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Nidaa Tounes, le parti doublon

Nidaa Tounes, le parti doublon

 

La saga Nidaa Tounes n’est pas sur le point d’être terminée. Et ce n’est pas le congrès électif tenu, il y a quelques semaines qui résoudra les problèmes. Les divergences et les scissions se sont accentuées davantage et les tiraillements se sont amplifiés. C’est dire qu’à la suite de ce congrès, le parti s’en est sorti amoindri et affaibli plus que jamais.

 

Des conflits, Nidaa Tounes en a bien connu. Depuis son ascension au pouvoir, ou même bien avant, les tiraillements au sein de ce parti ont fait la une des journaux. Il faut dire que ses dirigeants sont devenus des as en matière d’étalage de linge sale. Ce parti formé par Béji Caïd Essebsi et qui a remporté les élections en 2014 face au parti islamiste Ennahdha, n’a pas réussi à tenir plus que 5 ans. Il a été déchiqueté et est parti en mille morceaux. Entre problèmes de structuration, d’hétérogénéité de composition et difficultés de direction, le parti n’a pu surmonter les épreuves rencontrées durant ce quinquennat. Et ce ne sont pas les égos démesurés de ses dirigeants qui ont facilité la tâche, notamment l’entêtement et l’obstination du fils du président de la République, Hafedh Caïd Essebsi.

 

Aujourd’hui, le congrès électif qui devait résoudre la problématique organisationnelle et structurelle du parti n’a fait qu’exacerber la situation. Nidaa s’est retrouvé avec deux directions. Pratiquement, une situation jamais vue au sein d’un parti politique. Il faut dire que les résultats des élections n’ont pas été au goût de Caïd Essebsi Junior. Ainsi le congrès a été fractionné donnant naissance à deux directions représentant deux clans, celui de Hafedh et Co et l’autre mené par Toubel et Co.

 

Des développements peu orthodoxes ont fait que Nidaa Tounes soit passé d’un parti non structuré à un parti doublement structuré. Il faut dire qu’au parti de Béji Caïd Essebsi, on ne fait pas les choses à moitié et même les condoléances et les félicitations sont publiées en double !

 

Comme les choses ne peuvent continuer de la sorte, la question qui se pose est de savoir quel clan possède la légitimité pour poursuivre à la tête de Nidaa Tounes. Le clan de Sofiène Toubel réuni à Hammamet affirme qu’il détient cette légitimité, puisque c’est la présidente du congrès Samira Belkadhi qui a convié les congressistes à poursuivre les travaux. Outre la présence de 118 membres du comité central sur les 217, ce qui fait que le quorum soit atteint. Ce processus a abouti à une élection des différentes structures et d’une répartition des responsabilités sur les personnes présentes.

De l’autre côté, une réunion s’est tenue parallèlement sous la supervision de Hafedh Caïd Essebsi à Monastir. Seuls 83 membres du comité central étaient présents. Cela ne les a pas empêchés de poursuivre leurs travaux et d’élire une nouvelle direction du parti. Ce clan indique qu’il y a eu des infractions lors de l’élection du bureau politique et que les recours n’ont pas été examiné et ont été rejetés, dans une tentative vaine de s’emparer du parti.

 

Qui est en mesure de trancher sur ce litige. Vraisemblablement, c’est le tribunal administratif qui aura la charge de déterminer à quelle partie revient la légitimité. En outre, les deux parties ont déposé les résultats de leurs travaux au secrétariat général du gouvernement. Quel dossier passera dans ce cas ? Il est clair que la question est assez épineuse sachant que les relations entre Nidaa Tounes, ou une partie de Nidaa Tounes n’est pas au beau fixe avec l’équipe de la Kasbah. Faut-il encore rappeler le conflit entre Hafedh Caïd Essebsi et le chef du gouvernement Youssef Chahed qui a été même étalé au grand public lors de déclarations médiatiques interposées.

 

Cependant, le silence assourdissant du président de la République à propos de ce litige laisse poser plus d’une interrogation. Lui qui s’est rangé du côté de son fils, il n’est pas intervenu cette fois-ci pour tirer au clair la situation. Certains diront que le chef de l’Etat, président de tous les Tunisiens n’a pas à interférer dans les affaires internes des partis politiques. Toutefois, la réalité des choses est tout autre, dans la mesure où Béji Caïd Essebsi n’a jamais réussi à se défaire de son statut de fondateur du parti. L’appui qu’il a apporté à son fils ses dernières années n’est plus un secret, sauf que la situation actuelle nécessite son intervention. Cela dit, d’autres observateurs considèrent que, de par son silence, Béji Caïd Essebsi apporte une approbation tacite à son fils et le soutient dans sa démarche destructrice.  

 

Décidément, tous ces derniers développements ont fait que Nidaa Tounes perde en popularité et en crédibilité. Et quel que soit le dénouement de la situation, la suite des évènements ne peut lui être favorable, notamment, pour les prochaines élections. Le parti qui a réussi à rassembler des milliers de Tunisiens autour d’un projet de société est loin d’être le fédérateur de l’époque. Une dispersion qui nous ramène à la même configuration constatée en 2011 où le parti islamiste avait remporté les élections haut la main. Et même si la situation demeure assez floue quant à l’équilibre des forces politiques sur la scène nationale actuelle, on n’est jamais loin d’éventuelles surprises et de développements qui pourraient renverser la donne. Dans tous les cas, pour les forces progressistes et modernistes, il ne reste que l’espoir.

 

Sarra HLAOUI

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Commentaires (3)

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TMT
| 23-04-2019 08:48
Ils n'ont qu' à jouer à pile ou face :pile je gagne, face tu perds...haha
Et qu' on en finisse!

Microbio
| 22-04-2019 21:16
Le président tunisien et Mao Zedong parlent de leur politique intérieure.

Président: "Et combien d'ennemis politiques et de politiciens fous avez-vous en République populaire de Chine?"

Mao Zedong: "Ce sera environ un million."

Président: "Oui, c'est à peu près la même chose que la nôtre.

Trançonneuse
| 22-04-2019 20:35
Deux cerveaux qui ne valent pas à eux deux un bulbe rachidien...

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