Ennahdha est déjà dans l’étape suivante

Businessnews.com.tn | publié le 16/06/2014 15:59
Par Nizar Bahloul

Après des semaines de tergiversations, de marchandages d’épicier, de tractations et de transactions, les politiques tunisiens sont finalement tombés d’accord. Les élections législatives précéderont la présidentielle. Ennahdha l’a voulu, Ennahdha l’a obtenu. Ennahdha voulait un régime semi parlementaire, il a obtenu le régime semi parlementaire. Il voulait les législatives avant la présidentielle, il a obtenu les législatives avant la présidentielle. Comme dirait une amie « A force de vouloir danser avec le loup, c'est le loup qui les a tous fait danser et à son rythme !!! »
Désormais, et contrairement à la majorité des grandes démocraties, la Tunisie votera pour un parlement avant d’avoir un président.
Concrètement, les alliances négociées tout au long des deux dernières années tombent à l’eau. Il ne sert plus à rien que les petits partis se liguent avec de grands partis. Chacun militera pour son camp pour obtenir un maximum de voix et que le meilleur l’emporte.
Au vu des derniers sondages, on aura deux partis qui tournent autour de 30% de voix, et une ribambelle de partis-nourrissons qui auront entre 1% et 5% de voix.

Traduction : si Ennahdha arrive premier, on aura un chef de gouvernement islamiste. Et si Nidaa dépasse même d’une voix, c’est Béji Caïd Essebsi qui nommera le futur chef du gouvernement.
En face de ce gouvernement, il y aura un parlement ressemblant comme deux gouttes d’eau à l’assemblée constituante actuelle. On aura de nouveaux guignols pour remplacer (ou s’ajouter) aux anciens. Et il n’est pas improbable que des personnes de qualité soient absentes de la future configuration parlementaire.
Ce parlement sera dominé par deux grands partis qui partagent 60% des voix approximativement et des individualités. Bref, une mosaïque de laquelle la Tunisie ne tirera rien de bon. On perpétuera les querelles autour du sexe des mouches et on s’affrontera sur tout et sur rien.
Quel que soit le nom du parti vainqueur des élections, il n’aura in fine que 30% et ne pourra pas gouverner sans de larges alliances avec les autres. Le gouvernement issu sera fragilisé et bloqué dans toute décision, aussi saine soit-elle.

Pour le camp démocrate, le danger est plus accentué. Vu que les législatives précèdent la présidentielle, les partis vont attaquer les élections en rangs dispersés pour que chacun puisse mesurer son véritable poids. Le parti islamiste, cependant, va partir en rangs unis. Et d’un !
De deux, non seulement les partis démocrates vont partir en rangs dispersés, mais les électeurs de ces partis ne sont pas spécialement connus pour leur discipline, contrairement aux électeurs islamistes qui vont courir aux urnes. Nous n’en sommes pas encore là, car avant d’arriver à ce stade, le camp démocrate va devoir subir de véritables guerres intestines. Et il n’est pas dit que ces partis démocrates vont arriver indemnes à la campagne électorale. Pourquoi ? C’est encore une question de discipline.
A Ennahdha, il y a le « majlis choura » qui va fixer les listes électorales. Autrement dit, c’est ce « majlis » qui va désigner les futurs députés en mettant qui il veut aux têtes de listes. La discipline étant de rigueur dans ce parti, tous les candidats sont là pour servir son intérêt général et son idéologie, et non des ambitions personnelles.
Au camp démocrate, en revanche, il n’y a pas d’idéologie et d’intérêt suprême qui prime. Il n’y a que les égos et les ambitions personnelles des uns et des autres. On imagine mal à Nidaa, à Al Joumhouri ou à l’Alliance des candidats accepter de laisser leur place à des « camarades » mieux armés pour affronter les élections. Chacun se croit le plus apte à attaquer la bataille, chacun se croit supérieur aux autres, chacun se prend pour un Bruce tout puissant.
En résumé, dans le camp islamiste, c’est « tous pour un, un pour tous ». Dans le camp démocrate, c’est le « chacun pour soi et Dieu pour tous », et la deuxième partie de la citation reste à vérifier.

Une fois les législatives déroulées, il va y avoir la présidentielle. En pleine campagne de la présidentielle, les partis vont être occupés par leurs alliances. Quant au président et son « rendez-vous avec le peuple », il n’a qu’à se débrouiller tout seul ! Il y aura une réelle démobilisation de l’électorat qui sait, d’avance, que les jeux sont faits. Dans notre nouveau système semi-parlementaire, le président de la République ne pèse pas grand-chose. A quoi sert-il donc de mouiller la chemise pour un président de la République alors que le chef du gouvernement est déjà identifié ?

L’autre scenario était de faire précéder la présidentielle. Les machines des partis auront joué pour les différents candidats, mais il n’y aura eu, à la fin, qu’un seul et unique vainqueur. Ce vainqueur, une fois à Carthage, aura mobilisé ses troupes et noué les alliances nécessaires pour confirmer sa victoire et lui donner le pouvoir nécessaire à avoir un gouvernement issu de ses rangs.
Le vaincu, pour sa part, ne se démobilisera pas pour autant et aura, lui aussi, mobilisé ses troupes et noué les alliances nécessaires pour équilibrer la balance et ne pas laisser le pouvoir entre les mains du vainqueur.
Ennahdha n’a pas voulu cela et à raison. Le parti islamiste sait que son poids réel dans la société, selon les récents sondages, n’est que de 30% et ce poids n’a de sens que s’il y a une dispersion en face. Il sait que 70% de la société le rejette et qu’il n’a de réelles chances d’accéder de nouveau au pouvoir qu’avec ce système semi-parlementaire où l’on fait précéder les législatives. Le parti islamiste a obtenu gain de cause et c’est lui qui continuera à mener la danse lors des prochaines élections.
En 2011, il s’est acoquiné de Marzouki et Ben Jaâfar. En 2014, il s’acoquinera d’autres personnalités.

Le camp démocrate est encore occupé par les futilités et les querelles intestines, antérieures et futures, alors que le camp islamiste est déjà dans l’étape suivante. Regardez les murs FB des uns et des autres. Chez les islamistes, vous allez trouver des photos prises sous le Capitole de Washington entre Laârayedh, Atig et Chebbi. Chez les démocrates, vous allez trouver des photos de belles Brésiliennes à la Coupe du monde et des analyses (très intéressantes et de haute facture) sur les différents matchs.
Rappel d’une évidence, les croupes brésiliennes sont belles, mais la campagne électorale va se jouer à Hay Ettadhamen et non à Rio de Janeiro !

Ennahdha est déjà dans l’étape suivante

publié le 16/06/2014 15:59
Par Nizar Bahloul

Après des semaines de tergiversations, de marchandages d’épicier, de tractations et de transactions, les politiques tunisiens sont finalement tombés d’accord. Les élections législatives précéderont la présidentielle. Ennahdha l’a voulu, Ennahdha l’a obtenu. Ennahdha voulait un régime semi parlementaire, il a obtenu le régime semi parlementaire. Il voulait les législatives avant la présidentielle, il a obtenu les législatives avant la présidentielle. Comme dirait une amie « A force de vouloir danser avec le loup, c'est le loup qui les a tous fait danser et à son rythme !!! »
Désormais, et contrairement à la majorité des grandes démocraties, la Tunisie votera pour un parlement avant d’avoir un président.
Concrètement, les alliances négociées tout au long des deux dernières années tombent à l’eau. Il ne sert plus à rien que les petits partis se liguent avec de grands partis. Chacun militera pour son camp pour obtenir un maximum de voix et que le meilleur l’emporte.
Au vu des derniers sondages, on aura deux partis qui tournent autour de 30% de voix, et une ribambelle de partis-nourrissons qui auront entre 1% et 5% de voix.

Traduction : si Ennahdha arrive premier, on aura un chef de gouvernement islamiste. Et si Nidaa dépasse même d’une voix, c’est Béji Caïd Essebsi qui nommera le futur chef du gouvernement.
En face de ce gouvernement, il y aura un parlement ressemblant comme deux gouttes d’eau à l’assemblée constituante actuelle. On aura de nouveaux guignols pour remplacer (ou s’ajouter) aux anciens. Et il n’est pas improbable que des personnes de qualité soient absentes de la future configuration parlementaire.
Ce parlement sera dominé par deux grands partis qui partagent 60% des voix approximativement et des individualités. Bref, une mosaïque de laquelle la Tunisie ne tirera rien de bon. On perpétuera les querelles autour du sexe des mouches et on s’affrontera sur tout et sur rien.
Quel que soit le nom du parti vainqueur des élections, il n’aura in fine que 30% et ne pourra pas gouverner sans de larges alliances avec les autres. Le gouvernement issu sera fragilisé et bloqué dans toute décision, aussi saine soit-elle.

Pour le camp démocrate, le danger est plus accentué. Vu que les législatives précèdent la présidentielle, les partis vont attaquer les élections en rangs dispersés pour que chacun puisse mesurer son véritable poids. Le parti islamiste, cependant, va partir en rangs unis. Et d’un !
De deux, non seulement les partis démocrates vont partir en rangs dispersés, mais les électeurs de ces partis ne sont pas spécialement connus pour leur discipline, contrairement aux électeurs islamistes qui vont courir aux urnes. Nous n’en sommes pas encore là, car avant d’arriver à ce stade, le camp démocrate va devoir subir de véritables guerres intestines. Et il n’est pas dit que ces partis démocrates vont arriver indemnes à la campagne électorale. Pourquoi ? C’est encore une question de discipline.
A Ennahdha, il y a le « majlis choura » qui va fixer les listes électorales. Autrement dit, c’est ce « majlis » qui va désigner les futurs députés en mettant qui il veut aux têtes de listes. La discipline étant de rigueur dans ce parti, tous les candidats sont là pour servir son intérêt général et son idéologie, et non des ambitions personnelles.
Au camp démocrate, en revanche, il n’y a pas d’idéologie et d’intérêt suprême qui prime. Il n’y a que les égos et les ambitions personnelles des uns et des autres. On imagine mal à Nidaa, à Al Joumhouri ou à l’Alliance des candidats accepter de laisser leur place à des « camarades » mieux armés pour affronter les élections. Chacun se croit le plus apte à attaquer la bataille, chacun se croit supérieur aux autres, chacun se prend pour un Bruce tout puissant.
En résumé, dans le camp islamiste, c’est « tous pour un, un pour tous ». Dans le camp démocrate, c’est le « chacun pour soi et Dieu pour tous », et la deuxième partie de la citation reste à vérifier.

Une fois les législatives déroulées, il va y avoir la présidentielle. En pleine campagne de la présidentielle, les partis vont être occupés par leurs alliances. Quant au président et son « rendez-vous avec le peuple », il n’a qu’à se débrouiller tout seul ! Il y aura une réelle démobilisation de l’électorat qui sait, d’avance, que les jeux sont faits. Dans notre nouveau système semi-parlementaire, le président de la République ne pèse pas grand-chose. A quoi sert-il donc de mouiller la chemise pour un président de la République alors que le chef du gouvernement est déjà identifié ?

L’autre scenario était de faire précéder la présidentielle. Les machines des partis auront joué pour les différents candidats, mais il n’y aura eu, à la fin, qu’un seul et unique vainqueur. Ce vainqueur, une fois à Carthage, aura mobilisé ses troupes et noué les alliances nécessaires pour confirmer sa victoire et lui donner le pouvoir nécessaire à avoir un gouvernement issu de ses rangs.
Le vaincu, pour sa part, ne se démobilisera pas pour autant et aura, lui aussi, mobilisé ses troupes et noué les alliances nécessaires pour équilibrer la balance et ne pas laisser le pouvoir entre les mains du vainqueur.
Ennahdha n’a pas voulu cela et à raison. Le parti islamiste sait que son poids réel dans la société, selon les récents sondages, n’est que de 30% et ce poids n’a de sens que s’il y a une dispersion en face. Il sait que 70% de la société le rejette et qu’il n’a de réelles chances d’accéder de nouveau au pouvoir qu’avec ce système semi-parlementaire où l’on fait précéder les législatives. Le parti islamiste a obtenu gain de cause et c’est lui qui continuera à mener la danse lors des prochaines élections.
En 2011, il s’est acoquiné de Marzouki et Ben Jaâfar. En 2014, il s’acoquinera d’autres personnalités.

Le camp démocrate est encore occupé par les futilités et les querelles intestines, antérieures et futures, alors que le camp islamiste est déjà dans l’étape suivante. Regardez les murs FB des uns et des autres. Chez les islamistes, vous allez trouver des photos prises sous le Capitole de Washington entre Laârayedh, Atig et Chebbi. Chez les démocrates, vous allez trouver des photos de belles Brésiliennes à la Coupe du monde et des analyses (très intéressantes et de haute facture) sur les différents matchs.
Rappel d’une évidence, les croupes brésiliennes sont belles, mais la campagne électorale va se jouer à Hay Ettadhamen et non à Rio de Janeiro !
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