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Chroniques

Ni coran, ni chariâa, seule la constitution prime en Tunisie

Ni coran, ni chariâa, seule la constitution prime en Tunisie

 Par Nizar Bahloul

 

Samedi 11 août, elles étaient là avec leurs foulards et leurs niqab. Ils étaient là avec leurs barbes et leurs turbans. Ils ont crié leurs slogans machistes, misogynes et hypocrites. Sous les caméras d’Al Jazeera qui diffusait en direct la manifestation hostile à la Colibe, un étranger non-musulman tomberait des nues : comment donc des femmes peuvent-elles être hostiles à un rapport qui défend leurs libertés et leurs droits bafoués depuis 15 siècles. La réponse tient en une phrase : Allah a dit !

Une réponse passe-partout qu’on vous fourgue à chaque occasion, pour vous faire taire, indépendamment de vos convictions et nonobstant les interprétations multiples et radicalement opposées de ce que Allah a vraiment dit. En la matière, pour beaucoup de sujets, et selon celui qui interprète et son référent culturel, Allah a dit tout et son contraire.

Comment distinguer le bon du mauvais et la bonne graine de l’ivraie ? Comment faire dans un pays où chacun lit le texte religieux selon ses propres convictions profondes ? Comment satisfaire des citoyens qui ont une interprétation moins orthodoxe du coran que celle de leurs propres concitoyens ? Surtout comment faire face à des citoyens, de plus en plus nombreux, qui rejettent et le coran et l’islam ? L’imam de la mosquée et le terroriste parti rejoindre Daech ne sont pas plus Tunisiens que l’athée ou l’agnostique. Nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs et nous nous devons tous respecter les mêmes lois qui régissent la cité. Et ces lois sont claires et n’autorisent pas des interprétations multiples à la différence de la chariâa et du coran. Et même si certaines de ces lois sont inspirées de la chariâa, il n’en demeure pas moins que c’est toujours la loi qui prime devant le juge et non le coran. Le sujet a été résolu bien avant l’indépendance.

 

En 2014 avec la promulgation de la constitution, et en dépit d’une majorité de constituants islamistes, la Tunisie n’a pas choisi pour modèle légiste la chariâa. C’est toujours la loi qui prime. Mieux encore, cette constitution de 2014 prône l’égalité totale entre les hommes et les femmes. C’est loin d’être la position du coran qui fait primer l’homme sur la femme. Qui considère le témoignage d’une femme comme inférieur à celui d’un homme ou qui refuse qu’un juge soit une femme.

Notre constitution de 2014, en dépit de ses contradictions et de ses imperfections, épouse l’évolution de la société tunisienne qui est loin, très loin, de respecter à la lettre le texte coranique. Le Tunisien, heureusement, ne ressemble aucunement à un Afghan, un Iranien ou à un Saoudien, ni même à un Libyen ou un Égyptien.

 

Les membres de la Colibe ne dévient pas de la société dans laquelle ils vivent. Contrairement à ce que disent plusieurs extrémistes, islamistes et députés d’Ennahdha (Ali Laârayedh par exemple) le rapport de la Colibe n’apporte rien de différent à ce que vit déjà la société, ou une partie d’elle du moins. Ce rapport est en conformité et en harmonie avec la Constitution. Que celles et ceux qui sont descendus manifester le 11 août disent le contraire, c’est tout simplement hypocrite, car ils ont dû réagir il y a quatre ans quand on a voté la constitution laquelle inscrit noir sur blanc l’égalité des citoyens. Que vous soyez une femme ou un homosexuel, vous êtes égaux devant la loi, en droits et en devoirs. D’autant plus hypocrite que plusieurs textes de loi, existant depuis 1956, sont déjà contraires aux textes du coran sans pour autant que ces manifestants ne trouvent quelque chose à redire.

En dépit de cette hypocrisie éhontée, les manifestantes et manifestants du samedi 11 août ont réussi à faire du bruit. En dépit de leurs accoutrements moyenâgeux (ils sont libres bien entendu), en décalage par rapport à la propre société dans laquelle ils vivent, ils ont réussi à semer le doute et la zizanie en faisant croire qu’ils sont plus Tunisiens et plus pieux que les autres.

 

Le pire qu’on pouvait craindre est que Béji Caïd Essebsi tombe dans ce piège de la manipulation de la rue (il est déjà tombé dedans à plusieurs reprises quand c’était l’UGTT qui était derrière) et jette le rapport de la Colibe. On a tellement été déçus par Béji Caïd Essebsi ces derniers temps que l’on était psychologiquement prêts à une déception supplémentaire qui risquait de le faire sortir par la petite porte.

Finalement, dans son discours tant attendu du 13 août, le président de la République a sauvé l’essentiel. Il a ménagé la chèvre et le chou en adoptant la moitié de solution. Il va transmette aux députés la proposition phare de la Colibe (l’égalité de l’héritage) et temporise le reste. Une demi-solution qui est bonne à prendre, qui satisfait à moitié, mais procédons par étapes. Prenons ce qu’on nous donne et continuons à mettre la pression pour exiger le reste.

Cette demi-solution est acceptable car Béji Caïd Essebsi a rappelé le point fondamental, grâce auquel on peut obtenir le reste à moyen terme, qu’est la civilité de l’Etat. Non, la Tunisie n’est pas islamiste, non le coran ne régit pas la cité, non la chariâa n’a pas sa place dans nos lois. C’est en balayant d’un revers de la main tous les slogans prononcés par les manifestantes voilées et les manifestants enturbannés du samedi 11 août que l’on peut avancer et vaincre tous ceux qui veulent saoudiser ou afghaniser la Tunisie.

Qu’Al Jazeera soutienne ces extrémistes comme elle veut, le pouvoir actuel n’est plus sensible, comme en 2011-2014, à ces pressions venues d’ailleurs, surtout quand elles sont moyenâgeuses. La Tunisie appartient à tous les Tunisiens, qu’ils soient islamistes ou athées, elle n’appartient ni aux musulmans ni aux islamistes pour qu’ils nous imposent leurs diktats, même si ces diktats viennent d’Allah.

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Commentaires (37)

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soufi
| 28-08-2018 13:03
Toi , ton âme ton argent tes enfants tout ce tu crois posséder dans ce bas monde appartient à dieu que tu le veuille ou non. Brièvement' ya abdi innaka tourid wa ana ourid et devine alors qui a le dernier mot! Penses y mon cher. Je peux te suggérer une voie de salut si tu le veux
A bon entendeur salut

lone star
| 19-08-2018 12:13
Monsieur,
j'admire votre sang froid ;votre courage et votre patience face à ces commentateurs qui osent meme vous menacer entre les lignes
courage a vous encore et continuez de nous régaler avec vos chroniques n'en déplaise à certains

Doudou
| 16-08-2018 11:31
Partage quoi la misère il ya des laicar ignorant satanique oui la majorité a des degré de foi en dieu tienne au but de leur existence islam vous voulez mettre le pays a feu et à sang c le but de l empire lisez alain soral c vidéo il es bien plus haut psycologiquement par vecu inteligence catholiques je respect que n'importe ql laicar arabe magrebin et q n'importe savant musulman en plastiques de notre époque

yasmin
| 15-08-2018 14:57
Merci Nizar; toujours clair et direct

hamadi
| 15-08-2018 08:47
la religion ce n est pas l etat,.seuls les textes ..... de l etat qui comptent,pour le reste c est du grabuge chez les veuves

mahdibey
| 14-08-2018 18:43
Je rappelle seulement l'article premier de notre constitution:
La Tunisie est un '?tat libre, indépendant et souverain, l'Islam est sa religion, l'arabe sa langue et la République son régime.
et l'article 2 aussi:
La Tunisie est un '?tat civil, fondé sur la citoyenneté, la volonté du peuple et la primauté du droit.
Ces deux articles ne peuvent faire l'objet de révision.
Ils auraient pu et du trouver une plus belle et bonne combinaison.

tunisien
| 14-08-2018 15:13
Malheureusement je me trouve obligé de dire que c'est une analyse d'un seul angle de vision extrémiste et d'un ignorant pas autre chose!
Le problème dans le monde de Nord Afrique et de Moyen Orient de même équation les puissances hégémoniques du monde entier n'acceptent qu'un pouvoir obéissant à leurs agendas ( c'est tout à fait normal en faite)....
Ces peuples sont condamnés ou soumis à deux "genres" de politiques : ceux qui considèrent que le pouvoir est la seul religion pour eux et ceux qui utilisent la religion pour agacer et écarter ces derniers du pouvoir!
Les deux parties jouaient en faite des mêmes stratégies héritées ou non c'est une autre question et un autre débat à en ajuster le bon grain de l'ivraie...
La première composante se considère éclairée et incarnant les valeurs de modernité malgré le bilan catastrophique de dictature et de sous développement et d'injustice pratiquée sur leurs population!!!
La deuxième frange présumée islamiste n'a retenu des valeurs modernistes que "la démocratie de soundouk" ...Une démocratie rapidement imprégnée par une logique des enjeux géopolitiques d'effets de présentation et de démonstration ne donnant aucun souffle aux enjeux de développement sauf pour gérer le quotidien et éviter le gouffre "déjà établi"......

Personnellement je vois pas ces élites qui pensent à la manière de défendre l'intérêt citoyenne ( peu être le récit biographique d'Antonio Gramcsi peu éclairé des réponses de la question....)...

Conclusion : Message aux deux parties en pouvoir et aussi les pseudos intellectuels qui vous soutiennent .....Laisser les gens libres de choisir ce qui est de leurs intérêt sans taper chaque jours les têtes par ces écrits des misérables ...
Ces pseudo nations de dits "arabes ou amazigho-arabes" sont de nos jours omis de registre des enjeux politiques métamorphisant la région MENA.

Octrazer
| 14-08-2018 14:02
Lorsque je me suis marié en Tunisie, le maire m'a bien expliqué que l'argent de ma futur femme lui appartenait et que je n'avais pas a en disposer. Que c'était au marié de pourvoir au bien être de ma femme. Ensuite quand elle a demandé le divorce j'ai du payer une pension alimentaire jusqu'au divorce. Donc tout cela va aussi être enlever , car cela vient de l'islam. Et cela n'est qu'un exemple parmi ses d'autre de la spoliation de la femme.

HatemC
| 14-08-2018 11:59
Avec du recul, on sait maintenant que les journalistes étaient dans le vrai et pas les islamistes revenus d'Afghanistan qui ont massacré le peuple Algérien, ils ont provoqués le carnage et les premières victimes furent bien sur ceux et celles qui INFORMAIENT le peuple du danger et ils n'étaient ni francisé ni manipulé sale con ...tu pues la merde ... HC

le financien
| 14-08-2018 10:59
les journalistes devraient restaient neutre et pas prendre le parti de l occident face aun peuple conservateur traditionaliste et religieux .

rappelez vous qu en algerie lors de la guerre civile , ce sont les journalistes pro occident qui ont été les premiere victimes , les idiots utiles d un plan murement elaboré .
Vous manipulez et vous etes manipulés et c vous qui risquez votre vie et ceux de vos familles pendant que ceux qui tirent les ficelles sont en europes et preparent les camions d armes

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