Nessim Soltani, les pauvres c’est nous

Businessnews.com.tn | publié le 17/11/2015 16:17
Par Inès Oueslati,

Qui n’a pas été ému par Nessim Soltani, cousin du jeune berger décapité vendredi 13 novembre qui s’est exprimé hier à la télévision sur sa détresse et celle des siens. Il est revenu sur la pauvreté, mal sans cœur qui les frappe et les prive de l’essentiel, de tout ce dont un homme a besoin pour vivre, de tout ce qu’un citoyen est en droit de réclamer pour être digne. Nessim a crié sa colère, sans lamentation et sans rancune, sans quémander et sans insulter, sans être ni pathétique ni agressif. Cet équilibre dans sa parole sur les déséquilibres sociaux et économiques dont il subit les travers tous les jours nous a touchés, nous téléspectateurs assis confortablement devant nos postes de télévision. Ce jeune émergeant subrepticement d’en deça les seuils inimaginables de la pauvreté, nous a transcendés.

 

Nessim je ne connais de toi que l’expression franche sur le plateau de Nessma hier soir, les larmes étouffées et le cœur lourd. Je connais de toi la détresse et l’optimisme, la souffrance et le pardon. Comment commenter autrement ta douleur et prétendre l’analyser. Tu as tout dit Nessim, tu nous as tout dit et, sur nous-mêmes, tu nous as éclairés.

 

 

Nessim, brise qui nous réveille et nous brûle, tu es l’image vivante de notre égoïsme et de notre culpabilité. Tu es cette lucidité que nous perdons souvent, cet optimisme qui va et vient au gré des moments.

 

 

Tu as parlé de ta pauvreté comme d’un « fait accompli ». Toi le Tunisien qui ne connais de la patrie qu’une carte d’identité et des rêves au goût de fatalisme. Tu connais plus que personne la soif, la faim, le froid, la chaleur et tous les besoins humains que tu as avec les tiens perdus. Nos besoins à nous sont pour toi un luxe. Nos exigences, à ta patience, un sacrilège.

 

Tu as parlé de ton don de toi-même comme d’un devoir. Toi qui ne vis plus que pour les tiens. Pour que la sœur réussisse à l’école, pour que la mère se repose, pour que la famille connaisse la satiété. Tu as tout fait Nessim, tout connu, même le mépris de celui dont le droit au travail devient un acte de mendicité, le dos au mur, face à un mur, des rêves infranchissables pour celui qui n’a rien. Tu pleures en voyant les élèves, toi qui as mis fin à tes rêves d’école, de blouse et de cahiers pour travailler et envoyer des mandats, te tuer pour qu’ils vivent et vivre pour que leurs rêves à eux ne meurent pas.

 

En faillite tout notre système ! Ses politiques qui pleurent sur commande le couffin vide d’une potentielle électrice, ses électeurs qui se contentent des promesses alors que pour vous rien ne change, sa paix qui s’appuie sur la politique et sur votre altruisme, son équilibre qui se créé grâce à votre écrasement résigné. On protège des énergumènes politiques et on vous laisse mourir. Vous êtes l’âme de ce pays sans cœur qui vous enfante et vous délaisse au fin fond de la misère.

 

On vous laisse en proie au terrorisme et on annonce publiquement qu’on le combat. Vous êtes les premiers sur des champs de batailles mal menées. Les garants des terres et du troupeau, corps abandonnés qu’on ne recherche même plus. Toi, ton défunt cousin et tous ceux qui comme vous souffrent en silence, vous êtes les victimes de notre terrorisme à nous. Un terrorisme silencieux et perfide qui vous enterre dans les zones de l’ombre et vous oublie ensuite en s’accaparant la lumière.

 

Vous avez pourtant compris toi et les tiens que l’important c’est la patrie et que, seulement pour elle, les combats valent, notamment ceux menés contre la vie. Cette vie qui continue avec vous à la marge, votre souffrance, votre courage et notre intérêt pour vous un soir d’après-choc. On sombrera ensuite dans l’oubli, obnubilés par nos problèmes à l’importance très relative, par l’opinion publique que nous-mêmes nous façonnons et qui au final nous éloigne de l’essentiel. Et l’essentiel c’est vous car, de vous, vient le salut ou la faillite. Et nous sommes, incontestablement, dans la misère absolue.

 

Après t’avoir vu, sur écran, un certain lundi soir, je nous souhaite la paix de l’âme, Nessim, et je vous souhaite le meilleur des avenirs.

 

 

Au regret de vous annoncer que ceci est ma dernière chronique sur Business News. Vous pourrez désormais me lire sur mon blog qui regroupe l’ensemble de mes articles et chroniques www.inesoueslati.com ou sur le site d’Express fm, radio dont je suis désormais la rédactrice en chef. A tous ceux qui m’ont suivie sur Business News, les meilleures salutations et un au revoir.



Nessim Soltani, les pauvres c’est nous

Par Inès Oueslati, publié le 17/11/2015 16:17

Qui n’a pas été ému par Nessim Soltani, cousin du jeune berger décapité vendredi 13 novembre qui s’est exprimé hier à la télévision sur sa détresse et celle des siens. Il est revenu sur la pauvreté, mal sans cœur qui les frappe et les prive de l’essentiel, de tout ce dont un homme a besoin pour vivre, de tout ce qu’un citoyen est en droit de réclamer pour être digne. Nessim a crié sa colère, sans lamentation et sans rancune, sans quémander et sans insulter, sans être ni pathétique ni agressif. Cet équilibre dans sa parole sur les déséquilibres sociaux et économiques dont il subit les travers tous les jours nous a touchés, nous téléspectateurs assis confortablement devant nos postes de télévision. Ce jeune émergeant subrepticement d’en deça les seuils inimaginables de la pauvreté, nous a transcendés.

 

Nessim je ne connais de toi que l’expression franche sur le plateau de Nessma hier soir, les larmes étouffées et le cœur lourd. Je connais de toi la détresse et l’optimisme, la souffrance et le pardon. Comment commenter autrement ta douleur et prétendre l’analyser. Tu as tout dit Nessim, tu nous as tout dit et, sur nous-mêmes, tu nous as éclairés.

 

 

Nessim, brise qui nous réveille et nous brûle, tu es l’image vivante de notre égoïsme et de notre culpabilité. Tu es cette lucidité que nous perdons souvent, cet optimisme qui va et vient au gré des moments.

 

 

Tu as parlé de ta pauvreté comme d’un « fait accompli ». Toi le Tunisien qui ne connais de la patrie qu’une carte d’identité et des rêves au goût de fatalisme. Tu connais plus que personne la soif, la faim, le froid, la chaleur et tous les besoins humains que tu as avec les tiens perdus. Nos besoins à nous sont pour toi un luxe. Nos exigences, à ta patience, un sacrilège.

 

Tu as parlé de ton don de toi-même comme d’un devoir. Toi qui ne vis plus que pour les tiens. Pour que la sœur réussisse à l’école, pour que la mère se repose, pour que la famille connaisse la satiété. Tu as tout fait Nessim, tout connu, même le mépris de celui dont le droit au travail devient un acte de mendicité, le dos au mur, face à un mur, des rêves infranchissables pour celui qui n’a rien. Tu pleures en voyant les élèves, toi qui as mis fin à tes rêves d’école, de blouse et de cahiers pour travailler et envoyer des mandats, te tuer pour qu’ils vivent et vivre pour que leurs rêves à eux ne meurent pas.

 

En faillite tout notre système ! Ses politiques qui pleurent sur commande le couffin vide d’une potentielle électrice, ses électeurs qui se contentent des promesses alors que pour vous rien ne change, sa paix qui s’appuie sur la politique et sur votre altruisme, son équilibre qui se créé grâce à votre écrasement résigné. On protège des énergumènes politiques et on vous laisse mourir. Vous êtes l’âme de ce pays sans cœur qui vous enfante et vous délaisse au fin fond de la misère.

 

On vous laisse en proie au terrorisme et on annonce publiquement qu’on le combat. Vous êtes les premiers sur des champs de batailles mal menées. Les garants des terres et du troupeau, corps abandonnés qu’on ne recherche même plus. Toi, ton défunt cousin et tous ceux qui comme vous souffrent en silence, vous êtes les victimes de notre terrorisme à nous. Un terrorisme silencieux et perfide qui vous enterre dans les zones de l’ombre et vous oublie ensuite en s’accaparant la lumière.

 

Vous avez pourtant compris toi et les tiens que l’important c’est la patrie et que, seulement pour elle, les combats valent, notamment ceux menés contre la vie. Cette vie qui continue avec vous à la marge, votre souffrance, votre courage et notre intérêt pour vous un soir d’après-choc. On sombrera ensuite dans l’oubli, obnubilés par nos problèmes à l’importance très relative, par l’opinion publique que nous-mêmes nous façonnons et qui au final nous éloigne de l’essentiel. Et l’essentiel c’est vous car, de vous, vient le salut ou la faillite. Et nous sommes, incontestablement, dans la misère absolue.

 

Après t’avoir vu, sur écran, un certain lundi soir, je nous souhaite la paix de l’âme, Nessim, et je vous souhaite le meilleur des avenirs.

 

 

Au regret de vous annoncer que ceci est ma dernière chronique sur Business News. Vous pourrez désormais me lire sur mon blog qui regroupe l’ensemble de mes articles et chroniques www.inesoueslati.com ou sur le site d’Express fm, radio dont je suis désormais la rédactrice en chef. A tous ceux qui m’ont suivie sur Business News, les meilleures salutations et un au revoir.



Commentaires (22) Commenter
A PLUS TARD
MEG
| 24-11-2015 22:26
vous lire a toujours été un moment tant attendu
Vous nous avez apprivoisés, alors continuez à nous faire partager vos écrits !
nos meilleurs voeux vous accompagnent
@ maya| 18-11-2015 16:31
NAFOUSY // LE BERBÈRE LE FIERE
| 18-11-2015 19:24
Comment vous sollicitez une deuxième révolution est ce que vous étiez normale
vous avez prie de leçon ce que nous avons récolté de la première ça vous pas donner de leçon c'est la cause de cette situation miséreux draconienne et toute franchisse mois j'ai regretté et je rêve toujours des années d'or que nous avons passé sous règne de notre chère président qui était trahi par certains opposants .
Je suis et certain que partagiez avec mois la même idée parce que vous pouvez faire la différence entre l'actuelle situation et la période avant ladite révolution et vous pouvez constater mais ce n'est pas trop tard tant que B C E à ris le pouvoir nous sommes chanceux si en l'aider en peut récupérer ce que nous avons perdus sans doute .
Bonne chance
maya
| 18-11-2015 16:31
Bonne chance grande dame, je vous lis depuis un bon bout de temps, ainsi que tous vos collègues à BN et ce dernier article est triste, dédié à un parmi des millions de compatriotes de la tunisie profonde que tous les gouvernements ont royalement ignorés. Et c'est par ceux-là que viendra la deuxième révolution, celle des gens affamés, et elle ne laissera aucun répit pour les politiques
Ambassadeur de Tunisie Bruxelles
123
| 18-11-2015 14:19
Bravo Inès, restez comme vous même. Vive la Tunisie.
La Dictateur qui contre carré que les criminels transforme en nécessité absolue
AHL -HAMLA
| 18-11-2015 09:06
Je cite un extrait d'un commentateur : Nassim, qui n'a aucun diplôme a montré que ce qui est arrivé à son cousin, le jeune berger «Braïek » comme l'appelait sa mère, est la preuve de l'échec de tout notre système politique, économique et social.
Fin de citation .
Nessim Soltani, si c'est une intellecte c'est possible car c'est la matière grise qui compte l'ignorance c'est de d'apprendre ce que les autres ont découvré
mais l'intellecte ce qui invente par ces propres recherches .
En ce qui concerne le volet politique qui devenait insupportable il y a de quoi nous avons égaré involontairement ceux qui nous
à protégé les décennies d'années en a les chasser avec un simple slogan impoli " dégage : et involontairement en niant la valeur de ceux qui sont à la hauteur et même leur gérance est compatible avec la société civile et je dirais aux ceux qui défendent la liberté des êtres humaines
que le caractère Arabo Berbère et peu spéciale qui contraire au caractère Européen ( entre guiémets ) la preuve Frappante ce qui se passe actuellement en Europe d'escroquerie et des génocides contre les Âmes innocents au nom de la tromperie L'Islam qui est contre ces crimes et nos livret et hadiths sacrés l'interdit ,si en en cherche les auteurs de ces crimes barbares en découvre que se sont de race une minorioté Arabo - berbère
des jeunes qui sont facilement à détourner
par les cerveaux de la criminalité parec qu'ils sont des jeunes et qui ne maîtrisent pas la religieux de L'Islam que notre proféte SIDI Mohamed a nous conseillé d'être passif avec toute les êtres humaines sans distinction même les juifs pour donner L'Image réel de L'Islam
et la preuve les habitants du Maghreb Arabie ou Maghreb Berbère ont réservé un accueil Humaine aux Juifs qui ont été victime du deuxième guerre mondial e entrant pas dans les détails pour pas déstabiliser certains esprits .
et ce que les elits politiques changent leur appréciations envers un Président qui était accusé de la Dictature durant sa règne ( malgré qu'il était dictateur que envers les criminels ( mais il n'a jamais pratiquer la dictature envers un Européen l'essentiel qu'il ne soit pas de race Arabo-Berbère ) Son dictature se pratiqu
Mme ou Mlle Nessim Soltani, 'hésitez pas à dire la réalité que vous jugez vrai à propos de ce Tunisien de souche qui vous à gouverner sans faille et la certitude que vous étiez libre à cette époque ne craint rien et votre témoignage monte le moral des Tunisiens qui sont pour l'instant dans une préoccupation sans précédent et si le berger est éliminer de vie c'est parce que
La dite Dictature de Ben Ali est disparut. Vive La Tunisie La Verte .
Vive Badji Caid Essebsi .
Vive Notre Président Ben Ali qui nous a protégé un bon moment des actes des chacals féroces .
Au revoir?
Gardien
| 18-11-2015 01:59
Merci!
Bonne Chance!
Restez vous-mêmes et fidèle à vous!
Merci à ce jeune homme
nazou
| 18-11-2015 01:57
J'en ai la gorge serrée !!
Il faut faire quelque chose !!!
Je suis affolée choqué atterrée abasourdie !!!!
Il n'y-a pas pire que ça. Il n'y-a pas pire misère.
Et par dessus le dénuement, ils ont en plus la menace terroriste !!!!
Par dessus la misère absolue, ce sentiment d'abandon par la nation !!!
IL FAUT LES DEPLACER !!!!!
Il faut les sauver !!!
Ça n'est pas à eux de combattre les terroristes !!!!
Comment comment comment survivront ils encore là-bas avec des monstres, capables de couper la tête d'un gamin ???!!!
ILS FAUT EXFILTRER CES 200 PERSONNES !!!
BN ou un quelconque responsable, on devrait pouvoir faire un appel aux dons !!!
C'est une horreur, ce que décrit ce jeune homme !!!!

Merci Inès.
Une leçon de patriotisme
tounsia2
| 17-11-2015 22:00
Le témoignage de Nasim, est extraordinaire, dans ce sens qu'il est structuré ; On y trouve l'état des lieux, les conséquences de la marginalisation de sa région et les solutions à envisager; Mais le plus surprenant, c'est lorsqu'il déclare avec beaucoup de lucidité, que le village doit rester peuplé pour que les terroristes ne viennent pas l'occuper, et de proche en proche occuper des villages voisins et gagner ainsi du terrain ; Ceci veut dire que la culture, le bon sens et le patriotisme n'ont rien à avoir avec les diplômes et encore moins avec le pays où on vit ; Nassim, qui n'a aucun diplôme a montré que ce qui est arrivé à son cousin, le jeune berger «Braïek » comme l'appelait sa mère, est la preuve de l'échec de tout notre système politique, économique et social.

@Ines Ouslati

Je vous remercie pour tout le plaisir que me procurait la lecture de vos articles, je ne manquerai pas de vous lire là ou vous serez; Bonne continuation. . .
Au revoir, Madame
Gg
| 17-11-2015 21:49
On n'est peut être pas fait pour chroniquer, lorsque la lucidité et la sensibilité se mélangent à ce point.
Je me souviendrai de vos écrits...
Bonne route, Inès
Vous terminez en beauté !
N.G
| 17-11-2015 19:56
Bonne chance,vous allez nous manquer.
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