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Le Startup Act bute au premier test

Le Startup Act bute au premier test

 

Une vague d’enthousiasme et d’optimisme a accompagné l’élaboration et le vote du Startup Act en tant que loi révolutionnaire tant par son process d’élaboration que par son contenu. Mais cette vague se trouve aujourd’hui cassée, pour certains professionnels, par le processus de labellisation des startups qui est émaillé de conflits d’intérêt.

 

Dès l’annonce des noms des 12 startups qui ont obtenu la labellisation par le Collège des startups, des critiques ont fusé de la part d’un grand nombre de professionnels du secteur sur une possibilité de conflit d’intérêt. Le Collège des startups est composé de 9 membres qui sont : Elyes Jeribi (président), Zoubeir Tourki et Nader Bhouri (représentants de l’Etat), Amel Saidane, Khaled Ben Jilani, Mohamed Salah Frad et Zakaria Belkhodja (représentants du secteur privé) et Mohamed Ali Kilani et Ali Mnif en tant qu’experts.

Le conflit d’intérêt réside dans le fait que United Gulf Financial Services (UGFS) est actionnaire, à travers l’un de ses fonds d’investissement, de 9 des startups labellisées. Or, il se trouve que le directeur général de ce fonds siège au Collège des startups et n’est autre que Mohamed Salah Frad. Il suffit d’aller sur le site du fonds d’investissement pour retrouver dans son portfolio certaines des startups récemment labellisées le 5 avril 2019. Il est à noter que les 12 startups labellisées sont issues d’un processus de sélection qui a concerné près de 300 startups au départ. 30 ont été retenues dans un premier temps pour qu’il n’en reste que 12.

 

Une grande partie de la communauté startup qui a officié à l’élaboration du Startup Act et qui a poussé vers sa mise en place est révoltée par ce gros soupçon de conflit d’intérêt. Ses membres expriment une grande sensation de gâchis dans le sens où le processus s’est trouvé biaisé dans sa dernière étape. Certains y voient même une compromission d’ordre idéologique impliquant même le ministre des TIC, Anouar Maârouf. D’autres associent la labellisation à une forme d’autorisation ou d’avantage accordé par une administration ce qui est contraire à la dynamique startup et qui signe un retour vers d’anciennes pratiques bureaucratiques.

 

Lors de la présentation du Startup Act devant l’assemblée, l’élue Sabrine Ghoubantini avait attiré l’attention sur la faille que peut représenter le processus de labellisation. Dans une déclaration à Business News, l’élue a ajouté qu’une startup basée sur une innovation n’a pas besoin d’obtenir un label, à fortiori s’il est délivré par une commission au sein d’un ministère, même si elle est composée de compétences reconnues. Elle a également déclaré que l’innovation de manière générale n’est pas seulement technologique. Mme Ghoubantini avait essayé de relever tous ces manquements dans le débat concernant le Startup Act dès le départ mais elle a précisé qu’il y avait un tel lobbying auprès de l’Assemblée qu’il était devenu presque impossible de s’opposer à cette loi. « Je crois que c’est la seule loi qui est passée devant l’ARP sans qu’il y ait d’amendement », a-t-elle ajouté. 

Elle avait également évoqué d’autres points faibles lors de la conférence organisée à l’ARP en présence de plusieurs professionnels. Toutefois, ses alertes sont restées lettre morte et ont fait les frais de l’enthousiasme qui portait l’élaboration de ce texte de loi.

D’un autre côté, d’autres intervenants voient en ces critiques une aigreur venant de ceux qui n’ont pas été sélectionnés pour obtenir le graal tandis que d’autres clament qu’il faut sauvegarder le processus et ne pas le réduire aux startups labellisées. Certains pensent également que le Startup Act servira aussi à garder ces entreprises en Tunisie sachant qu’elles sont d’ores et déjà assez solides et que la labellisation ne leur apportera pas d’avantage décisif pour leur existence ou leur développement. L’argument consiste à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain : même si le processus de labellisation est une faille importante, le Startup Act reste une loi révolutionnaire qui facilitera la création, l’installation et la pérennisation des startups. Dans ce contexte, il ne faut pas oublier que les startups et la promotion de la libre entreprise en général est l’une des lignes fortes du gouvernement actuel.

La labellisation, dernière étape du processus instauré par le Startup Act, a soulevé, du moins dans sa première fournée, une polémique au sein des intervenants et des connaisseurs du secteur. Toutefois, cela n’enlève rien au caractère innovant de cette loi. La valeur et la pertinence des lois ne peuvent se montrer qu’au contact de la pratique, et certains disent qu’il faut donner du temps au Startup Act pour pouvoir l’évaluer correctement. Cela est vrai, à condition que des pratiques d’un autre temps ne viennent pas parasiter ce processus.

 

Marouen Achouri

    

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Commentaires (2)

Commenter

Zo
| 10-04-2019 09:58
à la lecture de ces quelques lignes deux grandes questions demeurent sans réponse et jusqu'à quand?
*quid du conflit d'intérêt qui plane sur les membres du dit comité?

*quid des diligences quant aux promoteurs et le respect des lois '?'..

DHEJ
| 08-04-2019 21:32
Un lien avec la directrice éjectée

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