alexametrics
A la Une

Tunisie ? Un gouvernement d'union nationale qui suscite, déjà, des remous

Tunisie ? Un gouvernement d'union nationale qui suscite, déjà, des remous
La composition du gouvernement d’union nationale, annoncée lundi 17 janvier 2011, par le Premier ministre Mohamed Ghannouchi a suscité des réactions diverses entre « pro » et « contre ». Ce gouvernement, qui n’est finalement que provisoire, a fait des satisfaits et des mécontents.
Les uns disent qu’il fallait agir vite, étant donné l’urgence de la situation et la nécessité d’agir face au climat de chaos qui menace le pays, une donne sur laquelle les différentes parties prenantes semblent faire l’unanimité.
Les autres avancent que l’approche adoptée lors des consultations est « inadéquate » dans la mesure où des composantes politiques en ont déjà été écartées dont notamment les formations, qualifiées – à tort ou à raison - d’« opposition de carton ».

Ceux qui s’opposent à la nature de ce gouvernement provisoire protestent contre le fait de l’existence d’un grand nombre de personnes ayant servi, à un moment ou à un autre, sous l’ancien régime du président Ben Ali déchu ou, carrément, ayant milité au sein du Rassemblement constitutionnel démocrate (RCD).
En effet, un premier coup d’œil lancé à cabinet gouvernemental fait ressortir que sur les 39 membres, entre ministres et secrétaires d’Etat, 25 ont occupé, déjà, des postes de responsabilité au sein d’anciennes équipes gouvernementales de l’ancien régime sans oublier que le poste de Premier ministre et les autres portefeuilles de souveraineté sont revenus soit à d’anciens du RCD, soit à d’anciens gouvernements.

Ainsi, Mohamed Ghannouchi, Ridha Grira, Kamel Morjane, Ahmed Friâ, Nouri Jouin, Afif Chelbi, Slaheddine Malouche, Ridha Chelghoum, Moncer Rouissi, Moncef Bouden, Zouheir M’dhaffer, Abdelhakim Bouraoui, Habib M’barek, Mohamed Jegham, sans oublier le nouveau gouverneur de la Banque centrale de Tunisie, Mustapha Kamel Nabli.
A noter qu’au même moment, les trois partis admis au sein du nouveau gouvernement n’ont eu qu’un seul poste pour chacun d’eux, en l’occurrence, respectivement, Ahmed Néjib Chebbi du Parti démocrate progressiste (PDP), Ahmed Ibrahim (Ettajdid) et Mustapha Ben Jaâfar du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL).

A remarquer qu’on compte dans cette nouvelle équipe, trois femmes seulement, à savoir Mmes Moufida Tlatli, Lilia Laâbidi et Faouzia Charfi.
Autre remarque, l’entrée de Slim Amamou en tant que secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Jeunesse et du Sport, un jeune informaticien et blogueur qui n’a aucune expérience de la chose publique, d’où le sentiment qu’il s’agirait, juste, d’une symbolique.

Les uns estiment qu’après tout, il ne s’agit que d’un simple gouvernement transitoire, chargé uniquement de liquider les affaires courantes et de préparer l’échéance électorale et qu’il ne faudrait pas créer des polémiques interminables sur sa composition puisqu’en fin de compte, un gouvernement définitif sera mis en place, grâce aux urnes, dans un délai de six mois au plus tard.
Les autres pensent qu’il s’agit d’un point hautement significatif dans le sens où une crainte se dégage, d’ores et déjà, quant aux « risques de voir les anciens barons du RCD s’approprier les dividendes de la révolution conduite par le peuple tunisien ».

A noter, par ailleurs, que le matin avant même l’annonce du nouveau gouvernement, une manifestation s’est déroulée devant le siège du RCD rejetant, d’avance toute participation de ministres Rcédistes, une manifestation dispersée par les forces de l’ordre à l’aide de bombes lacrymogènes au niveau du quartier Lafayette.
De même, sur les différentes chaînes, aussi bien locales qu’étrangères, plusieurs personnalités indépendantes ont exprimé leur inquiétude en évoquant l’éventuelle « confiscation » de cette révolution du peuple.
Moncef Marzouki a dénoncé pour sa part une "mascarade" fustigeant une "fausse ouverture" avec le maintien de ces anciens ministres du président et ce dans un entretien à la télévision française I-Télé.

Une autre remarque, certains membres du gouvernement provisoire appartenant à des partis de l’opposition et indépendantes, à peine nommés, n’ont pas hésité à prendre la parole aux micros de certaines chaînes de télévision dont notamment celle nationale et de Nessma TV, qui ont tenu à dire qu’il faut savoir pardonner à ceux qui reconnaissent s’être trompés ou avoir été contraints de suivre une attitude bien déterminée.
Plusieurs points sont à soulever quant à l’efficacité de plusieurs membres. Aussi bien ceux apparentés RCD et auraient dû partir à la retraite depuis un temps que ceux de l’opposition qui manquent d’expérience pour diriger des départements ministériels importants.
On s’interrogera aussi sur cette période électorale qui va s’ouvrir et durant laquelle des candidats-ministres devront s’occuper de leur campagne pour se faire élire. Quelle sera leur priorité ? Le ministère et les intérêts du pays ou leur campagne électorale ?

En résumé, l’annonce de ce gouvernement d’union nationale n’a laissé personne indifférent et suscité des critiques plus ou moins virulentes aussi bien chez la population que parmi les personnalités politiques ou de la société civile.
Et sûrement, la réalité du terrain se chargera bien de faire décanter la situation.

Votre commentaire

(*) champs obligatoires

Conditions d'utilisation

Les commentaires sont envoyés par les lecteurs de Business News et ne reflètent pas l'opinion de la rédaction. La publication des commentaires se fait 7j/7 entre 8h et 22h. Les commentaires postés après 22h sont publiés le lendemain.

Aucun commentaire jugé contraire aux lois tunisiennes ou contraire aux règles de modération de Business News ne sera publié.

Business News se réserve le droit de retirer tout commentaire après publication, sans aviser le rédacteur dudit commentaire

Commentaires

Commenter

Fadhel
| 18-01-2011 17:06
Je reve, l'UGTT, qui a soutenu Ben Ali pour les présidences en 2004, montre maintenant du doigt Med Ghannouchi et Cie pour leur lien avec Ben Ali. Au moins, ce lien était légitime vu leur appartenance au RCD. Messieurs, faites d'abord le ménage chez vous avant de donner des leçons ! Au moins, l'UTICA a tt de suite demandé la démission de Jilani.
J'ajoute que je ne voterai en aucun cas pour un parti qui appelle maintenant au départ imminent d'un gouvernement PROVISOIRE ! C'est irresponsable ! Ils veulent quoi, des élections pour désigner le gouvernement provisoire qui va préparer les vrais élections ! Je n'ai vu aucune proposition, aucune solution ou alternative, que des critiques ! Encore une fois, c'est IRRESPONSABLE. Mettez vous au travail et préparer vos programmes ! PS : je précise que je suis contre le RCD, mais il est évident que ce parti est voué naturellement à imploser ! Pas la peine de gaspiller de l'énergie dessus, concentrons nous sur faire le ménage chacun chez soi et, pour les partis, préparer un programme. Si le RCD ne fait pas la meme chose, cad ménage et programme, il signera son arret de mort lui meme !

safentra
| 18-01-2011 16:30
ben ali et ceux qui le soutiennent et qui ont travaillé avec, sont tous dans la mm marmite et maintenant on est devant les deux choix suivants: soit aucune figure de l'ancien regime n apparait ds le gouvernement transitoire , soit ces mm personnes choisies doivent démissionner du RCD. VIVE NOTRE VERTE TUNISIE LIBRE DEMOCRATIQUE

Union nationale
| 18-01-2011 16:27
Certes, il comprend 6 ministres sortants qui conservent leur portefeuille, mais ils sont en majorité des technocrates intègres et compétents. D'ailleurs Mohamed GERAM et Mustapha Kamel NABLI (nouveau gouverneur de la BCT et ancien de la Banque Mondiale) ont été écartés par Ben Ali, sauf peut-être un ou deux qui ont été plus actifs avec l'ancien régime..
Les 3 opposants Ahmed Néjib CHEBBI au développement régional (chef historique du PDP, même si je voulais voir aussi Maya JRIBI, le secrétaire général du PDP, une femme admirable de courage, d'honnêteté et de compétence et qui aurait augmenté le nombre de femmes au gouvernement limité seulement à 3), Ahmed BRAHIM à l'enseignement supérieur (Ettajdid) et Dr Mustapha BEN JAAFAR à la santé (Forum démocratique après avoir été un des fondateurs historiques du MDS de Ahmed MESTIRI et de la ligue tunisienne des droits de l'homme) représentent les 3 partis légaux dits réels contre les partis du décor de BEN ALI dont aucun n'a été représenté.
Également, des personnalités indépendantes de la société civile ont été choisies dont l'économiste Hassine DIMASSI (UGTT), Taib BACCOUCHE (Droits de l'homme), Lazher CHEBBI (ex-bâtonnier) à la justice et Taoufik BOUDERBALA (ex-président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme), Ahmed OUNNAIS (ex-diplomate et critique à BEN ALI), Moufida TLATLI cinéaste à la culture et Slim AMAMOU le jeune blogeur qui a été arrêté lors des derniers jours de BEN ALI en tant que secrétaire d'Etat pour la jeunesse. Ces gens ont prouvé par le passé qu'ils sont incorruptibles.
Pour la Commission des réformes politiques, l'universitaire de droit constitutionnel Iadh BEN ACHOUR fait l'unanimité, il a été proposé comme premier ministre de transition par Moncef MARZOUKI (actuel chef du parti non régularisé du Congrès pour la république (opposition radicale) ancien président de la ligue tunisienne des droits de l'homme et ancien professeur de médecine à la Faculté de Sousse, une personne incorruptible avec sa fameuse phrase "Le régime de Ben Ali la yaslouhou wa la yoslahou", mais que j'invite à plus de conciliation.
Le PDP d'Ahmed Néjib CHEBBI, le congrès pour la République de Moncef MARZOUKI, le Parti communiste des ouvriers tunisiens de Hamma HAMMAMI (qui représentent la gauche laic), les islamistes d'Ennahdha et autres ont créé en 2001 lors des grèves de la faim du Sommet Mondial de la Société d'Information le manifeste du 18 octobre qui en vue d'unir leurs efforts pour l'instauration d'une vraie démocratie plurielle ouverte à tous avec un dénominateur commun(principes républicains, liberté d'expression et du culte, égalité homme-femme, amnistie générale pour les prisonniers politiques, État de droit et des institutions, indépendance de la justice, reconnaissance de tous les partis et associations non autorisés...)...
Je pense que la réforme de la loi électorale doit permettre des élections libres ouvertes à tous y compris Ennahdha et le POCT et c'est au peuple de choisir ses représentants aux urnes.
Le RCD actuel devra être dissous, refondé par les vrais destouriens honnêtes et sa tour de 80 millions de dinars, symbole de la corruption nationalisée pour être le siège des ministères économiques ou autres'
La priorité actuelle est de remettre le pays sur les rails, tout en restant vigilants contre tout retour en arrière.

lakram
| 18-01-2011 12:47
Il faut que le gouvernement traite tous ces point dans une conf de presse, pour prouver qu'on n'a rien à cacher et, ça ira pour moi personnellement:
- le pourquoi du choix de l'article 56 au debut
- la nature de la conversation ghanouchi-ben ali
- l'état des lieux sécurité
- la raison de garder certains ministres du RCD
- autres?

titoo
| 18-01-2011 12:30
Si monsieur se cache derriére des initiales c'est justement parcqu'il sait qu'il n'est pas ecore libre et a peur des represailles si le RCD reste au pouvoir. Non nous sommes loins d'etre libre encore, la mascarade continue...

midou sfe9ssi
| 18-01-2011 10:16
tout d'abord il faudra signaler que ce n'est pas un gouvernement temporaire!!!!ghannouchi ne l'a pas précisé!!!!et pour les élections à venir ne concernent que la présidence!!!ça serais des élection présidentielle uniquement!!et quand je vois que 25 ministres je dirais maintenus depuis le régime précedent je me pose franchement bcp de questions,quand je remarque aussis,et d'ailleur hamdoullah,que depuis cette annonce ilya un cessé de feu très trés flagrants je me pose aussi bcp de question!!!quelle coïncidence!!!!!et pour ceux qui ont tenu à dire qu'il faut savoir pardonner à ceux qui reconnaissent s'être trompés ou avoir été contraints de suivre une attitude bien déterminée.je dirais bel 3arbi yabta chwya!!!!

nadou
| 18-01-2011 09:18
Aucun ministre du gvt de Ben Ali n'aurait dû figurer dans ce gvt de transition: en effet pour gérer les "affaires courantes" des hauts fonctionnaires de l'état auraient été à même de remplir cette mission. C'est honteux et décevant mais attendu....

etounsi
| 18-01-2011 08:51
pour prouver leur loyaute envers le pays et leur volonte de le servir les nouveaux ministres RCD peuvent toujours demissionner de "leur" parti

le réalisme
| 18-01-2011 08:16
Du moment que les ministres issus de l'opposition sont satisfaits et ne contestent pas le fait d'être minoritaires deans ce nouveau gouvernement, alors laissez ce gouvernement travailler en paix et nous préparer des élections démocratiques et libres sans les perturber dans leur tâche.

Mustapha Mezghani
| 18-01-2011 03:35
Cet article fait mention des représentants du RCD et de l'opposition, mais pas d'indépendants au sein du Gouvernement.
Je ne rentrerai pas dans la polémique s'il est concevable ou pas d'avoir des ministres du RCD dans le gouvernement ce gouvernement de transition ou pas, cependant, je voudrai saluer la présence en nombre d'indépendants ou de gens qui ont été bannis ou laissés pour compte par l'ancien régime.
Je ne peux non plus accepter que Mustapha Kamel Nabli soit mis dans le lot des « personnes ayant servi, à un moment ou à un autre, sous l'ancien régime du président Ben Ali déchu ou, carrément, ayant milité au sein du Rassemblement Constitutionnel Démocrate (RCD) ». De mémoire, Mustapha Kamel Nabli, haut fonctionnaire de la Banque Mondiale, est le premier ministre, et peut être le seul à avoir démissionné (et non avoir été démis) sous le régime Ben Ali.
Il ya aussi, dans ce gouvernement un nombre important d'indépendants ou de gens qui, sans faire partie de l'opposition, critiquaient ouvertement le gouvernement et la politique du pays.

A lire aussi

La crise de l’immobilier n’est un secret pour personne. Alors que beaucoup de Tunisiens privilégient

16/11/2018 19:59
2

Les indicateurs économiques sont en nette amélioration, mais il faut poursuivre les efforts et

15/11/2018 19:59
0

Le paysage politique et partisan est en perpétuelle métamorphose. Le passage à l’Assemblée des

14/11/2018 20:13
10

En dépit de son appartenance à l’un des plus grands groupes internationaux, Total Tunisie brille par

13/11/2018 16:59
22

Newsletter