François Hollande en Tunisie : cachez ces droits que je ne saurais voir !

Businessnews.com.tn | publié le 03/07/2013 20:00
C’est dans un contexte tumultueux que le président français, issu du parti socialiste, François Hollande effectuera une visite d’Etat très attendue en Tunisie afin d’y délivrer un « message d’encouragement ». Une visite, annoncée de longue date mais maintes fois ajournée, perçue aujourd’hui comme un cautionnement d’un pouvoir dont la légitimité est plus que jamais controversée. Critiqué par médias et classe politique françaises, tout porte à croire que la visite de Hollande connaitra le même sort en Tunisie et se fera dans la continuité de ses prédécesseurs ayant honoré la dictature en place. Prélude d’une visite qui s’annonce parsemée de déceptions et à travers laquelle tout porte à croire que François Hollande perpétuera la tradition du soutien aveugle…

A la veille de sa visite, François Hollande a été interpellé par une lettre ouverte adressée par Reporters sans frontières, Human Rights Watch, la Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme et le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme, l’appelant à plaider en faveur d’une démocratie respectueuse des droits de l’Homme et à faire pression sur la Tunisie pour protéger la liberté d’expression. Les ONG pointent du doigt de nombreuses mises en examen, parfois assorties de peines, formulées contre des personnes ayant exprimé leur opinion de manière non-violente, dont notamment, les militantes du mouvement Femen, le rappeur Weld el XV, les caricaturistes Ghazi et Jabeur, Sami Fehri, Raja Ben Slama, Olfa Riahi et bien d’autres encore. « Bien que la liberté d’expression se soit considérablement développée en Tunisie depuis la chute de Ben Ali, les autorités utilisent des lois répressives pour poursuivre des formes d’expression jugées répréhensibles », s’est exprimé Human Rights Watch.

Si la liberté d’expression semble être, pour le moment, le premier acquis de la période postrévolutionnaire, Reporters sans frontières qualifie le projet actuel de la Constitution de « source d’inquiétude ». S’adressant à François Hollande aujourd’hui, RSF affirme en substance « Malgré de récentes améliorations substantielles, le texte n’apporte pas les garanties nécessaires et suffisantes au respect et à la protection de la liberté d’information ». Les lacunes se trouvent au niveau de l’article 19 qui affirme que « la Constitution tunisienne prévaut sur les engagements internationaux », réduisant la valeur des engagements internationaux de la Tunisie. Egalement pointé du doigt, l’article 124, qui prévoit la mise en place d’une instance constitutionnelle de régulation des médias qu’il juge « dangereuse pour la liberté de l’information en Tunisie ».



La venue en Tunisie du président français, François Hollande, est la première visite d’un président français depuis celle effectuée par Nicolas Sarkozy en 2008 dans laquelle il a loué son ancien homologue Ben Ali pour « les avancées accomplies en matière de libertés ». Son prédécesseur, Jacques Chirac affirmait lors de sa visite en Tunisie en 2003 que le premier des droits de l’Homme était « de se nourrir ». En plus de l’autisme des autorités françaises face au soulèvement populaire de 2010, de telles déclarations n’ont pas encore été digérées par les défenseurs des libertés en Tunisie.
Des traces que Moncef Marzouki se dit être prêt à effacer, lors de sa première visite dans l’Hexagone. A l’adresse du nouveau gouvernement français, il a ajouté : « ces problèmes, on va les résoudre très rapidement parce que de part et d'autre de la Méditerranée nous avons maintenant les mêmes idéaux, les mêmes principes ».
Opposants et société civile restent aujourd’hui dans l’attente d’une nette rupture, à travers le discours de François Hollande qu’il prononcera demain au sein de l’hémicycle de l’Assemblée nationale constituante.



Le gouvernement qui en découle, dont la légitimité juridique s’est achevée le 22 octobre dernier et dont les égarements ne sont plus à énumérer, affiche de nombreuses tâches noires à son palmarès.
La position de l’opposition et de la société civile a été donnée sans équivoque : Hollande devrait s’abstenir de venir. Cette visite d’Etat qui s’annonce comme un cautionnement du pouvoir en place et aurait « l’allure d’un soutien à la Troïka et au gouvernement », tance Zied Lakdhar, porte-parole du Watad qui appelle Hollande à « s’abstenir de venir en Tunisie [comme] geste positif pour aider le pays à sortir de l’impasse », dans une interview accordée au journal français l’Humanité en date du 19 juin.

Adel Fekih, ambassadeur de Tunisie en France y voit, dans une interview accordée à Jeune Afrique, l’occasion de « dire [aux Tunisiens] qu’ils ne sont pas seuls. François Hollande un président assez controversé en Tunisie et dont la popularité est en décrépitude, ridiculisé par les médias et la classe politique, un peu à l’image de Moncef Marzouki, aurait bien besoin de se refaire une image. Sa visite en Tunisie semble être une occasion inespérée. La délégation qui l’accompagne, réunissant sa compagne Valérie Trierweiler ainsi qu’une brochette de personnalités, ministres, parlementaires, PDG et artistes de laquelle manquera un Manuel Valls qui s’est attiré les foudres des Tunisiens, au lendemain de l’assassinat de Chokri Belaïd, en évoquant « la montée d’un fascisme religieux en Tunisie ».
Si Hollande a préféré tempérer les tensions liées à sa visite en retirant le nom de Manuel Valls de la liste des ministres présents, il s’agit cependant du même pouvoir qu’on accuse de fascisme religieux qu’il viendra cautionner demain. Lors de cette visite au cours de laquelle Hollande effectuera plusieurs rencontres avec des dirigeants de partis politiques, Rached Ghannouchi ne serait visiblement pas de la partie, actuellement en visite à Qatar. Un choix délibéré de la part du leader du parti islamiste ? On ne saurait le dire…

On l’a bien compris, les relations économiques priment et les accords commerciaux que François Hollande devra conclure avec son homologue tunisien, au début de sa visite, l’emportent sur les menaces des droits de l’Homme qui pèsent sur la Tunisie. « Le président Hollande devrait user de l’influence de la France, comme partenaire économique clé et comme allié stratégique, pour faire pression sur le gouvernement tunisien pour qu’il protège la liberté d’expression », fait remarquer Eric Goldstein, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

Hollande fera-t-il preuve d’autant de frilosité en évitant de s’acquitter de la lourde tâche que lui confèrent les ONG ? Selon l’ambassadeur de Tunisie en France, Fekih, Hollande « en tant qu’homme politique ayant le sens de l’Histoire, a compris que c’était important de venir maintenant parce que c’est aujourd’hui qu’il faut montrer son soutien aux Tunisiens », c’est en revanche une certaine partie de l’histoire que certains Tunisiens ne pardonnent aujourd’hui pas encore à la France. Celles des années de copinage avec Ben Ali, durant lesquelles Nicolas Sarkozy est allé jusqu’à déclarer que « la Tunisie a fait le choix volontaire de la démocratie et que la France n’a donc pas à lui donner de leçons »…

François Hollande en Tunisie : cachez ces droits que je ne saurais voir !

publié le 03/07/2013 20:00
C’est dans un contexte tumultueux que le président français, issu du parti socialiste, François Hollande effectuera une visite d’Etat très attendue en Tunisie afin d’y délivrer un « message d’encouragement ». Une visite, annoncée de longue date mais maintes fois ajournée, perçue aujourd’hui comme un cautionnement d’un pouvoir dont la légitimité est plus que jamais controversée. Critiqué par médias et classe politique françaises, tout porte à croire que la visite de Hollande connaitra le même sort en Tunisie et se fera dans la continuité de ses prédécesseurs ayant honoré la dictature en place. Prélude d’une visite qui s’annonce parsemée de déceptions et à travers laquelle tout porte à croire que François Hollande perpétuera la tradition du soutien aveugle…

A la veille de sa visite, François Hollande a été interpellé par une lettre ouverte adressée par Reporters sans frontières, Human Rights Watch, la Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme et le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme, l’appelant à plaider en faveur d’une démocratie respectueuse des droits de l’Homme et à faire pression sur la Tunisie pour protéger la liberté d’expression. Les ONG pointent du doigt de nombreuses mises en examen, parfois assorties de peines, formulées contre des personnes ayant exprimé leur opinion de manière non-violente, dont notamment, les militantes du mouvement Femen, le rappeur Weld el XV, les caricaturistes Ghazi et Jabeur, Sami Fehri, Raja Ben Slama, Olfa Riahi et bien d’autres encore. « Bien que la liberté d’expression se soit considérablement développée en Tunisie depuis la chute de Ben Ali, les autorités utilisent des lois répressives pour poursuivre des formes d’expression jugées répréhensibles », s’est exprimé Human Rights Watch.

Si la liberté d’expression semble être, pour le moment, le premier acquis de la période postrévolutionnaire, Reporters sans frontières qualifie le projet actuel de la Constitution de « source d’inquiétude ». S’adressant à François Hollande aujourd’hui, RSF affirme en substance « Malgré de récentes améliorations substantielles, le texte n’apporte pas les garanties nécessaires et suffisantes au respect et à la protection de la liberté d’information ». Les lacunes se trouvent au niveau de l’article 19 qui affirme que « la Constitution tunisienne prévaut sur les engagements internationaux », réduisant la valeur des engagements internationaux de la Tunisie. Egalement pointé du doigt, l’article 124, qui prévoit la mise en place d’une instance constitutionnelle de régulation des médias qu’il juge « dangereuse pour la liberté de l’information en Tunisie ».



La venue en Tunisie du président français, François Hollande, est la première visite d’un président français depuis celle effectuée par Nicolas Sarkozy en 2008 dans laquelle il a loué son ancien homologue Ben Ali pour « les avancées accomplies en matière de libertés ». Son prédécesseur, Jacques Chirac affirmait lors de sa visite en Tunisie en 2003 que le premier des droits de l’Homme était « de se nourrir ». En plus de l’autisme des autorités françaises face au soulèvement populaire de 2010, de telles déclarations n’ont pas encore été digérées par les défenseurs des libertés en Tunisie.
Des traces que Moncef Marzouki se dit être prêt à effacer, lors de sa première visite dans l’Hexagone. A l’adresse du nouveau gouvernement français, il a ajouté : « ces problèmes, on va les résoudre très rapidement parce que de part et d'autre de la Méditerranée nous avons maintenant les mêmes idéaux, les mêmes principes ».
Opposants et société civile restent aujourd’hui dans l’attente d’une nette rupture, à travers le discours de François Hollande qu’il prononcera demain au sein de l’hémicycle de l’Assemblée nationale constituante.



Le gouvernement qui en découle, dont la légitimité juridique s’est achevée le 22 octobre dernier et dont les égarements ne sont plus à énumérer, affiche de nombreuses tâches noires à son palmarès.
La position de l’opposition et de la société civile a été donnée sans équivoque : Hollande devrait s’abstenir de venir. Cette visite d’Etat qui s’annonce comme un cautionnement du pouvoir en place et aurait « l’allure d’un soutien à la Troïka et au gouvernement », tance Zied Lakdhar, porte-parole du Watad qui appelle Hollande à « s’abstenir de venir en Tunisie [comme] geste positif pour aider le pays à sortir de l’impasse », dans une interview accordée au journal français l’Humanité en date du 19 juin.

Adel Fekih, ambassadeur de Tunisie en France y voit, dans une interview accordée à Jeune Afrique, l’occasion de « dire [aux Tunisiens] qu’ils ne sont pas seuls. François Hollande un président assez controversé en Tunisie et dont la popularité est en décrépitude, ridiculisé par les médias et la classe politique, un peu à l’image de Moncef Marzouki, aurait bien besoin de se refaire une image. Sa visite en Tunisie semble être une occasion inespérée. La délégation qui l’accompagne, réunissant sa compagne Valérie Trierweiler ainsi qu’une brochette de personnalités, ministres, parlementaires, PDG et artistes de laquelle manquera un Manuel Valls qui s’est attiré les foudres des Tunisiens, au lendemain de l’assassinat de Chokri Belaïd, en évoquant « la montée d’un fascisme religieux en Tunisie ».
Si Hollande a préféré tempérer les tensions liées à sa visite en retirant le nom de Manuel Valls de la liste des ministres présents, il s’agit cependant du même pouvoir qu’on accuse de fascisme religieux qu’il viendra cautionner demain. Lors de cette visite au cours de laquelle Hollande effectuera plusieurs rencontres avec des dirigeants de partis politiques, Rached Ghannouchi ne serait visiblement pas de la partie, actuellement en visite à Qatar. Un choix délibéré de la part du leader du parti islamiste ? On ne saurait le dire…

On l’a bien compris, les relations économiques priment et les accords commerciaux que François Hollande devra conclure avec son homologue tunisien, au début de sa visite, l’emportent sur les menaces des droits de l’Homme qui pèsent sur la Tunisie. « Le président Hollande devrait user de l’influence de la France, comme partenaire économique clé et comme allié stratégique, pour faire pression sur le gouvernement tunisien pour qu’il protège la liberté d’expression », fait remarquer Eric Goldstein, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

Hollande fera-t-il preuve d’autant de frilosité en évitant de s’acquitter de la lourde tâche que lui confèrent les ONG ? Selon l’ambassadeur de Tunisie en France, Fekih, Hollande « en tant qu’homme politique ayant le sens de l’Histoire, a compris que c’était important de venir maintenant parce que c’est aujourd’hui qu’il faut montrer son soutien aux Tunisiens », c’est en revanche une certaine partie de l’histoire que certains Tunisiens ne pardonnent aujourd’hui pas encore à la France. Celles des années de copinage avec Ben Ali, durant lesquelles Nicolas Sarkozy est allé jusqu’à déclarer que « la Tunisie a fait le choix volontaire de la démocratie et que la France n’a donc pas à lui donner de leçons »…

Synda TAJINE
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