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Créer des emplois: le besoin d'un Etat stratège
04/03/2016 | 09:55
5 min
Créer des emplois: le besoin d'un Etat stratège

 

Par Karim Ben Kahla

Février 2016

  

L’urgence d’un changement

L’heure est grave. L’avenir de milliers de jeunes tunisiens, l’avenir de notre pays est en danger.

 

Nos ennemis ont quasiment réussi à enterrer notre tourisme.  Plus qu’un secteur et une économie, une ouverture sur le monde et la vie,  une façon d’être Tunisien, ont été ciblés, lâchement attaqués pour nous appauvrir, nous isoler et, in fine, nous aliéner. Notre pays ne sera jamais plus ce qu’il voulait être. Nous reste notre jeunesse. Qu’allons-nous en faire ?

 

Une jeunesse beaucoup trop souvent à la dérive et livrée à elle-même. Une énergie, des existences, des vies gâchées, gaspillées, qui se perdent alors qu’elles ne demandaient  qu’à se rendre utiles.

Nous avons laissé s’installer un enseignement et une université à deux vitesses : Quelques privilégiés dans de belles écoles, éduqués au culte de l’opportunité et qui, de plus en plus, partent pour courageusement  ne plus revenir, et une grande majorité qui attend son heure, pensant prendre l’ « ascenseur social » de l’Université avant de finir écrasée par celui-ci. 

 

Peuple du « milieu », de « la politique des étapes » et du « gradualisme », nous avons également cédé aux sirènes du réformisme. Un beau mensonge à soi, une idéologie techniciste dans laquelle plus il y avait des réformes moins il y avait de changements. Du sur-place, ou de l’agitation, sans pour autant que l’on s’attarde sur les véritables causes de cette incapacité à construire de l’ordre, de la cohérence et de la cohésion et à transformer le mouvement en véritable changement (J.Choucair-Vizoso).

 

Ressentiment, crises du sens et de la gouvernabilité

La « haine rentrée », la « morale du ressentiment » et  la « sanctification de la vengeance » en la baptisant justice (F. Nietzsche), ont justifié l’inondation du secteur public tunisien qui ne peut plus recruter les jeunes chômeurs. En face, l’investissement privé est en panne et la situation des entreprises qui résistent encore ne leur permet pas de recruter. Que faire ?

 

Plusieurs mesures et actions ont été proposées et parfois même mises en œuvre. Elles demeurent insuffisantes et surtout incomprises.

 

Elles ne font pas sens parce que pensées pour éteindre des départs de feu, elles ont manqué de synchronisation  et ne procédaient pas d’une vision cohérente de l’avenir de la Nation. 

 

Elles ne font pas sens non plus, parce qu’elles présupposaient une nouvelle conception des fonctions de l’Etat qui puisse infléchir les rapports à celui-ci.

 

Elles ne font pas sens, enfin, parce qu’elles exigeaient des arbitrages politiques lourds de conséquences. Du courage, des compétences et un leadership qui, par les temps qui courent,  ne vont pas de soi : Il faudrait libérer nos politiques de la démagogie et non politiciens du populisme qui scie les pieds du fauteuil sur lequel ils se verraient bien installés. Pourvu qu’ils acceptent d’atterrir et en urgence pour nous éviter de nous écraser.

 

En fait, ce n’est pas uniquement le modèle de croissance ou de développement économique et social qui sont en question, c’est tout l’Etat, sa raison d’être et ses fonctions qui sont à interroger.

 

Au-delà des carences des différents gouvernements, c’est une véritable crise de gouvernabilité qui paralyse nos institutions. Crise qui appelle une nouvelle façon de penser et de faire l’Etat qui transcende  son régime de démocratie en perpétuelle transition et son administration affaiblie et qui tarde à faire le deuil de sa prétention à tout régenter. 

 

Les états de notre Etat

Planificateur, l’Etat-développeur tunisien s’est transformé en Etat-mangeoire, une sorte de  rente matérielle et symbolique et un butin dans le cadre d’un parasitage généralisé. Une perversion du contrat social et une anthropophagie croisée se sont lentement installées, où l’Etat vit aux dépens de la société et celle-ci aux dépens de celui-là.

 

« Trop petit pour les grandes choses et trop grand pour les petites » (D. Bell), l’Etat-providence tunisien s’est lentement dégradé en Etat bouche trou, appendice du marché, pompier social et accessoirement pyromane qui cherche à réinventer le feu. Au nom de l’égalité on s’y résout au partage de la misère, pour le goût de l’efficacité on s’y console de lutte contre la précarité et de solidarité, histoire de continuer à s’acheter des âmes en quête de fidélités. Histoire également d’essayer de mieux redistribuer ce qui aurait pu être autrement partagé.

 

Cet Etat providence Tunisien n’a pas pu s’assurer contre ses propres ratés et s’est réduit à quémander l’aide extérieure pour continuer à faire ce qui, à un certain moment,  ressemblait de plus en plus à de la charité intérieure.

 

Prétendant réguler le fonctionnement des marchés, notre Etat-régulateur a perdu de vue sa propre régulation et s’est transformé en République des contrôleurs qui n’arrêtent pas de se donner des croche-pieds. Erigé en dogme « anti-corruption » et en pilier de l’autorité de l’Etat, le contrôle risque ainsi d’absorber la gouvernance pour devenir une sorte d’inquisition permanente et décourageante pour toute forme de prise d’initiative, de création ou d’innovation.

 

Au-delà de cette crise de gouvernabilité liée aux différentes conceptions et fonctions de l’Etat tunisien, nous avons besoin d’une vision et de visionnaires pour imaginer ce que serait notre Etat stratège. A la sournoise désinstitutionalisation de l’Etat devra répondre l’intelligence d’une nouvelle approche et construction de celui-ci. Ni l’obstination des techniciens, ni la légèreté des politiciens, un Etat de stratèges, pour une vision du progrès qui nous fasse définitivement ancrer dans la modernité.

 

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04/03/2016 | 09:55
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Commentaires (16)

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IBNU MARIAM
| 09-03-2016 13:38
Continuer à croire que le faible coût de ma main d'oeuvre est une aubaine pour un pays afin de faciliter les investissements étrangers est l'une des pires impostures qui soit en terme économique. Il faut impérativement augmenter massivement les salaires dans le privé (doubler le SMIG dans un premier temps) par décret tout en réduisant les charges salariales et en surveillant le phénomène d'inflation et interdisant toute augmentation excessive des prix. Le coût du travail sera compensé par une baisse des charges et ainsi le gain reviendra dans la poche des tpe pme et du salarié. Nous ne serons plus un pays à bas salaire mais à haute potentialité car la valeur de nos travailleur résidera dans leurs formations(qui doivent être continues) et de leur productivité(ils resteront néanmoins toujours deux fois moins chers qu'en Europe) et leur pouvoir d'achat très élevé dans leur pays. Soyez honnêtes, travailleurs, soyez honnêtes, respectez vos engagement, soyez innovants, inventeurs, intelligents, en bref soyez TUNISIENS, TAHYA TOUNES.

Tunisienne
| 08-03-2016 14:30
Bonjour,
Je compatis à votre amertume et ne peux que comprendre votre frustration lorsque vous rappelez -fort justement- que beaucoup de nos universitaires ont failli dans l'encadrement et l'accompagnement des jeunes doctorants censés être la relève, et que les concours sont souvent l'occasion, non pas uniquement de recruter rigoureusement (ce qui est légitime et nécessaire), mais également de mettre des barrières à l'entrée pour préserver les honneurs et les privilèges et minimiser les risques de "concurrence" !
Vivement que cet état d'esprit (non dépourvu d'opportunisme, je vous le concède) change et que chacun à son niveau révise ses postures pour donner réellement aux jeunes le maximum de chances de réussir !
Salutations

Doctorants et docteurs chomeurs
| 08-03-2016 10:13
D'un côté du trouves pas un directeur de thèse (ok , vous avez souffert pour devenir professeur ...fermez donc ces écoles doctorales ) ,de l'autre côté même si termines ta thèse avec quelqu'un d'autre et même si tu arrives à aller au Canada , en Tunisie ils te bloquent ,c'est la mentalité enracinée de Ben Ali dans nos universités publiques , tu réussis pas le concours ,tu déprimes et si tu veux te bruler devant le mes , ya pas de souci ...un de moins

doctorants et docteurs chomeurs
| 08-03-2016 08:21
e ne connais pas ce Monsieur par contre je connais l'abus de pouvoir de nombreux universitaires tunisiens ,il y a cet effet de contagion entre les universitaires tunisiens, c'est un phénomène sociologique récurrent dans l'université tunisienne, ces réactions sont nourries d'une grande rage et amertume des doctorants et docteurs tunisiens qui ont en marre de voir les mêmes têtes gouverner l'université tunisienne qui tombe dans l'obscurantisme, pourquoi prendre de la distance vis à vis de gens qui nous ont exclu , au moins dans l'espace public on parle et on dénonce ces pratiques contraires à l'éthique ,la corruption est une réalité dans l'université tunisienne ...bravo à tous les doctorants et docteurs tunisiens

Tunisienne
| 07-03-2016 12:53
Monsieur,
Quelque soit l'objet de votre grief envers KBK, bombarder anonymement quelqu'un avec ce flot de mépris et de dénigrement n'est pas très valorisant!
Merci beaucoup de prendre du recul par rapport à ce genre de "facilité" !
Salutations

hakim
| 05-03-2016 17:47
Effectivement le manque de planif strategique est le point faiblesse majeure des pays non developpés et ceci se réplique aussi pour les institutions et surtout les entreprises a vocation economiques.
La planif strategique s'appuie sur un ensemble de valeurs pour atteindre des objectifs strategiques selon une vision plus ou moins longtermiste.
En Tunisie malh on bafoue tout aspect de reflexion de facon consciente et inconsciente.
De facon consciente en conformité a un systeme sociopolitique autocrate qui reserve la droiture de pensée et de prise des choix pour une personne qui est le penseur le philosophe le maallem et qui est entouré de gens qui le remonte à un niveau surhumain pour creer le mythe qui preserve leur perimetre d'autorité et de profitisme.
La facon inconsciente est lié a un deficit de confiance en soit qui se traduit par une resignation au fait que c les autres qui innovent et qui sont capables de cogiter et de créer.
l'exemple le plus frappant etait celui de l etude strategique delegué par un ministre ressortissant comme ils s'en vantent, des grandes ecoles francaises, a une banque d'affaires.
Effectivement les administrations et les entreprises publiques se sont transformés en simple regie de signature de commandes et de suivi comptable des paiements et se vantent d etre les meilleurs gardiens connaisseurs des regles des ecritures comptables.Se rappeler le faux pb soulevé suite au dernier rapport de la cour des comptes.
Actuellement les auditeurs les inspecteurs les juristes les bureaucrates se placent de plus en plus dans les rangs de decision sanction arbitrage...Ils sont bien selectionnes pour defendre le clientelisme et passer l eponge sur les dossiers douteux et ceci sous prerexte de faire valoir les reglements et l'Etat de droit.
Face a cet mainmise malicieuse sur les articulations de l'Etat, les forces reelles de production observent sans bouger sans agilité pour assurer le quotidien que dire du strategique.
Donc quelle strategie et quel mode de gouvernance doit on repenser?
Il n ya pas milles pistes il n'ya pas a inventer la roue. Il suffit de copier les fondements et prerequis ressorts de l essor des pays qui ont su reellement decollé. L equité et le savoir partager et puis l esprit de labeur et l application de la loi.
si on croit a ces valeurs on pourra baptiser les strategies gagnantes et enterrer toute politique politicienne.
plus concretement il est temps d instaurer une sorte d autocontrole au niveau de nos adm et entreprises pub. Il faut instaurer des organes de veille d innovation...un think tank soumis a un systeme d election.
Finis les systemes de gouv autocratique assiegé par des profiteurs et des reseaux de bureaucratie et de profitisme .

lotfi
| 05-03-2016 11:49
A force d'avoir peur du feu,l'homme primitif a fini par s'en entourer.En revanche,il en a profité dés qu'il a eu conscience que le danger réside dans sa réaction.Pour notre sujet,le risque serait plutôt dans les solutions qui renvoient la décision et l'action à un beau jour.Autant l'emploi est mesuré par son cout autant la panique(déficit budgétaire)nous envahit pour nous handicaper de toute imagination originale voire de toute décision.

Bahloul
| 05-03-2016 06:18
J'ai suivi les travaux de la première journée du FORUM du FUTUR de MM Mohamed HADDAR et MUSTAPHA KAMEL NABLI. Toutes leurs interventions avaient pour intitulé des termes ,des phrases ou des morceaux de phrases qui rappelaient les titres ou les chapitres de rapports similaires établis en FRANCE...depuis la fin des années cinquante du siècle précédent.Je cite notamment: le rapport ARMAND-RUEFF de fin 1959; le rapport de la commission présidée par Alain MINC baptisé " LA FRANCE DE L'AN 2000" . Ce rapport a été élaboré à la demande de M Edouard BALLADUR, alors Premier Ministre, en mai 1994 . Et ,plus récemment, le rapport de la commission présidée par M. Jacques ATTALI en 2010 " Pour la libération de la croissance française", commandé par M. Nicolas SARKOZY. Tous ces rapports parlent d'efficacité économique, d'équité, de la nécessaire cohésion sociale de la nation, de rnouer avec la croissancey ,de réformes inévitables, de changement... En fait, et comme vous le dites, plus ça change et plus c'est la même chose .Le chômage personne n'y arrive à bout.Alors, ne faudrait-il pas changer de problème ?

Calypso
| 05-03-2016 03:13
Y a rien de consistant dans ce pseudo article: verbiage inutile, et rhétorique

karim
| 04-03-2016 21:46
effectivement, plusieurs auteurs parlent de l'Etat stratège. même Macron et Obama en parlent.. plusieurs auteurs parlent également de l'Etat providence... mon objectif est de donner un contenu concret et adapté à cette notion..