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Chroniques
Achève-le, il respire encore !
21/11/2016 | 15:59
6 min

 

A l’actualité cette semaine, le verdict prononcé dans l’affaire du martyr Lotfi Nagdh, les poursuites judiciaires contre le journaliste Lotfi Laâmari et le démarrage des auditions de victimes de l’Instance Vérité et Dignité.

Nous sommes le 18 octobre 2012, une vidéo fait le tour des réseaux sociaux où l’on voit un homme à terre lynché à mort par une bande de voyous appartenant aux Ligues de protection de la révolution, au CPR et à Ennahdha. Ils participaient à une manifestation pour éliminer les membres de Nidaa Tounes du paysage politique tunisien. Dans l’une des vidéos, Lotfi Nagdh est à terre, l’un des manifestants déclare « achève-le, il respire encore ». Lotfi Nagdh mourra quelques heures plus tard en laissant derrière lui une veuve et six orphelins. C’était le premier mort d’une longue série. Ici, les assassins sont identifiés. On a cru les avoir identifiés du moins. Après Nagdh, il y a eu Chokri Belaïd, Mohamed Brahmi, Socrate Cherni et des dizaines de soldats, mais leurs assassins sont, tous, fichés sous l’étiquette générique « terroristes ».

Pour Lotfi Nagdh, nous avons donc cru avoir identifié les assassins, mais la justice a déclaré que non. Saïd Chebli n’est pas assassin. Louhichi Fakhem n’est pas un tueur. Abdelwaheb Thabti n’est pas un lyncheur. La responsabilité de ceux qui ont organisé la manifestation qui a débordé n’est pas engagée, a déclaré la justice tunisienne. Ceux que nous avons vu sur les vidéos en train de lyncher les Nidaistes, d’escalader les murs pour violer des locaux et agresser les personnes qui s’y trouvaient, s’en tirent avec un « non-lieu », a décidé la justice tunisienne.

 

Aussitôt le verdict prononcé, les éclats de joie ont fusé chez les membres des LPR dissous, les CPR, les Nahdhaouis… Un pied de nez lancé à l’encontre de la veuve et de ses orphelins. Un bras d’honneur à tous ceux qui rêvent d’avoir une justice indépendante de toute manipulation et orientation politique dans ce pays. Nous pouvons continuer à rêver…

En 2011, au lendemain de leur victoire aux élections de l’ANC, ils ont crié « moutou bi ghaydhikom » (mourez de dépit !). En 2013, dans des meetings publics, ils appelaient au meurtre de ceux qui s’opposaient à eux. La justice a fermé les yeux, en dépit des plaintes déposées.  En 2016, voilà qu’elle innocente carrément des manifestants de tout crime, en dépit des vidéos témoignant de l’horreur. Aucun grief ! Rien ! Même pas le meurtre sans préméditation ou la participation à une bagarre !

Remonté contre le verdict, contre l’injustice, Lotfi Laâmari exprime son opinion dans une émission de télévision et dit ce qu’il pense de l’état de la justice en Tunisie. Un constat qu’il n’est ni le premier, ni le dernier à relever. D’autres l’ont précédé, dont des magistrats de renom.

Aussitôt après, on apprend que le parquet a décidé d’engager des poursuites contre « l’insolent ». Cette même justice qui n’arrive pas à arrêter les assassins d’un martyr s’avère être efficace pour arrêter la parole d’un chroniqueur. Ironie du sort, ce jour-là, Lotfi Laâmari apprend qu’il est sur une liste terroriste de personnes à abattre. En clair, il est poursuivi par les terroristes et par l’Etat qui était censé poursuivre les terroristes.

C’est ce qui se passe quand on libère des terroristes et des assassins, quand on les blanchit et les amnistie, quand on les porte aux sommets du pouvoir…

 

Quelle sera la suite de tout cela ? En 2011, on a cru naïvement que la Tunisie est devenue démocratique avec l’élection de 217 individus censés rédiger une nouvelle constitution. On leur a donné un an pour le faire. Un an après, ils ont refusé de quitter le pouvoir. L’assassinat de Chokri Belaïd a mis à nu leur volonté manifeste de ne plus le quitter, quitte à verser du sang. Il a fallu attendre juillet 2013 et l’assassinat de Mohamed Brahmi pour les pousser, de force, vers la porte de sortie.

«  Achève-le, il respire encore », a crié l’assassin de Lotfi Nagdh. A Béji Caïd Essebsi, aux magistrats intègres, aux politiques patriotes, je vous dis « si vous ne les achevez pas politiquement ou juridiquement, ils vont nous achever physiquement ».  Nous avons accepté que les assassins de Bab Souika et de Soliman soient amnistiés et reviennent sur scène, regardez le résultat ! Ça suffit ! Il est temps, grand temps, que l’on cesse la division de ce pays. Que l’on arrête la nuisance de ceux qui se font payer de l’étranger pour nous assassiner. De ceux qui ont plus d’empathie pour l’Egypte, la Turquie et la Umma islamique que pour leur propre pays.

 

Les tentatives de division de ce pays se suivent et ne se ressemblent pas. En cette même semaine, l’Instance Vérité et Dignité a commencé les auditions publiques des victimes de la dictature. De ceux qui ont subi, dans leur chair, la torture, le viol et l’humiliation. Ailleurs, le process a conduit vers la réconciliation nationale. En Tunisie, il en sera autrement. Au vu de son démarrage, tout indique que ce process est voué à l’échec.

Le moment aurait dû être historique, mais il ne l’a pas été. On a vu une Sihem Ben Sedrine dans un drap blanc fleuri savourant, avec son sourire, sa propre revanche. Le lieu est minutieusement choisi, c’était le QG de Leïla Ben Ali. Quand on est dans cette petitesse revancharde, aucune justice transitionnelle ne peut être attendue, aucune réconciliation nationale ne peut être espérée. Contrairement aux autres pays où le process a réussi, ce qui devait être un moment historique pour nous, s’est transformé en un moment d’insultes, de mises en doute et de menaces.

 

Au lieu de susciter la compassion de tous leurs concitoyens, les victimes sont devenues, la semaine dernière, la cible d’attaques et de moqueries sur les réseaux sociaux. Après la torture physique, qu’ils ont subie durant les années de braise, ces victimes subissent en 2016 une torture morale.

A cause de quoi ? Parce que Sihem Ben Sedrine a choisi la manipulation politique, la décontextualisation et le mensonge pour savourer sa revanche et sa victoire sur un système. Une victoire toute relative puisqu’elle n’a pas eu droit, comme elle le voulait, à la visite de chefs d’Etat et de dignitaires étrangers. Elle n’a même pas eu droit à la présence des trois présidents, ce qui est très significatif.

Sihem Ben Sedrine est en train de jouer avec l’Histoire du pays, la mémoire des gens et les douleurs des victimes. Elle est en train de mettre cote à cote et à égalité des victimes réelles et des usurpateurs, des menteurs et des mythomanes. Elle est en train de mettre cote à cote des parents qui ont perdu leur progéniture dans des douleurs extrêmes avec des traitres qui travaillaient pour le compte de services secrets étrangers. Elle met à égalité des gens qui ont vécu des drames avec des gens qui monétisent les drames. Comment, avec tout cela, le citoyen va-t-il distinguer la victime sincère de la victime mythomane ? Le franc de l’usurpateur ? Résultat des courses, il les a mis tous dans le même sac ! Cette comédie était prévisible, on l’a vu venir plusieurs mois à l’avance. Les médias et les nombreux démissionnaires de l’IVD ont prévenu que Sihem Ben Sedrine allait jouer avec les drames ses victimes et les utiliser comme des pions à des fins politiques et revanchardes. C’est pour cette raison que nous avons sciemment choisi à Business News de ne rien diffuser de ces auditions. Il était hors de question de relayer à nos lecteurs des histoires fabriquées de toutes pièces et ce par respect pour les véritables victimes sincères ayant subi les pires injustices de l’Histoire récente du pays.

Alors maintenant, les autoproclamées têtes bien pensantes, les enfants de Soros, les « révolutionnistes » et ceux qui regardent la Tunisie à travers la fenêtre Facebook peuvent nous donner des leçons d’humanisme en nous taxant d’idiots, d’inhumains, d’aveugles ou de malades du syndrome de Stockholm, mais il est impossible de considérer la comédie de l’IVD comme étant une tragédie. La vérité était tellement noyée dans le mensonge qu’elle est devenue invisible. Les victimes étaient tellement minoritaires au milieu des usurpateurs qu’elles sont devenues inaudibles. Malheureusement pour elles, pour nous et pour la Tunisie.   

21/11/2016 | 15:59
6 min
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Commentaires (61)

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old timer
| 28-11-2016 00:43
mourir a l'imperatif ne prend qu'un seul "r"

B.N : Merci d'avoir attiré notre attention.

SAMIA
| 24-11-2016 16:41
Montrez moi des extraits de mes contributions ou je vous est traité d'ignorant ou de menteur!..3ib!..les MUSULMANS sont encore loin
de comprendre la discussion et la critique des religions..c'est un sujet tabou ..il faut se taire ou on serait insulté...je n'ai jamais écouté d'un musulman qui a empêché un imam d'insulter les juifs ou les crétiens"Allahomma..Allahomma.."chaque vendredi..et avec des hauts parleur aussi!!!mais ils disent derrière lui: Amen Amen!!!

Bab ezzira
| 24-11-2016 13:41
Vous avez un grave problème de PERCEPTION ET DE COMPREHENSION, pour vous faire plaisir je suis un anti-islamiste je hais la secte mais je hais aussi toute forme d'extrémisme de gauche ou de droite comme ces anarchistes communistes.
Je n'ai aucun besoin de votre respect du moment que vous m'avez traité d'ignorant, de menteur et maintenant d'islamiste. Barra rabbi yojborlek, et avant de répondre? pensez à prendre vos médicaments : INCHALLAH LABESS
C'est ce qu'on appelle la méchanceté gratuite

SAMIA
| 24-11-2016 11:54
Reponse attendue d'un islamiste,quand vous manquez d'arguments vous insultez ceux qui vous contredient (islamophobe..buveur d'alcool...blablabla)..et avec ça je respecte vos croyances et n'ayez pas peur que je vais me faire éxploser .

Bab ezzira
| 24-11-2016 10:04
Je ne suis pas responsable de votre manque de discernement ou de compréhension ; On parlait de théologie, et voilà que vous me traitez de monteur comme vos vénérables cheikhs .Je ne vous ai jamais parlé ni de la physique quantique ni de physique nucléaire, ni d'aucun rapprochement entre religion et science, et puis de quoi vous vous mêlez si je crois en Dieu ou non, .Occupez-vous de vos propres affaires, et essayez de guérir la haine qui vous démange. Personne ne vous a demandé vos mensurations.
Un beau conseil d'un bon musulman mais dommage pour vous un mauvais pratiquant, qui croit fermement aux fondement d'une république laïc : un petit verre du côté de la place Barcelone suivi d'une petite promenade sur l'Avenue vous fera voir le monde autrement et vous guérira de votre islamophobie.

SAMIA
| 23-11-2016 16:48
Permettez moi Mr de vous dire que vous avez mal traduit ce verset car le mot "3elm"en arabe avant l'islam veut dire "le savoir religieux et c'est pour cela qu'on appelle les chouyoukhs "3oulama" ce mot ne veut pas dire la physiologie,la biochimie ou la physique nucléaire..alors ne jouez pas avec les mots comme les choyoukh menteurs qui veulent prouver des miracles scientifique ds le coran en s'adressant à des gens ignorants!
La science ne peut pas parler d'un Jebraèl que personne n'a vu...d'une fourmi qui parle..du soleil qui se cache ds une source chaude boueuse,d'un âne qui vole ou de Gog et Magog qui habitent le fond de la terre!!!
Alors aillez le courage et dites je croix parceque je croix! ..et je vous respecte votre courage mais par respect aux savants laissez la science loin de vos croyances réligieuses

Bab ezzira
| 23-11-2016 15:51
Qui vous a dit que vous n'êtes pas spécialiste ? et Qui vous dit que Carthage libre connait plus que moi sur l'Islam ou vice versa ? « Wé mé outeitom min el ilmi illa echay el kalil » Vous ne connaîtrez de la science qu'un petit epsilon.
J'ai l'honneur d'hériter de mon grand-père (un cherif avec sajara : arbre généalogique) une grande bibliothèque composée même de manuscrits très rares. Je ne prétends pas pour autant détenir le savoir loin de là, j'évite toujours de parler religion car plus on apprend plus on est conscient de notre ignorance.
Ni l'espace ni le sujet discuté ne me permet de rentrer avec vous dans une telle discussion, une chose est sure on n'a pas les même idées la dessus.
Un petit bémol cher Samia car « La vérité appartient à ceux qui la cherchent et non point à ceux qui prétendent la détenir. »

SAMIA
| 23-11-2016 14:43
moi aussi j'avais les meme idées que vous,l'islam et l'slamisme ne sont pas les meme,mais quand j'ai lu elfekh,les tafassirs,l'histoire que la majorité des musulments ignore,tous mes idées se sont boulversées...ET NE ME DITES PAS QUE JE SUIS PAS SPECIALISTE car j'ai un niveau qui me permet de comprendre et je suis meme la fille d'un chykh zitounien connu..alor MR permettez moi de vous dire que carthage libre connait plus que vous sur l'islam d'apres ces écrits et son point de vue est le meme que celui de
Ebnou sina,Elma3ari,Errazi,Ebnou rochd,Errawendi,Ebnou Elmoukaffa3..et la liste est longue des ponseurs qu'on les a nommés Ezzanadika

Bab ezzira
| 23-11-2016 12:03
Monsieur, j'ai pris note de votre commentaire et il me semble que vous confondez gravement l'islam et islamisme quand vous dite que l'islamisme puise ses racines dans une religion (l'islam) non réformé depuis le 7eme siècle, et sa réforme est impossible vu l'absence d'hiérarchie cléricale autoritaire et par suite l'islam est devenu une bombe au service d'esprits malveillants.
L'islam n'a pas besoin de ma défense, mais ceci ne m'empêche pas d'affirmer que c'est la seule religion monothéiste qui ne reconnait pas la hiérarchie clérical ou la relation entre le créateur et ses créations n'a pas besoin d'intermédiaire, c'est la seul religion qui permet de discuter tous les problèmes tabous et de proposer des solutions en concertation entre tous « We amroukom chouraton bainakom » c'est la seul religion qui élève le travail au rang du spirituel « El Amal Ibada »
Au moyen Age les chrétiens et les juives peuvent vivre en paix en terre d'islam. L'inverse était impossible pour les musulmans. La religion musulmane incitait au savoir et à l'émancipation elle a connu beaucoup de savants qui ont donné leurs contributions scientifiques à l'univers.
Bref, les frères de la sectes n'ont JAMAIS REPRESENTE L'ISLAM ET LES MUSULMANS, C'est une pure création occidentale pour noyer le monde islamique dans l'obscurantisme.
Qui a créé les frérots de la secte ? Qui les finançait ?? qui les hébergeait ?? Qui les défendait au nom des droits de l'Homme ?? Dans les années 80 quand le régime de Bourguiba ou du Président Zine El Abidine Beb Ali jugeaient les criminels de Bab souika, les poseurs de bombes de Monastir ou les terroristes de Soliman, des centaines d'occidentaux manifestaient devant les tribunaux Tunisiens, l'Etat Tunisien était attaqué par les gouvernements et presses occidentales, soumis à l'époque à des pressions économiques.
Vous vous trompez lorsque vous vous attendiez le secours de DONALD TRUMP ou de FILLON Ils sont une partie du problème et non la solution. Si les frérots sont vraiment un cancer, la guérison nous incombe à nous et nous seuls ; quitte à ce que nous nous amputions l'organe atteint.
Je suis un bon musulman, et je souhaiterai que vous différenciez l'islam de l'islamisme qui est aussi mon ennemie juré vu le tort qu'il cause à moi et ma religion.

Ranjeet Singh
| 23-11-2016 10:29
la justice est une institution humaine, elle est soumise en Tunisie comme partout ailleurs au risque de l'erreur; mais le problème réel c'est quand des personnes décrètent que la justice est inféodée aux islamistes.Evidemment elle aurait pu faire condamner tous les accusés? détenus depuis plus de 4 ans, de l'affaire Lotfi Nagdh; mais dans ce cas pourquoi n'aurait elle pas fait condamner toute la foule qui ce jour là avait participé à l'émeute?