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Tunisie ? Qui gouverne le pays ?

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Tunisie ? Qui gouverne le pays ?
Depuis le vote du projet d’organisation provisoire des pouvoirs publics par l’Assemblée nationale constituante, et l’insistance avec laquelle le mouvement Ennahdha a défendu les pleins pouvoirs au Premier ministre, Hamadi Jebali, nous nous attendions à ce que les rôles soient clairement établis. Autrement dit, un président de la République protocolaire, un Premier ministre tout puissant et le reste…

Mais dans la Tunisie post-révolution, rien ne semble aussi simple. Entre les « intérêts » étrangers et un sommet de l’Etat tricéphale, entendez Ghannouchi-Marzouki-Jebali, qui tire réellement les ficelles dans un pays en manque de structure ?

Le président de la République provisoire dont les prérogatives ont été limitées à un strict minimum protocolaire, et même s’il n’avait pas remis en cause cet état de fait, ne l’entend visiblement pas de cette oreille. Sans parler de sa décision de vendre les palais présidentiels aux enchères publiques afin d’injecter de l’argent dans les caisses de l’Etat et promouvoir l’emploi, Moncef Marzouki avait, notamment, participé à un congrès de l’opposition syrienne à Tunis. Interrogé à ce sujet par l’hebdomadaire El Moussawer en date du 2 janvier 2012, Rafik Abdessalem, actuel ministre des Affaires étrangères a condamné, entre les lignes, ce qu’il considère comme une ingérence dans les affaires syriennes. Il affirme, en effet, que même s’il souhaite l’indépendance du peuple syrien, il n’est pas souhaitable de se positionner sur ce conflit, comme la Tunisie n’aurait pas souhaité que l’on s’ingère dans ses affaires internes.

L’ « ingérence » de Moncef Marzouki dans les affaires étrangères, tâche qui incombe donc a priori au gendre de Rached Ghannouchi, s’est illustrée de manière accrue lors de sa récente visite chez le voisin Libyen. Moncef Marzouki a fait part de la volonté de la Tunisie d’établir l’intégration complète et totale, voire la fusion (la différence entre les deux termes n’est pas établie) entre la Tunisie et la Libye. Cette fois, le vrai tireur de ficelles, national du moins, en la personne de Rached Ghannouchi, beau-père du chef officiel de la diplomatie, a corroboré ces déclarations, en confirmant une forte volonté d’unir les deux pays frères qui, selon le chef de l’Etat officieux, fait partie intégrante de la politique étrangère du mari de sa fille, soit de la Tunisie. Rached Ghannouchi affirme que les deux peuples sont semblables et que rien ne viendrait entraver cette union naturelle. À terme, l’alliance s’élargira aux autres pays frères jusqu’à créer une Nation arabe unie.

Ainsi, selon le quotidien algérien « L’expression », la coutume selon laquelle la première visite du chef de l’Etat tunisien doit se faire en Algérie et non en Libye, n’a pas été respectée par Moncef Marzouki mais l’avait parfaitement été par Rached Ghannouchi dont la première visite officielle s’est déroulée à Alger. Les visites du président d’Ennahdha sont donc considérées par nos confrères algériens comme analogues aux visites d’un président de la République ! Cet amalgame, officieusement, n’en est pas vraiment un, et nos voisins ont visiblement du mal à démêler les fils à la tête de l’Etat tunisien. Ainsi, le président du parti au pouvoir multiplie les visites « officielles », en Algérie, en Libye, en Turquie ou encore aux Etats-Unis et à Qatar, pour donner sa vision et donc celle de la Tunisie, en matière de politique étrangère. Allant jusqu’à rassurer les Américains et Israël sur la position de la Tunisie concernant le conflit au Moyen-Orient.

Pendant que le président officiel et le président officieux prêchent la bonne parole partout dans le monde, Rafik Abdessalem reste en Tunisie pour s’entretenir avec ses homologues français, belge, italien qui y viennent pour des visites protocolaires …En ces mêmes moments, notre Premier ministre, qui, sur le papier, aurait tous les pouvoirs, est étonnamment absent de la scène politique. Ses considérations seraient plutôt immobilières, la Kasbah ne convenant pas à ses goûts fastueux, trop proche du peuple peut-être, il vise grand, il vise RCD… le siège, pas le parti !

Il est alors difficile de mettre un visage sur le vrai chef national du pays. Les choses se compliquent lorsque l’on parle d’ingérence étrangère. Celle des pays du Golfe, par la nomination de Rafik Abdessalem, proche du Qatar et l’affaire Khayam Turki, écarté du gouvernement à cause d’une intervention émanant des plus hautes sphères décisionnelles émiraties, laisse planer un sérieux doute sur l’indépendance des dirigeants tunisiens. Moncef Ben Salem, actuel ministre de l’enseignement supérieur ne cache d’ailleurs pas son admiration pour l’émir du Qatar.

L’interférence américaine dans nos affaires internes a également été évoquée. Les récentes visites de Rached Ghannouchi aux Etats-Unis ont laissé planer le doute sur les intentions d’Ennahdha et la nécessité pour eux d’obtenir l’aval et le soutien de l’ami américain, notamment en rencontrant, lors de sa dernière visite, des responsables israéliens. Le dernier événement en date concerne, enfin, la récente visite de Joseph Lieberman en Tunisie. Cet ancien démocrate devenu aujourd’hui un soutien aux Républicains et ami de John McCain, avait été l’un des plus fervents défenseurs de l’intervention militaire en Irak. Lieberman, connu pour ses positions conservatrices, voire liberticides et en faveur de la censure, le bloggeur Mehdi Lamloum le rappelle très justement dans un article publié sur son blog (http://www.pinklemonblog.com/2012/01/censure-hamadi-jebali-t-il-ecoute-joe.html) est passé en décembre en Tunisie avant de se rendre en Israël. Il a, lors de cette courte visite, rencontré le président provisoire, ainsi que plusieurs responsables du pays et réaffirmé le soutien des Etats-Unis à l’actuel pouvoir tunisien. Il est à craindre que son soutien concerne également les méthodes de censure des moyens de communication et des médias qu’il a lui-même préconisées dans son pays et qui semblent être le nouveau cheval de bataille d’Ennahdha.

Entre le triangle d’ingérence étrangère Qatar-Etats-Unis-Israël, le trio national à la tête de l’Etat, Ghannouchi-Marzouki-Jebali et l’alliance tripartite Ennahdha-CPR-Ettakatol, ces relations triangulaires nationales et internationale jettent un brouillard épais sur un pays en mal de gouvernance.

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Commentaires

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Citoyen de Tunisie
| 09-01-2012 09:33
La conjugaison du vouloir de gouverner avec l'incompétence et l'inexpérience font que le pays fait du sur-place. Ennahda pensait arriver en superman ou plutôt messie et que sa montée au pouvoir aller apaiser les esprits vu que tout lien avec le passé a été rompu. Mais la révolution circonstancielle non encore fêtée d'ailleurs a permis aux muets de retrouver la parole.
Le discours de Ben Ali du 07/11 et les discours de Bourguiba en 78 et 83 ne sont plus en vogue en ce 21ème siècle. Le monde a changé, les mentalités aussi, seul les politiciens n'ont pas évolués.
C'est connu, le langage politique est toujours prometteur car tout projet nécessite du temps et c'est normal mais le peuple affamé, assoiffé et ignoré qui a été éventuellement manipulé par de beaux parleurs ne peut patienter car les promesse il en a eu depuis 1956 sans jamais voir même la lueur d'un espoir.
Les Marzouki (rêve réalisé), Ghannouchi, Jebali et consorts enfin au pouvoir cherchent à calmer les esprits et à semer leur projet politique entamé en début des années 80 sans tenir en compte les pieuvres internationales qui orchestrent la politique de tous les pays.
La Tunisie ne peut rompre avec l'occident ni avec l'Amérique pour ne nouer de relations qu'avec l'orient.
Nostradamus avait prédis un renversement mondial mais certainement avec des expérimentés et non des calculateurs peu visionnaires.
Franchement, on n'est prêt de voir le bout du tunnel avec un gouvernement pareil. En politique, on peut tout effacer et réécrire.

sam657
| 08-01-2012 11:56
Il etait temps que les journalistes disent clairement les choses,et fassent attention à l'autocensure qui repointe son nez aprés moins d"un an de la révolution.Ils sont une minorité à critiquer le role de cheikh rached dans le schema actuel à la tête de l'etat tunisien,comme si les visées d'ailleur actuelles et futures du chiekh n'etaient pas evidentes . Le cheikh ne voulait pas gouverner directe...ment pour ne pas risquer de se mettre à dos sa base et ceux qui reste du peuple tunisien dans l'indicision le concernant,il préfére tirer les ficelles en mettant son gendre à un poste stratégique qu'il affectionne les relations étrangeres "la vitrine du systéme" les voyages officieux-officiels usa,quatar, algérie ,turquie, lybie...la salle besoghe de politique intérieure moins attrayante par les dures temps des sit in ,gréves ,blocage des fac,destruction des biens publics et privés,et surtout la dégradation grave et inquiètante de l'autorité de l'etat qui ne profite à personne d'ailleur, majorité comme opposition,et qui finira pae aboutir à l'anarchie... . En effet le cheikh s'installe dans un fauteuil qui n'exitait pas dans la république que nous esperions celui de guide supreme.En voulant realiser son rêve ou fantasme personnel le cheikh ne fait qu'augmenter la confusion et la cacophonie au sommet de l'etat et la bonjour les dégats.Ah au fait ou est passé le quatrième larron de la troika Mister B Jaafar

sam
| 08-01-2012 11:40
tellement j'étais choque par tellement de critiques envers ce trio au pouvoir que j'avais mal au coeur
on oublie certainement que ces hommes n'ont pas l'expérience de politicien et qu'ils sont entrain de faire les premiers pas donc donnant leurs une petite chance et je crois qu'ils finiront par y parvenir et en est chanceux d'avoir des honnêtes personnes
au pouvoir . quand au président il est en plaine furie et des leçon de protocole s'impose il est surtout l'image de marque de la Tunisie

kz
| 05-01-2012 22:40
La lybie fait un chiffre d'affaires de 200 milliars par jour
Critiquer c'est facile, proposer des idées alternatives serait plus efficace
L'article se contredit, tantôt il dit que jebali est absent de la scène politique, tantôt il dit que la tuniie est gouvernée par les marzougui, ghannouchi et jebali
Veuillez s'il vous plait ne pas ajouiter de l'huile sur l'incendie existante dans le pays

EST
| 05-01-2012 19:13
pour s en tirer et essayer d augmenter sa popularite il veut vendre le pays en s associant avec la lybie. il n a pas trouvé mieux. c est les solutions de facilités ca. aucune strategie economique elaboree et voila sans consulter personne il a decide de pousser vers cette voie. que dirons les lybiens si les tunisiens refusent ? n aurai pas ete mieux de ne pas le faire maintenant alors que les lybiens savent que marzouki essaye de sauver lA TUNISIE par l argent lybien. ET SURTOUT MR MARZOUKI EST TEMPORAIRE ET S IL SERA ELU PAR LE PEUPLE CETTE EVENTUELLE FUSION DOIT AVOIR LE REFERENDUM COMME PREALABLE. C EST BEUCOUP TROP D IMPRUDENCES TOUT CA. LES PAUVRES HAUTS RESPONSABLES DU MINISTERE DES AFFAIRES ETRANGERES NE DOIVENT PAS AVOIR LE SOMMEIL CES TEMPS CI.

al07
| 05-01-2012 18:54
C'est simple,au dessus de tous ceux là......
Le Qatar !

Mohamed 2
| 05-01-2012 18:26
Heureusement qu'il y a des Sami Boussoffora, des ZiadYoda et d'autres sages parmi nos amis forumiens pour remettre les pendules de cette plateforme de discussion à l'heure.

Certains autres commentateurs (heureusement peu nombreux) ont choisi, par contre, de tabler sur le pourrissement de la situation politique comme seul moyen de pousser leurs partis politiques favoris au pouvoir (faute de pouvoir le faire par les voies ordinaires). C'est d'ailleurs une raison de plus de ne pas faire confiance à ces mines dérivantes et leurs amis dans les élections à venir.

MIG17
| 05-01-2012 16:55
Je pense que la Révolution ne fait que commencer.
Que fait l'agence officielle de presse ? rien, au lien de donner des signes positifs sur la Tunisie, au contraire c'est le flou et le peuple n'aime pas être dans le flou, le mensonges au moins comble les esprits ... mais on ne nous la fera plus !

sami
| 05-01-2012 16:19
très bon article. keep writing
contact.reso@gmail.com

el manchou
| 05-01-2012 15:28
aucun des 3, c'est le prince du Qatar ( rajel mouza ) qui gouverne l'imarat du Tunistan

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