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Chroniques
La politique est-elle dépassée ?
Par Synda Tajine
20/02/2024 | 17:59
4 min
La politique est-elle dépassée ?

 

En 2019, alors candidat à la course à Carthage, Mohamed Abbou avait clamé qu’il était un homme intègre, insinuant que cette qualité suffisait, à elle seule, à faire de lui un bon président. Ou de n’importe quel autre candidat d’ailleurs. En 2019, Mohamed Abbou – candidat de l’anti-corruption - a été rapidement évincé de la présidentielle avec seulement 3,6% (au premier tour) au profit du candidat Saïed, lui-aussi élu grâce à son intégrité.

En 2024, Mohamed Abbou, non proclamé candidat à la présidentielle, a encore une fois évoqué l’argument intégrité. Il a clamé qu’un candidat à la présidentielle devrait être proposé en dehors de la sphère politique nationale, insinuant que la scène politique tunisienne n’avait plus rien à offrir et ne pouvait plus prétendre à générer de nouveaux dirigeants susceptibles d’être élus.

Que reste-t-il de la scène politique nationale ? Les dirigeants des principaux partis de l’opposition sont derrière les barreaux. Ceux qui sont – encore – libres, se cachent. Ils semblent craindre de subir le même sort et préfèrent donc faire profil bas. Ceci va des anciens ministres – ou même chefs de gouvernement ou président – à plusieurs anciens candidats à Carthage et hauts dirigeants. « À quoi bon s’exprimer ? » semblent-ils penser.

 

En Tunisie, la politique - dans sa forme actuelle - a indéniablement échoué. Ceci est un constat basé sur le désintérêt actuel que les Tunisiens ne cachent plus face aux différentes étapes électorales ou politiques en général. Aucun scrutin, aucun événement ne fait réagir.

Ce désintérêt de la politique n’est certes pas propre à notre pays. Partout dans le monde, la politique dans sa forme classique, usée et abusée, arrive à ses limites. Elle est non seulement vomie par les nouvelles générations, mais aussi par ceux qui ont vécu les désillusions et en éprouvent une grande amertume.

Dans le monde, les partis politiques ont rarement été aussi impopulaires qu’aujourd’hui. En France, par exemple, on parle de « dépassement politique ». Un concept emprunté au jargon écologique et qui est basé sur une volonté des partis politiques de s’élargir, de se réinventer afin de dépasser leur structure actuelle.

Si, dans notre époque, les aspirations politiques n’ont jamais été aussi fortes, elles sont souvent accompagnées de désillusions. « Elles sont souvent réprimées par les pouvoirs en place, et cohabitent avec une montée de la demande autoritaire que révèle le succès électoral des partis ‘’populistes’’ », écrit le politologue français Frédéric Sawicki, auteur de « La fin des partis ».  

 

En Tunisie, le populisme vit ces dernières années ses plus beaux jours. En 2019, la montée en puissance du candidat antisystème et populiste Kaïs Saïed a exacerbé l’aversion des Tunisiens des partis politiques. Leur président clamant qu’il finira par faire disparaitre les partis politiques – qu’ils vomissent tant – ils ne pouvaient qu’applaudir. C’est d’ailleurs un peu ce qu’il a réussi à faire en créant un climat d’incertitude et de méfiance, autant pour les citoyens que pour les politiques eux-mêmes.

Derrière cette aversion, les dérives de la politique politicienne sont fortement à blâmer : détournement de l’intérêt général, corruption, confiscation du pouvoir aux mains d’une caste, et appauvrissement du citoyen, acculé à observer dans une totale impuissance.

 

Comment se présentera alors la présidentielle de 2024 ? Mohamed Abbou avait jeté une bouteille à la mer. Celle d’un candidat consensuel de l’opposition qui – idéalement – serait issu de l’extérieur de la sphère politique. Que reste-il aujourd’hui de l’opposition ? Qui pourrait encore se réunir autour d'un même canididat ? Qu’est-ce qui ferait un bon candidat ?

Diabolisée et incomprise, la politique a encore de beaux jours devant elle, mais certainement pas dans sa forme actuelle connue de tous. Encore plus en Tunisie, où l’expérience démocratique reste encore jeune et inexpérimentée.

En 2019, Kaïs Saïed a bénéficié d’un large plébiscite, en partie grâce au fait qu’il n’avait aucun lien avec la classe politique de l’époque. Il fait tout aujourd’hui pour faire croire que la politique est un concept dont on ne peut rien tirer de bon. Un concept dont on gagnerait à se débarasser.

Si elle reste largement perfectible, la politique est une pratique bien plus large que l’idée dont beaucoup se font. Partis politiques, structures classiques et politique politicienne ne sont pas des conditions sine qua non à la définition d’une personnalité politique. Loin de sa connotation péjorative, la définition même d’un/une politique est sujette à interprétation. Les interprétations divergent même, entre partisans et détracteurs, quant à l'inclusion de Kaïs Saïed dans cette même sphère politique.

 

Les résultats de la présidentielle de 2024 éclairciront les tendances des Tunisiens et nous permettront de répondre à plusieurs de ces questions…

 

Par Synda Tajine
20/02/2024 | 17:59
4 min
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Commentaires
Hammadi
Politique
a posté le 21-02-2024 à 13:54
Les policards tunisiens pensent qu au pouvoir et a leur intérêt personnel seulement, c est pour ca qu ils ont échoué.
Ils auraient pu reussir s ils ont travaille a garder un minimum de stabilite économique et un minimum de respect et de dignité pour leur peuple.
La réaction du peuple est legitime et on ne peut pas le blamer en raison de ce qu on a vecu avec ces pseudo politiciens.
En conclusion,ce peuple et surtout son elite ne sont pas prêt pour la democratie et ne le seront pas dans les prochaines années et peut etre jamais.
Bacchus
Avec des Si
a posté le 20-02-2024 à 20:26
Plébisciter ? Pour être plébiscité il faut être élu dès le premier tour, dépasser largement les 50% et avoir un grand écart avec le poursuivant direct. Si ces conditions ne sont pas réunies, on ne pourrait évoquer que le qualificatif : « à défaut de », car plus des 50% des électeurs du second tour font plutôt barrière pour empêcher une personne d'accéder à la présidence que de porter une personne à la magistrature suprême. Madame ce qui manquait aux politiciens tunisiens de 2011 à 2019 c'est l'honnêteté et l'intelligence. En 2011 et 2014 le scrutin majoritaire à 2 tours facteur de stabilité ne fut pas adopté, car la Nahda savait qu'avec ce mode de scrutin elle serait dans l'opposition et les petits partis savaient qu'ils n'auraient même pas un strapontin au parlement et que Ghannouchi ne serait jamais président. Mais si en 2019, il y avait un scrutin majoritaire à 2 tours : La Nahda aurait battu Kalb tounès au second tour et aurait eu la majorité absolu à l'ARP et si Ghannouchi n'était pas jaloux de Mourou, ce dernier aurait remporté haut la main les présidentielles devant Karoui (personnellement, je dis heureusement pour la Tunisie que ce n'était pas le cas). S'il y avait eu des primaires entre Zbidi et Chahed le gagnant aurait été au second tour et probablement élu président.
Jihed
Olfa Hamdi ou Abir Moussi sera présidente de la Tunisie
a posté le 20-02-2024 à 18:46
Pourquoi ne pas parler des jeunes candidats comme Olfa Hamdi ou Nizar Chaari?
Non ce n'est pas le vide, ce n'est pas non plus le désert politique où on a besoin d'aller chercher dans les apolitiques pour servir le besoin de leadership du pays.
Abbou veut simplement dire: si notre génération ne peut pas faire face à Kais Saied, alors, fermons la porte aux jeunes et ramenons une poupée ou un bouffon apolitique pour jouer le jeu.
Même abir moussi est considérée parmi ceux qui sont moins corrompus et à une chance.
Je prédis que Olfa Hamdi ou Abir Moussi finiront par définir les élections. '?a sera une femme. Une des deux.