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Les finances extérieures sur la sellette

Les finances extérieures sur la sellette

 

Non, la stabilisation du cadre macroéconomique du pays ne sera pas atteinte de sitôt. En tout cas, les dernières données statistiques ne concourent pas à affirmer le contraire. Les résultats de la croissance au 1er trimestre ont été décevants. Ils ne fournissent pas les signaux, ni d’une reprise qui infléchirait la courbe du chômage, ni d’un apport suffisant en termes de recettes fiscales qui permettent d’envisager un déficit budgétaire conforme aux prévisions établies par le gouvernement de 3,9% du PIB (Voir chronique du 6/6/2019). Malheureusement, cette même configuration risque de se produire pour les finances extérieures. L’évolution des échanges extérieurs depuis le début n’est pas pour rassurer. En réalité, elle donne froid dans le dos. A la fin du mois de mai 2019, le déficit commercial cumulé dépasse déjà les 8 milliards de dinars contre 6,6 milliards de dinars l’année dernière, soit un accroissement de près de 23%. Alors que, depuis le début de l’année, le rythme des exportations dépassait celui des importations, ce rapport s’est inversé à partir du mois d’avril. Sur le moment,  on s’en n’est pas inquiété outre mesure compte tenu d’une importante hausse des achats de gaz naturel effectués durant le mois en question en prévision d’une augmentation prévisible de consommation d’électricité durant la saison estivale. Cependant, cette tendance s’est reproduite au cours du mois de mai. Le déficit s’est creusé de 1,8 milliards de dinars supplémentaires. Cette situation irait-elle crescendo ? Il faut le craindre. La demande de consommation durant le second trimestre enregistre habituellement un bond significatif en raison notamment de l’afflux touristique durant cette période. Faute d’une production intérieure suffisante, le recours à l’importation deviendrait une évidence, sinon c’est l’inflation qui reprendrait de plus belle. Autrement dit, cela revient à résoudre la quadrature du cercle.

 

Du côté de la Banque centrale de Tunisie (BCT), on commence déjà à s’alarmer. Dans sa dernière livraison sur les évolutions économiques et monétaires parue en mai, l’institut d’émission remarque que les exportations, à prix constants, ont accusé une baisse de 2,7% sur les 4 premiers mois de l’année contre une hausse de plus de 13% l’année dernière durant la même période. Certes, les importations en volume ont enregistré une baisse de 2%. Toutefois, si l’effet volume n’a pas eu d’impact sur le creusement du déficit, l’effet prix et l’effet change ont fortement influencé cette descente aux enfers du déficit. Curieusement, la banque des banques a, pour la première fois, évité de fournir la part de chaque effet dans le déficit. Est-ce l’effet d’une inflation importée ou l’effet de la politique du taux de change? C’est mystère et boule de gomme. L’attitude observée depuis quelque temps par l’autorité monétaire de soutenir la stabilité du taux de change quand bien même une certaine détente est constatée au niveau du marché de change interbancaire ne fournirait-elle pas un début de réponse ? Quoiqu’il en soit, il faut se plier à l’évidence. Les pressions sur la balance des paiements courants sont devenues de plus en plus pesantes. Curieusement, là aussi, la BCT s’est abstenue de fournir la moindre des informations dans sa dernière analyse de la conjoncture alors qu’elle le faisait habituellement.

 

Entre janvier et mai 2019, nos réserves de change ont perdu l’équivalent de 8 jours d’importation en dépit de l’accroissement des recettes touristiques de plus de 18% en euros. Le renflouement du stock de devises du pays à la faveur du décaissement de la 5e tranche du crédit du FMI d’un montant de 245 millions de dollars ne va pas arranger sensiblement la situation dans la mesure où le pays va honorer une importante échéance extérieure au mois de juillet prochain.

 

Dans le communiqué publié à l’issue de l’accord de décaissement, le Conseil d’administration du FMI n’y est pas allé par quatre chemins. « La réduction du déficit budgétaire à 3,9% du PIB en 2019 nécessitera une discipline sans faille », a-t-il averti. Et pas seulement. « La politique monétaire doit être axée sur le maintien de la stabilité des prix. Des hausses supplémentaires des taux directeurs seraient justifiées si les prévisions d'inflation pour décembre 2019 étaient supérieures à l'objectif. La réussite de la désinflation dépendra également de la réduction du refinancement de la banque centrale et de la réforme du cadre des garanties, tout en préservant la stabilité financière », a-t-on ajouté. Et, pour finir, l’Executive Board de l’institution de Bretton Woods insiste pour que « la réduction des déséquilibres extérieurs repose sur un taux de change déterminé par le marché. Les adjudications de devises concurrentielles ainsi que la réduction des interventions de la Banque centrale restent essentielles pour améliorer la couverture des comptes courants et des réserves ».


Le gouvernement adoptera-t-il ce cap ou le laissera-t-il au prochain gouvernement issu des élections législatives et présidentielle prévues à la fin de l’année ?

 

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Commentaires (1)

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Roger Rabitt
| 16-06-2019 04:36
Merci pour vos precieuses analyses qui comme toujours traitent de l essentiem. c est a dire de ce qui se dissimule a la plupart

Pour qui veut vtaiment avoir unr idee exhzustive des problematiques de notre economie vos articlrs constituent depuis des annnrs une somme d eclairages et de vulgarisation tres apprecoables

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