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Tunisie ? Les électeurs décontenancés face à des programmes politiques quasi-similaires

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Tunisie ? Les électeurs décontenancés face à des programmes politiques quasi-similaires

La Tunisie vivra dans 25 jours les premières élections démocratiques de son histoire. Pourtant, une bonne partie des sept millions d’électeurs rencontrent encore des difficultés pour faire la distinction entre les partis politiques, tellement leurs programmes politiques et économiques comportent des similitudes.

La problématique devient d’autant plus pressante que les partis se suivent dans la proposition de leurs programmes politiques, sociaux et économiques. Ainsi, après les 120 mesures du PDP de Néjib Chebbi, lancés depuis mai dernier, ce fut successivement aux tours du Congrès pour la République (CPR) de Moncef Marzouki d’adopter son programme économique pendant son congrès national à Kairouan, d’Ettakatol de Mustapha Ben Jaâfar de proposer 100 mesures, d’Ennahdha d’en développer 365 et, enfin, sont venues, la semaine dernière, les 210 propositions d’Afek Tounes, en attendant le programme du Pôle démocratique moderniste, prévu pour jeudi matin. Il y a donc un semblant de diversité dans les programmes et de diversité dans les offres que les électeurs cherchent à matérialiser pour tracer les lignes de démarcation entre les uns et les autres.

Sur le plan des mesures phares, Ettakatol annonce la création immédiate de 100.000 emplois et la réduction de 30 % à 25 % des impôts sur les sociétés pour encourager l’investissement. Ennahdha prévoit la création de 203.000 emplois durant les deux premières années et une moyenne de 118 000 emplois par an durant le prochain quinquennat (2012 – 2016). Le CPR insiste sur l’emploi et le redressement du déséquilibre régional. Quant au PDP, il annonce 40 à 45 % de croissance sur cinq ans, l’absorption durant la prochaine décennie de la moitié du stock des demandeurs d’emplois et la construction durant la même période de 220.000 logements sociaux. Afek Tounes espère une croissance à deux chiffres à partir de 2014 et propose une série de mesures générales, tout comme les autres partis.

Il ne s’agit nullement d’être expert pour dire que les mesures proposées sont quasiment les mêmes chez tous les partis. Les programmes s’intéressent à tous les aspects de la vie socioéconomique. Ils parlent d’éducation qui développe les talents et prépare la vie professionnelle, de droit aux services culturels et sportifs, d’un Islam des lumières qui défend la séparation entre la religion et l’Etat, d’une politique de santé privilégiant la qualité, la proximité et l’accès pour tous, d’un Etat instituant la solidarité et mettant en œuvre des politiques volontaristes de réinsertion sociale dont bénéficieront les populations les plus démunies.
Les projets annoncés comportent également le renforcement irréversible de la société civile, socle d’une démocratie véritable et instrument efficace pour le contrôle des pouvoirs publics. Il y a aussi question d’une économie sociale et solidaire au service des Tunisiens, d’un régime politique mixte, garant de l’équilibre des pouvoirs, d’une justice indépendante et équitable, de l’inévitable réconciliation du citoyen avec les forces de sécurité, de la mise à niveau du service public pour le moderniser et le mettre au service du citoyen, de la société civile et de l’entreprise.
En plus, les programmes appellent à la mise en place d’une infrastructure désenclavant nos régions intérieures et améliorant la compétitivité de l’économie. ‘Des régions fortes, maillon essentiel de la dynamique économique et sociale’, lit-on dans tous les programmes qui appellent à instaurer un environnement de l’entreprise alliant ouverture économique et facilitations, une agriculture moderne, au bénéfice de l’agriculteur et de l’économie, une intégration forte de l’industrie et des services liés, avec la technologie pour pilier, des services de loisirs et de culture valorisant la Tunisie, un secteur bancaire et financier à la hauteur de nos ambitions, un dispositif agressif d’encouragement de l’entreprenariat et, enfin, des mécanismes efficaces d’incitation fiscale et non fiscale.
Les experts proches de ces partis ont donc travaillé sur une panoplie de mesures générales pour répondre aux exigences de l’étape. Mais le problème, c’est que rien ne justifie que ces mesures rappellent étrangement celles proposées par l’ancien président Ben Ali dans ses divers programmes présidentiels et y sont quasi-similaires, pour ne pas dire du copié/collé.

Pourtant, ce ne sont vraiment pas les slogans qui manquent, à propos du redressement de tous les secteurs. Ces slogans que Sami Zaoui, d’Afek Tounes, a convenu qu’ils auraient pu être présentés et acceptés en 2005, ou en 2015, tellement ils sont porteurs de valeurs, toujours correctes, plus que de réponses concrètes à des situations pratiques.
Les partis ont proposé, chacun à sa manière, sa formule assimilée à celle du gouvernement Ghannouchi qui avait annoncé en juillet 2010 devant la défunte Chambre des députés son intention de ‘réaliser et maintenir sur les 5 prochaines années un taux de croissance de l’ordre de 5% et de faire passer le PIB par habitant à 8371,5 dinars en 2014 tout en créant 415.000 emplois sur la même période afin de réduire le taux de chômage à 11,6%’. Chaque parti a fait ses propres projections à partir de la même base de données. S’il est vrai que la Tunisie va entamer son nouveau parcours sans corruption, ce qui se traduit, selon les experts, par deux points de plus de croissance, est-ce suffisant pour réaliser les objectifs de la révolution ?

Tous les partis politiques (PDP, Ettakatol, CPR, Ennahdha, Afek Tounes, etc.) n’ont fait tous que reproduire le même schéma de développement avec des chiffres plus optimistes qui traduisent leurs désirs d’obtenir de meilleurs résultats. Mais le problème ne se situe nullement au niveau des chiffres. Il s’agit de réfléchir autrement le modèle de développement pour mener la Tunisie vers une croissance basée réellement sur la technologie. Ceci n’a pas été fait jusqu’à maintenant et ce n’est nullement en calquant les anciens projets que l’on puisse mieux gouverner même si l’on change les personnes et l’on éradique la corruption.

La Tunisie a carrément besoin d’un autre modèle de développement auquel toutes les compétences tunisiennes sont appelées à réfléchir afin de réussir la transition économique, tremplin incontournable pour réussir la transition démocratique. La Tunisie est appelée à occuper une nouvelle place dans la division internationale de travail mais laquelle ? Notre nouvelle classe politique doit y réfléchir et les citoyens électeurs ont besoin de voir plus clair.

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Fonctionnairissimo
| 01-10-2011 14:08
Les idées sont volées des boites de l'Administration par des fonctionnaires, chacun servant ses couleurs. Le résultat c'est que les soit disant grands partis nous promettent les mêmes orientations et plans d'actions; du copier/coller quoi. La preuve c'est que les chefs de partis qui sont passés à la télévision ne savaient même pas les présenter, que dire de les défendre et d'en débattre?
Enfin, la corruption gangrène certes l'économie mais la mauvaise productivité de la population active ne cesse de la ronger et le pire est à craindre face aux discours populistes qui nous assourdissent de toute part.

bbmustapha
| 30-09-2011 10:35
De quels postes d'emplois à créer aux milliers parle -t-on ? Nous allons élire des gens et des partis en vue de rédiger une nouvelle constitution avec tout ce que cela peut englober et le pays continuera à être gouverné d'une manière transitoire ; les décisions stratégiques seront du ressort des élus du peuple aprés un deuxième RDV électoral et sur la base (là c'est d'accord) des programmes économiques proposés.

observator
| 30-09-2011 09:36
Salem et merci pour tes commentaires.
J'ajoute juste quelques mots pour dire que c'est quand meme grace à l'islam que la science moderne est née , que le coran est bourré d'expressions tels que "gens doués d'intelligence", "pour des gens qui raisonnent" sans oublier que le 1er mot coranique fut "lis" (iqra). Le hadith "chercher la science jusqu'en chine". Donc toutes ces expressions poussent vers la modernité.

Tunisienne
| 30-09-2011 09:21
Je suis tout a fait d'accord Citoyen de Tunisie dans la mesure que les programmes sont les memes du moment que les problemes sont les memes et que les solutions sont dictees par une realite internationale qui au final converge.
On risque cependant d'oublier qu'on vote pour une constituante dont le but ultime n'est pas de dicter la politique economique du pays. On vote pour une constitution, regime parlementatire ou presidentiel, court constituionelle ou pas.... La constition c'est pour les prochaines 50 annees ... ou du moins jusqu'a la prochaine revolution...Les programmes economiques c'est pour un mandat. ans au plus et si ca marche pas, on change

Ekespert
| 30-09-2011 00:20
La plateforme du modèle de développement proposé par Ennahdha est constituée par un alliage de l'ensemble des valeurs conformes à l'identité arabo-musulmane du peuple, des acquis de la modernité dans tous les domaines ainsi que des revendications et attentes du peuple formulées durant la révolution.

Le modèle est introduit par trois slogans révélateurs des grandes ambitions d'ENNAHDHA en matière de développement, à savoir l'ouverture ou l'élargissement, la diversification et la complémentarité. Il est bâti sur six piliers:

'Une ouverture géostratégique : pour tirer la croissance. il s'agit de consolider nos acquis avec notre premier partenaire économique L'UE en accédant au rang du partenaire privilégié (statut avancé) et pénétrer de nouveaux marchés prometteurs (Etats-Unis, UMA qui devrait être dynamisé et élargi à d'autres composantes telle que l'Egypte de l'après-révolution, pays arabes, pays africains etc').

'La diversification des secteurs productifs avec une grande ouverture sur les secteurs à forte valeur ajoutée basée sur la technologie et capables d'absorber la main d'uvre qualifiée et les diplômés de l'enseignement supérieur.

'L'élargissement du rôle des différents acteurs (Etat, privé, société civile) afin de favoriser les synergies nécessaires et impulser le développement et la croissance. La société civile est censée contribuer à la promotion et à la prospérité d'une économie sociale active pour alléger les charges de l'Etat à l'instar de beaucoup de pays développés.

'La décentralisation du développement afin de garantir la réduction des disparités régionales et sociales.

'La diversification des sources et modes de financement par l'ouverture notamment sur les produits de la finance islamique afin de profiter des grandes potentialités qu'elle offre par la diversité et la qualité de ses produits et son effet favorable sur l'endettement et le déficit budgétaire et les équilibres financiers en général.

'Favoriser un système de valeurs qui concilie identité du peuple et modernité, Islam et progrès, IJTIHAD (effort intellectuel d'interprétation) et liberté de pensée. Ce système garantira la rupture de la dualité islam et modernité et libérera les forces entravées pendant des décennies par cette opposition artificielle et hors sujet. L'Islam et la modernité ne sont pas nécessairement opposés.

Forza
| 29-09-2011 18:50
Une certaine ressemblance entre les programmes d'Ettakatol, CPR, PDP et Ettajdid est logique car tous ces partis appartiennent au fond à la même famille politique, ils sont tous des sociaux démocrates et j'espère qu'un jour ils formeront un seul parti fort. Il faut noter de plus que la plupart des partis ont fait ce qu'on appelle un top down approche. Ils sont partis du problème majeur qui est le chômage et ont calculé le taux de croissance minimum et le financement nécessaire pour absorber les demandes additionnelles d'emplois et réduire le chômage à un taux comparable à d'autres pays (exemple 9%). Le montant du financement est calculé en se basant dur l'Expérience des dernières années. Sous ces conditions, c'est normal que le gouvernement BCE ainsi que les partis arrivent à des résultats comparables. L'important réside dans les détails el l'exécution. Concernant les détails, quels secteurs faut 'il cibler ?, concernant l'exécution, c'est une question de mentalité et de formation professionnelle et universitaire. La démocratie seule ne résoudra pas le problème. La Grèce est un pays démocratique mais est pratiquement en faillite. Ils voulaient faire la fiesta tout le temps, travailler le moins que possible et la corruption chez eux est légendaire. Pour réussir il faut avoir la démocratie, une presse libre et une justice équitable pour avoir une égalité des chances et limiter la corruption mais il faut avoir aussi un peuple travailleur, motivé et bien formé pour faire la différence. LE faite que la Turquie avance réside aussi dans cette attitude de travailleur acharnes qu'on connait aux turques. Alors si nous voulons imiter leur succès, il nous faut la démocratie et le travail dur. Les programmes de quelques partis qui demande la séance unique sont contre productive et illusoires.

Ekespert
| 29-09-2011 18:01
Compte tenu des défis structurels auxquels notre société est confrontée avec le Chômage à la une en passant par le déséquilibre régional, les limites liées au financement, sans oublier la crise de notre système des valeurs, la saturation relative des marchés traditionnels auxquels nous sommes liés, et la liste peut s'allonger. Donc compte tenu de ce qui précède notre modèle de développement doit être repensé.

En l'absence de solutions radicales très ambitieuses s'inscrivant dans une perspective claire et négociée, ces défis risquent d'ébranler notre très chère paix sociale et voire mettre en cause notre unité nationale. Le risque est réel et l'enjeu est de très grande taille. Il est plus grand que tous les acteurs, Etat compris, mais pas plus grand qu'eux tous réunis autour d'un projet de développement très ambitieux partant d'une vision globale de long terme partagée par tous. Il faut y croire et y adhérer afin de rattraper le retard causé par des décennies de dictature et d'exclusion de nos forces vives. Ce n'est pas un hasard de se retrouver avec autant de défis.

C'est dans ce contexte et avec cet état d'esprit et conscient de l'ampleur de la mission, le mouvement Ennahdha a conçu et proposé au peuple tunisien un nouveau modèle de développement. L'objectif est de dépasser la moyenne de 7% et tendre vers une croissance à deux chiffres afin de générer les moyens qui permettent de concrétiser les aspirations de la population en matière de justice sociale, de la dignité humaine, de la prospérité, de la sécurité alimentaire et de la préservation des équilibres pour sauvegarder l'indépendance du pays.

Imed
| 29-09-2011 17:05
CPR = Congrès pour la république, et non "Conseil". C'est infligeant de voir de telles fautes commises par des gens qui se prétendent journalistes.

Ekespert
| 29-09-2011 16:39
Pour prendre l'exemple du programme Ennahdha, que dit l'auteur des non-similitudes? Pourquoi ne les évoque t-il pas ? Pourquoi aucune mention n'a été faite au sujet de l'ouverture stratégique, la décentralisation du développement, les produits de la finance islamique, le système des valeurs et quantité d'autres points pertinents qui méritent d'être au centre d'un grand débat entre tous les tunisiens. N'est ce pas une négligence douteuse des points forts du programme ENNAHDHA qui font la nette démarcation avec le passé et qui ouvrent de larges perspectives et constituent un levier trés fort pour le développement.

A ce niveau Il est opportun de parler des chiffres clés qui font polémique selon l'auteur afin de clarifier certains grands choix qui les justifient et qui n'ont pas été évoqué par l'auteur bien que le programme ENNAHDHA s'est attardé sur leur explicitation, et pour montrer aussi qu'il ne s'agit pas d'un simple copier/coller d'un quelconque autre programme. En effet ces chiffres s'inscrivent dans un contexte bien déterminé, et résulte d'une mûre réflexion cohérente et point arbitraire.

mehdi404
| 29-09-2011 16:37
PARTIE II:
Il faut créer une coopération entre les entrprises et les facultés tunisienne.
ENERGIE RENOUVELABLE :Mettre en place une politique de l'énergie renouvelable, en tunisie on paye une taxe de 600 DT si on utlise le gaz en remplacement de l'essence?
Libéralisé le commerce en tunisie, mettre fin au monopole des grands groupes familliaux.

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