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Kaïs Saïed : le président qui fait l'unanimité… ou presque

Temps de lecture : 6 min
Kaïs Saïed : le président qui fait l'unanimité… ou presque

 

Le peuple tunisien s’est prononcé et c’est le candidat indépendant Kaïs Saïed qui est sorti largement vainqueur de l’élection présidentielle. Après un second tour l’ayant opposé à Nabil Karoui, Kaïs Saïed a remporté l’investiture suprême haut la main, devenant ainsi le 7ème président de la République. Une victoire qui a enchanté ses sympathisants, indépendants et partisans, ayant vu en lui le candidat « antisystème ». Un système qui les a longtemps déçus et avec lequel ils souhaitaient rompre.

 

Kaïs Saïed, cet expert en droit constitutionnel qui est sur le point de devenir le chef de l’Etat est entré en toute discrétion sur la scène politique raflant en un temps record une vaste vague d’appui populaire notamment parmi les jeunes. Plusieurs chefs de partis politiques ont aussi explicitement exprimé leur soutien au candidat Saïed, allant jusqu’à exhorter les électeurs à voter pour lui au 2ème tour de la présidentielle.

Après une montée vertigineuse dans les sondages des intentions de vote, qui s’est traduite concrètement par sa victoire au 1er tour de la présidentielle face au candidat de Qalb Tounes, Nabil Karoui, cette avancée s’est définitivement affirmée lors du 2ème scrutin où Kaïs Saïed a été plébiscité avec 72,71 % selon les données préliminaires de l’Instance supérieure indépendante pour les élections (Isie).

 

C’était, donc, sans grande surprise que Kaïs Saïed a été donné vainqueur. Sauf que, cette fois-ci, il a pu bénéficier du soutien infaillible d’une machine électorale puissante lui ayant permis de devancer largement son adversaire Nabil Karoui, privé de mener une campagne électorale suite à ses déboires judiciaires.

Bien que Kaïs Saïed ait refusé de faire campagne par souci d’égalité des chances, il n’avait pas réellement besoin de mener une campagne électorale. Sa vaste communauté de fans dévoués, n’attendait pas qu’il sillonne le pays et qu’il vienne à leur rencontre pour les convaincre de son programme électoral. Ils étaient déjà convaincus et rien n’aurait pu leur faire changer d’avis.

 

L’appui émanant des partis politiques notamment Ennahdha, Attayar, l’UPR, Tayyar Al Mahabba ainsi que la Coalition Al Karama et des candidats indépendants à la magistrature suprême à l’instar de l’ancien dirigeant d’Ennahdha Hammadi Jebali et de Safi Saïd était également bénéfique à Kaïs Saïed lui ayant permis de récolter environ 3 millions de votes. Un record qui exprime parfaitement la volonté du peuple, confirmant, une fois pour toutes, la démocratie qui s’est ancrée après la Révolution.

C'est dans ce sens que les sympathisants de Kaïs Saïed se sont réjouis de sa victoire écrasante face à Nabil Karoui. Un enseignant universitaire qui bénéficie d’une notoriété certaine auprès de ses étudiants qui lui témoignent beaucoup d’estime et puis auprès du public tunisien grâce à ses interventions médiatiques en sa qualité de constitutionnaliste après la Révolution. Inspirant le sérieux et l’intégrité, un « M. Propre » qui s’est trouvé, aux yeux de la majorité du corps électoral, en concurrence avec celui qu’il taxe de« mafieux».

 

Un constat qui a été d’ailleurs fait par Nabil Karoui lui-même relevant la comparaison entre lui et Kaïs Saïed et qui a été faite par un grand nombre d’électeurs suite aux accusations qui planent sur Karoui dans des affaires de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale et qui lui ont valu environ 7 semaines derrière les barreaux.

Toutefois, Nabil Karoui a félicité Kaïs Saïed pour sa victoire à l’élection présidentielle au téléphone. Il lui a également adressé une lettre où il lui a assuré son appui « dans tout ce qui est de nature à favoriser les intérêts de la Nation et le bien du peuple ».

 

C’est cette image d'un homme de droit incorruptible que Kaïs Saïed a réussi à construire, mêlée à un dégoût profond de la classe politique ayant détenu le pouvoir depuis la Révolution et échoué à répondre aux attentes des Tunisiens, qui a indubitablement contribué à son succès. Sa vision qui prône que la transformation du pays émane d’une gouvernance renversant la pyramide du pouvoir et consolidant la volonté politique de la société a su séduire un énorme nombre d’électeurs, qu’ils soient indépendants ou appartenant à différentes affiliations politiques, aspirant à voir un changement radical du système de gouvernance actuel. Ainsi, le peuple sera bien plus impliqué dans la vie politique dans le cadre d’une démocratie directe participative s’opposant ainsi à la centralisation.

 

Naturellement, la liesse populaire qui a accompagné l’accession de Kaïs Saïed à la présidence de la République, les partis politiques ayant affiché ouvertement leur soutien au candidat indépendant se sont félicités de cette victoire. Ennahdha a, en effet, appelé ses militants à rejoindre les Tunisiens pour fêter ce succès dans « l’avenue de la Révolution » (avenue Habib Bourguiba). Le parti islamiste a également indiqué que Kaïs Saïed avait informé le président d’Ennahdha, Rached Ghannouchi lors d’un entretien téléphonique de sa disposition à collaborer avec son parti « au service du peuple et de l’Etat ».

Les dirigeants d’Ennahdha à l’instar de Rafik Abdessalem et Ajmi Lourimi ont considéré cette victoire comme étant le début d’une « nouvelle étape dont les priorités sont claires et d’une nouvelle page signée par le peuple ». Cependant, le candidat nahdhaoui à la présidentielle, Abdelfattah Mourou a appelé Kaïs Saïed à « éclaircir son projet et développer les mécanismes permettant de le mettre en place ». Il l’a, par ailleurs, invité à « investir dans l’élan de soutien dont il avait bénéficié afin de remédier à l’absence d’un bloc parlementaire le soutenant ».

 

Le chef du gouvernement et candidat de Tahya Tounes à la présidentielle, Youssef Chahed a, lui aussi, félicité Kaïs Saïed pour sa victoire précisant que « la démocratie tunisienne est en marche ». Une position qui vient suite à celle qu’il a affichée la veille du scrutin où il avait annoncé qu’il « ne votera pas pour la corruption ».

 

Alors que Hechmi Hamdi, Safi Saïd et Seifeddine Makhlouf de la Coalition Al Karama se sont contentés de féliciter M. Saïed, Mohamed Lotfi Mraihi chef de l’UPR a jugé que Kaïs Saïed a redonné l’espoir aux Tunisiens et qu’il a rompu avec l’ancien système appelant à l’épauler dans la concrétisation de la volonté du peuple. Mohsen Marzouk, président de Machrouû Tounes a, de son côté, indiqué que le score de Kaïs Saïed « augmentera sa responsabilité dans l’application de ses engagements envers ceux qui ont voté pour lui et que cela sera un point de mesure du succès ou de l’échec ».

Le secrétaire général d’Al Joumhouri, Issam Chebbi a, pour sa part, relevé qu’il s’agissait d’une « victoire écrasante de la volonté du peuple contre les lobbies de la corruption financière et médiatique ». Attayar a, quant à lui, exhorté le vainqueur de l’élection présidentielle à être le véritable garant du respect de la Constitution.

 

A l’échelle internationale, la position de Kaïs Saïed vis-à-vis la normalisation avec Israël et son rejet catégorique de l'établissement des liens dans ce sens, le qualifiant de haute trahison, était énormément appréciée de la part des Palestiniens qui ont vu en cela un acte noble de solidarité.

 

Indépendamment de l'appartenance politique et idéologique des parties soutenant Kaïs Saïed, dont certaines pourraient compromettre les acquis de la Tunisie et menacer les valeurs modernistes et progressistes défendues par une certaine frange de la société et de la sphère politique, l'élection de M. Saïed constitue un tournant historique pour le pays et probablement une nouvelle page à écrire pour les Tunisiens.

 

Boutheïna Laâtar

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Commentaires (14)

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Forza
| 15-10-2019 20:10
Dans une dictature, il y'a aussi unanimité.
L'identité politique du nouveau président n'est pas totalement claire, lui aussi ne voulait pas communiquer beaucoup de telles façon qu'il est resté un peu une énigme. Et car son identité n'est pas claire, chaque groupe projette ses rêves et ses souhaits sur la personne, la gauche radicale voit en lui quelqu'un de gauche, les nationalistes arabes le voient comme nationaliste, les islamistes le voient comme conservateur islamiste et ainsi de suite. Ceci peut devenir positif pour rassembler et aider la formation du gouvernement.
Mais Il y'a des phrases du président et de son entourage comme Mr. Ridha Mekki dit Lénine qui me font des soucis, par exemple la phrase qu'il n'était en concurrence avec personne, une phrase répétée par Ridha Mekki aujourd'hui sur asssabahnews aujourd'hui. Que veulent-ils dire par cette phrase ? la démocratie est par essence concurrence entre personnes et projets, c'est seulement dans des dictatures que la concurrence avec celui qui a le pouvoir n'existe pas. Ils veulent dire probablement quelque chose d'autres mais c'est mieux de choisir les mots.

James-tk
| 15-10-2019 17:04
Il fait l'unanimité, ou presque, mais chez les moins d'un quart d'un neurone !
Kaïs Marsouki, ou Moncef Saïd, c'est du pareil au même ! ! !

zamharir
| 15-10-2019 14:56
Le rejet par le nouveau président de la République tunisienne Kaës Saëd jusqu'au néologisme de « normalisation », créé à la suite des accords dit de paix de Camp David entre Israël et l'Egypte, afin de préparer la voie à une capitulation générale du monde arabe, est resté en travers de la gorge des acculturés hors sol de notre pays qui prônent une assimilation aveugle à l'Occident. Usant d'éléments de langage préparés sans doute dans les officines sionistes, ils se demandent en ch'?ur depuis : mais qu'avons nous à faire de la Palestine et des Palestiniens, et à quoi cela peut-il nous servir de fourrer notre nez dans cette affaire qui ne nous concerne pas ? N'en avons nous pas assez avec nos problèmes pour que nous endossions encore les fardeaux des autres ? Ils croient ainsi revenir à la diplomatie arabe de Habib Bourguiba, dont ils n'auraient retenu que la rupture avec Gamal Abel Nasser, essentiellement pour des raisons d'ego et de leadership, alors que le cheminement intellectuel et politique du premier président de la République tunisienne et leader de sa lutte de libération nationale, est bien plus complexe. Elle laisse toute sa place à la solidarité arabe et au soutien sans réserve à la cause d'un peuple, le peuple Palestinien, spolié de sa terre avec la complicité agissante d'une communauté internationale foncièrement anti-arabe. En qualifiant de « haute trahison » toute tentative de se rapprocher d'Israël, KS remet les pendules à l'heure et trace de nouveau des lignes rouges. La Tunisie réintègre avec éclat le tout petit groupe de pays arabes qui ne se sont jamais résignés à la capitulation. C'est une bonne nouvelle pour les Palestiniens abandonnés par tous ceux qui préfèrent jouer la diversion en regardant ailleurs. Contre les adeptes d'un pragmatisme aussi lâche que vain, ce groupe est appelé à s'étoffer au fur et à mesure que seront tirées les leçons du « chaos créateur » voulu par les néo-conservateurs américains pour balkaniser le monde arabe au profit d'Israël. Et si l'appel de KS ne devait servir qu'à cette prise de conscience salutaire, ce sera encore çà de gagné dans la longue marche de libération des territoires arabes. Car on ne perd que les batailles qu'on ne mène pas.

elfribo
| 15-10-2019 13:50
2.700.000 voix sur une population de 11 millions ca me donne

un maigre 20% de support, loin de l'unanimite que vous voulze nous faire avaler.

DIEHK : Ikhtabir thakaaik!!
| 15-10-2019 13:35
Unanimité'?' ou presque:
Il n'existe pas de définition de la qualité qui fasse l'unanimité.
L'unanimité signifie un accord complet, à caractère unanime. Ce terme désigne le fait qu'un groupe de personnes soit du même avis concernant un sujet, une question donnée.
PRESQUE
Adverbe de quantité qui signifie qu'une prédication n'atteint pas le degré où elle serait pleinement appropriée, mais qu'elle s'en approche de si près qu'elle en est comme équivalente.
Je n'ai rien compris, mais je comme si.....
Et avec des "si" on est mal barré!!!
Si : Marque l'affirmation en réponse à une négation.
Exemple : Ce n'est pas vrai. - Si c'est vrai !
Vous avez compris qqe ? Moi nonnnnnnnnnnn!

Mansour Lahyani
| 15-10-2019 12:32
Tout est dans le "presque" !
Bravo, Boutheina, vous n'auriez pas pu être d'une plus grande délicatesse !

MFH
| 15-10-2019 12:15
Un concours de circonstances très favorable a contribué à faire de KS le 7ème Président de la République. Les principales : l'absence de candidats de poids, la probité et Le sérieux de KS et surtout les accusations de corruptions qui pèsent sur le candidat en face. Maintenant, il doit montrer de quoi il est capable.




beija-flor
| 15-10-2019 11:41
Autant je respecte votre point de vue, autant j'en conteste le contenu sur le fond & la forma!
Comment osez vous dire que M Saied est "expert en droit constitutionnel" expliquez moi/nous comment un assistant et non pas ni maître assistant encore moins professeur universitaire mourait être EXPERT?
Ensuite s'il a obtenu 3 millions de voix? grâce aux différents partis qui l'ont soutenus directement & indirectement alors"CE PEUPLE" qui "sera bien plus impliqué dans la vie politique dans le cadre d'une démocratie directe participative s'opposant ainsi à la centralisation" d'après vous ne se compose que 500 & quelques personnes ( selon chiffres donnés par l'ISI qui ont votés M Saied) sur plus de 11.millions de tunisiens?revoyez les chiffres & les répartitions géographiques des "votants"!! où est le plébiscite général?
Je suis étonnée de votre admiration de "plaire aux palestiniens" cette extase va résoudre nos problèmes quotidiens? notre dettes? nos engagements géo-politiques, économiques,sociaux?
De quel tournant historique et de nouvelle page vous parlez? vous ne faites que "colporter" ce qui a été déjà écrit ...& dis...
Les tunisiens n'ont besoin ni de nouvelles pages (ils ne lisent pas!!!) ni de tournant historique (ils sont déjà "brisés" moralement)... ILS ONT BESOIN DE PERSONNES S'?RIEUSES & RESPONSABLES & aussi COMP'?TENTES : ( allant du Président de la république, Chef de gouvernement aux parlementaires ) ayant des objectifs clairs des programmes planifiés d'avance pour les années à venir, respectant & appliquant les textes de la Constitution....LA LOI
& parer aux plus urgents pour notre Pays et non profiter des Contribuables , comme ce se passe actuellement .

antireligion
| 15-10-2019 09:38
continuer à jubiler en attendant le jour ou vous allez découvrir que vous vous êtes faits avoir comme un bambin devant un bonbon..... parce que vous croyez qu'avec cet homme K S ce sont les portes du paradis qui s'ouvrent .....hélas votre crédulité sans limite vous empêche de regarder la réalité et qui tire les ficelles......la chute sera très douloureuse mais ça sera trop tard.....il ne vous restera qu'allez manger du foin dans la main du premier arrivé

elles
| 15-10-2019 09:36
Je trouve léger dans un article qui se veut neutre et informatif de reprendre les termes de mafieux et autre accusation alors que la justice ne s'est pas encore prononcée.
Quant au grand slogan du psychopathe concernant les relations avec Israel je vous rappelle que l'entité palestinienne a depuis longtemps normalisé ses relations avec ce pays alors parler de haute trahison c'est non seulement risible mais c'est du délire

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