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Chroniques
Il faut savoir quitter la politique lorsque le vote est desservi
10/11/2014 | 15:59
6 min
Par Nizar BAHLOUL

A deux semaines du jour J, les profils des vainqueurs se précisent de plus en plus. Une idée certaine se dessine déjà sur celui qui sera premier à la présidentielle du 23 novembre. Béji Caïd Essebsi, de l’avis de tous, passera au second tour. Il est même possible qu’il passe dès le premier tour si son équipe bouge un petit peu plus et si ses poursuivants trébuchent ou se font trébucher entre eux.
Pour la démocratie et pour l’image d’un pays en transition, un Béji Caïd Essebsi passant dès le premier tour est une mauvaise chose. Sauf que voilà, il vaut mieux avoir un BCE passant au premier tour que d’avoir une finale BCE-Riahi, BCE-Marzouki ou BCE-Hamdi. La Tunisie a assez souffert, ces trois dernières années, du populisme extrémiste et de l’amateurisme politique.
Triste constat qu’à deux semaines des élections, on en est à espérer que BCE passe dès le premier tour pour éviter de voir un clown au second.
Pour en arriver là, M. Caïd Essebsi a profité de deux choses. Il a été fort en créant en 2012 un parti de toutes pièces pour le catapulter à la tête du pays exploitant ainsi son expérience. Le deuxième point grâce auquel BCE a vaincu est la faiblesse du camp démocratique. De tout le camp. Sous l’ancien régime, ce camp a été incapable de constituer une force vraiment solide pour contrer Zine El Abidine Ben Ali. L’argument que ce camp brandissait à l’époque était que Ben Ali était dictateur, falsificateur, hégémonique, mafieux, etc. Ce qui n’est certainement pas faux. Mais en partie seulement. Les élections de 2011 et de 2014 ont montré que même dans un climat démocratique et avec des élections totalement transparentes, ce camp a été incapable de réussir quoi que ce soit. L’adversaire est fort, certes, mais il est temps d’admettre que ce camp est faible, très faible. Trop faible même pour faire de la politique.

Les chiffres sont là et ils sont têtus. Dans le camp démocratique élargi, qui était uni sous Ben Ali, il y avait principalement pêle-mêle les actuels Al Joumhouri, Al Massar, Ettakatol, le CPR, Ennahdha et le Front populaire. Les autres partis de l’opposition sous Ben Ali étaient qualifiés d’opposition de carton. Trois ans après, on constate que c’est toute l’opposition à Ben Ali qui était en carton. Passons.
Ennahdha et le Front populaire ont leur propre idéologie et ont constitué leur propre bloc. Le groupe d’Ennahdha est un bloc à part et se suffit tout seul. Les élections de 2014 et de 2011 l’ont prouvé, ce bloc islamiste pèse un bon tiers de l’électorat tunisien. Le deuxième bloc, le Front populaire, est constitué de douze partis qui rôdent dont le chef de file est l’ancien POCT. En 2011, ce dernier a compris la leçon avec 1,38% seulement dans les urnes. Il s’est donc uni pour constituer un front et les dividendes de son union ont été servis cash. Trois ans plus tard, il pèse 3,52% de l’électorat. C’est peu, mais ce n’est pas rien.
Restent les autres, à savoir le CPR, Ettakatol, Al Joumhouri, et Al Massar. Quatre partis qui se prétendent socialistes, républicains et laïcs et que tout unit, en apparence. En réalité, tout les désunit. À cause de quoi ? Je ne crois pas me tromper si je dis que le « désunificateur » premier de ces quatre partis est le chef de chacun d’entre eux. Les égos démesurés des « pères fondateurs » ont fait que ces quatre partis n’ont jamais pu s’unir et constituer un bloc unique et une force solide pour contrer tout projet hégémonique, qu’il soit islamiste ou RCDiste. CPR et Ettakatol ont préféré s’allier avec les premiers, Al Massar a préféré flirter (sans coucher) avec les seconds. Et puis Al Joumhouri a préféré jouer envers et contre tous, croyant qu’il a raison. Résultat des courses, ils se sont tous fracassés. La majorité des membres d’Ettakatol sont allés voir ailleurs chez Nidaa et l’UPT principalement. Idem chez Al Joumhouri dont les membres ont créé un parti (l’Alliance) ou sont partis voir ailleurs. Le CPR a implosé pour sa part pour créer trois autres partis. Triste bilan pour un camp qui se dit moderniste et démocratique.

En chiffres, en 2014, ces quatre partis réunis auraient pu avoir quelque 278.000 voix (Ettakatol 23.000, UPT 27.000, Alliance 38.000, Jomhouri 56.000, Tayyar 66.000, CPR 68.000). En étant unis, réellement démocrates et sans guerre d’égos, Afek se serait joint à eux avec ses 102.000 électeurs. Et toute cette image d’unité et de consensus aurait dégagé un signal rassurant qui aurait généré facilement des dizaines d’électeurs supplémentaires piqués chez Nidaa et même Ennahdha. Au total, ce bloc aurait pu atteindre facilement les 500.000 voix et devenir la troisième force politique du pays.
Le message n’a pas été entendu avant les législatives, ni après. A la veille de la présidentielle, ce bloc n’a toujours pas réussi à faire son autocritique, à se regarder dans un miroir pour comprendre qu’il ne pèse rien et à proposer un candidat unique capable de vaincre. Chacun d’entre eux, avec ses quelques dizaines de milliers de voix, se voit vainqueur ! Un dicton tunisien dit : « Ses pieds sont dans les détritus et il fait l’appel à la prière ». Avec 20.000 voix, Mustapha Ben Jaâfar continue à se la péter en surfant, encore, sur son militantisme passé. Avec 66.000 voix, un bilan calamiteux et une chute drastique dans les chiffres, Moncef Marzouki ne veut pas descendre de sa tour d’ivoire. Quant à Ahmed Néjib Chebbi, le seul à ne pas avoir eu un morceau du « gâteau de la révolution », il s’accroche toujours à ses idéaux, en dépit des 56.000 voix de son parti.
Avec ce constat chiffré et ces données du terrain, Béji Caïd Essebsi se trouve sur une autoroute. A la retraite pendant 20 ans, il a réussi en moins de deux ans à créer un parti et à obtenir 1,28 million de voix. Soit 50 fois plus que Marzouki !

Le message du 26 octobre n’a pas été entendu, le camp qui se dit démocratique continue encore à mépriser le peuple. Les plus polis lui disent qu’il a fait une erreur en votant pour BCE, les autres le traitent carrément d’esclave.
C’est facile, quand on perd, de dénigrer l’Autre en le qualifiant d’hégémonique et de « ghoul ». Il est plus difficile, cependant, de se voir dans un miroir et de se dire qu’on ne pèse rien sur le terrain en étant tout seul! C’est plus confortable de dire qu’on est face à un « ogre » que d’avouer qu’on est un nain. Même leur partenaire Ennahdha ne veut plus d’eux et s’en est démarqué totalement en refusant de cautionner quiconque du groupe. Eux parlent du « taghaouel », alors qu’Ennahdha affirme haut et fort qu’il n’en a pas peur.
Le vote du 26 octobre a desservi ces militants d’hier. Le véritable danger pour la démocratie n’est pas dans Nidaa et Béji Caïd Essebsi. Eux, ce sont des vainqueurs qui ont su gagner dans un jeu où tout était clair dès le départ. Le véritable danger est de continuer à voir des nains faire de la politique en se croyant et en faisant croire à leur pauvre électorat naïf qu’ils sont des « gentils, intègres qui disent la vérité » faisant face à un « ghoul » corrompu dont la grosse machine risque de détruire la démocratie. Le véritable problème, ce sont les Marzouki, Ben Jaâfar et Chebbi qui continuent à s’accrocher à une table où ils n’ont eu que des miettes. Quittez la table en toute dignité, la démocratie tunisienne s’en portera mieux !
10/11/2014 | 15:59
6 min
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Commentaires (38) Commenter
@ JOHN WAYNE
YAEL STEIN
| 28-11-2014 23:37
Shalom frères et soeurs Tunisiens,

Le professeur KABBANI spécialiste du chiffre et du morse ; cela vous dit quelque chose ??????????????????????????????????
Ce fur mon patron.
Lehi traout.
"ghoul"=compétent #mémoire_populaire
josezit
| 11-11-2014 16:43
nizar bahloul c'est bien pensé et bien dit : dans la mémoire populaire "ghoul" veut dire aussi compétent capable ( ici de nous sortir de l'impasse ou la troika nous a fourré) ; le peuple dit "mohindes ou sbissari ou tbib ou fannan ou bannai ... ghoul" pour signifier " iguid rouhou , capabli , afrit ,m3allem. Alors tous ces reliquats de partis et leurs chefs "historiques" doivent arrêter de pleurnicher et se mettre au travail pour unir leur fronts et rassembler leurs forces et leurs idées.
fantastique
sami
| 11-11-2014 16:06
NB un article fantastique et spectaculaire merci
Ca continue
Mohamed
| 11-11-2014 15:30
Très pertinent. Juste une précision.Convaincus de la nécessité de s'unir, et constatant amèrement que les chefs progressistes font saborder toute velléité d'union réelle dans un seul parti, les électeurs progressistes se sont unis d'eux-mêmes dans nida, parti qui a semblé leur tendre la main juste après le naufrage qu'ils ont eu à subir en 2011. N'importe qui comprendra aisément que ce naufrage est du aux divisions. N'importe qui, sauf les chefs. Là où ça devient carrément de l'irrationnel, c'est qu'ils n'ont rien compris et qu'ils continuent à s'accrocher à leurs chaises stériles.
JOLI TITRE
BOUZID
| 11-11-2014 15:14
Il me plait le titre de l'article, bien inspiré. Mumm.
Décidemment
Atlas69
| 11-11-2014 13:02
60 ans de dictature et de parti unique ça marque

Non on ne quitte ^pas la scène politique parce que l'on fait que quelque % des voix mais on entre en opposition démocratique.

N'oubliez pas que l'on donne juste à N.T le mandat pour 5 ans afin de redresser la situation que ces joueurs de Légo ont tout démonter :
- L'économie
- La structure étatique
- La situation sécuritaire
- Nos relations diplomatiques
- et surtout notre réputation

Malheureusement pour nous tous l'alternative reste et resterons ces comiques de la politiques de villages désertiques ...

Ceux qui ce présentent comme des Tunisiens mais qui en réalité ressemble beaucoup plus à des Libyens.
Non ce qu'il faudrait, c est une alternative représentée par des Démocrates TUNISIENS , du genre , parti Démocrate musulman ou des sociaux démocrates.

On ne peut pas revivre et faire vivre à la Tunisie la gloire du parti unique et sauveur, mais c'est véritablement l'occasion et la chance d'autres mouvances plus adaptées.

Ennahda , les salafistes adoucis et on le voit aujourd'hui grâce aux résultats un parti très régionaliste doit disparaitre ainsi que ces fondateurs.

Je suis persuadé que parmi les membre Nahdaouiste il y en a beaucoup qui partage la vision de notre exception Tunisienne tout en voulant instiguer une politique Islamique.

Les autres que des Chameliers !!



Tartarin
Alfred
| 11-11-2014 12:14
Vous me rapellez Tartarin de Tarascon que vous ne connaissez certainement pas, puisqu éduqué dans l ecole de la dictature
qui vous a fait subir un matraquage anti-democraique et totalitaire a l image des "elites" de Bourguiba et de Ben Ali...
Les mauvais perdants
Ben
| 11-11-2014 11:49
Je n'ai rien à rajouter à l'analyse pertinente de M.Nizar Bahloul.
Je voudrai par contre rappeler au mauvais perdants de la politique, visés par son article et à bien d'autres dont il ne parle, qu'ils sont tout aussi attachés à leur fauteuils que ne l'avait été, jadis, Ben Ali reproduisant ainsi les mêmes erreurs que lui .
Ils devraient se rappeler qu'ils n'avaient eu de cesse à rappeler à Ben Ali que le pouvoir n'est pas éternel et que l'alternance constituait la principale règle du jeu démocratique.
Il y aurait, cependant, tout lieu de croire que cette règle leur sied aussi, sauf à ces mauvais perdants de favoriser le recours à l'adage : « faites ce que je dis et ne faites pas ce que je fais ».
À bon entendeur, salut.
Immaturité et amateurisme
Sidi Teta
| 11-11-2014 11:21
Etre un véritable homme ou femme politique nécessite des qualités personnelles , dont la maturité et le sens de la responsabilité

Force est de constater qu'une grande partie de nos politiciens, à l'instar de la société toute entière, est d'une médiocrité , d'un opportunisme lâche et d'un infantilisme incompatibles avec la charge de gestion de la chose publique.

c'est donc avant tout une question de structures mentales, d'historique sociétal.

Ce n'est pas un hasard si le début de réussite du gouvernement Jomaa est dû au fait que nombre de responsables ont vécus et exercé des responsabilités à l'étranger.

ce qu'il faut, c'est un gouvernement de technocrates et pas des idéologues à la petite semaine.

La majorité des tunisiennes et tunisiens est incapable de pratiquer concrètement une véritable citoyenneté responsable et en conformité avec la Loi.

Inutile de détourner les yeux, la vérité est celle-ci.
UN 11 SEPTEMBRE TUNISIEN SOUS LE SIGNE DE LA BOUZA AUX AMANDES (1)
JOHN WAYNE
| 11-11-2014 06:45
UN 11 SEPTEMBRE TUNISIEN SOUS LE SIGNE DE LA BOUZA AUX AMANDES (1)

Il est tout à fait singulier que face à une escalade militaire totale qui a fait que le monde Arabe flambe du Nord au Sud et d'Est en Ouest, les Tunisiens persistent à vivre dans une euphorie similaire à celle qui a suivi le départ de Ben Ali chassé par les tanks du général X, lui-même devenu soudainement sous le haut commandement de certains néo-conservateurs véreux de Washington un certain 14 Janvier 2011.
Les Tunisiens pensent encore qu'ils bénéficient d'une certaine bénédiction et protection Divine. Sans réaliser bien sûr que cette même protection venant du ciel est depuis le 14 Janvier 2011 périmée comme de vieux suppositoires trainant dans le tiroir de la table de chevet d'un retraité du Gouvernement Tunisien vivant d'une maigre pension déposée automatiquement à son compte BIAT.
Le monde Arabe est rasé de la carte. Et lorsque des garde-frontières Turques échangent de poignées de main et des embrassades presque homosexuelles avec des hommes de DAECH, c'est ce que l'on appelle en Français raffiné « La fin de haricots ».
Cela veut tout simplement dire que DAECH a comme allié sur la Turquie, base importante de l'OTAN avec ce que cela implique en complicité et en coopération militaire et logistique.
Pas de doute dans mon esprit, les bombardements d'Obama sont tout à fait symboliques et ont pour but de disculper ce Président noir à la solde des sionistes de Washington lors d'un éventuel futur Nuremberg qui réviserait les millions de morts que le printemps Arabe a causé. Car il s'agit de véritables génocides de minorités culturelles et religieuses qui étaient déjà en voie d'extinction comme la communauté Yazidi Irakienne.
« Détruisez le monde Arabe mais ne touchez pas à Israël » telle est la devise de l'occident envers nous autres Arabes qui sommes affligés d'une religion archaïque mais aussi de peuples à la fois bas et incultes.
Car imaginez-vous un instant que ce même genre de génocide ou des enfants sont enterrés vivants se serait produit en Israël.
Les Etats Unis dans ce cas la aurait vite fait de dégainer la bombe atomique, écrits de la Bible obligent.
Que voulez-vous peuple de bipèdes a l'haleine plutôt fétide, l'occident éprouve autant de respect pour vous Arabes et Musulmans qu'il en éprouve pour une Blatella germanica d'âge adulte majeure et vaccinée.
Il y a aussi ces fameux attentats contre la Tunisie et le Maghreb et qui impliqueraient des avions de lignes commerciales ou des avions de chasse volant en rase motte avant de s'écraser ou de verrouiller leurs bombes au laser sur des cibles vitales à l'Etat Tunisien comme le Palais de Carthage ou certaines bases militaires comme celle de Bouchoucha ou de Bâb Saadoun ou se trouve l'élite du haut commandement de l'armée Tunisienne.