait pas de clergé en Islam», et que « le peuple tunisien, musulman, n'avait pas besoin d'un gouvernement qui se comporte en «tuteur» et délivre «un discours de mosquées» ».
Si ce discours « d’investiture » a été accompagné de la vive émotion d’une bonne partie des présents, Béji Caïd Essebsi peine encore à convaincre.
Le nouveau parti « Nida’ Tounes », fait grincer les dents de la classe politique. Même dans les rangs de l’opposition, BCE dérange.
L’initiative de Béji Caïd Essebsi se retrouve aujourd’hui confrontée au parti Républicain, ou « Al Joumhouri », comme se plaisent à l’appeler ses disciples.
Maya Jribi, secrétaire générale du Parti Républicain, salue la « capacité de fédération » et la « légitimité consensuelle » de Béji Caïd Essebsi, mais précise que son parti « tient à rester autonome». Yassine Brahim, directeur exécutif, a explicitement écarté toute éventualité d’alliance avec le parti fraîchement créé de BCE «Il est notre concurrent », affirme-t-il allant jusqu’à redouter « qu’il nous pique nos adhérents, nos sources de financement, etc. »
Selma Baccar, membre de la constituante du PDM, affirme, par contre, que des rapprochements sont en cours avec le PR et qualifie l’alliance avec ce parti comme «unique alternative à Ennahdha » tout en précisant que « même si les RCDistes ayant commis des délits doivent passer devant la justice, la chasse aux sorcières doit cesser».
En plus de ces divisions internes et de l’incapacité des acteurs politiques à unifier leurs listes, les RCDistes sont un écueil psychologique auquel se heurte encore l’opposition. Un argument auquel semblent souvent recourir les partis au pouvoir.
Rappelons que le parti Ennahdha déclare son intention de présenter très prochainement à la Constituante une proposition de loi qui interdit toute activité politique aux anciens RCDistes.
«Le dossier de BCE est lourd et noir. Il a occupé le poste de président de la Chambre des députés et a été membre du comité central du RCD », affirme Rafik Abdessalem, qui accuse Béji Caïd Essebsi de vouloir « faire un retour en arrière. Sauf que les ères de Bourguiba et de Ben Ali sont terminées ».
Si le pouvoir de trancher reste conféré aux urnes, l’électeur, qui décidera, aura-t-il lui aussi peur de revoir, ressurgies sur le devant de la scène, d’anciennes pratiques qu’il pensait révolues ou optera-t-il pour un vote sanction contre les islamistes en privilégiant une alternative prônant, tout de même, la préservation des acquis modernistes ?

Mustapha Ben Jaâfar voit dans la remise en cause de légitimité du gouvernement de la Troïka par BCE « des propos pouvant menacer la sûreté et la stabilité de l’Etat » tout en mettant en garde contre « des forces contre-révolutionnaires qui tentent de sortir de la porte pour entrer par la fenêtre ».
Aux accusations de M. Ben Jaâfar, Mohsen Marzouk a répondu en faisant rappeler au président de la Constituante son passé destourien tout en l’accusant, à son tour, de vouloir dénigrer toute tentative sérieuse pouvant constituer une éventuelle alternative au pouvoir.

Le nouveau parti de BCE constitue-t-il, alors vraiment, une alternative à Ennahdha ? Difficile à dire à l'heure où l’«Appel de la Tunisie» n’est qu’à ses débuts et vu qu’il présente autant d’avantages, selon ses partisans et une bonne partie des Tunisiens, que d’inconvénients, selon ses détracteurs qui sont aussi nombreux.

De là à avancer que les Tunisiens auront, désormais, à choisir entre deux maux, il n’y a qu’un pas que certains n’hésiteront pas à franchir…

Synda TAJINE

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Commentaires

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realiste
| 26-06-2012 18:38
C'est la faite a vous Les médias .vous me faites rigoler . ils appellent un vieux opportuniste pour dire à un gouvernement élu ce qu'ils doivent faire ou non. Vous vous occupez de essebsi plus que le gouvernement actuel. VOUS SOUHAITEZ LE RETOUR DE VOTRE ANCIENNE ECOLE PENDANT 50 ANS rcd

charchour
| 26-06-2012 12:20
nida a toutes les autre parties qui traine encore , quand est ce que vous allez rejoindre BCE ???? ca ne demande nullement du temps si vous etes vraiment nationaliste , et que vraiment vous voulez le bien a la tunisie y compris toute les races ..

allez y plus vous hesitex plus vous etes entrain de perdre de plus en plus de voix . et vous ne recolter que de la haine .

allez on vous attend et surtout arreter de jouer avec le feux , le temps passe , et linsacription est encore ouverte a luniversite de BCE .

pas de dialogue , on accepte aucun programme , vous devriez aller etudier first .

votre pere vous attend , et arretez de rever , il est bon temps de nous unir seulement , ecouter et suivre BCE .

allez yyyyyyyy y est un peut denationalisme et eviter legoisme politique .

jai confiance en vous tous .... ceux ci ne necessite aucun courage , its given as gift .

lyès
| 25-06-2012 09:17
c'est normal qu'il fasse peur aux nahdhaouis, c'est un grand homme d'Etat, personne n'arrive à l'égaler, il a tout
la forme et le fond, c'est un immense plaisir de l'écouter parler et ses décisions reflètent une sagesse que nos politiciens n'ont pas
vraiment c'est une chance que de l'avoir cet Homme hors du commun !!!!!!!!

Riadh Chatti
| 22-06-2012 12:41
Nida Tounès,pour des raisons qui me semblent évidentes (Charisme et expérience politique hors-pair de son leader, "philosophie" moderniste tout en étant ancrée dans l'histoire et les valeurs séculaires de la Tunisie etc...) est la seule alternative possible à En-nahdha.Il y va de l'avenir de la démocrat ie dans notre cher pays !

riadh
| 21-06-2012 16:12
Il fait peur pour une seule et unique raison très simple :

le tunisie était plus appaisé avec lui et plus démocratique qu avec le gouvernement actuel qui inquiete 10000 fois plus (pas d'ISIE , pas de date, que des technique de manipulation etc etc etc)

voila, c est tout bete, mais je fait parti des tunisien qui ne veulent pas revenir à ben ali, mais qui regrette BCE et son gouvernement bien plus appaisant et sécurisant pour la tunisie (pourtant dans la pire période de l'après révolution)

il n y a qu a comparer les Bilans c est tout

il avait dis: j ai 3 objectif:
la sécurité,
les élections
rendre le pays en meilleur éta que je n l ai recu

3/3 un sans faute, comparez aux 365 propositions de ennahdha dont combien sont aboutie finalement ??????????

aziz aziz
| 21-06-2012 10:36
D'un côté on a ces vassales de Benali déguisés en bourguibistes et qui ont su embarquer avec eux quelques naïfs, de l'autre côté on a des islamistes opportunistes jusqu'à la moelle.
Le scénario bien ficelé en dehors de nos frontières et clair : faire semblant de se chamailler ; capter l'opinion publique qui votera pour l'un ou pour l'autre, puis redevenir amis dans une sorte «d'union sacré pour le pays »...entre conservateurs en ne peut que s'entendre.
D'ailleurs, c'est exactement ce que projeter Benali pour repousser aux maximum son fin de règne, rappelez- vous la propulsion au-devant de la scène de son hypocrite de gendre "cheikh Sakhr ta9wa" avec toute sa ribambelle de « zitounas », c'était pour appâter les plus enclin au compromis parmi les islamistes.
...Ce que nous vivons actuellement, n'est que continuité de ce scénario macabre.

omysaj
| 21-06-2012 08:52
oui BCE fait peur parce qui'il est un pro de la politique, avec ses camarades à ses côtés de très hauts talon, c'est normal qu'il font peur à tous ces gamins et arrivistes qui débarquent en tunisie pour jouer et ramasser du fric sur l e dos des pauvres et des chomeurs; oui BCE et son équipe fait peur parce qu'ils s'adressent à trois millions de Tunisiens, et qui sont ils? toutes les souches sociales de la Tunisie, les paysans, les ouvriers, les fonctionnaires, les femmes et les hommes d'affaire, les jeunes , les artistes, les intellectuels, les célébrités en économie, en sciences , en politique, voilà pourquoi les ignares ont peur de BCE. ils savent très bien que s'ils ont gagné les voix de quelques milliers par les cartons de couscous et les mariages gratuits et les paquets de semoule, et surtout parcequ'ils ont lâchement exploité la sensibilité religieuse des tunisiens qui sont des vrais musulman depuis plus que douze siècles, ils ont joué sur la corde de la religion pour arriver à leurs but: le pouvoir; maintenant, ils prônent la justice transactionnelle ; que les dossiers de bab souika et de monastir et de sousse soit ouverts, qui a tué les tunisiens dans ces villes? ils sont sans doute des criminels et il faut qu'ils soient jugés? BCE et son équipe vont le faire si on se réuni tous à eux, pour le bon avenir de notre chère Tunisie.

Mohamed 2
| 20-06-2012 19:11
http://www.attounissia.com.tn/details_article.php?t=42&a=62076&temp=1&lang=

je dis la vérité
| 20-06-2012 18:16
Sur le net, j'ai lu des choses sur le véritable John Wayne, acteur américain de talent.
Ses films, la plupart des westerns, étaient à l'époque relaxant pour la jeunesse cinéphile, des années 50,60 et même 70. J.W est mort en 1979.
Voici quelques extraits sur John Wayne :

Marion Robert Morrison, dit John Wayne, né le 26 mai 1907 à Winterset dans l'Iowa, aux États-Unis, et mort le 11 juin 1979 à Los Angeles, est un acteur, réalisateur et producteur américain.

S'il a joué dans des films policiers, des films de guerre et quelques comédies romantiques, c'est dans ses nombreux westerns que John Wayne s'est réellement imposé.....
John Wayne est certainement un des acteurs les plus représentatifs du western, une incarnation à lui seul de l'Amérique conquérante.

Surnommé « The Duke », il reste toujours aujourd'hui grâce à ses films le symbole d'une certaine virilité. Il interpréta ce rôle d'homme viril, dur, solitaire et un peu machiste tout au long de sa carrière, ce qui lui fit déclarer "J'ai joué John Wayne dans tous mes films et ça m'a plutôt pas mal réussi" .
Le réalisateur Raoul Walsh prouva le contraire en co-réalisant In Old Arizona qui fut un gros succès. La Fox voulu alors lui confier la réalisation d'un grand western. Le choix s'orienta vers Gary Cooper, mais indisponible car sous contrat avec Samuel Goldwyn. Walsh remarqua alors par hasard cet accessoiriste qui déchargeait un camion, Duke Morrison, puis décida de lui faire faire un bout d'essai. Le producteur délégué et le réalisateur décidèrent juste après de lui faire changer de nom. Par admiration pour le général Anthony Wayne, on lui trouva un nom. Et tout bêtement parce que "John" faisait américain et simple, on lui donna ce prénom.
Ainsi Duke Morrison devint John Wayne, sans même avoir été consulté..."
Fin de l'extrait

Mohamed 2
| 20-06-2012 17:37
L'acharnement du centre-droit à revendiquer un gouvernement de salut public, à seulement quelques mois des élections, prouve qu'il craint lui-même d'affronter l'épreuve démocratique fatidique.
Surtout qu'en plus de la majorité, il y a les tierces forces politiques qui sont en train de monter en puissance et qui veulent éviter coûte que coûte la bipolarisation: Poct, Watad, Unionistes-arabes, Al-Moubadara, etc.

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