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Ennakl Automobiles se diversifie pour faire face à la conjoncture

Ennakl Automobiles se diversifie pour faire face à la conjoncture

 

2018 a été une année difficile pour les concessionnaires automobiles. En plus de la baisse des quotas de 20% et du glissement du dinar, ils ont subi de plein fouet une hausse des droits, des taxes et des impôts, qui s’est directement répercutée sur leurs résultats. Ennakl Automobiles n’y échappe pas et voit son bénéfice dégringoler. Le président du conseil d’administration et directeur général du concessionnaire, Ibrahim Debbache s’est toutefois retrouvé aujourd’hui devant des actionnaires compréhensifs qui auront droit cette année à un dividende de 580 millimes par action (contre 650 millimes par action l’an dernier) mis en paiement à partir du 22 août 2019.

 

C’est donc dans une bonne ambiance que s’est tenue, ce mardi 14 mai 2019 au siège de l’Amen Bank, l’Assemblée générale ordinaire d’Ennakl Automobiles pour l’exercice 2018.

 

 

Dès le début de la séance, M. Debbache a tenu à rendre hommage à feu Rchid Ben Yedder et feu Abdelwaheb Ben Ayed, les deux fondateurs du groupe Amen et du groupe Poulina récemment décédés. Une minute de silence a été observé à la mémoire de ces deux personnalités phares d’Ennakl depuis le rachat de la société en 2012.

 


 

2018 a été une année compliquée à tous les niveaux. Elle a rudement commencé avec une augmentation de la TVA de 1%, des droits de consommation de 25%, des droits de douane de 10 à 15% et cerise sur le gâteau de l’IS de 10%. Outre ces mesures fiscales directes qui ont impacté le secteur, la conjoncture nationale a été décisive, avec une croissance molle par rapport aux besoins, un déficit commercial croissant corrélé à une baisse des réserves en devise et à une dépréciation du dinar face à l’euro, ce qui a obligé le gouvernement à imposer des restrictions à l’importation, notamment pour le secteur automobile, avec des quotas en baisse de 20% et les limiter à 25% par trimestre. Le tout associé à une inflation en hausse, un pouvoir d’achat en baisse et un TMM en hausse, alors que la concurrence devient de plus en plus rude au niveau du marché automobile avec plus de 35 concessionnaires qui représentent pas moins de 45 marques dont plus de 10 marques introduites sur le marché ces deux dernières années.

Le PDG d’Ennakl Automobiles a affirmé que le prix de vente moyen a augmenté de 23,6% entre 2018 et de 93,7% depuis l'année 2011.

 

Le volume total d’importation a ainsi baissé de 19,32%, passant de 63.685 à 51.367 véhicules importés au cours de 2018. Le marché VU est en diminution de 10%, toutefois il passe à 21% si on ne tient pas compte du marché montage SKD. Le marché des véhicules particuliers (VP) a quant à lui baissé de 23%. Le concessionnaire a enregistré, malgré cela, une baisse de seulement 18,7% de ses ventes de véhicules neufs, passant de 7.767 à 6.310 unités vendues. En contrepartie, il a subi une régression plus importante, de 49%, sur le marché des véhicules utilitaires (VU), due à l’enchérissement de ce type de véhicules rendant ainsi très difficile leur vente.

Malgré une conjoncture difficile, Ennakl Automobiles s’est tout de même octroyé la deuxième position sur le marché des véhicules légers (VL), derrière Afrique Auto, avec une part de marché de 12,28%.

Côté performances, le concessionnaire a enregistré, en 2018, une baisse de 9,3% de son résultat net, qui est passé de 26,54 millions de dinars à 24,06 millions de dinars (MD), avec un impôt de 5,48 MD. Chose assez prévisible, vu les facteurs précités. Le chiffre d’affaires de la société a, pour sa part, diminué de 6,24%, atteignant 358,11 MD en 2018 contre 381,93 MD en 2017. L’activité vente des véhicules neufs ayant rapporté 337,34 MD (-6,9%) alors que l’activité après-vente a rapporté 62,79 MD (-11%). Le réseau a contribué avec 43% des ventes des véhicules neufs et plus que 74% des ventes des pièces de rechanges.

Des résultats réalisés alors que le dinar s’est déprécié de de 14% face à l’euro, en 2018.

 

 

Pour sa part, le résultat net consolidé s’est situé à 23,47 MD en 2018 contre 29,77 MD en 2017 enregistrant une baisse de 21,2%. Le chiffre d’affaires consolidé a diminué de 4,4%%, passant de 422,57 MD à 404,12 MD, entre 2017 et 2018. Un résultat impacté par la création des filiales Afcar Automobiles, pour le développement des activités subsaharienne, et la Société tunisienne de location de voitures (STLV), le développement de l’activité location de voitures avec franchise Hertz et qui cumulé un déficit de 2,2 MD.

  

Ouvrant le débat, l’actionnaire Moncef Oughlani s’est interrogé sur la baisse des charges du personnel et sur les perspectives d’avenir d’Afcar. Un analyste a demandé la politique des quotas décidée pour 2019 et des prévisions pour 2019. Mohamed Salah Bouallegue a voulu savoir, pour sa part, si le business plan a été actualisé.

En réponse à ces interrogations, Ibrahim Debbache a expliqué que la masse salariale évolue selon la situation de l’activité. Avec la baisse des entrées ateliers suite à la hausse des coûts, les clients s’adressent de plus en plus au réseau, qui offre un service de proximité. Il était logique pour le management cette charge soit en adéquation avec l’activité.

 

 

S’agissant de Afcar, le PDG a admis que la filiale créée fin 2017 a eu un démarrage difficile en 2018, « en dessous des estimations », le marché ivoirien étant en régression. Et d’affirmer qu’à la lumière des évolutions de 2019, la direction prendra les décisions qui s’imposent, en rappelant les restrictions de la Banque centrale en matière de devise.

«On révisera notre politique en fonction de nos moyens et qu’il faut qu’on ait les moyens de notre politique notamment pour pouvoir soutenir le développement de cet activité qu’elle soit en Côte d’Ivoire ou sur d’autres marchés, en fonction de l’évolution de ces marchés qui sont actuellement en baisse de 70% par rapport à 2018. Si nous ne pouvons pas réaliser nos budgets, on devra effectivement réviser notre stratégie par rapport à cette région qui reste des petits marchés et qui nécessite un support et un soutien pour pouvoir continuer à s’imposer alors que nous arrivons avec une nouvelle marque qui n’existait sur le marché», a précisé M. Debbache dans une déclaration à Business News.

 «La difficulté, c’est d’avoir des produits adaptés à ces marchés, sachant que la gamme à développer est différente de celle que nous développons en Tunisie. Il faut que le constructeur que nous représentons puisse nous permettre de distribuer la gamme adaptée en terme de motorisation et surtout en terme de niveau d’équipements. Il faut aussi qu’on puisse appuyer ces développements avec des moyens financiers. Or, il est très difficile d’envisager des sorties de devises compte tenu du contexte économique en Tunisie. La situation du marché tunisien fait que nous devons nous recentrer sur notre activité principale qui est celle d’Ennakl Automobiles» a-t-il souligné.

«Lorsqu’on a développé cette structure en Afrique, c’était dans une perspective de croissance et de développement. Aujourd’hui, nous devons assurer sur notre marché national qui est un marché très compétitif et très fragmenté. On avisera en terme de stratégie pour cette région-là, en fonction de l’évolution de la situation», a soutenu M. Debbache.

Interrogé par Business News sur la voiture populaire, il a précisé que Ennakl Automobiles a importé la Seat Ibiza qui est arrivée au prix de 29.700 dinars. Et de préciser qu’«un effort de prix très important a été fait pour être très compétitif».

«Nos prix sont inférieurs à certains concurrents directs. On a pu constater un très fort engouement pour ces voitures au premier trimestre 2019. On envisage également la possibilité de pouvoir diversifier à d’autres modèles et d’autres marques du groupe Ennakl sur ce segment», a-t-il ajouté.

 

 

En ce qui concerne les quotas pour 2019, Ibrahim Debbache a indiqué qu’il a été convenu avec le ministère du Commerce de garder les mêmes quotas que 2018, avec, en prime, la redistribution au 4èmetrimestre des quotas non-utilisés, chose qui n’a pas été faite ni en 2017, ni en 2018.

Sur le volet des performances du premier trimestre, le PDG a noté que le chiffre d’affaires est au niveau du budget, rappelant que l’activité est plus faible au premier trimestre. Il a affirmé que le résultat d’exploitation est en hausse de 10%. Idem pour le résultat avant impôt qui s’est situé à 8,8 MD. Des performances réalisées grâce la nouvelle stratégie d’Ennakl, en rupture avec ses devancières et basée sur plusieurs axes notamment la mise en place d’un business plan, l’amélioration de l’expérience client, le ciblage de nouveau mix produits notamment avec l’intégration de la voiture populaire, une nouvelle organisation retail/groupe, etc.

Il a confirmé, dans ce contexte, que le business plan a été mis à jour en fonction de l’évolution des prix des voitures mais aussi des nouvelles activités « Das WeltAuto » de vente de véhicules d’occasion. Cette activité, que la société souhaite développer sur les années avenir, consiste à reprendre les anciens véhicules de leurs clients pour l’achat d’un véhicule neuf et de revendre leurs véhicules d’occasion avec une garantie constructeur permettant de préserver la satisfaction client et ses parts de marché. L’autre activité qui sera développée est la location de voiture en collaboration avec la première franchise au monde, qui représente un élément important dans le cadre de l’évolution des besoins en automobile, en termes de mobilité.

 

La conjoncture est devenue très difficile pour les concessionnaires, avec une énorme pression fiscale corrélée à un marché régi par les quotas, ce qui s’est répercuté sur les performances des concessionnaires et notamment Ennakl. Ne baissant pas les bras, le management a décidé de se lancer dans de nouvelles activités (Afrique, occasion et location) plus libres pour développer le groupe, même si l’investissement devient de plus en plus difficile en Tunisie. Le tout sans oublier l’activité principale de la société. Seul l’avenir pourra nous dire si cette stratégie sera payante.

 

Imen NOUIRA

 

 

 

 

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