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Mehdi Mabrouk, ministre tunisien de la culture répressive

Mehdi Mabrouk, ministre tunisien de la culture répressive
Le seul acquis de la révolution tunisienne, la liberté d’expression, serait-il sérieusement menacé ? Intimidations et arrestations se multiplient contre les artistes et les journalistes par un pouvoir qui a du mal à accepter concrètement les pratiques démocratiques ordinaires.

Mehdi Mabrouk, ministre de la Culture du gouvernement islamiste dirigé par Ennahdha, renie son passé militant et son discours d’ouverture qu’il a toujours prôné sous le despotisme de l’ancien régime Ben Ali.
Enseignant de sociologie à l’Université de Tunis, il était un collaborateur régulier de l’hebdomadaire d’opposition (PDP) Al Mawkif. Un des très rares journaux, de l’époque, à oser défier Ben Ali et à dénoncer sa politique liberticide.
Même s’il n’était pas de tous les combats, Mehdi Mabrouk était catalogué comme un militant dérangeant de par son appartenance au PDP d’Ahmed Néjib Chebbi depuis 1999.
Au lendemain de la révolution, il a cherché comme beaucoup d’autres en cette période, à récupérer les dividendes de ce militantisme et de son activisme politique.
Ne réussissant pas à s’imposer au sein de son parti, il démissionne avec fracas en septembre 2011 et le descend en flammes. Il lui reproche notamment la politique conciliante prônée par Ahmed Néjib Chebbi qui refusait de mettre tous les RCDistes dans un même sac et de les exclure en bloc.
Pour Mehdi Mabrouk, l’exclusion politique est incontournable dans cette période.

Cette démission lui rapportera les dividendes qu’il recherchait et il sera amplement récompensé par Ennahdha qui le nomme ministre de la Culture dans le premier gouvernement de Hamadi Jebali et dans le second d’Ali Laârayedh.
La société civile démocrate tombe dans le piège et applaudit des deux mains croyant que Mehdi Mabrouk est un authentique progressiste démocrate. Erreur.
Alors qu’avant la révolution, il donnait ses rendez-vous dans un bar (le Café de Paris au centre-ville de Tunis en sait quelque chose), le nouveau ministre devient pratiquant après son entrée au gouvernement.
Il tourne carrément le dos aux artistes et aux créateurs pour défendre aveuglément son régime islamiste.

Juin 2012, une exposition de peinture au palais d’El Abdelliya à la Marsa crée une polémique dans les milieux islamistes, notamment salafistes.
On dit qu’il y avait des tableaux portant atteinte au sacré. Le ministre reprend à son compte ces propos et en rajoute des couches. Il affirme que six tableaux exposés lors de cette manifestation culturelle ont été jugés comme portant atteinte au sacré. Parmi ces six œuvres, il en cite deux, celle du « Cube noir », représentant la Kaâba de La Mecque, et celle de l’écolier au-dessus duquel des fourmis forment l’expression « Sobhan Allah », affirmant que l’écolier est « pendu ».
Dans les milieux artistiques, on s’étrangle car aucun des tableaux exposés n’était offensant à l’Islam. Pire, un des deux tableaux évoqués par le ministre n’était pas exposé en Tunisie, mais au Sénégal. Quant au deuxième tableau, il s’agissait d’après les explications des artistes de fourmis qui sortaient du cartable de l’écolier et que celles-ci représentaient et symbolisaient le travail, une valeur du travail pouvant produire des miracles ou des réalisations grandioses, d’où l’expression « Sobhan Allah» utilisée dans ces cas.
Mehdi Mabrouk ne s’arrêtant pas là, il a dénigré les artistes exposant au palais d’El Abdelliya jugeant qu’ils n’étaient pas qualifiés. Or, en vérité, ces artistes sont reconnus aux niveaux national et international. Ce ne sera pas son seul mensonge.

Depuis cet incident, le ministre a commencé par perdre le capital sympathie qu’il avait dans le milieu artistique et culturel. Son arrogance et son entêtement lui feront perdre la sympathie de son entourage au ministère. Fin juillet 2013, il devra subir des « dégage » à la chancellerie après son refus d’annuler les festivals au lendemain de l’assassinat du leader politique Mohamed Brahmi et de l’assassinat sauvage et l’égorgement de huit soldats tunisiens au Mont Chaâmbi.
Mi-août, Mehdi Mabrouk devient carrément méprisable après sa réaction disproportionnée ayant suivi son agression, avec un œuf, par le réalisateur Nasreddine S’hili.
Ce qui est ailleurs considéré comme une variante d’un entartage classique visant un homme politique a été considéré comme acte terroriste par Mehdi Mabrouk.
Juste après le jet d’œuf, il déclare avoir subi un coup de poing et se dirige à l’hôpital pour se faire ausculter. Sa comédie s’arrête court puisque la scène a été filmée par le journaliste-photographe d’Astrolabe TV Mourad Meherzi empêchant ainsi le ministre de poursuivre son rôle de victime et ses mensonges.
La comédie tourne cependant au drame puisqu’au lendemain du jet d’œuf, Mehdi Mabrouk va déposer plainte contre son agresseur. Le ministère public réagit au quart de tour et arrête, en moins de 48 heures, le journaliste-photographe. Trois jours après, ce fut le tour du réalisateur auteur du jet d’œuf. Ils seront officiellement inculpés et incarcérés à la prison de la Mornaguia, vendredi 23 août 2013, une semaine après l’acte. La société civile, les artistes, les syndicats et même RSF dénoncent, mais Mehdi Mabrouk demeure sourd. Surtout, il est amnésique de ses années de militantisme.

La veille, au Festival de Hammamet, sous sa direction, un groupe de rappeurs est arrêté dans les loges des artistes du Festival. Fethi Heddaoui, le directeur, laisse faire bien que les loges des artistes sont considérées comme sacrées dans le milieu.
Les jeunes rappeurs seront emmenés au poste de police et certains d’entre eux témoigneront de violentes agressions physiques par la police. Ceux présents au Festival témoigneront des agressions verbales et des insultes devant un Fethi Heddaoui imperturbable sur le moment.
Un de ces artistes, Weld El 15, a été arrêté et condamné à la prison ferme, il y a quelques semaines avant de voir sa peine assortie par un sursis, après quelques jours de détention et plusieurs jours de cavale. On lui reproche un texte insultant la police dans un de ses tubes. Pendant tout ce temps, le ministre reste muet.
Paradoxalement, ce même jeune artiste, et malgré ses textes contenant des grossièretés et des insultes, classiques dans les tubes de rap, sera invité au Festival de Hammamet. Un festival qui s’est toujours voulu élitiste et relayant l’art de haut niveau.
Sur la scène de Hammamet, Weld El 15 et autres rappeurs s’en sont donné à cœur joie choquant à merveille une partie du public habitué à des spectacles d’un autre genre et, surtout, à un niveau bien plus élevé. Le ministère de la Culture corrigera son erreur par une autre en laissant faire la police. N’assumant pas son erreur d’avoir invité ces jeunes rappeurs dans un cadre inadéquat, il n’assumera même pas sa responsabilité morale de protéger ses invités de la répression policière.

Mehdi Mabrouk, à l’instar de plusieurs autres membres du gouvernement, a totalement sali son image de militant et droit-de-l’hommiste. Il lui a suffi moins de deux ans pour atteindre ce résultat désastreux.
Un de ses amis du passé témoigne : « J’étais vraiment heureux de le voir au ministère de la Culture. J’ai cru naïvement qu’il allait empêcher toute tentative de mainmise des Islamistes sur le secteur. Non seulement, il n’a rien fait pour le secteur, non seulement il s’est mis à dos la majorité des artistes et créateurs, mais le voilà qu’il encourage et participe à la répression par ego personnel. Il devient carrément et indéniablement le ministre de la culture répressive de ce gouvernement. Dommage, vraiment dommage. »


Raouf Ben Hédi

Copyright photo : Tunivisions

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Commentaires

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tounesnalbaya
| 26-08-2013 14:01
Patience bientôt ce Ministre sera mis à la porte

safsaf123
| 25-08-2013 14:21
Certains tunisiens osent défendre l'indéfendable. L'indéfendable c'est ces pseudo artistes qui au nom de la liberté d'expression sont soient pour insulter un corps de métiers entier (la police compte plus de 45000 personnes) et qu'un inculte**** et sans éducation osent les traiter de chien. Ce Wild 15 a un QI proche de zéro parce que comment ose-t-il mettre 45000 personnes (dont il connaît pas 99,999%) de les traiter de chien et tout cela devant et dans des salles de concerts payés par les contribuables.
L'indéfendable c'est aussi ce*****, inculte et sans éducation Shili qui ose s'attaquer à un citoyen tunisien (dont on peut ou ne peux pas être d'accord avec ces idées) en lui jetant en plein figure des oeufs et en filmant tout cela.

Ces ***** ne sont pas défendables et la justice ce doit de les condamner de fàçon exemplaire.

Honte même à tous les supporters de cette racaille et même à ceux qui sont allés au concert de ce ***** Wild 15.

TDK123
| 25-08-2013 10:01
Liberté d'expression ne veut pas dire agression verbale ou physique de ceux qui gouvernent quelque soit leur tendance.
Démocratie ne veut pas dire humiliation de ceux qui nous gouvernent.
Oui pour une critique agressive, correcte et constructive.
Ce pseudo artiste de Shili pouvait exprimer son mécontentement par de nombreuses manières mais pas le jet d'oeufs donc il mérite par la prison.

larbi
| 25-08-2013 09:28
pourquoi tant d'acharnement sur cet homme soyez objectif pourquoi tant de haine vous trouvez que c'est objectif ce que vous avez pondu comme article allah yedina ala baadhna je lis quotidiennement vos articles et les commentaires qui s'en suivent tous ce que fait ce gouvernement ne vous plait pas des plumes destructives et incitatrices à la haine et dénigrement de l'autre lil suffit qu'il soit au pouvoir essayer de nous analyser les situations et présenter des solutions ce site est conçu spécialement pour dénigrer et diaboliser ennahdha et la troika rien d'autre et ce n'ai pas le role d'un journaliste patriote honnête et objectif on est à des années lumières de la démocratie et liberté d'expression on commence vraiment a regretter l'ère ben ali ou personne oui personne n'ose ouvrir sa gueule pour débiter des fausses vérités vivement un ben ali mais integre et sans sa clique voila ce que ce peuple tiers-mondiste mérite car la démocratie ça s'allaite avec le lait de sa mère pas un djebba importé qu'on endosse et du jour au lendemain on se dis voila on est libre mais libre de débiter des obscénités et des contre vérités a bon entendeur salut

Letranger
| 25-08-2013 06:35
Je trouve que les Tunisiens se sentent facilement "insultés", "outragés", "agressés", que LEUR sacré est souvent "atteint".
Bref que vous faites bien des simagrées pour le niveau que vous avez.

Topaze
| 25-08-2013 06:19
Le vrai,le seul et le meilleur sinistre de l'inculture.......

EL HADJ KLOUF
| 24-08-2013 22:45
Ennakba invente le Complexe Nahdaouiste.
Pas besoin de vous donner le CV de ce sinistre de l'inculture, vous avez tous devinés
C'est qui!!!!!
Alors arrêtons de tirer sur une ambulance on risque de blesser le lanceur d'ufs.
Merci au lanceur de nous avoir proposé comment faire une omelette à la sauce ghannouchistan!!!

Angel
| 24-08-2013 19:46
ne mérite même pas un cracht.... encore moins un commentaire!!!

Yamina
| 24-08-2013 17:28
Ce sinistre est à l'image de tout le gouvernement. Ils n'ont de démocrates que le nom.
Dans tous les pays du monde, un ministre entartré encaisse le coup et il part. Il en rigole s'il est vraiment bon joueur et sportif. En Tunisie, il va à l'hôpital, il pleurniche, il ment et il dépose plainte.
Ce soir deux hommes, deux vrais hommes, dormiront une nuit en prison pour un simple oeuf. Ils sortiront grandis. Le ministre, lui, est à jamais sali par cette histoire.

Citoyen Éc'uré
| 24-08-2013 14:54
C'est la véritable nature de cet homme qui refait surface et son parcours " droit de l'hommiste " est bidon à l'instar de beaucoup d'autres, c'était un fonds de commerce sous Ben Ali et contrairement aux idées reçues, tous ces pseudo-opposants démocrates au septnovbrisme était complice de la mascarade orchestrée par Ben Ali 23 ans durant. Les vrais opposants ce sont tous les Tunisiens anonymes toutes catégories sociales confondues qui ont fait de la résistance sans jamais se laisser aller à la compromission et au tractations secrètes avec la tyrannie. Mehdi Mabrouk et ses accolites tel Ben Hamidane et autres, ont été tellement imprégnés des méthodes de Ben Ali leur modèle de gouvernant qu'ils s'en inspirent aujourd'hui. La race des zéleurs a la peau dure et ils sont la preuve que le régimes changent, se succèdent et se ressemblent

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