Ennahdha-Nidaa Tounes : les amants qui se cachent

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Il est un adage qui dit : « de l'Amour à la Haine, il n'y a qu'un seul pas». Et la politique n’en est pas exempte. Ennahdha et Nidaa Tounes, deux opposés qui ont fini par s’attirer. Ils se sont déchirés, tiraillés, rudoyés et stigmatisés des mois durant avant de finir par avoir le béguin : les deux grosses têtes de la scène politique locale se sont dit « je te haime » ! Chronique d’une idylle ineffable.

Les élections du 23 octobre 2011 ont eu l’effet d’une surprise, pas tout à fait agréable, aux yeux du peuple, mais encore de la caste politique de tous bords. Et pour cause ! Le mouvement islamiste, devenu véritable menace pour la démocratie, a arrosé les urnes de bonnes eaux. L’émergence d’une force politique, suffisamment pondéreuse, devenait une condition sine qua none en vu de contrecarrer celle d’Ennahdha et d’instaurer un équilibre salutaire.  Voilà que le parti Nidaa Tounes est né ! Il a été appelé « l’alternative » pour ainsi signifier qu’il n’y a plus de place à de grands dangers guettant la démocratie en Tunisie.
L’histoire a commencé par une sorte d’ironie du sort : le gouvernement de Béji Caïd Essebsi a accordé le pouvoir au mouvement Ennahdha au moyen des élections du 23 octobre. Le gouvernement d’Ennahdha (théoriquement de la Troïka) a accordé le visa au parti de Nidaa Tounes. Le mouvement de Rached Ghannouchi s’est adonné, dans un premier temps, à un faux calcul : le parti de BCE ne pourra guère faire long feu, il est embryonnaire, il est taxé de « résidus du RCD », il ne compte pas un nombre substantiel d’adhérents, aucune structuration à tenir une certaine droiture, entre autres argumentaires. Un pas de clerc ! Le leader d’Ennahdha et ses troupes ont sous-estimé le génie de Béji Caïd Essebsi jusqu’à l’ouverture officielle et totalement transparente (ils ont eu marre de s’en cacher) des hostilités entre les deux camps.

Un sensible retour dans la machine à remonter le temps, permet un rappel d’une déclaration ayant été accordée par Lotfi Zitoun, membre dirigeant au sein d’Ennahdha et ancien ministre conseiller du gouvernement Jebali. En voici l’essence : « Nidaa Tounes, et tel que le considère Rached Ghannouchi, est un symbole de la contre-révolution, en dépit de cela, un rapprochement avec ce parti demeure possible.» Cette déclaration de presse a été donnée le 5 janvier 2013. A peine une semaine plus tard, le discours a emprunté un tout autre virage. Lotfi Zitoun déclare alors : « un rapprochement avec le parti Nidaa Tounes est à écarter en raison de l’opposition des instances dirigeantes d'Ennahdha.» Un peu plus d’un an après, dans une apparition médiatique,  le membre dirigeant du mouvement islamiste, tout sourire, fait les yeux doux à Nidaa Tounes le qualifiant de « grand parti, capable d’assurer l’alternative démocratique et qui a fait beaucoup de bien à la Tunisie en crééant un contrepoids de taille dans la vie politique.» 

Et il n’y a qu’à observer le grand guide du mouvement islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi, pour dessiner les contours d’une stratégie politique à tendance équivoque à l’adresse du parti concurrent, Nidaa Tounes. Que de mieux comme preuve que la fameuse réplique du leader d’Ennahdha, nous citons : « Nidaa Tounes est pire que les salafistes ! ». En usant de qualificatifs, dans l’essence, afférents au passé RCDiste d’une frange des membres du mouvement de Caïd Essebsi, les Nahdhaoui se sont engagés dans une véritable guerre des clans. Une guerre qui était à même de conduire le président de Nidaa Tounes à clamer haut et fort qu’il regrette d’avoir propulsé Ennahdha au pouvoir lorsque son gouvernement a organisé les élections du 23 octobre.

Au fil des mois et des événements ayant fortement ébranlé le pays, à quelque endroit, Nidaa Tounes et Ennahdha ont compris que les règles du jeu doivent absolument être révisées, auquel cas, les deux partis pourraient aspirer à un dénouement plutôt seyant. C’est alors qu’une rencontre des plus improbables a été dévoilée à la surprise de tous, les membres dirigeants des deux mouvements en étaient les premiers. Rached Ghannouchi et Béji Caïd Essebsi se sont vus, en quasi-cachette, à Paris. Une rencontre qui n’a pas tardé à donner ses résultats : les deux parties se sont calmées et ont convenu à une trêve, mieux encore, à une forme d’alliance. C’est alors qu’on se jette des fleurs par ci, des fleurs par là et à Rached Ghannouchi de déclarer être prêt à collaborer avec le parti qui, autrefois, était son ennemi juré.

La donne a changé, cela est on ne peut plus clair. La donne politique, sécuritaire et sociale. Toutes les parties, les plus influentes, en l’occurrence, Ennahdha et Nidaa Tounes, ont compris que le gain est loin de crécher dans les contractions politiques et la guerre des clans. Ils ont compris que présentement la place doit être laissée à la maturité politique toujours sur fond de gain. Que serait sinon la politique si bénéfice n’y est pas ? Rached Ghannouchi et Béji Caïd Essebsi ont conçu et adhéré à une configuration qu’auparavant ils considéraient comme du domaine de l’impossible : se partager le pouvoir. Sous la chape du consensus, nouveau concept intégré dans la sphère politique, les deux partis adversaires ont, très clairement, choisi de faire chemin à deux pour l’intérêt général du pays mais, en simultané, l’intérêt particulier de chacun d’entre eux. Voyez le résultat du vote de l’article 167 portant sur l’exclusion des ex-RCDistes des prochaines élections, et le tableau devient bien plus clair !
    Nadya B'CHIR

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16 commentaires
@tounsia2 : la femme idéale
Observateur en Tunisie |13-05-2014 02:58
Vos paroles m'ont vraiment conforté. Heureusement qu'il y a des femmes comme vous en Tunisie, si non que deviendrait-il ce pays? Un nid des renards ou des scorpions?

Voici que vous me montrez la sagesse, le bon c'ur, la bonne conscience; des qualités rares en politique! Je vous ferais de plus un aveu: ce sont ces qualités qu'on rêve dans une femme et -si vous êtes célibataire, je n'hésiterai pas dans un projet de noces!

(Et bien sûr, Dieu sait mieux que nous, ça fait du bien d'en avoir confiance)
tout était planifié depuis Washington, Mme B'chir!
Observateur en Tunisie |13-05-2014 02:45
Vous avez bien vu, Nadya B'chir! Et c'est un article bien écrit. Il y aurait des preuves logiques suite à des analyses personnelles que la collaboration entre Béji Caid-Essebsi et le parti islamiste avait en effet commencé depuis au moins août 2011.

Ensemble, ils leurrent les Tunisiens et tiennent bon à leur faire croire qu'ils vivent la "démocratie", alors que c'est un système complètement démagogique où ils jouent l'antagonisme pour partager le pouvoir et laisser prospérer l'islamisme en Tunisie.

Le bonus pour M.Essebsi serait la promesse du Cabinet Obama de le faire nommer Président à la place de tartour, le psycho-péripatétique qui squatte Carthage pour le compte du Qatar....

Bon, Mme B'chir vous avez bien compris le jeu et je ne peux en aucun cas vous dire de plus avant la publication de mon livre. Mais si j'aurais du retard éditorial, je me exécuterai pour une publication en ligne, car c'est pressant d'ouvrir les yeux des Tunisiens sur le danger national à cause de toutes ces magouilles.

PS. Je vous conseille de fréquenter le Bush Center au Texas, une belle promesse d'air frais dans la puanteur islamiste actuelle, ne sentez Vous?

N.G.M. Activiste D.H.
@ Tounsia2
Nicholas Machiavelli |11-05-2014 13:08
Vous n'avez rien compris de Machiavel . La politique ne doit pas être braquée sur un gouvernement idéal mais sur les réalités excitantes avec les quelles l'homme politique doit interagir . Vous êtes ds l'idéal , dans l'utopique , dans l'imaginaire et non ds la réalité . Les hommes n'ont jamais respecté l'éthique , ils s'en tapent de morale , ils l'utilisent comme slogan électoraliste et après ils font les 400 coups . Les Grands de l'Histoire que vous citiez ont laissé place a des opportunistes véreux , allez voir l'ANC , le parti de Mandela , qu'est ce qu'il est devenu , un ramassis d'opportunistes et de corrompus qui utilisent son image pour rester au pouvoir et faire fortune . Allez voir le parti de Congrès en Inde , celui de Ghandi et de Nehru . Regardez la vérité en face et ne soyez pas dupe .
La ruine de la politique de Machiavel
tounsia2 |10-05-2014 23:42
@Nicholas Machiavelli

« La morale en politique c'est pour les naïfs, elle n'existe pas et n'a jamais existé . . . . . .»

Vous avez une piètre idée des hommes et de la politique ; Ce qui est sûr, c'est que nous n'avons pas croisé les mêmes hommes dans la vie ; Je pense que l'homme est avant tout honnête, loyal et respectueux des règles de l'éthique, et ceux qui ne respectent pas la morale, devraient être l'exception et non la règle, et je ne pense être naïve en défendant ces valeurs, puisqu'il a été montré qu'aucun secteur de l'activité humaine ne peut réussir et être efficace, s'il ne repose pas sur un socle d'éthique et de morale .
Le raisonnement de Machiavel que vous défendez institut une activité politique intéressée et carriériste, c'est-à-dire, une activité politique qui n'est nullement au service de la communauté, mais plutôt au service de l'intérêt personnel du politicien; Or, il se trouve que ce genre de raisonnement est pénalisant, particulièrement en politique. Les exemples sont nombreux, je vous citerai le plus connu de l'histoire, celui du Président Nixon qui a été obligé de démissionner parce qu'il n'a pas respecté l'éthique politique (le scandale de Watergate) ; Cet exemple et bien d'autres, montrent au contraire, que la politique ne peut réussir et être efficace que si elle est orientée vers le bien être de l'humanité ; L'exemple de Gandhi et Mandela est édifiant, puisqu'ils ont réussi à faire respecter l'éthique en politique et ont montré qu'on peut faire la politique autrement. En tout cas, entre Machiavel et Gandhi ou Mandela, l'humanité a choisi l'éthique et la morale de ces derniers, alors que l'adjectif « machiavélique », est passé dans le langage courant, pour exprimer une conduite cynique, fourbe et sans scrupules, que l'humanité continue encore à condamner.
@Kane
Nicholas Machiavelli |10-05-2014 18:46
Je ne vais pas vous résumer Machiavel , vous pouvez le lire . Mais le cynisme qui est reproché a Machiavel est reproché par ses détracteurs moralistes qu'il a toujours combattu . Machiavel se méfie de la morale parce qu'il est pessimiste a l'égard de la nature humaine , les Hommes sont égoïstes , corrompus et vicieux et la politique est a leur image dc parler de morale en politique est un non sens .
Enfin , je vous dirai que le réalisme politique et l'efficacité , vous pouvez les trouvez contre la morale , mais ils peuvent servir le pays . Dans l'entente entre BCE et Rached , c'est peut être l'intérêt du pays qui gagnera , ds leur entente la pays gagnera en stabilite . La morale en politique c'est pour les naïfs , elle n'existe pas et n'a jamais existé , la politique est le reflet des Hommes , les Hommes respectent-ils la morale ? Non donc en politique c'est la même chose . Machiavel a fait scandale quand il a rompu avec la pensée moraliste .
Les facettes du diable
Le diable |10-05-2014 16:24
Le rapprochement d'Ennakbe à Nidaa Touses est un calcul d'intérêt pur et simple. Avec son échec dans la gouvernance du pays, la perte de confiance du peuple tunisien envers eux et le risque du jugement sur les assassinats des militants et des évènements des salafistes appuyés par eux sous forme de couverture et donc leur retour en prison, Ennakba a voulu passer avec Nidaa un compromis pour partager le pouvoir et avoir la paix. Nidaa a eu une popularité sans précédent car le tunisien n'accepte pas de vivre dans un Etat religieux sous la gouvernance du khalifa, la dictature des pays enfoncés dans l'ignorance et le sous développement.
Si cela s'avère vrai et si les tunisiens voteront Nidda, la prochaine fois, sera en faveur d'El massar ou d'un parti formé de jeunes mois de 50 ans, il est temps de le constituer pour en finir complétement avec les RCD et les nahdhaouis.
Un peule surpris par lui même!
Mourado |10-05-2014 16:05
Lire ceci "Les élections du 23 octobre 2011 ont eu l'effet d'une surprise, pas tout à fait agréable, aux yeux du peuple" me laisse sans voix. Ce peuple qui est allé voter, s'est retrouvé donc surpris par le résultat de son vote? ça épend e quel peuple parle-t-on alors, puisque tout le monde aime parler au nom de ce peuple! Ridicule.
@Nicholas Machiavelli: à cynique, cynique et demi
kane |10-05-2014 15:43
Cynique: Qui avoue avec insolence, et en la considérant comme naturelle, une conduite contraire aux conventions sociales, aux règles morales ; qui manifeste du cynisme : Un être cynique et immoral.
Voilà qui caractérise nos deux vieux loups de la politique. Ils n'ont aucune ambition pour leur pays, et encore moins pour son peuple. La seule chose qui les intéresse c'est le pouvoir pour le pouvoir. Et vous, monsieur, vous trouvez cette attitude intelligente, et ceux qui ne la comprennent pas sont forcément des imbéciles qui ne comprennent rien à la politique. Il n'y a que dans les pays dits "en voie de développement" (pour être poli) qu'on rencontre des esprits aussi éminents.
Ça s'appelle le réalisme politique , lisez Machiavel !
Nicholas Machiavelli |10-05-2014 12:53
C'est le réalisme machiavelien , pour arriver a son but et concrétiser la fin qui est d'arriver au pouvoir et le concrétiser , tous les moyens sont bons y compris une alliance entre eux . C'est la fin qui justifie les moyens . Rester figé c'est pour les imbéciles en politique comme l'extreme gauche tunisienne sinistree et le réalisme c'est pour les avertis qui adoptent toutes les stratégies et les postures pour arriver au pouvoir . BCE et Rached ont bien lu le Prince , les autres sont des imbéciles et des incultes en politique .
Correction à mon commentaire précédent,
ZZZ |10-05-2014 12:07
lire positions modérées et non modérés
12
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