Réconciliation économique : bref commentaire de l’opinion du gouverneur Nabli

Businessnews.com.tn | publié le 28/04/2017 17:31

Lors d’une interview accordée hier, à la Radio Mosaïque FM, le gouverneur Nabli a livré son opinion sur le projet de loi relatif à la réconciliation économique, soutenant en substance que celle-ci revêt un caractère urgent, avant d’objecter que la version proposée par la présidence de la République demeure insuffisante et que par certains aspects, le projet constitue une « réconciliation avec la corruption ».


Le gouverneur Nabli n’ayant pas construit son opinion sur des données chiffrées, préférant donner à son analyse une empreinte plutôt politique. L'opinion qu’il livra reste pour moi peu achevée, d’autant que l’homme ne m’a pas semblé au fait des amendements qu’il est projeté d’apporter au texte initial, quand il avoua au passage avoir puisé ses informations, dans la toile.

Je me résous à reconnaitre ne pas avoir saisi la cohérence d’ensemble des propos du gouverneur Nabli, lorsqu’il dénonça les limites du projet au moment même où il reconnut l’incapacité du dispositif mis en place dans le cadre de la justice transitionnelle, à prendre en charge la question dans toutes ses dimensions.

 

Dans le voisinage, le gouverneur Nabli insista d’ailleurs, à juste titre, sur la nécessité de s’attaquer aux causes à l’origine des pratiques visées par le projet. Or, ce dernier ne me semble pas constituer le siège indiqué pour apporter les réponses d’ordre légal et institutionnel   susceptibles d’endiguer ces comportements. Le mal du reste, n’est pas à mon avis dans les règles, car le pays légal, peu inventif, en a copié les meilleures, mais plutôt dans l’abus dont elles sont victimes et dans le déficit de punition.

Le décret évoqué par le gouverneur Nabli, qui change la vocation d’une terre sans raison légitime est bel et bien encadré par les règles et pour peu que tout justiciable se prévalant d’un intérêt pour agir, ait la tentation de le contester, l’acte peut être annulé par le juge de l’excès de pouvoir. « Partout, le règne de la loi est proclamé » écrivait un éminent publiciste. « Mais l’arbitraire se réfugie dans l’exécution ».

 

S’agissant de la dépréciation récente du dinar, le gouverneur Nabli souligna l’accélération du rythme de cette dépréciation observée depuis 2011, à cause de la détérioration de la situation économique et du creusement du déficit courant, précisant dans la foulée que la solution réside dans la reprise de la croissance et l’amélioration de la productivité.

J’adhère largement à cette analyse, encore que je sois tenté de rappeler en revanche, que nombre de mesures adoptées sous la houlette du gouverneur Nabli dans le domaine du change et de la politique monétaire opposent quelque complicité dans cette situation.

J’ai pour l’instant en mémoire le décret-loi du 24 octobre 2011, qui dispensa les Tunisiens rentrés de l’étranger de rapatrier leurs avoirs constitués à l’étranger avant la date de changement de résidence et la mesure de 2012 qui introduisit de nouveaux mécanismes de cotation du dinar et qui dans un contexte de crise, abandonna inopportunément son adossement à un panier de devises.  Je souhaiterais vivement que soit engagée une évaluation sérieuse de l’impact de ces mesures prises, à mon avis, de manière assez précipitée sur la dépréciation du dinar, comme par ailleurs, de celle qui baissa par deux fois le taux directeur provoquant un désarmement de la politique monétaire.

 

Quant à l’inopportunité de l’amnistie de change en l’absence d’une revisite de la législation du change, je crois me souvenir d’un projet complet de refonte auquel j’ai modestement contribué entre 2008 et 2010 avec d’éminents experts du domaine, enfants de la banque centrale exerçant dans son enceinte ou dans le secteur. Je crois que les tiroirs de la rue Hédi Nouira où il fut enseveli depuis, s’en souviennent aussi.

 

 

* Secrétaire général du Centre de Prospective & d’Etudes sur le Développement

 

Réconciliation économique : bref commentaire de l’opinion du gouverneur Nabli

publié le 28/04/2017 17:31

Lors d’une interview accordée hier, à la Radio Mosaïque FM, le gouverneur Nabli a livré son opinion sur le projet de loi relatif à la réconciliation économique, soutenant en substance que celle-ci revêt un caractère urgent, avant d’objecter que la version proposée par la présidence de la République demeure insuffisante et que par certains aspects, le projet constitue une « réconciliation avec la corruption ».


Le gouverneur Nabli n’ayant pas construit son opinion sur des données chiffrées, préférant donner à son analyse une empreinte plutôt politique. L'opinion qu’il livra reste pour moi peu achevée, d’autant que l’homme ne m’a pas semblé au fait des amendements qu’il est projeté d’apporter au texte initial, quand il avoua au passage avoir puisé ses informations, dans la toile.

Je me résous à reconnaitre ne pas avoir saisi la cohérence d’ensemble des propos du gouverneur Nabli, lorsqu’il dénonça les limites du projet au moment même où il reconnut l’incapacité du dispositif mis en place dans le cadre de la justice transitionnelle, à prendre en charge la question dans toutes ses dimensions.

 

Dans le voisinage, le gouverneur Nabli insista d’ailleurs, à juste titre, sur la nécessité de s’attaquer aux causes à l’origine des pratiques visées par le projet. Or, ce dernier ne me semble pas constituer le siège indiqué pour apporter les réponses d’ordre légal et institutionnel   susceptibles d’endiguer ces comportements. Le mal du reste, n’est pas à mon avis dans les règles, car le pays légal, peu inventif, en a copié les meilleures, mais plutôt dans l’abus dont elles sont victimes et dans le déficit de punition.

Le décret évoqué par le gouverneur Nabli, qui change la vocation d’une terre sans raison légitime est bel et bien encadré par les règles et pour peu que tout justiciable se prévalant d’un intérêt pour agir, ait la tentation de le contester, l’acte peut être annulé par le juge de l’excès de pouvoir. « Partout, le règne de la loi est proclamé » écrivait un éminent publiciste. « Mais l’arbitraire se réfugie dans l’exécution ».

 

S’agissant de la dépréciation récente du dinar, le gouverneur Nabli souligna l’accélération du rythme de cette dépréciation observée depuis 2011, à cause de la détérioration de la situation économique et du creusement du déficit courant, précisant dans la foulée que la solution réside dans la reprise de la croissance et l’amélioration de la productivité.

J’adhère largement à cette analyse, encore que je sois tenté de rappeler en revanche, que nombre de mesures adoptées sous la houlette du gouverneur Nabli dans le domaine du change et de la politique monétaire opposent quelque complicité dans cette situation.

J’ai pour l’instant en mémoire le décret-loi du 24 octobre 2011, qui dispensa les Tunisiens rentrés de l’étranger de rapatrier leurs avoirs constitués à l’étranger avant la date de changement de résidence et la mesure de 2012 qui introduisit de nouveaux mécanismes de cotation du dinar et qui dans un contexte de crise, abandonna inopportunément son adossement à un panier de devises.  Je souhaiterais vivement que soit engagée une évaluation sérieuse de l’impact de ces mesures prises, à mon avis, de manière assez précipitée sur la dépréciation du dinar, comme par ailleurs, de celle qui baissa par deux fois le taux directeur provoquant un désarmement de la politique monétaire.

 

Quant à l’inopportunité de l’amnistie de change en l’absence d’une revisite de la législation du change, je crois me souvenir d’un projet complet de refonte auquel j’ai modestement contribué entre 2008 et 2010 avec d’éminents experts du domaine, enfants de la banque centrale exerçant dans son enceinte ou dans le secteur. Je crois que les tiroirs de la rue Hédi Nouira où il fut enseveli depuis, s’en souviennent aussi.

 

 

* Secrétaire général du Centre de Prospective & d’Etudes sur le Développement

 

Samir Brahimi
Commentaires (13) Commenter
Droit de réponse
J. Baltagi
| 23-05-2017 12:47
Il edt bien dommage que l'on ne puisse pas commenter les commentaires. C'est vrai que l'article cherche à replacer son auteur comme s'il avait un papier extraordinaire. En fait ce monsieur n'adopte pas une attitude objective en essayant de critiquer M. Nabli même lorsque ce dernier est confirmé pour son opinion. Revenir sur l'obligation de rapatriement ou le mode de cotation du dinar'''qui n'ont aucun lien avec la loi de réconciliation n'a pour objet que de chercher noise à un gouverneur dont l'histoire reconnaitra la perspicacité de sa politique monétaire et de change et qui a permis au pays d'enregistrer la seule période de croissance réelle de la Tunisie aprés la révolution.
Du blabla et de la présomption
Tunisie Prolongations
| 15-05-2017 19:28
Voici un commentaire qui nous laisse sur notre faim et c'est normal: beaucoup de bla-bla et beaucoup d'ego.

Des gens qui croient encore avoir bien fait et qui ont le toupet de le crier et de croire qu'ils peuvent prétendre encore aider le pays pour le couler. M. Brahimi croit "modestement" avoir préparé un projet avec des amis de la BCT comme si seuls ces gourous bctéens en seraient capables. Pourtant durant des années il n'a fait qu'appliquer des instructions pour mieux faire profiter les plus nantis de la richesse du pays à la période où celui-ci en produisait encore. M. Brahimi critique M. Nabli pour une mesure de change dont il n'a rien compris et c'est désolant, car, à ce niveau-là, cet ex-directeur juridique de la Banque centrale de Tunisie, ose critiquer la levée d'une restriction que seul un pays en guerre pouvait envisager à savoir d'exiger le rapatriement d'avoirs du simple fait de la nationalité alors que ces avoirs ont été générés à l'étranger par des non-résidents, met davantage en exergue l'incompétence de ceux qui ont contribué à la gestion du pays durant tant d'années et autorisé l'in-autorisable sans que l'on soit contraint de nous attarder davantage et de rappeler que ces personnes ont maintenu une réglementation pour mieux permettre à leurs amis d'en être exeLa dignité de ces personnes pourrait être retrouvée s'il était moins présomptueux et s'ils pouvaient garder une discrétion qui leur éviterait bien des déboires avec ou sans adoption de la loi de réconciliation.
Un peu de modestie et de clairvoyance m.Nabli !
magra
| 02-05-2017 22:07
Mustapha Nabli veut "faire travailler son nom" expression qui signifie qu'il se fait rappeler à l'intention du public alors que des bruits de remaniement se font entendre.
Quanf au fond de son argumentation,il est regrettable qu'un homme qui se dit compétent et qui a travaillè â la banque mondiale parle d'un texte qu'il n'a pas lu ,juste pour être au diapason du brouhaha qui entoure l'initiative présidentielle.
Ce n'est nullement à l'honneur d'un économiste qu'on dit de renommée internationale.
Les compètences ne manquent pas aujourd'hui et la Tunisie a besoin de nouvelles têtes moins aigries par leurs déceptions passées.
@ The Mirror| 28-04-2017 19:56
EL YOUAFY avec Y à la fin
| 01-05-2017 14:05
je vous prierais de revoir votre commentaire; il me semble que vous étiez pas juste et surtout quand vous qualifiez le pouvoir de Ben Ali du corrompu; au contraire la période la plus étroite dans la gestion une économie fleurissante c'est bien durant la règne de SIDNA le président Ben Ali ( Nassara Hou Allah Wa Ayadahou ) nous n'oublieront pas cette période de prospect et de dignité ou les Tunisiens et Tunisiennes étaient les mielleux accueillir dans le monde entière vue leur éducation particulière et maintenant !!!!!.
non parlons pas de l'intérieur ou la situation devenue insupportable malgré les progrès de l'actuel président otage des lois qu'il empêche de prendre les mesures dans le temps opportun .
Vraiment la chute du régime de Ben Ail et de son équipage était une catastrophe pour le pays ils nous trompé des slogans de ladite révolution qui avait ravagé tous les progrès réalisés péniblement par les hommes crédibles .
Faut mieux faire une réconciliation ave ce président le ( Sawouhli ) natif à Hamem Soussa un Tunisien de sang .
A bon ???
Agha
| 01-05-2017 03:34
Il n'y a que en tunisie ou un journaliste
Met sa foto en reference a un article
Parlant d' une autre Personne,l'article
parle de MKN et il met Sa foto,
Il se fait de la pub ou quoi ???
@ businessnews
Agha
| 30-04-2017 16:49
A ma conaissance la foto de l'article n'est pas celle de
MKN , merçi


B.N : Cher lecteur, la photo est celle de monsieur Samir Brahimi l'auteur de l'article.
Franchise
el khlifi mokhtar
| 29-04-2017 18:03
Cet article m'a indisposé non par les points de vue défendus contenu mais ce qu'il cache en réalité.Je n'ai pas eu l'honneur de travailler ni avec Mr Taoufik Baccar ni avec Mr Nabli mais je trouve, peut-etre à tort, la préparation à la succession, au poste de Gouverneur de la BCT, de Mr Chedly Ayari. A la limite, un débat entre ces deux ex gouverneurs sur un plateau TV aurait été des plus intéressants.Je m'excuse pour ma franchise.

Eminents experts de la Banque
Tounsi
| 29-04-2017 17:37
Les mesures entreprises sur la période du point de,vue de la réglementation des changes avec les experts de la banque et dans le secteur bancaire n'ont rien. de refonte. Il s'agit d'assouplissement qui auraient servi le régime alors en place et de ses proches..Comptes bénéficie export, amnistie de change et j'en passe....lkolkom kif kif...mais à des époques différentes...ce qu'a enduré toute une génération de jeunes à la BCT à cause de votre égoïsme et égocentrisme vous mêmes et vos amis experts...n'est plus à démontrer...
Réconciliation économique ou comment "blanchir" les familles régentes de la Tunisie?!
DHEJ
| 29-04-2017 09:56
Et laisser l'injustice faire son chemin!
a force d exceller dans la tromperie..
sorcier amateur
| 29-04-2017 09:06
"Que l homme ne m a pas semble au fait des amendements qu il est projete d apporter quand il avoua au passage d avoir puise ses informations dans la toile " Si Mr Nabli avoua avoir puise ses informations dans la toile ,pourriez vous peut etre faire mieux et nous fournir ces fameux amendements demandes avec insistance et sans aucun resultat au collaborateurs du president par les parlementaires qui devaient se prononcer sur ces amendements ? .le seul texte fourni au parlementaires lors de la derniere seance houleuse est la version de 2015 fournie par la presidence qui devait etre amendee et qui a ete retiree faute de soutien par une majorite au parlement. mais puisqu il est "projete d apporter des amendements" peut etre que le parlement devrait adopter cette loi en attendant la fourniture retroactive des amendements fantomatiques projetes ? A force d exceller trop dans l art de la tromperie le fourbe de Carthage a deja signe la mort de cette loi scelerate . Donc plutot la toile douteuse mais transparente que les fourberies et les mic-mac de bas etage que nous fournit regulierement le sorcier en chef.
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