alexametrics
A la Une

Guerre de tranchées entre Massar et Nidaa

Temps de lecture : 6 min
Guerre de tranchées entre Massar et Nidaa
L’Union pour la Tunisie est en panne, elle est même morte pour certains. Ceci est un constat pour plusieurs membres de cette coalition politique formée de partis se disant « progressistes » et « démocrates ». D’abord Al Joumhouri, qui a préféré quitter l’alliance et faire cavalier seul, ensuite Al Massar, dont la rupture semble être imminente suite à un récent différend sur la tenue des prochaines élections. Un point commun réunit les deux, un conflit les opposant à Nidaa Tounes, parti fort de la coalition, accusé de vouloir être seul à tirer les ficelles…

« Nous sommes les plus grands écoutez nous ! », entendez dire par là « obéissez ! » dirait Nidaa Tounes à ses acolytes au sein de l’Union pour la Tunisie, selon Samy J- Chapoutot dirigeant et membre du bureau exécutif d’Al Massar.
L’hégémonie du parti de Béji Caïd Essebsi n’est un secret pour personne. Ragaillardi par son score aux derniers sondages d’opinion, le plaçant premier des intentions de vote, avec près de 20% des voix, autant dire que Nidaa est le parti fort de l’UPT, et il ne s’en cache pas.

Tenu dimanche 15 juin 2014, le conseil national de Nidaa Tounes a tranché : « Pas de listes conjointes pour les législatives ».  Voilà de quoi refroidir ses acolytes dans l’UPT pour lesquels il était question, au début de la création de cette alliance, d’un front électoral unifié. L’union pour la Tunisie est aujourd’hui réduite à « un cadre stratégique de coordination politique », selon le parti. Mais ses alliés ne le voient pas de cet œil. Alors que le torchon brûle avec ses acolytes, dont ceux d’Al Massar, cette annonce de Nidaa risque davantage de mettre de l’huile sur le feu. Mais Béji Caïd Essebsi est on ne peut plus clair : « Ces élections permettront de connaitre le poids réel de chacune des forces politiques ». Des alliances, il y en aura certainement après, précise-t-il, qui n’excluent pas toutefois Ennahdha du tableau.

Ce genre de position n’est certainement pas au goût des autres membres de l’UPT. Dans une interview accordée au journal Le Maghreb, datée du début du mois de juin courant, le porte-parole d’Al Massar, Samir Taïeb, marque une réelle rupture avec Nidaa Tounes, et en particulier, la personnalité de Béji Caïd Essebsi, leader du parti.
Dernier désaccord en date, l’ordre de priorité des élections. Un désaccord qui a finalement fini par faire rompre les liens.  En effet, alors que Nidaa Tounes revendique une présidentielle avant les législatives, Al Massar, de son côté, penche pour la primauté des législatives. Une position qu’il estime « logique », mais qui lui vaut les railleries de son allié la qualifiant d’« étriquée et déconnectée de la réalité du pays ». Des accords ont été conclus entre les directions d'Al Massar et de Nidaa pour que les leaders d'Al Massar obtiennent des têtes de listes. Neuf noms pour les têtes de listes et une trentaines d’autres pour les deuxième et troisième places, selon Saïda Garrache, membre du bureau exécutif de Nidaa Tounes. La condition pour l'obtention de ces têtes de listes, totalement identifiées, est qu'Al Massar vote pour la primauté de la présidentielle. Ceci n'a pas été respecté, d'où la position radicale de Nidaa du 15 juin.

Par ailleurs, les luttes intestines au sein de Nidaa ont mis le feu aux poudres dans cette entente fragile. En effet, deux courants se font nettement fait ressentir au sein de Nidaa Tounes. Deux courants diamétralement opposés dont l’un est accusé d’opportunisme à cause d’une certaine promiscuité avec Ennahdha. La crise au sein de Nidaa Tounes n’a fait qu’enfoncer davantage le clou quant aux divergences opposant les deux alliés. Ajouter à cela, l’hégémonie du parti de Béji Caïd Essebsi qui dérange fortement son allié.

A ce stade, une rupture avec Nidaa Tounes et un départ de l’Union pour la Tunisie n’est pas à écarter, affirme Samir Taïeb dans la même interview. Aujourd’hui, ce qu’Al Massar reproche le plus à Nidaa Tounes c’est surtout de ne pas avoir respecté son engagement de départ : celui de faire de l’UPT un front politique et électoral. Mais il semblerait que Nidaa Tounes a déjà prévu son coup à l’avance en entretenant, d’emblée, le flou autour de cette question. En effet, si l’UPT a annoncé, dans un communiqué publié début février 2014, son intention de se présenter aux élections avec un front unifié, Nidaa a toujours nuancé cette décision, au grand dam de ses alliés. La forme de ce front n’a pas encore été établie, selon le secrétaire général du parti, Taïeb Baccouche. Nidaa aurait-il jeté un appât à ses alliés avant de se rétracter au moment fatidique ? Certains semblent le croire.

Aujourd’hui, l’UPT n’a pas encore réussi à s’ériger en un front à part entière, se muer en un front électoral unifié semble impossible dans l’état actuel. « L'UPT est une machine en panne, elle n'existe même plus, elle n'a jamais été un front électoral ni une alliance politique », avait écrit sur sa page Facebook, le 7 juin courant, Ahmed Néjib Chebbi, leader d’Al Joumhouri, démissionnaire de l’UPT depuis décembre dernier.
Même si les animosités entre Al Joumhouri et Nidaa ne sont plus à prouver, il semblerait que Néjib Chebbi tienne le même discours que les dirigeants d’Al Massar aujourd’hui : « La crise au sein de l'UPT n'est pas sans rapport avec la crise qui sévit au sein de Nidaa. Aussi est-il temps de reconnaitre que cette alliance était une faute inspirée par la défaite électorale de 2011 et le sentiment de faiblesse qui en a résulté. C'est le moment de compter sur ses propres forces pour rééquilibrer le paysage au sein du camp moderniste et offrir au pays une alternative du centre démocrate et social ».

Aujourd’hui, alors que les dates des élections approchent à grands pas et devraient être organisées avant la fin de l’année, le score dérisoire d’Al Massar semble peu intéresser le parti le plus fort de l’alliance. Le Front électoral unifié serait une solution « inacceptable » selon une personnalité de Nidaa Tounes, proche de Béji Caïd Essebsi. Tout en rappelant « la leçon dramatique du 23 octobre 2011 », autrement dit, les scores dérisoires raflés par l’opposition dite démocrate, elle précise qu’il n’est plus question pour Nidaa Tounes de refaire cette même erreur aujourd’hui.
Force est de reconnaitre qu’une telle coordination est très difficile à atteindre au stade actuel des choses où au sein de l’alliance, les voix dissonantes sont monnaie courante. Les différents protagonistes n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur la tenue des prochaines élections et aucune stratégie claire n’est élaborée pour l’instant.

Saïda Garrache écrit aujourd’hui, lundi 16 juin 2014, sur sa page Facebook un post dans lequel elle épingle « ceux qui n’ont pas retenu la leçon du 23 octobre 2011 ». Dans son post, elle s’adresse à ceux qui « ne cessent de critiquer Nidaa Tounes » alors qu’eux-mêmes ont trahi les nombreux accords conclus au sein de l’UPT, dont l'ordre des prochaines élections, et ont préféré jouer en solo à de multiples reprises, explique-t-elle. Sans pour autant nommer Al Massar, elle explique que des membres de l'UPT ont préféré virer de bord à la dernière minute, au sujet de la question des élections, à savoir, au moment du vote lors du Dialogue national. Elle accuse également ces parties de revendiquer des listes conjointes uniquement dans le but d’améliorer leurs chances de remporter les prochaines législatives.

Une guerre de tranchées est une forme de combat dans lequel les deux camps campent sur leurs positions. Dans une paralysie du conflit, les combattants s’abritent dans des lignes fortifiées où ils sont protégés par des armes légères, jusqu’à épuisement progressif. Aujourd’hui, la bataille « pour la Tunisie », a tout d’une guerre de tranchées. Les partis affutent leurs armes dérisoires et chacun se déclare plus apte à gouverner que le camp « ennemi ». Alors que du côté des islamistes, le majliss Choura se réunit pour juger des compétences et du statut de chacun à occuper un poste de pouvoir, le camp démocrate s’abrite dans ses tranchées et s’effrite à l’épuisement. Alors, bataille pour la Tunisie ou bataille pour le pouvoir ?

Votre commentaire

(*) champs obligatoires

Conditions d'utilisation

Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne reflètent pas l'opinion de la rédaction. La publication des commentaires se fait 7j/7 entre 8h et 22h. Les commentaires postés après 22h sont publiés le lendemain.

Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ou contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.

Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

Commentaires

Commenter

Inspecteur des travaux finis
| 21-06-2014 03:16
Je ne fais qu'un constat qui peut etre valable a tous les moments post ou pré révolution ,
malgrés que ce théatre et ses coulisses qu'est le pouvoir et la politique , depend d'un facteur, c'est un constat qu'a fait Mohamed Mzali ,qui avec ses défauts , a dessiné dans les années 80 , et fait le portrait de la Tunisie, et de son avenir ," LA TUNISIE EST UNE MERE DONT LES ENFANTS N'AIMENT PAS ET NE S'AIMENT PAS ENTRE EUX ET SE JALOUSENT "ndlr , ce qui , en conséquence me fait ajouter , ils ne prennent conscience de sa valeur qu'une fois qu'elle les quitte ou qu'ils ne la quittent .eux mèmes

HatemC
| 17-06-2014 17:38
Pour rappel en France par exemple les socialistes ou l'UMP ou le FN, .... partent seuls pour les législatives, ce n'est qu'après les élections que les groupes parlementaires se constituent.
Faut-il que les partis partent seuls d'abord en gardant à l'esprit que l'UPT se reconstituera une fois les députés élus. Peut être que les partis peuvent s'entendre sur un schéma différent, de s'allier après les élections, rien ne l'empêche.
Les Tunisiens ne sont pas disciplinés malheureusement, ils ne partent pas en rang serrer, ils ne savent pas faire, les ego apparaissent à l'approche des élections.
On le constate, Nhadha a distillé son venin pour diviser comme vous dites alors autant les défier pour qu'ils y aillent seul ces islamistes, on verra bien leur poids réel en Tunisie. C'est un avis, bien sur, j'ai encore des lacunes dans ce domaine. @+ HC

HatemC
| 17-06-2014 17:26
J'abonde dans votre sens.
Maintenant que les règles sont établi, que faut-il faire ? Les divisions sont apparus maintenant, les égo l'ont emporté.
Il faut trouver maintenant le moyen de casser l'hégémonie des islamistes en les prenant à leur propre jeux.
Je pense honnêtement qu'aller seul au début n'est pas une mauvaise stratégie.

NT a des chances de rafler près de 30% des sièges à l'ANC seul.
Massar et Moubadara et le Front peuvent à eux 3 rafler 10% de sièges voir plus, ils peuvent après les élections se constituer en groupe parlementaire fort, voir majoritaire.

Et comme vous le dites si bien , les relais en Tunisie des islamistes se trouvent chez l'élite dite d'oppositions, des opportunistes qui fausseront le jeux. Quand on voit le yoyo que nous fait Chebbi ....
Maintenant la Présidentielle est une mascarade, le président n'aura aucune prérogatives que celle de nommer le MUFTI ou le révoquer.
On nous a imposé un régime Parlementaire, il y aura toujours blocage, on nous impose une COHABITATION. Votre avis m'intéresse. Cordialement, Hatem Chaieb

Bourguibiste nationaliste
| 17-06-2014 12:52
LE VIRUS ISLAMISTE ET L'OPPORTUNISME MINABLE DES POLITIQUES TUERONT LA TRANSITION
En termes cybernétiques, si on veut tuer un système, il faut simplement y introduire un virus informatique. Et c'est précisément ce que les islamistes et la Troïka ont fait en introduisant dans le système politique la proportionnelle comme loi électorale. Dans les transitions, et à des rares exceptions, la proportionnelle n'a jamais aidé à la réussite des transitions. En introduisant la proportionnelle, les islamistes ont introduit un système d'instabilité chronique qui sera mortelle pour la démocratie. Ils l'ont fait de manière cynique pour rendre impossible un gouvernement majoritaire et pour leur donner le moyen d'arbitrer entre les différentes forces. Ils l'ont fait également pour diviser les partis modernistes ou laïcs, tablant sur l'opportunisme des leaders de ces partis. Ce qui se passe actuellement au sein de l'UPT et en particulier le comportement des partis al-Massar et al-Joumhouri montre que les islamistes sont entrain de réussir leur man'uvre cynique : diviser pour régner. Ainsi, les partis opposés à la Troïka partent divisés, voire opposés les uns aux autres, et cela ne fera que le bonheur des islamistes qui pourront rééditer un 23 octobre 2011. Ainsi, les islamistes auront réussi à rendre la véritable transition impossible.

Nad
| 17-06-2014 12:49
Tant que les rivalités des personnes existent entre elles, soyez sur que les élections qui vont venir seront perdu d'avance.
Ne soyez pas surpris par la suite de la victoire d'Ennahdha et cie.
A chaque fois que vous vous approchez du but fixé, vous trouvez le moyen de vous éloigner, et pendant ce temps là le citoyen se mord les doigts.
Oui L'UPT c'est la seule issus pour gagner les élections ensemble.

FBC54
| 17-06-2014 10:36
La soi disant Guerre de tranchées entre Massar et Nidaa est en fait un match amical entre des gens bien. La vraie guerre est entrain de se préparer ailleurs. Elle emportera tout sur son passage. DAECH tapera sans aucun doute bientôt à nos portes; ça sera évidemment le déluge!

ZZZ
| 17-06-2014 09:41
Après un gros dodo de plusieurs semaines concernant la question des élections (je n'ai lu aucun article de BN qui défend le principe de l'élection présidentielle avant les législatives),BN veut donner des leçons de morale !!!
Non,Nida Tounes ne s'alliera pas au massar et autres groupuscules.D'abord parce que les traîtres qui ont rejoint la position d'Ennakba pour faire précéder les législatives,ne méritent aucune confiance.Ensuite parce que le massar n'a même pas 0% d'intentions de vote.Ce qui risque de nous faire perdre le nom et le label Nida Tounes pour une coalition méconnue de tous.

brahim brahim
| 17-06-2014 08:16
je prie Dieu de nous protèger contre tous ceux qui veulent nous faire du mal en cherchons coute que coute à avoir notre gouvernance.

Kairouan
| 16-06-2014 21:39
.
Je ne voterai pas pour, aux prochaines elections; Je voterai contre! Contre Ennakba...dans toutes les etapes de ces elections et dans tous les cas de Figure. meme dans le cas d'une alliance pre-etablie entre ce "Hizb Errach" - comme l'a justment appele un des commentateurs - je choisirais de donner le plus de poid possible a celui qui est en face des Islamistes!... Et ca rien, mais rien - sauf la mort - ne pourra m'en empecher....
Petit x et d'autres et d'autres sur ce site et ailleurs appellent a faire de meme.

Alors ignorons les adeptes des theories du complot qui aiment repeter leur rangaine a l'infini. Ceux- qui n'arrettent pas d'enfoncer des portes ouvertes et qui semblent nous dire que si en dernier recours on choisit BCE contre le Gourou et ses fils d'Ansar Eccharia - c'est parce que les USA auraient etudie la possibilite et l'aurait voulu auparavant...A croire que ces commentateurs fatalistes et deprimants promeuvent et nous recommandent l'Abstension. Or, Il n'y aurait pas plus bete et pus dangereux que de boycoter les elections dans notre cas ...

Une fois dans les isoloirs, nous sommes maitres et reponsables de nos choix. Et si l'un ou l'autre parti passe premier, c'est tout simplement parce les voix le disent et les electeurs l'ont choisi....de facon volontaire, ou parcequ'ils sont interesses! On ne paut pas faire sans le peuple; et ce dans toutes les eventualites!
Bon courage a tous les democrates...
.

hombre
| 16-06-2014 21:00
Ce que un grand parti comme nida tounes veut véhiculer pour les petits partis est clair :" vous n'avez pas une grande assise électorale , restez loin de nous car nous avons de nombreuses "grosses légumes" de chez nous à placer en cas de victoire . Si vous venez chez nous vous nous gênez !

A lire aussi

Les signaux envoyés par la présidence sont assez

25/02/2020 19:59
0

c’est vers l’Italie qui dénombre en ces derniers jours plus de 72 nouveau cas d’infection avec 5

24/02/2020 19:59
3

Des revenus boursiers en hausse, mais un marché qui ne suit pas avec des indices sectoriels en

23/02/2020 15:59
0

Un fonds de commerce qui peut s'avérer

21/02/2020 19:59
30

Newsletter