Youssef Chahed : comment avoir 40 ans et en paraître 80 !

Businessnews.com.tn | publié le 17/04/2017 19:59

 

« Youssef Chahed aurait dû faire l’économie d’une sortie inutile », c’est, grosso modo, l’impression qui est restée après l’interview accordée par le chef du gouvernement à Wataniya 1, Mosaïque FM et Hiwar Ettounsi, et diffusée, en différé évidemment, le soir du 16 avril 2017. Une sortie médiatique censée apaiser les esprits et montrer une vision. Au final, elle aura suscité plus de questions qu’elle n’aura fourni de réponses.

 

Dieu qu’elle était attendue cette intervention du chef du gouvernement ! La majorité des observateurs attendaient une réaction ferme, une vision, un plan, particulièrement suite aux différentes manifestations et contestations que connait le pays depuis bientôt trois semaines. Le résultat aura été une déception puisque le chef du gouvernement a varié entre jeter la responsabilité sur les anciens gouvernements et sur le thème de « l’auto-flagellation » et le fait de dire que ça ira mieux plus tard.

 

Youssef Chahed a dressé un diagnostic que l’ensemble, ou presque, de la population connait déjà. La situation est difficile, les finances publiques sont limitées et le pouvoir d’investissement de l’Etat est restreint. Il a ensuite évoqué une crise de confiance entre la population et l’Etat. C’est ainsi qu’il a expliqué que plusieurs promesses ont été faites avant qu’il n’accède au pouvoir et que plusieurs de ces promesses sont « irréalistes et irresponsables ». Par conséquent, la population, ne voyant pas les promesses se réaliser, se réfugie dans la contestation et la manifestation pour obtenir parfois des choses qui ont déjà été signées. Une réponse pour le moins décevante au vu de l’ampleur et de la diversité des contestations constatées dans les régions. Par exemple, Youssef Chahed n’a pas répondu concrètement à la délocalisation d’une usine de câbles à l’origine des manifestations dans cette région. Dire que les autres gouvernements ont promis des choses irréalisables ne peut être suffisant pour calmer les ardeurs des manifestants et ne saurait les inciter à avoir confiance dans le gouvernement actuel. Le locataire de la Kasbah a semblé vouloir mettre tous les mouvements de contestation dans le même sac et en jeter tout le poids sur ceux qui l’ont précédé dans la tâche de gérer le pays. Un peu trop facile…

D’un autre côté, le terrain désavoue ce qui est déclaré. Le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Imed Hammami, est allé à Tatouine pour…promettre des emplois.

 

Par ailleurs, Youssef Chahed a inscrit plusieurs de ses actions dans le futur. Sans prononcer le mot, il a plus ou moins demandé une trêve en promettant, à son tour, que des actions auraient lieu et qu’il se déplacerait partout en Tunisie pour régler les problèmes des gens. En somme, un ensemble de promesses. Certes étayées par ce qu’il a déjà accompli lors de ses sorties terrain, mais il est difficile de croire que Youssef Chahed va arpenter le pays pour régler les problèmes de chaque région.

 

Durant cette interview, il a également été question de politique. Youssef Chahed en a profité pour placer un élément de langage qui, semble-t-il, était préparé avant l’interview : « Opposez vous au gouvernement, mais pas à l’Etat ! ». Et c’est ainsi qu’il a commencé à faire des allusions concernant d’obscures « parties » qui voudraient entraver la reprise économique et le début de croissance que connait la Tunisie. Malgré l’insistance des journalistes intervieweurs, Youssef Chahed n’a pas daigné donner des noms ou identifier des parties précises. Il a ajouté qu’il y avait même des personnes en Tunisie qui ne voyaient pas d’un bon œil le fait qu’il règle les problèmes des régions et des quartiers populaires qu’il a visité. Toujours sans donner de précision supplémentaire sur l’identité de ces personnes ou leurs obédiences.

 

Youssef Chahed a tenté de donner une image positive, mais s’y est pris maladroitement. En éludant certains questionnements pourtant pertinents, le chef du gouvernement a donné l’image d’un chef déconnecté dans une certaine mesure. En dénonçant « l’auto-flagellation » à laquelle s’adonne une grande partie du peuple tunisien sans donner ni vision ni cap ni réalisation, le chef du gouvernement a laissé la population sur sa faim. Bien sûr, Youssef Chahed a raison de souligner l’auto-flagellation, la négativité et parfois l’irresponsabilité du discours politique, mais il faut en même temps donner de l’espoir, ce qu’il n’est pas arrivé à faire.

 

L’un des autres leitmotivs de cette interview, et du discours gouvernemental dans son ensemble, est celui du « retour de la croissance ». C’est le ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale, Fadhel Abdelkefi, qui a jeté les bases de ce discours sur le retour de la croissance, mais il est autrement plus convaincant que le chef du gouvernement. Pendant l’interview, Youssef Chahed a évoqué certains chiffres : 2,5% de croissance en 2017, 6,5 millions de touristes attendus cet été et une amélioration de 14% dans le taux de recouvrement fiscal. Donc deux projections qui restent malgré tout incertaines pour ne pas dire irréalistes, et un chiffre de recouvrement fiscal qui ne suffit pas à inverser la tendance. Dans cette volonté de renforcer la confiance et de montrer positivement les choses, le chef du gouvernement a mal choisi les chiffres et s’est basé sur des espoirs et des projections économiques. Il n’a pas manqué de noter la fragilité de ce début de reprise économique en disant qu’il était très facile d’entraver cette relance et qu’on était loin du potentiel possible de notre économie si elle était à 100%.

 

Autre sujet abordé lors de l’interview, et pas des moindres, celui de la lutte contre la corruption. Youssef Chahed a donné l’impression de s’être heurté au mur de la réalité après la fougue et la détermination de ses premiers discours. Aujourd’hui, il se trouve que lutter contre la corruption nécessite « l’arsenal juridique » idoine et un plus grand nombre de juges pour qu’ils puissent travailler plus à l’aise. Selon le chef du gouvernement, ses services auraient transféré à la justice des milliers de dossiers que les juges n’ont pas eu le temps de traiter vu qu’ils sont encombrés de travail. En guise de solution, Youssef Chahed a autorisé le recrutement de 500 juges et a dégagé le pôle financier de toutes les affaires n’ayant pas de lien direct avec la lutte contre la corruption. Malheureusement, aucun des journalistes sur place n’a demandé pourquoi, dans ce cas là, le DJ qui a mixé un appel à la prière a, lui, été jugé en à peine 24 heures. Aucun n’a demandé quel pourrait être l’impact de ce genre de jugement sur les 6,5 millions de touristes qu’on dit attendre. Sur ce sujet là, pourtant l’un des chevaux de bataille de Youssef Chahed, ce dernier s’est contenté de promettre et de dire qu’il y aurait bientôt des résultats.

 

Même si Youssef Chahed a raté un exercice dans lequel il était plutôt à l’aise, il faut rappeler qu’il se trouve dans un contexte particulier. D’une part, on lui demande de plus en plus souvent de rendre des comptes alors qu’il n’est au pouvoir avec son gouvernement que depuis près de 7 mois. Un délai trop court pour tirer un bilan. D’autre part, l’assise politique qui l’a amené au pouvoir et la pseudo « union nationale » tant vantée sont parties en lambeaux et il reste seul contre tous, y compris, et surtout, ses alliés. Youssef Chahed et son gouvernement semblent isolés et esseulés dans le paysage politique actuel, d’où une certaine difficulté à convaincre lors de cette interview. L’ambition et la bonne volonté, même si elles sont présentes et perceptibles, ne suffisent plus.

 

Marouen Achouri


Youssef Chahed : comment avoir 40 ans et en paraître 80 !

publié le 17/04/2017 19:59

 

« Youssef Chahed aurait dû faire l’économie d’une sortie inutile », c’est, grosso modo, l’impression qui est restée après l’interview accordée par le chef du gouvernement à Wataniya 1, Mosaïque FM et Hiwar Ettounsi, et diffusée, en différé évidemment, le soir du 16 avril 2017. Une sortie médiatique censée apaiser les esprits et montrer une vision. Au final, elle aura suscité plus de questions qu’elle n’aura fourni de réponses.

 

Dieu qu’elle était attendue cette intervention du chef du gouvernement ! La majorité des observateurs attendaient une réaction ferme, une vision, un plan, particulièrement suite aux différentes manifestations et contestations que connait le pays depuis bientôt trois semaines. Le résultat aura été une déception puisque le chef du gouvernement a varié entre jeter la responsabilité sur les anciens gouvernements et sur le thème de « l’auto-flagellation » et le fait de dire que ça ira mieux plus tard.

 

Youssef Chahed a dressé un diagnostic que l’ensemble, ou presque, de la population connait déjà. La situation est difficile, les finances publiques sont limitées et le pouvoir d’investissement de l’Etat est restreint. Il a ensuite évoqué une crise de confiance entre la population et l’Etat. C’est ainsi qu’il a expliqué que plusieurs promesses ont été faites avant qu’il n’accède au pouvoir et que plusieurs de ces promesses sont « irréalistes et irresponsables ». Par conséquent, la population, ne voyant pas les promesses se réaliser, se réfugie dans la contestation et la manifestation pour obtenir parfois des choses qui ont déjà été signées. Une réponse pour le moins décevante au vu de l’ampleur et de la diversité des contestations constatées dans les régions. Par exemple, Youssef Chahed n’a pas répondu concrètement à la délocalisation d’une usine de câbles à l’origine des manifestations dans cette région. Dire que les autres gouvernements ont promis des choses irréalisables ne peut être suffisant pour calmer les ardeurs des manifestants et ne saurait les inciter à avoir confiance dans le gouvernement actuel. Le locataire de la Kasbah a semblé vouloir mettre tous les mouvements de contestation dans le même sac et en jeter tout le poids sur ceux qui l’ont précédé dans la tâche de gérer le pays. Un peu trop facile…

D’un autre côté, le terrain désavoue ce qui est déclaré. Le ministre de l’Emploi et de la Formation professionnelle, Imed Hammami, est allé à Tatouine pour…promettre des emplois.

 

Par ailleurs, Youssef Chahed a inscrit plusieurs de ses actions dans le futur. Sans prononcer le mot, il a plus ou moins demandé une trêve en promettant, à son tour, que des actions auraient lieu et qu’il se déplacerait partout en Tunisie pour régler les problèmes des gens. En somme, un ensemble de promesses. Certes étayées par ce qu’il a déjà accompli lors de ses sorties terrain, mais il est difficile de croire que Youssef Chahed va arpenter le pays pour régler les problèmes de chaque région.

 

Durant cette interview, il a également été question de politique. Youssef Chahed en a profité pour placer un élément de langage qui, semble-t-il, était préparé avant l’interview : « Opposez vous au gouvernement, mais pas à l’Etat ! ». Et c’est ainsi qu’il a commencé à faire des allusions concernant d’obscures « parties » qui voudraient entraver la reprise économique et le début de croissance que connait la Tunisie. Malgré l’insistance des journalistes intervieweurs, Youssef Chahed n’a pas daigné donner des noms ou identifier des parties précises. Il a ajouté qu’il y avait même des personnes en Tunisie qui ne voyaient pas d’un bon œil le fait qu’il règle les problèmes des régions et des quartiers populaires qu’il a visité. Toujours sans donner de précision supplémentaire sur l’identité de ces personnes ou leurs obédiences.

 

Youssef Chahed a tenté de donner une image positive, mais s’y est pris maladroitement. En éludant certains questionnements pourtant pertinents, le chef du gouvernement a donné l’image d’un chef déconnecté dans une certaine mesure. En dénonçant « l’auto-flagellation » à laquelle s’adonne une grande partie du peuple tunisien sans donner ni vision ni cap ni réalisation, le chef du gouvernement a laissé la population sur sa faim. Bien sûr, Youssef Chahed a raison de souligner l’auto-flagellation, la négativité et parfois l’irresponsabilité du discours politique, mais il faut en même temps donner de l’espoir, ce qu’il n’est pas arrivé à faire.

 

L’un des autres leitmotivs de cette interview, et du discours gouvernemental dans son ensemble, est celui du « retour de la croissance ». C’est le ministre du Développement, de l’Investissement et de la Coopération internationale, Fadhel Abdelkefi, qui a jeté les bases de ce discours sur le retour de la croissance, mais il est autrement plus convaincant que le chef du gouvernement. Pendant l’interview, Youssef Chahed a évoqué certains chiffres : 2,5% de croissance en 2017, 6,5 millions de touristes attendus cet été et une amélioration de 14% dans le taux de recouvrement fiscal. Donc deux projections qui restent malgré tout incertaines pour ne pas dire irréalistes, et un chiffre de recouvrement fiscal qui ne suffit pas à inverser la tendance. Dans cette volonté de renforcer la confiance et de montrer positivement les choses, le chef du gouvernement a mal choisi les chiffres et s’est basé sur des espoirs et des projections économiques. Il n’a pas manqué de noter la fragilité de ce début de reprise économique en disant qu’il était très facile d’entraver cette relance et qu’on était loin du potentiel possible de notre économie si elle était à 100%.

 

Autre sujet abordé lors de l’interview, et pas des moindres, celui de la lutte contre la corruption. Youssef Chahed a donné l’impression de s’être heurté au mur de la réalité après la fougue et la détermination de ses premiers discours. Aujourd’hui, il se trouve que lutter contre la corruption nécessite « l’arsenal juridique » idoine et un plus grand nombre de juges pour qu’ils puissent travailler plus à l’aise. Selon le chef du gouvernement, ses services auraient transféré à la justice des milliers de dossiers que les juges n’ont pas eu le temps de traiter vu qu’ils sont encombrés de travail. En guise de solution, Youssef Chahed a autorisé le recrutement de 500 juges et a dégagé le pôle financier de toutes les affaires n’ayant pas de lien direct avec la lutte contre la corruption. Malheureusement, aucun des journalistes sur place n’a demandé pourquoi, dans ce cas là, le DJ qui a mixé un appel à la prière a, lui, été jugé en à peine 24 heures. Aucun n’a demandé quel pourrait être l’impact de ce genre de jugement sur les 6,5 millions de touristes qu’on dit attendre. Sur ce sujet là, pourtant l’un des chevaux de bataille de Youssef Chahed, ce dernier s’est contenté de promettre et de dire qu’il y aurait bientôt des résultats.

 

Même si Youssef Chahed a raté un exercice dans lequel il était plutôt à l’aise, il faut rappeler qu’il se trouve dans un contexte particulier. D’une part, on lui demande de plus en plus souvent de rendre des comptes alors qu’il n’est au pouvoir avec son gouvernement que depuis près de 7 mois. Un délai trop court pour tirer un bilan. D’autre part, l’assise politique qui l’a amené au pouvoir et la pseudo « union nationale » tant vantée sont parties en lambeaux et il reste seul contre tous, y compris, et surtout, ses alliés. Youssef Chahed et son gouvernement semblent isolés et esseulés dans le paysage politique actuel, d’où une certaine difficulté à convaincre lors de cette interview. L’ambition et la bonne volonté, même si elles sont présentes et perceptibles, ne suffisent plus.

 

Marouen Achouri


Commentaires (21) Commenter
Pour ne pas être mal compris!
Dr. Jamel Tazarki
| 19-04-2017 09:24
J'ai écrit ci-dessous: 'Le gouvernement de Mr. Youssef est le premier gouvernement depuis la révolution du "Jasmin" de 2011 qui fait des investissements par le bas à partir de la classe pauvre et de la classe moyenne bien que les aides au développement et les donations se font de plus en plus rare et de plus en plus "maigre" depuis 2016." ===> ceci est très positif.
Peut mieux faire
Mouzal
| 18-04-2017 18:13
C'est l'appréciation du prof!
En fait Y.C aurait du insister davantage sur l'état de santé du pays en affirmant que la Tunisie va aujourd'hui mieux, même beaucoup mieux non par rapport à l'année passée mais par rapport à celle qui vient
Il faut se libérer de cette idée absurde de l'entrepreneur tunisien créateur!
Dr. Jamel Tazarki
| 18-04-2017 14:58
Il faut se libérer de cette idée absurde de l'entrepreneur tunisien créateur qui serait le personnage central de notre développement économique, qui prendrait des risques pour créer de nouveaux produits et emplois et ne demandant qu'un peu de capital-risque et d'être libéré des charges fiscales. Une idée platonique que voudrait nous imposer l'UTICA. Même un taux directeur négatif ne pourrait pas motiver nos hommes d'affaires affairiste à investir. Le rêve de développement d'un Silicon Valley en Tunisie ne serait possible qu'avec l'intervention directe de l'État.

Il n'y a pas un seul homme d'affaire millionnaire/milliardaire en Tunisie dont les entreprises n'appartiennent pas en grande partie à des cartels internationaux. Même délice qui monopolise le marché laitier en Tunisie est à 50% française (avons-nous besoin de Danone afin de produire notre fromage et pasteuriser notre lait???) ! Au juste, on ne produit que très peu en Tunisie par nous même!

Il est temps de réviser les rôles respectifs de l'Etat et des firmes privées dans le processus du développement socio-économique de notre pays. Le véritable entrepreneur qui prend des risques a toujours été le pouvoir public en Tunisie. Il n'y aura pas d'amélioration socio-économique essentielle dans laquelle l'Etat tunisien ne joue pas le rôle moteur, non seulement comme entrepreneur mais aussi comme créateur de marché.

Les firmes privées tunisiennes exigent et obtiennent des baisses d'impôts et des dépenses publiques et privent ainsi l'Etat tunisien des moyens financiers de jouer son rôle d'entrepreneur dans des secteurs économiques indispensables pour la Tunisie où personne n'ose investir, elles assèchent ainsi les moyens de la source d'investissement de l'État sans pour autant apporter de remèdes à notre économie. L'action publique est irremplaçable en Tunisie. Et ça ne sert à rien de jouer avec la valeur du taux directeur afin de motiver nos hommes d'affaires affairistes à investir et de faire ainsi fonctionner notre économie' Il faut faire face à la réalité et l'accepter sinon on risque la faillite totale et le collapse socio-économique!

La seule chose que maitrisent nos hommes d'affaires affairistes est l'industrie touristique et avec la faillite de cet industrie tout un pays risque la faillite.

Non, Il nous faut une politique socio-économique/industrielle qui devrait redonner à l'intervention publique une place centrale, non comme correcteur des échecs de marché ou garant de la libre concurrence, mais comme entrepreneur dans des domaines où personne n'ose prendre le risque et comme créateur de marchés. Cela exige de ne plus financer les firmes tunisiennes privées passivement et indirectement avec des mécanismes ruineux.

Jamel Tazarki
Je propose une solution à la chinoise!
Dr. Jamel Tazarki
| 18-04-2017 14:56
Je propose pour la Tunisie une solution pragmatique à la chinoise. En effet, le gouvernement chinois a créé une structure organisationnelle par laquelle il peut procéder en tant qu'actionnaire dans tous les grands projets économiques afin d'optimiser la gouvernance et de guider la modernisation. Même si ces sociétés par actions présentent des particularités d'entreprise privées (actionnaires, conseil d'administration, rapports annuels), le gouvernement chinois détient au départ toujours la majorité des actions et il exerce ainsi un contrôle solide sur l'activité de l'entreprise. La privatisation complète se fait quand l'entreprise fait des bénéfices. Le gouvernement chinois a ainsi créé plus que 4 millions d'entreprises privées. Ces entreprises emploient près de 120 millions de chinois. La chine fait pression sur les responsables des banques afin de permettre des prêts à des conditions avantagées aux nouvelles entreprises qui sont au début surveillées par les fonctionnaires des autorités chinoises. Ces prêts hors des conditions de marché ne sont accordés qu'aux entreprises rentables. Les entreprises non rentables n'ont plus le droit d'opérer ou d'investir car les règles du marché les forcent à arrêter leurs activités ou du moins de ne pas réaliser de nouveaux investissements. Lors de la privatisation complète des entreprises fonctionnantes, les banques reçoivent leur argent de nouveau. Le stock des créances est à plus de 1200 milliards de dollars. Les dirigeants chinois sont conscients de la fragilité de ces investissements. C'est pour cela que les banques chinoises reçoivent du budget de l'Etat. Le gouvernement chinois cherche aussi des capitaux privés, chinois et étranger afin de recapitaliser ses banques. Par contre l'Etat chinois (contrairement aux américains et aux européens) n'accorde pas de crédit hors conditions de marché (très faible taux d'intérêt) aux ménages et à la consommation. Les ménages chinois doivent préalablement épargner les sommes nécessaires pour l'achat d'une voiture ou d'un appartement. De même de nombreux produits d'assurance ne sont pas disponibles. Les ménages doivent également épargner pour se protéger contre les risques de la vie courante. On comprend ainsi pourquoi le taux d'épargne des ménages chinois est très élevé et d'ailleurs il ne cesse pas de croître. Le taux d'épargne des chinois est de 50% du BIP. Ce taux d'épargne contribue à l'investissement. Les banques d'Etat dirigent l'essentiel de l'épargne chinoise vers les entreprises. Ces prêts soutiennent la production et favorise l'investissement. Ce qui augmente le taux de croissance du PIB.


La question est comment assurer l'autosuffisance et la stabilité des prix dans un temps record. Pour cela, il suffit de transformer notre agriculture traditionnelle, en la dotant d'équipements et de techniques d'avant-garde. L'agriculture moderne nécessite des techniques avancées, des équipements de haute performance et des agriculteurs qualifiés. Il nous faut un haut rendement, une excellente qualité, une grande rentabilité et un bon écosystème. Le développement de la productivité agricole est un but primordial de la construction de la nouvelle Tunisie. Le mode de production agricole caractérisé par les systèmes d'irrigation classique et de labour traditionnel n'est plus suffisant afin de nourrir 13 Millions de Tunisien. Afin de développer une agriculture moderne, il est important de la transformer et la doter des techniques modernes de l'hydro-culture. Puis, il faut augmenter les investissements dans les régions rurales, soutenir financièrement les agriculteurs.

Parallèlement, il faut pratiquer des politiques économiques structurelles qui ont une action à long terme. Par exemple une politique industrielle comme l'encouragement de la production artificielle des engrais agricoles et de l'industrie chimique.

De même, je propose de déterminer les potentialités de notre pays et de mettre en oeuvre les projets correspondants. Nous privilégions lors de la réalisation de nos projets d'abord le savoir-faire et les compétences locales. Et pour combler les compétences manquantes, on va rechercher les personnes susceptibles d'être recrutées partout dans le monde. Il y a énormément d'ingénieurs et scientifiques sur le marché international qui pourraient nous aider, mais ils ont un prix. C'est toujours une question d'argent. Les Américains, les Chinois, les Allemands et tous les autres font pareils, ils captent les meilleurs scientifiques et les meilleures capacités du monde. Nous ne sommes pas encore au plus haut niveau, mais on veut l'être. Nous sommes juste sur le bord d'y arriver. C'est une question de temps et de choix politiques. On ne cherchera pas seulement à séduire les entreprises étrangères à investir dans notre pays mais nous définiront nos projets en fonction de nos besoins et on cherchera sur le marché international de travail les compétences manquantes et peu importe le prix que l'on aura à payer

Jamel Tazarki
SUIVI DES COMMENTAIRES
ABdou
| 18-04-2017 14:10
Est-ce-que les commentaires faits suites aux publications concernant le Premier Ministre font l'objet d'un suivi.
J'espère avoir bientôt la réponse en consultant ma boite de réception mail. Merci.
[titre vide - comme le contenu de l'interview]
URMAX
| 18-04-2017 14:03
...
Bon.
Je me rends à l'évidence : Là, maintenant, je suis vidé et ai perdu tout espoir.
...
Nada, niente, nothing, niet, niets, rien.
...
Rien, effectivement.
Tout comme le contenu de l'interview.
...
Et dire que j'en attendais "tant".
...
Déçu.
...
URMAX
PRIORITE AUX PROPOSITIONS POSITIVES.
ABDOU
| 18-04-2017 13:35
D'accord Monsieur le Premier Ministre. Nous avons trop tendance à nous laisser glisser dans la critique négative . Rares sont en effet les positions qui montrent un vrai désir de contribuer à la résolution d'un problème. Une proposition d'amélioration est très souvent accueillie dans la résignation et le défaitisme. On croit s'éviter et éviter aux autres LA MAUVAISECONSCIENCE QUE PROVOQUE LE NON ACCOMPLISSEMENT D'UN DEVOIR SIVIC en déclarant tout simplement : « c'est la Mentatlité » !!!
Votre interview du 16 courant laisse clairement entendre que votre gouvernement souhaite avoir des propositions positives, des propositions de solutions aux problèmes. La présente mienne consiste à vous SUPPLIER, Monsieur le Chef du Gouvernement d'Union Nationale, D'USER DE VOTRE DROIT CONSTITUTIONNEL POUR PROMULGUER, SANS PLUS TARDER, SANS TROP LAISSER L'OCCASION AUX INTENTIONS DOUTEUSES DE SE BARRICADER DERRIERE LA SOIT- DISANT NECESSITE ABSOLUE D'ELABORER DE NOUVELLES LOIES, DES DECRETS QUI PEUVENT CALMER L'IMPATIENCE DE LA JEUNESSE TUNISIENNE, DEJOUER LES MANIGANCES DES PERSONNES MALVEILLANTES ET DES POLITICARDS, ENRICHIR L'ETAT PAR LES MOYENS DONT DISPOSENT SES PROPRES CITOYENS ,CREER ENORMEMENT DE POSTES DE TRAVAIL ? REDONNER CONFIENCE EN VOTRE VOLONTE DE COMBATTRE LA CORRUPTION ETC' et ce :
-Selon une méthode à 2 jambes : le PDCA , LE TIRAGE AU SORT ET UNE ARME'
PDCA voulant dire (Plan, Do, Check, Act ) ; une dynamique participative d'amélioration progressive de situations problèmatiques , le TIRAGE AU SORT étant la garantie irréfutable de l'impartialité e t l'ARME le recours à l'hypothèque.

Vos DECRETS pourraient concerner , à titre d'exemple, ce qui préoccupe essentiellement le citoyen à savoir :
- Les dossiers de corruptions transmis à la justice,
- Les constructions ANARCHIQUES légalement destructibles,
- Les NON PAIEMENTS prolongés des taxes municipales ,
Les CATASTROPHIQUES AMNISTIES qui sont de VERITABLES ENCOURAGEMENTs officiels DE L'INCIVISME mettant en difficulté l'Etat à faire face à ses obligations financières.
- ETC'ETC'
Il faut être ambdextre !
Mansour Lahyani
| 18-04-2017 12:29
Il suffit, pour cela, d'avoir une arme à chacune de ses deux mains : l'une pour tenter de construire, l'autre pour ferrailler contre ceux qui tentent de détruire!!!
Errata
Dr. Jamel Tazarki
| 18-04-2017 11:51
J'ai fait beaucoup de fautes de frappe et d'inattention mais je ne corrige que les deux fautes qui me dérangent le plus :)

"ont privé" et non pas "ont privaient"
"ont asséché" et non pas "ont asséchaient"
I) Les faux choix socio-économiques des années 2011-2015!
Dr. Jamel Tazarki
| 18-04-2017 11:10
Des faits:

Le gouvernement de Mr. Youssef est le premier gouvernement depuis la révolution du "Jamsin" de 2011 qui fait des investissements par le bas à partir de la classe pauvre et de la classe moyenne bien que les aides au développement et les donations se font de plus en plus rare et de plus en plus "maigre" depuis 2016.


Notre ex-troïka (qui a profité de 19 milliards d'euros sous-forme d'aide au développement, de donations et de dettes venant des pays riches) a investi par le haut et pratiquement rien ne s'est infiltré vers le bas au niveau de la classe pauvre. ===> Au temps de notre ex-troïka, en particulier l'oligarchie, la bourgeoisie, nos millionnaires, nos milliardaires et les arrivistes ont profité de ces 19 milliards d'euros et pratiquement rien ne s'est infiltré à la masse pauvre!


Oui, notre ex-troïka a ruiné les finances et le monde socio-économique de la Tunisie. L'oligarchie, la bourgeoisie, nos millionnaires, nos milliardaires exigeaient et obtenaient des baisses d'impôts et des dépenses publiques et ont privaient ainsi l'Etat tunisien des moyens financiers de jouer son rôle afin de corriger les inégalités sociales, oui ils ont asséchaient ainsi les moyens de la source d'investissement de l'État sans pour autant apporter de remèdes à notre économie.


Notre Ex-troika était le club des nuls qui a ruiné la Tunisie en quelques mois afin de laisser la place (au juste elle ne voulait plus renoncer au pouvoir, vous connaissez cette épisode dramatique de la Tunisie) à Mr. Mehdi Jomâa.


Mr. Mehdi Jomâa a enfoncé la Tunisie encore plus dans les dettes à des taux d'intérêt astronomiques. Mr. Mehdi Jomâa ne voyait qu'une seule solution afin de sauver la République, et cette unique solution était l'introduction du gaz de schiste (alors que le gaz de schiste n'était plus rentable à cause des très bas prix du pétrole): Voir le lien suivant:
https://reporterre.net/La-menace-du-gaz-de-schiste-plane

==> Mr. Mehdi a failli ruiner le pays par ses drôles d'idées et heureusement qu'il est parti avant d'enfoncer la Tunisie dans une catastrophe écologique, environnementale et socio-économique.


Entre-temps il y a eu les élections de 2014. Et de nouveau l'oligarchie, la bourgeoisie, nos millionnaires et nos milliardaires sont les premiers gagnants des élections législatives. Oui, ils ont financé les partis politiques, ils sont au parlement, ils sont au gouvernement, ils sont indirectement les dirigeants des partis politiques ===> oui l'influence de la classe riche entrepreneuse est immense et profite de tous les privilèges au dépend de ceux qui n'ont rien, de ceux qui dorment le ventre vide.


Le gouvernement de Mr. Essid a ruiné le peu d'espoir qu'avait encore la classe pauvre, la classe moyenne a pratiquement disparu et le reste que l'on avait encore de réserve d'argent et de devises étrangères l'a utilisé afin de recapitaliser un système bancaire oligarque.


Le pays était déjà au bord de la faillite quand Mr. Youssef Chehed est arrivé au pouvoir. Il a trouvé un peuple qui est prêt à descendre de nouveau dans la rue, des caisses vides, un système bancaire en faillite malgré les sommes gigantesques de recapitalisation du temps du gouvernement de Mr. Essid. En même temps notre oligarchie, notre bourgeoisie, nos millionnaires et nos milliardaires parlent de conquérir et d'investir en Afrique Subsaharienne et en Europe. Après avoir profité de tant de privilèges au temps de notre ex-troïka, après avoir accaparé le monde politique et ses pouvoirs durant les élections législatives de 2014, voilà qu'ils veulent conquérir le monde, oui la Tunisie et le grand Maghreb sont trop petit pour notre oligarchie, notre bourgeoisie, nos millionnaires et nos milliardaires



Mr. Youssef Chehed a encore un très grand problème, il doit subir les sabotages de certains politiciens du gouvernement d'union nationale même, c.à.d. de son propre gouvernement! Oui, ceux qui ont ruiné le pays entre 2011 et de 2016 préparent leur retour et ceci même au prix d'un collapse socio-économique total!

Jamel Tazarki
Votre commentaire
(*) champs obligatoires
Conditions d'utilisation
Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne reflètent pas l'opinion de la rédaction.
La publication des commentaires se fait 7j/7 entre 8h et 22h. Les commentaires postés après 22h sont publiés le lendemain.
Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ou contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.
Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

» Cliquer ici pour lire les conditions d'utilisation et les règles de mod�ration