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Les femmes hantées par la cyber-violence !
21/10/2020 | 19:59
6 min
Les femmes hantées par la cyber-violence !

 

Si les femmes sont confrontées de plus en plus à des violences en ligne, c’est parce que le chemin à parcourir afin de changer les mœurs et développer l’arsenal juridique avec des lois dédiées à l’espace virtuel, reste long.

Les cyber-violences restent mal-connues ou encore peu prises au sérieux, parce que nous n’avons pas encore pris conscience de la gravité de ce phénomène qui ne cesse de se multiplier.  Au fait, qu'est-ce que la cyber-violence? Quelles sont les formes des violences digitales que subissent les femmes ? Et surtout que prévoit  la loi à l’encontre de ces « cyber-agresseurs ».

 

La cyber-violence à l’encontre des femmes se définit, selon les textes législatifs et les études menées sur le sujet, comme étant « toute agression ou menace d’agression physique, morale, sexuelle ou économique faite à l’encontre des femmes au motif d’une discrimination basée sur le sexe en faisant usage des moyens numériques »

Le Centre de recherches, d'études, de documentation et d'information sur la femme (Credif) a réalisé en 2019 une étude intitulée : « la violence digitale à l’égard des femmes : le cas Facebook ». Les auteurs de l’étude estiment que «  89% des femmes tunisiennes ont été confrontées, d’une manière ou d’une autre, à des violences en ligne ou en ont été victimes ».

Facebook est devenu selon l’étude « un espace virtuel où se propagent les discours d’humiliation à l’encontre des femmes à plusieurs niveaux ».  L'utilisation des mots exprimant un jugement moral pourrait donner l'impression que la violence à l’encontre des femmes règne en toute impunité dans ce milieu, citant comme exemple le terme « pute », qui représente 52% de ce type d’insultes. Quant à la violence commise à cause de l’apparence physique, nous trouvons notamment les insultes au nom d'animal (78%). Des injures relatives au niveau intellectuel des victimes ont été aussi révélées dont les termes les plus utilisés sont : « tu es malade » (47 %) et « tu es un animal » (36%). Le mot « Bayra » (célibataire ou vieille fille, ndlr) est aussi l’une des injures les plus utilisés pour intimider la femme à cause de son état civil. Ainsi et selon l’étude, les auteurs de la violence ont eu recours le plus souvent au terme « mécréante » portant atteinte à la liberté de croyance des femmes.

 

Quelles sont les formes de cyber-violences ?

Selon l’étude, 51 % des femmes interrogées ont subi des violences verbales sur Facebook, 24 % d'entre-eux ont été victimes d’harcèlement sexuel et 19 % des victimes ont subi un harcèlement moral. La violence digitale peut ainsi prendre d'autres formes : l’utilisation des photos et vidéos personnelles, les insultes à cause d’une opinion ou des appartenances politiques, la mise en ligne publique d’informations personnelles, la publication de photos intimes à travers Internet et l’envoi de messages (téléphone, courrier électronique, réseaux sociaux) contenant des images à caractère sexuel ou la diffusion d’images portant atteinte à la vie privée.

 

Qui sont les auteurs des cyber-violences ?

L’étude relève que les jeunes sont davantage en mesure de commettre ces délits en ligne (49 %) que les adultes (40%) et les plus âgés (11%). Ce qui est dû au recours massif de cette tranche d’âge aux réseaux sociaux, d’après la directrice générale du centre de recherche. Aussi, 71% des auteurs d’actes de violence à l’encontre des femmes sont des hommes alors que le pourcentage de femmes commettant ces faits ne dépasse pas 29 %.

Les violences que subissent les femmes quotidiennement sur les réseaux sociaux ne peuvent demeurer sans effet psychologique et social. Le résultat : 60% des femmes qui utilisent Facebook ne se sentent pas en sécurité, 94 % des victimes ont rencontré des problèmes familiaux, 56 % d’entre eux ont rompu le lien social avec la société.

 

Comment réagissent les femmes victimes de cyber-violences ?

Bien que 23 % des victimes ait répondu à l’auteur de la violence, généralement, les femmes se contentent de bloquer leur agresseur (56 %), indique l’étude, soulignant que 95 % des victimes de violences en ligne préfèrent se taire que d’avoir recours à la Justice de crainte de la perception de la société ou parce qu’elles ne savent pas qu’il y a des textes de loi qui les protègent. Parfois, elles ne connaissent même pas la définition de la violence digitale.

 « Pour les encourager à briser le silence », le Credif vient de lancer une campagne de sensibilisation en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour la Population en Tunisie (UNFPA).  « Il faut les aider à aller plus loin : faire des captures d’écran, les montrer à un huissier de justice pour attester de la véracité des faits et déposer plainte près de l’unité spéciale d’investigation dans les crimes perpétrés contre les femmes », a lancé la directrice générale du Credif Najla Allani Bouhoula au micro de Hamza Balloumi sur les ondes de Shems FM

 

La campagne « La violence digitale est un crime, même ici il sera poursuivi», vise à définir la violence digitale que subissent les femmes, sensibiliser les publics quant à son impact négatif, informer les victimes sur leurs droits et les encourager à briser le silence.

 

 

Dans ce sens, l’étude réalisée par le Crédif recommande d’appliquer rigoureusement la loi n° 2017-58 contre les violences faites aux femmes et de considérer les réseaux sociaux comme étant un espace public afin d’étendre les peines prévues aux violences liées au numérique.

En effet, la loi adoptée en 2017 sanctionne le harcèlement sexuel dans les espaces publics, mais pas dans l’espace virtuel, ce qui donne lieu à de nombreuses difficultés notamment celle de retrouver les auteurs des cyber-violences sur des plateformes largement anonymes.

 

Pour briser le tabou et pousser les femmes à saisir la Justice- malgré les textes inadaptés à la spécificité de l'espace numérique-, le hashtag Facebook  #Ena_zeda (moi aussi, ndlr) a été lancé en octobre 2019 par des femmes tunisiennes pour raconter comment elles étaient harcelées en ligne – menaces de mort, de viol, incitation au mort, ou encore doxing (recherche puis divulgation d’informations personnelles : adresse, téléphone, mail etc pour inciter d’autres internautes à participer au harcèlement).

 

Une série de recommandations a été publiée par le Credif dans le cadre de la lutte contre la cyber-violence à l’encontre des femmes. Celles-ci se présentent comme-suit :

-Multiplier les formations au profit du cadre éducatif dans le but de promouvoir l’éducation aux droits de l’Homme et à la sécurité digitale

-Diversifier les campagnes de sensibilisation digitale

-Coopérer avec les médias en vue de sensibiliser sur les dangers du phénomène de la violence digitale à l’encontre des femmes et des jeunes filles

-Mettre en place des procédures de signalement et d’accompagnement (numéro vert et centres d’écoute) en faveur des femmes victimes de cyber-violence  

-Renforcer le cadre législatif en ce qui concerne la protection des femmes

-Appliquer rigoureusement les lois sur la violence digitale

-Réviser et développer les bases juridiques des sanctions contre les cyber-violences  afin qu'elles soient mieux adaptées au contexte socio-numérique actuel.

-Créer une coalition nationale unissant les différentes structures gouvernementales et non-gouvernementales et la société civile

  

Tant de violences, de crimes et de délits auraient pu être évités si leurs auteurs ont été pénalisés ou au moins éduqués aux droits humains…

 

Imen Mehrzi

21/10/2020 | 19:59
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Commentaires
Gg
Absolument!
a posté le 22-10-2020 à 11:29
Tout cela est vrai, y compris le catalogue d'injures, les menaces physiques et les chantages. Il faudrait y ajouter les faux témoignages, style "je vais dire à ton mari que...". Heureusement le mari se fout de ces connards!
La solution trouvée par ma femme est très simple: elle a deux comptes (au moins), totalement étanches l'un à l'autre.
Mais que d'essais, que d'erreurs, que de souffrance pour enfin trouver la solution!
Nephentes
Cyber barbaries
a posté le 21-10-2020 à 21:49
Les réseaux sociaux constituent une partie de la société réelle

Ce qui se passe reflète notre réalité

Il me semble clair que la société tunisienne est en cours d'implosion de désintégration

Le vecteur de cet effondrement est la perte de sens commun et la progression exponentielle de la haine et des agressions

Je souhaite simplement souligner que cette montée de la violence a généralement des origines psychosociales

Nombre de jeunes hommes tunisiens d'aujourd'hui semblent aliénés mal dans leur peau déboussolés sans repère

Il refusent l'altérité ont une défiance de plus en plus accrue envers toute forme d'autorité ou de régulation institutionnelle

Ils cultivent une culture du ressentiment qui ne peut que déboucher sur la recherche de boucs émissaires fantasmés

Et sur la violence verbale ou physique comme mode de déroulement

On a affaire a un manque de discernement de confiance en soi et en l'avenir de défiance systématique envers toute institution

Et a un déficit important de culture générale de compréhension du monde

C'est assurément selon moi davantage une génération de nihilistes sociopathes avec toute la barbarie sous jacente qui la porte

plutôt qu'une génération rebelle qui cherche a construire sa propre voie

DHEJ
Vivons heureux...
a posté le 21-10-2020 à 21:40
Vivons en confinement !