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Tunisie : Yasmine Hammamet malade de ses hôtels ?

Tunisie : Yasmine Hammamet malade de ses hôtels ?
Prédestinée à être le fleuron du tourisme tunisien, 10 ans après son entrée en exploitation, la station touristique "Yasmine Hammamet", n’arrive pas à décoller. Elle accuse un taux d’occupation (32,5%), inférieur à la moyenne nationale (33,9%) au cours des six premiers mois de l’année 2009. En 2008, elle était classée 5ème à l’échelle nationale, au niveau des nuitées. En théorie, la station n’a rien à envier à d’autres Pourquoi alors la station est-elle perçue comme une ville sans âme ? Pourquoi n’arrive-t-elle pas à drainer un flux conséquent de touristes ? Qu’est ce qui se passe exactement, bien qu’elle soit dotée d’une super infrastructure ? Le magazine "Tourisme Infos" a abordé la question, en conviant les professionnels, les intervenants dans le secteur touristique et l’administration de tutelle, à débattre des problématiques relatives à "Yasmine Hammamet" et tenter, le cas échéant, de proposer des solutions.


Ils étaient très peu nombreux à répondre à l’invitation de "Tourisme infos". C’est comme si les professionnels de la station avaient perdu tout espoir de voir les problématiques de la station se régler dans ce genre de rencontre. N’empêche que les problèmes sont nombreux, profonds et méritent une mobilisation des professionnels opérant dans la station.
Or, avec 25% des hôteliers adhérant à la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), on voit mal comment celle-ci pourrait jouer un rôle mobilisateur et fédérateur ? Et pourtant, la solution à toutes les problématiques de "Yasmine Hammamet" ne peut émaner que des professionnels eux-mêmes. C’est à eux de prendre en charge leur destinée ainsi que la gestion de la station, comme l’a si bien affirmé Habib Bouslama, Président de la Fédération régionale de la FTH. Car, à son sens, l’Etat a joué amplement son rôle.

Pour revenir un peu à l’historique, "Yasmine Hammamet"est érigée sur une superficie de 277 hectares. Elle devait mobiliser 950 MD, et offrir une capacité maximum d’un peu plus de 24 mille lits, dont 14 mille en hôtellerie et 10 mille en immobilier, avec une Médina, et une Marina de 149 anneaux, qui auraient dû être le cœur et les poumons de la station, ainsi que des espaces d’animation.
Actuellement, ce schéma est largement dépassé. La station compte 46 hôtels d’une capacité d’environ 20mille contre 10 000 initialement, soit 50% de plus que la capacité prévue. Seuls 43 unités sont en exploitation, d’une capacité de 18 mille lits. Les constructions se poursuivent, avec trois unités en chantier d’une capacité de 700 lits et deux en extension d’une capacité de 400 lits.

Il existe aussi trois agences de voyage pour toute la station, une Médina, une Marina de 719 anneaux, deux casinos, sept centres de thalassothérapie, un centre d’attraction : Carthage Land, 15 centres d’équitation, 13 bases nautiques, 21 centres de squats, une quinzaine de restaurants, de "Fast Food"…
Néanmoins, pour les professionnels, elle est, quand même, une ville sans âme. Elle ne fonctionne que deux mois sur 12. Elle est particulièrement animée par les Tunisiens et les Algériens.
Pour Habib Bouslama, président régional de la FTH, les objectifs assignés à la station, au moment de son lancement, sont loin d’être atteints. D’abord, parce qu’elle elle est commercialisée sur la base de la promotion des lits, qui ne représentent qu’à peine 30% du produit touristique. Le touriste ne vient pas pour le lit, mais plutôt pour meubler sa journée. Or, à "Yasmine Hammamet", meubler sa journée est chose difficile.

Tous ceux qui ont participé à la conception de "Yasmine Hammamet" n’ont pas pensé à une occupation intelligente de l’espace. Aussi, Yasmine Hammamet n’a-t-elle aucun signe distinctif, aucune particularité. La quinzaine de restaurants qui existent sont tous pareils et offrent presque le même menu. Sans compter que la station souffre d’un manque terrible de produits touristiques. Toute la station ne dispose que de deux parcours de golf. Seuls quatre hôtels maximum peuvent en bénéficier. Or, pour prétendre être une destination golfique, il faut en rajouter au moins six autres parcours. "Yasmine Hammamet" manque d’attraction.
Selon Ahmed Bettayeb, Président régional de la FTAV, la station manque d’un mobile d’attraction. Néanmoins, c’est le copier coller, y compris des erreurs, qui a nui aux produits touristiques. La station a plus que jamais besoin d’innovation et de créativité au niveau de son offre. La difficulté est de séduire les clients. Même si on réussi à les séduire une fois, il serait très difficile de les voir revenir d’où l’impératif de créer l’événementiel. La station ne peut renaître qu’à travers le lancement de festivals, le tourisme sportif, et autres évènements mobilisateurs de foule.

Zakaria Zgolli, secrétaire général de la FTH, estime que la plus grande problématique de la station, actuellement est sa gestion, sachant que la société d’études et de développement de Hammamet Sud, en charge de la réalisation de la station, a été dissoute. Aucune structure n’a été créée pour la remplacer. D’un autre côté, la station est soumise à deux autorités administratives, la municipalité de Hammamet et celle de Bouficha, ce qui complique les relations entre les professionnels du tourisme et l’administration.
Il est impératif, aujourd’hui, de penser à la bonne marche de la station, notamment en matière de gestion de déchets, de propreté des plages, de la maintenance des infrastructures, de l’éclairage public… . On ne peut omettre aussi que plus de 70% des hôtels de la station sont surendettés et que la station est dominée par les Tours Opérateurs. On comprend mieux dès lors la suprématie du All Inclusive, imposé par les TO. Le pouvoir de négociation des hôteliers est faible, parce que ces derniers sont partagés et privilégient la politique du "Chacun pour soi et Dieu pour tous". Le manque de solidarité et de partenariat entre les professionnels fait le reste.

La table ronde, en dépit du nombre réduit des participants, a quand même abouti à des recommandations intéressantes. Encore faut-il trouver preneur. Il s’agit notamment de soumettre la station à une seule autorité administrative ; de créer et vite, une structure, pour se charger de la gestion de "Yasmine Hammamet", d’arrêter d’accorder des autorisations de construction et d’extension d’hôtels ; de créer un portail propre à la station afin de regrouper l’ensemble des intervenants dans le secteur touristique ; de mettre en œuvre les décisions politiques relatives à la réalisation des parcours de golf, et surtout de créer de l’évènementiel, tout en tentant, ne serait-ce que très peu, de fédérer les professionnels autour d’un intérêt commun. Chose certainement difficile, eu égard à la divergence des intérêts. Mais, celui qui ne tente rien n’aura rien !

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