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Youssef Chahed n’avait rien à dire, mais il tenait à le faire savoir

Youssef Chahed n’avait rien à dire, mais il tenait à le faire savoir

 

Le feuilleton antipathique de l’Education nationale est achevé. Rendez-vous à la prochaine saison, les enseignants devraient briller par encore davantage d’ingéniosité et de créativité.

Pour la saison 2018-2019 et après on ne sait plus combien de jours de grève et combien de manifestations, de sit-in et de mots d’oiseaux, les enseignants ont fini par obtenir ce qu’ils voulaient, soit une augmentation de quelque 60 dinars. Soixante misérables dinars. C’est combien en euros ces 60 dinars ? 17 ! Dix-sept euros ! Pour ces 60 dinars, nos chers enseignants ont fait perdre un temps inestimable irrécupérable (le temps est toujours inestimable et irrécupérable) à nos enfants, aux parents et aux politiques. Pour ces 60 dinars, nos chers enseignants ont hypothéqué et joué avec l’avenir de nos enfants et donné les pires signaux et les pires leçons à nos enfants. Il fut un temps où l’on disait que l'enseignant a failli être prophète. Aujourd’hui, on peut dire qu’ils ont failli tout court avec leur mercantilisme à deux sous. Ils peuvent se pavaner d’avoir réussi leur grève, d’avoir obtenu ce qu’ils voulaient, d’avoir gagné, ils ont perdu notre estime. Pire, et c’est ce qu’il y a vraiment de pire, ils ont peut-être perdu l’estime de leurs propres élèves. Je ne parle pas, bien entendu, de tous les enseignants, ni de tous les élèves, ni de tous les parents, mais plusieurs se reconnaitront dans ce que j’ai dit. Parmi les parents désabusés par les enseignants, figure un nombre qui va faire sortir ses enfants de l’école publique pour les mettre à l’école privée, voire à l’école française. Voilà le véritable résultat invisible de la démesure de nos enseignants-syndicalistes et de leur égoïsme. Ils ne vont pas, ne vont plus, accepter de laisser leurs enfants à la merci d’enseignants maîtres-chanteurs.

 

Le problème de l’Education nationale, saison 2018-2019, a donc été résolu, tout comme celui des négociations sociales relatives à la fonction publique. Noureddine Taboubi, secrétaire général de la centrale syndicale, s’en est félicité. Il est dans son rôle et, face à ses camarades, il se devait de marquer ce point. C’est une réussite et c’est la sienne. Pour tourner la page et en ouvrir une autre, sur des bases saines, il a cru bon (et à raison) de féliciter le chef du gouvernement Youssef Chahed. Un geste d’un joueur gentleman qui salue l’adversaire sportivement. Un message qui signifie que leur  bataille n’était ni personnelle, ni politique, mais purement syndicale. On oubliera donc que Noureddine Taboubi a bien juré d’avoir la peau de Youssef Chahed pour rendre service à Béji Caïd Essebsi. C’est du passé, inutile maintenant de le ressasser.

 

Le feuilleton aurait dû s’arrêter là. Mais voilà, c’était sans compter avec Youssef Chahed qui voulait, lui aussi, rappeler qu’il existe et qu’il a participé à ce bel épilogue. N’a-t-il pas entendu Noureddine Taboubi qui l’a remercié, ce qui signifie que sans l’intervention de Youssef Chahed, on n’aurait pas atteint ce résultat ? Non, visiblement Youssef Chahed tenait à dire lui-même qu’il a fait partie de la partie… A quoi cela sert-il ? Qui l’a conseillé ? On n’en sait rien ! Toujours est-il que dimanche soir, un peu avant 20 heures, on apprend que Youssef Chahed va présenter une allocution au peuple tunisien, sans que l’on nous dise de quoi il s’agissait.

Si l’on lit avec les codes politiques des pays démocratiques, et même des dictatures, quand on annonce qu’un chef du gouvernement (ou un président de la République) va parler dans quelques minutes, c’est qu’il y a le feu à la maison. Un coup d’Etat ? Quelqu’un est mort ? Attaque d’un pays étranger ? Rendez-vous est donné après le journal de 20-Heures de la Télé publique, soit une demi-heure. Les gens attendent, patientent, s’impatientent. Les coups de fil foisonnent de partout pour savoir ce qui se passe et quelle catastrophe est tombée sur nos têtes.

20h30, 21 heures, 21h30, 22 heures, toujours rien. A la télé, on passe des documentaires et on remplit l’antenne par tout et n’importe quoi, comme si l’on était encore dans les années 70.  L’absence de chants nationaux et/ou guerriers est quand même rassurante et seules les personnes bien informées (une minorité) ont déjà appris que Youssef Chahed va juste parler pour ne rien dire de grave. Ou parler pour ne rien dire, pour être plus juste. Sur les réseaux sociaux, on se marre à fond et on tourne le chef du gouvernement en dérision. Tout le monde en rigole, jusqu’au conseiller en communication du président de la République, en voyage officiel en Ethiopie, et qui marque son point en rappelant à son homologue de la Kasbah qu’il est minuit à Addis Abeba et qu’il travaille le lendemain. Ce à quoi l’épouse du conseiller en communication du chef du gouvernement répond que son mari n’a rien à voir dans ce retard. Ambiance !

 

Finalement, on décide de diffuser l’émission « Dimanche Sport ». Quelques minutes après son démarrage, on la coupe brusquement pour diffuser l’allocution du chef du gouvernement. Le respect du téléspectateur, ce n’est pas encore pour demain du côté de la télévision publique. Toujours comme dans les années 70, la télé est au service de l’exécutif ! Youssef Chahed entame donc son discours sur un ton monotone et de belles paroles. De l’auto satisfecit sur la réussite des négociations sociales, il rassure les fonctionnaires et les retraités, il remercie Taboubi, il remercie Dieu, il félicite le peuple tunisien que la Tunisie a gagné par le succès de leurs négociations, il répond à quelques rumeurs et on achève l’allocution de 7 minutes par un nouveau « vive la démocratie tunisienne » qui remplace le classique « tahya tounes » (vive la Tunisie) dont les droits d’auteur sont disputés par une association-antenne euro-américaine à Tunis et son nouveau parti.

C’est la troisième ou quatrième allocution télévisée de Youssef Chahed à la télévision qui passe à côté en quelques mois. Il a commencé son bal en mai dernier (à la télé publique) pour répondre à son adversaire politique Hafedh Caïd Essebsi. Ensuite, il y avait cette interview autour de cette table trop petite et un espace confiné. Puis cette interview dans un couloir à l’écho digne d’un film amateur tourné à la maison avec une caméra jetable.

Qui a été derrière Youssef Chahed pour lui conseiller ces sorties médiatiques ? Pour le pousser à passer à la télé sans se préparer et sans aviser le reste de ses conseillers ?

La communication est une science et la communication politique est une science à part. Un art. Ce n’est pas quelque chose qu’on apprend sur le tas en quelques mois, c’est une science !

Youssef Chahed est assez bien entouré, sauf que visiblement, il n’est pas en train d’écouter les bons conseillers, ceux-là mêmes qui sont chargés de sa communication et de son apparat. Un bon conseiller politique ne signifie pas un bon conseiller en communication. Un bon conseiller économique ne signifie pas un bon conseiller en communication. Un bon conseiller en communication ne signifie un bon conseiller en communication politique.

La règle générale est qu’un bon homme politique qui veut réussir se doit de respecter les consignes de ses conseillers experts en la matière. C’est toujours lui qui décide à la fin, mais le respect des consignes de ses conseillers, qu’il paie, est une règle sine qua non de la réussite. En matière de communication politique et de sorties médiatiques, c’est encore plus délicat et les exigences sont plus fermes, car il est quasiment impossible de rectifier le tir. Un bon homme politique qui veut réussir se doit d’obéir aux ordres de ses conseillers en communication. Il n’y a pas à discuter, il n’y a pas matière à discuter ! Il obéit à son conseiller nommé au poste et le juge ensuite sur ses résultats. Point.

 

Hier, politiquement parlant, Youssef Chahed n’avait même pas à sortir médiatiquement. A la limite, il aurait dû sortir samedi, après la résolution du problème de l’Education et brièvement. Les brèves sorties lui ont toujours réussi d’ailleurs et c’est le format adapté pour le sujet traité hier.

Hier, Youssef Chahed n’avait donc pas à faire de discours, mais il n’avait pas non plus à choisir la télévision publique qui a déjà eu droit à ses précédentes sorties. Les télévisions privées sont également des télévisions nationales et un homme politique n’a pas à préférer la télévision publique aux télévisions privées. Cela s’appelle de la discrimination ! Nous ne sommes plus dans les années 70 ! D’autant plus que la télévision publique n’est théoriquement pas à son service et qu’elle a prouvé par le passé son amateurisme en la matière. Le retard d’hier, la coupure d’une émission sportive à grande audience, l’irrespect du téléspectateur prouvent une nouvelle fois que la télévision publique est techniquement en retard (et pas seulement d’ailleurs) sur les chaînes privées nationales.

Youssef Chahed devra assumer seul les mauvais choix de ses conseillers. Hier, il s’est tiré une nouvelle fois une balle dans le pied. S’il voulait perdre les élections, il ne s’y prendrait pas autrement. Hier, il n’avait rien à dire et il tenait à le faire savoir ou plutôt certains de ses conseillers l’ont poussé à le faire savoir, ce qui revient au même.

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Commentaires (21)

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just a friend
| 12-02-2019 15:13
how are you l hope to see you for friends thank you

Mohamed 1
| 12-02-2019 10:31
La grève sans fin déclenchée par Yaacoubi pose quelques interrogations. Chaque haut responsable est susceptible de commettre des abus de pouvoir. Concernant les chefs syndicaux, à quoi reconnaît leur abus de pouvoir ? Peut-on définir un plafond dans le temps qu'une grève ne doit pas dépasser ? Plus précisément, une grève jusque là non couronnée de succès doit-elle avoir une date-butoir, ou peut-elle connaître une durée illimitée causant inévitablement des dégâts irrécupérables ? Certains objecteront que la grève sera vidée de son sens et qu'elle connaîtra nécessairement l'échec si jamais elle est limitée dans le temps. C'est vrai. Donc il faudra légiférer juste dans le but d'éviter qu'une grève ne se poursuive éternellement. Un Président de la République, un ministre, un directeur, connaît très précisément les frontières de son domaine d'action. Il connaît les limites que si jamais il dépasse, il tombe dans l'abus de pouvoir dont il pourra avoir à en répondre. Ce n'est pas le cas du syndicaliste ? Son pouvoir n'aurait, quant à lui, aucune limite temporelle ? Il peut foncer tête baissée en roue libre ? Aucun garde-fou à l'horizon ? Ce précédent de Yaacoubi incite à mieux fixer les règles à respecter et les limites à ne pas franchir. Car le pouvoir peut à tout moment échoir à des individus dépourvus d'éthique et ignorant l'honneur de la mission dont ils ont la charge. Dépasser toutes les limites éthiques ne pose aucun problème à ces tristes personnages.

mansour
| 12-02-2019 09:59
pour palier tes insomnies il faut compter les moutons pour t'endormir et éviter les névroses et délires en postant des âneries à 2 ou 3h du matin...

Ahmed
| 12-02-2019 07:05
Avec un pays sale.
Avec la misère.
Avec la délinquance
Avec l'extrémisme religieux
Avec des enfants maltraités
Avec des jeunes au chômage.

Jo est en echec. Ou il va jo?
Maximum, il prend le Taxi.

Go Jo
| 12-02-2019 02:18
Vous avez choisi votre camp depuis longtemps, celui des tyrans rcdistes haineux, rancuniers ! Honte à vous. Vous êtes le symbole de ce que ne doit jamais devenir un homme digne de la démocratie.

Go Jo
| 12-02-2019 01:53
Les charognards rcdistes aboyez, aboyez toute la journée. Vous avez oublié, oh la mémoire est courte. Vous êtes tellement enragés pour la place, vous en crèvez de jalousie, aujourd'hui c'est YC demain un autre, vous ne laisserez jamais personne en paix charognards, mais jamais vous aurez la place et par qui ? Par votre Abir qui n'arrive même pas aux chevilles de Chahed.

Allez vous couchez espèces de charognards envieux, jaloux, le robinet c'était fermé pour vous, alors vous devenez amère.

Aux urnes et fermez la, une fois pour toute à jamais.

Momo
| 11-02-2019 21:57
Quand on n'a rien à dire, on ferme sa gueule. '?a ressemble beaucoup au derniers discours de Zaba en moins élaboré. Go jo, le ravin n'est plus loin.

mansour
| 11-02-2019 21:52
les partisans de Youssef Chahed sont à bout d'arguments et invoquent des mensonges sur Madame Abir Moussi pour protéger leur idole et protéger leurs alliés islamistes freres musulmans salafistes d'Ennahdha pour un nouveau gouvernement Ennahdha-Youssef Chahed bis pour 2019
Très bonne soirée

Halim
| 11-02-2019 21:30
Les elections n'auront aucune importance avec des syndicats super puissants...Le heroisme des politiciens n'est que du blablabla vide, Chahed comme exemple...

Chems
| 11-02-2019 21:09
honte à vous, de quel avenir vous parler? Et quoi encore, - nous irons par la même occasion à la rencontre de votre voyou de Ben ali " bilhallelou" ou bien " talaa al badrou alayna.- Si vous croyez que les tunisiens ont la mémoire courte, il est temps de vous rappeler que tout ce Qu'endure la Tunisie, depuis bientôt une décennie, c'est par la faute de ce voleur, sa famille et tous çeux qui l'ont assisté pendant tout son "règne". Je n'oublierai jamais l'abus des rcdistes au sein des administrations, des entreprises publiques et privées oû des responsables honnêtes et patriotes avaient eu le courage de dire non à tous les dépassements, s'étaient trouvés au frigo ou à la porte ou poussés à la démission et parfois même au suicide! Je dis bien au suicide, c'est éc'?urant rien que d'en parler. Alors s'il vous plaît foutez nous la paix. Arrêtez votre rengaine, on en a assez de vous.

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