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Le cinéma tunisien n’a pas peur du terrorisme
09/11/2018 | 19:59
5 min
Le cinéma tunisien n’a pas peur du terrorisme

Les Journées cinématographiques de Carthage sont le rendez-vous incontournable des cinéphiles et des Tunisiens férus de culture. Chaque année, ce festival tant attendu par les amateurs d’art et de cinéma accueille une brochette de films de fiction, des documentaires, des courts, moyens et longs métrages venant de plusieurs pays d’Afrique et du monde arabe. Une occasion de renouer avec la culture et de trouver une bouffée d’oxygène dans un pays récemment frappé par le terrorisme.

 

L’attentat du 29 octobre 2018 n’a pas fait de morts et pourtant il a plongé la Tunisie dans l’inquiétude. Une jeune femme se fait exploser en plein cœur de l’avenue Habib Bourguiba faisant une vingtaine de blessés. L’attentat a lieu près du théâtre municipal de Tunis, et des salles de cinéma où les Journées cinématographiques de Carthage étaient prévues, quelques jours après. Panique générale dans la capitale, mais le comité d’organisation garde son sang froid : « Pas moyen d’annuler le spectacle », apprend-on le jour-même. Aussitôt dit, aussitôt fait, ce grand événement cinématographique d’envergure se tient, malgré tout, à la date prévue.

 

  

Demain, 10 novembre 2018, sera clôturée la 29ème édition des JCC qui ont débuté le 3 novembre. Lors de ce festival, pas moins de 44 films, retenus sur une liste totale de 206 ouvrages, ont été en compétition officielle. 47 pays du monde arabe et d’Afrique ont participé aux différentes compétitions offrant un métissage culturel hors du commun, pour le grand plaisir des cinéphiles venus assister aux projections et aux débats des 4 coins du pays mais aussi de plusieurs pays proches et voisins. On retrouve, entre autres, la Tunisie, le Maroc, le Kenya, le Congo, l’Algérie, la Syrie, l’Inde, le Brésil, le Sénégal, l’Iraq, le Rwanda, le Liban, l’Egypte, le Burkina Faso et d’autres participent à la compétition avec des films traitant de sujets pas toujours très faciles pour le spectateur. 13 films de 9 pays différents participeront à la compétition pour remporter le Tanit d’Or du long métrage de l’année 2018.

 

  

Certains films interdits dans leur pays d’origine, seront diffusés lors des JCC. Il s’agit notamment de « Rafiki », interdit de projection au Kenya, qui revient sur le sujet sensible de la sexualité dans ce pays très conservateur.

Alors que des références font leur retour, de jeunes talents font leur entrée dans le monde du cinéma et donnent un véritable coup de pied dans la fourmilière en tentant d’aborder des sujets toujours aussi sensibles. On retrouve, notamment, les thèmes de la guerre en Syrie, la vie dans la rue, les ravages de la drogue, la prostitution, les violences, l’exploitation sexuelle, l’extrémisme religieux, la tourmente psychologique, les enfants nés hors mariage, les malades en phase terminale, les minorités marginalisées, et bien d’autres sujets brûlants dans des pays où ils ne sont pas toujours bien accueillis.  Des films tunisiens comme « Fatwa », « Regarde-moi », ou encore « Mon fils », font également beaucoup parler d’eux.

 

  

Les Journées cinématographiques de Carthage ne sont pas une manifestation récente. Elles sont nées en 1966, créés par le « père fondateur » Tahar Cheriâa, réalisateur et scénariste tunisien ainsi que véritable référence dans le milieu du cinéma. Depuis 2014, et alors que l’événement était biennal, elles deviennent annuelles.

« 2016 a été l’occasion de fêter le 50ème anniversaire des JCC. 2017 a été l’année du bilan et des reformes. 2018 sera l’année de la confirmation des choix de l’année passée et l’occasion de mettre plus en perspectives les JCC sur les plans régional et international », a écrit Néjib Ayed. Dans son éditorial, le directeur des JCC affirme que si « l’aspect festif et populaire des JCC est important et le festival reste incontestablement la plus grande fête du pays », il est tout de même capital que le festival se recentre sur des fondamentaux en confirmant sa vocation africaine et arabe, sa volonté d’être « un festival du Sud », d’approfondir sa créativité et sa dimension militante. Le festival poursuit aussi sa politique de décentralisation en organisant 4 festivals simultanés dans les villes à l’intérieur du pays.

 

  

Cette année, et pour la première fois, les JCC se sont aussi tenues dans la prison d’El Mornaguia à travers la première projection du film "Regarde-moi fi ainiya" (Regarde-moi dans les yeux) de Néjib Belkadhi. Cette année aussi, la 29ème édition des JCC a coïncidé avec le lancement de la Cité de la Culture en plein centre de Tunis ce qui a donné une meilleure infrastructure et une plus grande organisation au festival.

 

 

Depuis des années, les Journées cinématographiques de Carthage sont la bouffée d’oxygène de Tunisiens férus de nouveautés culturelles et d’un dynamisme artistique qui fait souvent défaut dans les villes tunisiennes. Chaque année, en une semaine seulement, les JCC drainent un public passionné de quelques 200.000 personnes dans les salles et 2 millions de personnes dans l’hyper-centre de Tunis. Sur le tapis rouge tunisois, les célébrités arborent leurs plus belles tenues, rivalisant de créativité, d’originalité et, parfois même, de ridicule.

Mais l’hommage à l’art et à la vie rendu par les œuvres et les artistes venus participer aux compétitions est une forme de résistance à la morosité ambiante. En Tunisie, alors que la classe politique se déchire pour savoir qui détient le pouvoir dans le pays, les Tunisiens font la queue pour assister aux dernières œuvres cinématographiques et débattent de sujets bien plus importants pour leur vie courante…

 


Synda TAJINE


09/11/2018 | 19:59
5 min
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Commentaires (1)

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tunisie va mal
| 10-11-2018 10:48
vive la CULTURE